La deuxième édition de l’Université d’été sur la francophonie des Amériques organisée par l’Université Laval et le Centre de la francophonie des Amériques a eu lieu du 28 mai au 5 juin 2011. Grâce à l’Office franco-québécois qui a fait la promotion de cet évènement en France et m’a aidé grandement dans la participation à ce projet, j’ai eu la chance de faire partie de ce que j’appellerais une expérience de la francophonie.
Certes, ce sujet n’est pas inconnu, surtout pour un Français. Mais il est clair que les études françaises sont dans leur très grande majorité consacrées à la francophonie en Afrique et que la part d’études liées au continent américain est très faible. La crédulité de ceux à qui j’ai parlé de ce projet témoigne non pas d’un manque d’intérêt pour le sujet, mais plutôt d’une absence totale de connaissances de ce phénomène. Moi-même, je reconnais avoir eu une vision bien trop parcellaire et détachée de ce dernier avant mon arrivée à Québec, qui pourtant rythme les convictions de mes collègues participants.
Le thème de cette année était “la diversité de la francophonie des Amériques - migrations, normes et institutions, représentations culturelles.” Pour quelqu’un davantage familier à la géopolitique, c’était un défi et une chance de m’interroger sur ce sujet car entendons nous bien: à la fin de la semaine, on se pose bien plus de questions que l’on a de réponses. Et c’est sans doute une bonne chose; il suffit de voir les échanges vifs et nombreux entre participants après la semaine d’études pour constater que la francophonie peut être perçue comme un concept pensé par une multitude d’individus divers et qui évolue au gré des expériences de vie de chacun.
Cette idée de pluralité était d’ailleurs relativement visible si l’on s’attarde au profil des participants: étudiants, formateurs, enseignants, musiciens, venus du Canada majoritairement, mais aussi des USA, du Mexique, de l’Amérique du Sud, de la France et même de la Chine, pour échanger sur ce qui les lie, à savoir une langue ainsi qu’un sentiment d’appartenance à quelque chose qui nous dépasse, qui est supranational et qui est présent dans nos diverses vies.
Tout au long d’une semaine très animée, nous avons eu le privilège d’avoir accès à de grands spécialistes de la francophonie, chacun dans un domaine très spécifique. Enumérer ce que chacun a présenté serait sans doute fastidieux et le site de l’Université Laval donne toutes les informations à ce sujet. C’est donc de façon tout à fait partiale que je retiendrai les interventions suivantes:
- Migrations francophones aux Etats-Unis, où Monsieur JC Redonnet s’est employé à nous expliquer les moyens de quantifier les francophones et à quels problèmes ses choix renvoyaient. La langue est clairement le principal critère de sélection et peut s’apprécier par des outils appropriés. A titre personnel, ces outils me semblent délicats à manier. En effet, une connaissance sérieuse et efficace du français est nécessaire, peu importe ses variantes du moment que compréhension il y a. J’ai pu constater lors de mes différents échanges avec les participants à quel point notre langue avait voyagé, tant et si bien qu’un mot prononcé en France peut avoir un sens radicalement opposé au Québec… Je m’interroge sur l’absence de la notion de francophilie dans la “sélection” des francophones: plusieurs amis ont une connaissance exceptionnelle de la culture française mais n’ont qu’une connaissance limitée de la langue. Ne demeurent-ils donc que des francophiles, malgré leur volonté constante de dialogue?
- la Cause Caron, présentée par un étudiant qui était aussi participant, Dustin McNichol, et que je remercie sincèrement pour sa présentation très claire et pédagogique pour quelqu’un de non-initié comme moi. Il a clairement su nous montrer les enjeux de cette affaire et ce qu’elle implique pour la francophonie. Celle-ci peut se comprendre comme un combat pour le respect des droits linguistiques des francophones. Pour un Français qui vit en France et qui n’a donc pas connu un tel évènement, c’est sans exagérer un choc qui rappelle que la langue a une dimension éminemment libertaire et également politique.
- Etude d’un microcosme bilingue (marine canadienne) par Madame M. Daveluy. C’est sans aucun doute l’une des plus brillantes démonstrations que j’ai eu l’occasion de suivre: une chercheuse a embarqué sur un navire de guerre canadien pour une étude des rapports entre le français et l’anglais, l’approche linguistique se confondant par moments avec une approche sociologique. On y apprend que des anglophones peuvent travailler des années sur le navire sans jamais apprendre la langue de l’autre, que bien que pour certaines taches le français soit exigé, l’anglais demeure prioritaire en cas d’urgence. La présentation de cette situation à des Français a provoqué leur stupéfaction car ils ont vu qu’à un tel niveau de la vie en communauté dans un contexte particulier, l’importance de la langue n’était en aucun cas à bannir…
- Enfin, la semaine fut riche en émotions avec les interventions de Konrad Sioui, Grand Chef de la nation Huronne-Wendat, et de André Gladu, cinéaste. Au témoignage sobre mais poignant du premier se conjuguait l’expérience artistique du second, faite d’échanges avec des anonymes, mais au sein desquels certains pouvaient se reconnaitre : tous deux sont parvenus comme personne à nous faire ressentir et vivre cette francophonie qui me semble bien fragile, mais qui a en elle toutes les cartes pour se renforcer.
Quant aux autre interventions, je n’ai pas l’espace suffisant pour en parler mais elles ont été également d’un excellent niveau, offrant des pistes de réflexion pour tout le continent avec toujours l’idée de transdisciplinarité.
J’en oublierai sans doute mais je tiens à remercier l’Université Laval, le Centre de la francophonie des Amériques et l’Office franco-québécois, sans qui ces rencontres n’auraient pu avoir lieu. Un grand coup de chapeau à l’organisation (Pauline & Daniel), aux assistantes Cécile et Colombe qui nous ont aidé au mieux avec une réactivité rare, le tout dans la bonne humeur.
Il est évident pour moi de promouvoir cette expérience auprès de mes étudiants et de mes amis, de continuer à échanger avec mes camarades et surtout de toujours m’interroger sur ce concept de francophonie, fruit d’influences diverses, porteur d’un message aussi bien humain que politique. Dans le cadre de mes travaux de recherche, je compte en faire une présentation à dimension géopolitique qui pourrait, on ne sait jamais, rappeler à certain son importance fondamentale dans toute volonté d’assoir son influence et de respecter les modes de vie de chacun.