mercredi 21 septembre 2011

Président Obama, entrez dans l'Histoire!

Nous sommes à la veille d'un événement majeur dans l'Histoire des XX et XXIème siècles. Marqués par plus de soixante ans de conflits, les Palestiniens, par la voix de leur Président Mahmoud Abbas, vont demander à la tribune de l'ONU la reconnaissance d'un État palestinien. On ne connaît pas encore les modalités exactes, à savoir entre autres si la demande sera faite au Conseil de Sécurité ou devant l'Assemblée générale, l'importance de ce détail étant majeure car vous avez annoncé en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité que vous mettriez votre veto à la proposition palestinienne. Or, en agissant ainsi, vous réduisez à néant les espoirs de plusieurs millions de Palestiniens et d'Arabes en général.

L'année 2011 aura clairement été celle du Monde arabe. Le Printemps arabe a bouleversé des puissances considérées comme inébranlables il y a encore peu de temps avec leurs régimes quasi dictatoriaux. La Tunisie, l’Égypte et bientôt la Libye peuvent désormais se penser comme de futurs espaces de liberté, même si un tel bouleversement prendra du temps et ne se fera pas sans heurts. La Syrie connaît de nombreux troubles, bien que l'on manque considérablement d'informations fiables pour entreprendre une prospective réelle. Et même Israël, souvent considéré comme "à part" dans la région, a connu un été très sensible avec une série de manifestations pour dénoncer les inégalités toujours plus croissantes que connaissent les Israéliens, en particulier en matière d'accès au logement et au sujet des aides étatiques pour les colons. En d'autres termes, le Proche et Moyen-Orient est à un tournant qu'il convient d'accompagner, ce qu'a fait avec plus ou moins de succès et de diplomatie le Président Sarkozy.

Président Obama, vous aviez pourtant suscité de vifs espoirs avec votre discours du Caire et vos récentes allusions sur la nécessité d'un État palestinien. Peu de temps après la mort de Ben Laden, vous aviez même parlé d'un État palestinien sur les frontières de 1967, provoquant une forte réprobation d'Israël ainsi qu'une partie de vos représentants au Congrès qui critiquaient le timing d'une telle déclaration. Il est évident que la situation est complexe pour vous, eu égard aux liens qui unissent les États-Unis avec Israël tant aux niveaux historique qu'économique et à la forte communauté juive présente aux États-Unis dont le poids électoral est évidemment certain pour votre parti. Il suffit de rappeler la menace du Congrès à l'encontre de l'Autorité palestinienne la semaine dernière de geler une aide de cinq cent millions de dollars en cas de demande de reconnaissance d'un État à l'ONU.

Mais il vous incombe, en tant que président de la première puissance mondiale, de penser sur le long terme et à une échelle beaucoup plus large que celle -réductrice- visant à satisfaire le refus de changement de certains. Dans tous les cas, vous n'avez rien à perdre! L'enthousiasme, sans doute excessif, de votre élection a laissé rapidement place à la dure réalité de l'action politique, faite de compromis et de confrontations avec des tendances qui parfois ne dépendent pas de vous. La crise économique a remis en cause une bonne partie de vos projets, l'assurance maladie que vous avez portée avec Ted Kennedy est vidée en grande partie de sa substance de par les coupes budgétaires qui augmentent toujours plus. Que dire enfin de votre politique étrangère, où à bien des égards vous avez été absent ou suiveur! Vous avez délaissé l'Europe au lieu de l'aider à être un allié de taille dans un monde en pleine mutation, et surtout votre bilan concernant le continent africain est proche du vide absolu, alors que tant d'espoirs étaient mis en vous.

