Depuis quelques jours, les tensions se
multiplient entre Israël et l’Iran. Il y a deux jours, deux attaques contre des
intérêts israéliens ont été perpétrées en Inde et en Géorgie, faisant plusieurs
blessés graves, dont des membres du personnel diplomatique israélien. Le
Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a immédiatement réagi, accusant
le régime iranien d’être derrière ces tentatives d’attentat (celle en Géorgie
ayant échoué). Il est même allé jusqu’à affirmer : «L'Iran qui est derrière ces attentats est le plus grand propagateur de
terrorisme dans le monde». Soulignons qu’il n’y a pas pour l’instant de preuve
formelle de l’implication de l’Iran et que surtout Téhéran a démenti une
quelconque participation à ces attentats.
L’accusation du
Premier ministre israélien a cependant un certain écho, car elle fait suite à
un week-end important pour le régime iranien qui fêtait le 33ème
anniversaire de la Révolution islamique, et où le Président Ahmadinejad s’est à
nouveau fait –tristement- remarquer. En parlant « d’idole de
l’Holocauste » et faisant prononcer un discours niant l’existence d’Israël
par le Premier ministre du mouvement islamiste palestinien Hamas à Gaza, Ismaïl
Haniyeh, le Président iranien cherche clairement à provoquer Israël et ce
d’autant plus qu’il a indiqué que « plusieurs projets nucléaires
importants » verraient prochainement jour.
Le flou entourant cette
dernière déclaration doit inciter à un réel scepticisme et devrait surtout être
interprété comme une volonté iranienne de ne pas apparaître faible au regard de
trois déterminants majeurs :
-
La réussite de la fabrication
de la bombe nucléaire iranienne, considérée depuis des années par certains experts
comme imminente, n’est pas une réalité pour l’instant. Les nombreuses
opérations conduites par le Mossad (assassinats de scientifiques –démentis mais
probables-, cyberattaques…) ont ralenti le programme nucléaire iranien qui n’a
pas de résultats tangibles. Le Président Ahmadinejad qui a fondé une bonne
partie de sa politique extérieure sur l’accession à la bombe s’en voit ainsi
affaibli.
-
Les événements qui secouent
la Syrie inquiètent particulièrement Téhéran qui, si le régime de Bachar Al
Assad tombait, se retrouverait particulièrement isolé dans une région
conflictuelle où les autres puissances sont ses adversaires. Nul doute que la
surenchère sémantique israélienne tombe à point nommé.
-
Enfin, des élections
législatives sont prévues début mars. Les réformistes ont déjà indiqué leur
refus d’y participer. Le champ d’analyse se reportera donc sur le succès ou pas
des conservateurs : en cas de victoire, Ahmadinejad en sortirait renforcé
face à au Guide Khamenei. Rappelons que les deux hommes entretiennent des
relations très tendues, qui affectent la gouvernance, les luttes d’influence
étant en outre observées par les services étrangers.
C’est donc dans ce contexte particulièrement agité qu’il convient
d’analyser le discours récent d’une attaque préventive d’Israël sur les
installations nucléaires iraniennes sans l’autorisation des Etats-Unis. Un article du Figaro de ce matin cherchait à
trouver des indices précisant l’imminence d’une attaque unilatérale. Outre le
fait que les arguments présentés sont relativement faibles, il me serait très
difficile d’y voir dans cette possible –mais peu probable- aventure un
quelconque succès, tant les problèmes à résoudre sont nombreux.
Certes, le constat d’Israël concernant l’avancée inexorable du programme
nucléaire iranien est juste. Mais cela doit-il impliquer le déclenchement d’une
guerre ? Je ne le pense pas et ce pour plusieurs raisons :
-
Une attaque seule des
Israéliens les priverait du soutien des Etats-Unis. Rappelons que Barack Obama
va bientôt entrer en campagne pour sa réélection et qu’un nouveau conflit,
dicté par un allié, lui serait fortement dommageable.
-
Israël se verrait isolé sur les
scènes régionale (risque d’engrenage) et internationale avec le risque de
sanctions. C’est ce que prévoit tout du moins le droit international, même si
l’Histoire montre qu’Israël a toujours évité les condamnations du Conseil de
Sécurité de l’ONU grâce au veto américain. Celui-ci serait-il toujours là en
cas d’aventure solitaire d’Israël ?
-
Le succès de l’opération
demeure très incertain, car le régime iranien a fait construire ses
installations nucléaires à de nombreux endroits sur son territoire et les a
enfouies très profondément. Il y a aurait forcément des dégâts mais un
anéantissement total des infrastructures est difficile à envisager, de l’aveu
même des militaires.
-
En choisissant d’attaquer,
Israël prend également le risque de subir des contre-attaques sur plusieurs
fronts. La réponse iranienne s’ajouterait aux initiatives du Hezbollah, de la
Syrie et du Hamas. Israël a-t-il évalué le coût humain d’une telle
aventure ?
-
Enfin, Israël incarnerait la puissance ayant mis le
feu à une région déjà très sensible et les répercussions seraient mondiales,
aussi bien au niveau politique (quelles réactions des grandes puissances, de
l’Europe…) qu’économique (brusque montée des cours du pétrole entre autres)
Ce n’est pas la
première fois qu’Israël tente ce genre d’intimidations à l’encontre de l’Iran.
Certes, le contexte est particulier avec le Printemps arabe et le drame syrien,
mais Israël n’a pas en vérité intérêt à entrer en conflit direct avec l’Iran. Les
deux pays entretiennent des relations économiques qui s’élèvent à plus d’un
milliard de dollars, et comme nous venons de le voir, Israël serait le grand
perdant sur le moyen et long terme d’un tel affrontement.
Rappelons enfin que
même si l’on peut comprendre la crainte d’Israël quant à l’accession par
Téhéran de l’arme nucléaire, cette dernière n’a jamais été utilisée depuis 1945
dans un conflit et a même permis à des ennemis d’avoir des relations plus
équilibrées et apaisées, à l’image de l’Inde et du Pakistan. Comme je l’avais
écrit dans une précédente analyse, l’objectif de l’Iran n’est pas
l’anéantissement d’Israël mais bien de provoquer une redistribution des cartes
au Moyen-Orient.