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jeudi 21 juillet 2011
Du pouvoir des médias
mercredi 13 juillet 2011
Maroc & Syrie, deux visions du Printemps arabe
Le Printemps arabe, initié à la fin de l'année 2010, continue de se manifester dans le Monde arabe. Parce que celui-ci est pluriel, réalité que l'on oublie trop souvent, il convient de ne pas aposer une grille de lecture générale et par définition simpliste, incapable de rendre compte des spécificités historiques, sociologiques et économiques de chaque état. Deux pays montrent à merveille cette dichotomie du Monde arabe: le Maroc et la Syrie.
Voici donc deux pays embarqués dans le Printemps arabe mais dont les réactions sont pour le moins diamétralement opposées. Certes, avant même ces événements, il est clair que leurs politiques étaient différentes, de par la nature du régime, les aspirations du pouvoir et leur position géostratégique. Mais le fossé existe.
Le Maroc, dirigé par le Roi Mohamed VI, est un pays pauvre, aux très fortes disparités économiques et sociales, confronté à une jeunesse qui connaît dans une écrasante majorité une forte précarité et qui aspire à immigrer en Europe, Espagne et France principalement. Les presses occidentales sont en général bienveillantes à l'égard de ce pays où pourtant les libertés sont restreintes, l'opposition muselée, la modernité espérée par ce jeune souverain n'en étant encore qu'à ses balbutiements. Sous la pression davantage extérieure qu'intérieure, le Roi a fait procéder le 1er juillet à un référendum modifiant la Constitution. Tout en gardant sous contrôle les principaux leviers du pouvoir, le Roi fait un pas en avant en adoptant un système un peu plus ouvert avec entre autres un chef de gouvernement issu du parti victorieux aux éléctions. Mais il demeure au plan religieux le "commandeur des croyants" et entend bien continuer à diriger le pays. La question est donc de savoir si derrière cet habillage teinté de marketing institutionnel se cache de véritables bouleversements pour la vie de la population; il est encore trop tôt pour y apporter une réponse sérieuse. Toutefois, le vote massif et la victoire présible du oui peuvent laisser espérer des perspectives positives à ce pays.
Quant à la Syrie, la situation n'est pas seulement différente. Elle est à la fois grave et dangereuse. Le président Bachar el Assad connaît des soulèvements dans plusieurs régions mais toujours à un niveau local et concentré. Cette précision est fondamentale car elle rappelle que le pays est divisé, qu'il n'est pas debout comme un seul homme face à son président et que ce dernier bénéfie encore de beaucoup de soutiens et de moyens financiers et militaires. Bachar el Assad tente de donner une image d'apaisement en prônant un dialogue national, mais dans le même temps, il s'arrange pour qu'aucune opposition crédible et efficace ne soit entendue. Les informations parviennent difficilement mais il est clair que des massacres sont perpétrés.
Que faut-il faire? Laisser le président syrien agir, en acceptant indirectement que des massacres soient perpétrés au nom du respect de la souveraineté nationale? Ou agir dans le cadre de l'ONU et ainsi mettre en pratique le "droit d'ingérence" qui n'a de droit que le nom et qui jusqu'à présent n'a pas fait preuve de résultats probants? Aucune de ces solutions n'est viable et saine. Et que dire de l'action des ambassadeurs de France et des Etats-Unis qui se sont rendus il y a quelques jours dans la ville en révolte de Hama... une mise en scène ridicule aux conséquences non-calculées, tant et si bien que les ambassades ont été attaquées juste après et que ce geste franco-américain s'apparente à un beau fiasco.
Ce n'est pas ainsi que l'on interfère efficacement dans un conflit. Certes le poids des images n'est pas négligeable; encore faut-il en contrôler le chemin et la diffusion... La situation en Syrie ne se règlera que par un accord avec le Président Bachar el Assad. Si ce dernier refuse, alors il faudra user d'influence auprès de ses conseillers ou des membres de son clan qui seraient en désaccord avec lui. La Syrie est un pays stratégique pour le Moyen-Orient, de par ses liens avec l'Iran, Israël, la Turquie, de par son influence au Liban. La France gagnerait à agir diplomatiquement avec Damas plutôt que de ne proférer que des menaces, vides de sens, si l'on regarde la situation en Lybie. A l'inverse, Damas ne doit pas jouer le "jusqu'au boutiste" sous peine d'être écarté par ses alliés et lâché par de grandes puissances, à l'image de la Russie et la Chine qui jusqu'à présent usent de leur droit de veto pour éviter à la Syrie d'être condamnée par l'ONU.
Le grand échiquier se met en place.
NDLR: cet article a été supprimé puis revu, en raison des événements récents en Syrie et des résultats du référendum au Maroc.