Certes une élection se profile pour vous, avec la volonté évidente -et compréhensible- de vous faire réélire. De nombreux spécialistes évoquent toujours le second mandat comme plus utile pour entreprendre de vastes chantiers à l'international. Mais premièrement, il n'est pas sûr que vous soyez réélu en raison de votre bilan fort discutable, et deuxièmement, c'est maintenant que doit se décider l'avenir de la Palestine et d'Israël. Je vous rejoins totalement sur le fait que la reconnaissance seule de l’État palestinien ne saurait être gage de paix et de sécurité et que c'est un processus qui se réalisera sur plusieurs années, au minimum. Mais il s'agit d'une première étape irréfragable pour qui aspire à la paix dans cette région si conflictuelle.
Il ne vous est pas demandé de satisfaire les demandes d'un camp ou de l'autre, mais bien de parvenir à un compromis susceptible d'être validé par les deux protagonistes. Les problèmes sont nombreux, à commencer par la délimitation des frontières du nouvel État envisagé, mais également l'accès aux ressources hydrauliques, et la viabilité économique d'un État palestinien dont des pans entiers de l'économie sont à reconstruire, voire à penser.
Les adversaires sont nombreux, à commencer par le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu, mais dont la puissance réelle est souvent sur-estimée, ses difficultés gouvernementales le montrant aisément. Il y a également le Hamas, qui mise sur un échec de la tentative du Fatah de Monsieur Abbas, pour asseoir toujours plus son autorité, mais négligeant l'intérêt général du peuple.

Monsieur Obama, vous avez la chance d'avoir un interlocuteur courageux en la personne de Mahmoud Abbas. Si vous persistez dans votre souhait d'apposer votre veto à la demande de l'Autorité palestinienne, l'image des États-Unis en sera fortement dégradée. Tous vos efforts pour faire oublier l'ancienne Administration seront en partie remis en cause. Vous avez été absent des révolutions arabes; il est de votre devoir d'agir pour la paix au Proche et Moyen-Orient.

Il est temps pour vous de montrer l'influence américaine sur la scène internationale, sans pour autant faire d'Israël votre ennemi, mais en pensant à la stabilité politique et sécuritaire de la région. Certes, en agissant ainsi, vous acceptez de plonger vers l'inconnu avec toujours plus de difficultés à résoudre, mais l'énergie, le courage et les ressources que vous devrez mobiliser en vaillent la peine.
Vous avez les cartes en main pour entrer dans l'Histoire Monsieur le Président, comme un homme de paix. Ne laissez pas passer cette occasion.

mercredi 14 septembre 2011

La guerre en Afghanistan: vers un chaos -prévisible-?

Alors que les yeux du monde sont fixés sur l'Afrique du Nord et les conséquences du Printemps arabe, l'Afghanistan se meurt, plongé chaque jour un peu plus dans le chaos. Pas plus tard qu'hier, les Talibans ont réussi à mener plusieurs attaques meurtrières à Kaboul visant notamment le QG de la Force de l'Otan en Afghanistan (Isaf) ainsi que l'ambassade des États-Unis, tuant une dizaine de policiers et de civils selon les premiers éléments. Pourtant, la capitale est censée être sécurisée par les forces de police afghanes et par l'OTAN... De là à croire que les Talibans peuvent mener les opérations qu'ils veulent sur le territoire, il n'y a qu'un pas que l'on peut aisément franchir.

Cette dernière opération est sans conteste un coup médiatique réussi. Elle n'a pas bouleversé la stratégie de chacun, n'a causé que peu de morts, mais elle est le symbole de l'impuissance des Occidentaux à maintenir un semblant d'ordre. Les Talibans savent parfaitement que les démocraties peuvent facilement être fragilisées, la liberté de parole et l'accès aux informations permettant aux citoyens de se forger une opinion, parfois trop rapidement. Ils savent également que l'information de leur opération sera reprise dans les médias -ce à quoi nous participons-, ce qui ne fera que susciter davantage de doutes au sein d'une opinion déjà très partagée sur le sens de cette guerre.

