Alors que l'on s'interroge sur le pouvoir disproportionné des agences de notation vis à vis des Etats, l'affaire du News of The World nous rappelle que le pouvoir des médias, et en particulier son pouvoir destructeur, n'est en aucun cas à négliger. L'affaire n'en est pas encore à son terme que se dégagent déjà quelques tendances de fond qui devraient nous amener à réfléchir sur l'influence des médias et le rapport qu'ont les citoyens avec ces derniers.
Revenons brièvement sur les faits: l'un des journaux britanniques les plus lus, le News of The World, avec plus de sept millions de fidèles, est accusé, et les preuves s'accumulent, d'avoir pendant des années utilisé des procédés illégaux pour dénicher des informations. Mises sur écoute de stars et de personnages influents, collaboration avec des agents de Scotland Yard pour trouver le scoop, chantages, ne sont que quelques unes des techniques employées par le journal pour satisfaire le sensationnalisme demandé par ses lecteurs. On aurait pu s'attendre à un petit procès, opposant une star trahie face au journal avec à la clé une amende pour le journal mais les actes illégaux sont si nombreux et touchent tant de personnes que l'affaire devient nationale, voire internationale. Et ce d'autant plus que l'on a rapidement découvert une proximité entre le Premier Minsitre David Cameron et l'empire Murdoch, le premier ayant eu à son service des anciens du second.
Conscient du scandale en cours et de ses possibles répercussions sur la politique nationale, dans une conjoncture économique de rigueur franchement peu favorable, le Premier Ministre a écourté son séjour en Afrique pour répondre aux questions du Parlement. En d'autres termes, il s'est fait dicter sa conduite à cause d'un média peu scrupuleux. Peu s'en sont émus, ne pensant pas un instant que nous étions à un basculement, les médias prouvant à présent de façon éclatante qu'ils contrôlent le temps politique.
En effet, à la recherche de la moindre petite phrase, ils sont devenus des faiseurs de rois, faisant l'éloge d'un candidat pour mieux le critiquer par la suite. La situation peut-elle changer? Beaucoup le pensent avec ce procès; personnellement non et ce pour plusieurs raisons. La disparition du journal britannique est certes importante au niveau de l'image mais faible quant à ses conséquences financières. Deuxièmement, l'empire Murdoch s'étend principalement dans le monde anglo-saxon et s'est remarquablement diversifié dans les médias, réalisant désormais la majeure partie de son chiffre d'affaires dans le cinéma et la télévision. Enfin, même si le fils Murdoch risque fort d'être la brebis sacrifiée, même si le père a des chances d'être incité à se mettre en retrait, ce dernier conservera malgré tout les rênes du pouvoir, les possibles successeurs étant des fidèles du fondateur.
Dans un monde toujours plus complexe, où le besoin d'informations sûres, obtenues en conformité avec la loi, se fait toujours plus présent, le citoyen doit rester alerte. La curiosité est son seul moyen d'agir en connaissance de cause.
Les médias internationaux se livrent une guerre d'influence permanente avec pour objectif principal d'acquérir des parts de marché. Ils raisonnent en multinationales, les principes fondamentaux du journalisme passant en second. Ils sont en vérité dans une situation délicate car en même temps qu'ils doivent relater les affaires et dénoncer des scandales, ils n'ont pas à établir de liens trop proches avec le pouvoir, sous peine d'instrumentaliser ou d'être instrumentalisés.
Mais au delà de ce phénomène existant depuis de nombreuses années, il convient de souligner que nous avons la presse que nous méritons et qu'indirectement, nous sommes partis prenante de cette dérive du pouvoir des médias. L'hypocrisie touche aussi bien l'acteur que le lecteur.
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