Cette attitude de l'opinion peut se comprendre tant le conflit est abordé du point de vue de l'émotion et non dans une perspective de compréhension et d'analyse. Les journaux télévisés font état des soldats morts au combat, insistant sur le parcours de chacun, son jeune âge trop souvent, la famille qu'il laisse derrière lui. Mais ils n'insistent que trop peu sur l'action de ces soldats qui sont morts lors de missions, dont l'objectif est souvent la pacification d'une zone et le rétablissement des relations entre population et forces de sécurité. Il semble clair qu'il y a une incompréhension croissante des citoyens quant au bien-fondé de cette guerre qui peut se résumer par la question: "à quoi bon tous ces morts?"

Les problèmes de la guerre en Afghanistan sont très nombreux et il serait fastidieux de tous les énumérer ici. Il convient plutôt de définir les tendances lourdes qui font la spécificité de cette guerre.
Contrairement à la guerre en Irak, celle en Afghanistan a fait l'objet d'un consensus bien plus large qui s'est manifesté par une coalition plus nombreuse, la France et l'Allemagne y participant par exemple. On aurait été en droit d'espérer un envoi massif de troupes afin de réellement sécuriser ce pays qui, de par son étendue et son relief, est compliqué à maîtriser dans son ensemble. Mais il semble bien qu'on ait sous-estimé les difficultés de cette guerre.

Au lieu de mobiliser dès le début du conflit un maximum de troupes, les États-Unis et leurs alliés ont envoyé trop peu de soldats qui n'ont pu sécuriser que quelques zones, laissant les autres sous le contrôle des Talibans qui ont ainsi pu se réorganiser et préparer leur guérilla. Ils ont voulu très rapidement mettre en place les phases sécuritaire et politique, afin de donner une stabilité au pays. Or, un pays ne peut se construire s'il n'est pas en sécurité. Les différentes élections qui ont eu lieu ont montré qu'on avait "mis la charrue avant les bœufs". Certes, les élections se sont relativement bien déroulées, mais on ne peut occulter les fraudes et les pressions des Talibans dans certaines régions pour discréditer le scrutin. Qui plus est, le Président Karzaï a eu beau se vanter d'assoir son pouvoir sur un vote "populaire", il n'en demeure pas moins que son champs d'action est plus qu'entravé. Ceci explique d'ailleurs les critiques à son encontre comme quoi il n'agirait que pour Kaboul et non pour le pays.

En outre, souvenons-nous que l'Afghanistan est composé d'une série de tribus qui reconnaissent avec de très fortes disparités l'autorité de Kaboul. La possession d'hommes armés et de ressources financières, légales ou pas, est le véritable symbole de pouvoir et d'autorité dans le pays. Le Président Karzaï possède une police formée par les forces de l'OTAN qui avouent eux-mêmes, à mots couverts, que leur entraînement est insuffisant. Et ce d'autant plus que la corruption gangrène l'administration à tous les niveaux; or, sans confiance dans les institutions, l'économie, la vie sociale ne peuvent fonctionner à nouveau.

Le compte à rebours a commencé, aussi bien pour les forces de l'OTAN que pour la population afghane. Les premières sont en train de procéder à la transition avec les forces de sécurité afghanes. En d'autres termes, elles cherchent une sortie honorable à une situation qui ne l'est pas car une fois parties, les forces de sécurité afghanes vont se retrouver seules, face aux Talibans qui sont très organisés et préparés au combat. Quant à la population, elle risque comme dans de nombreux cas de post conflits, de faire les frais de ces affrontements internes.

Il est évident qu'il n'y avait pas et qu'il n'y a pas de solution miracle pour cette guerre qui dure déjà depuis plus de dix ans. Mais il est clair que la situation est pire qu'au début du conflit. Les rares progrès obtenus (droit des femmes, droit de vote, abolition de certains interdits formulés par les Talibans...) risquent fort d'être remis en cause une fois les troupes occidentales parties. La propagande des Talibans et des adversaires des forces de l'OTAN en sera d'autant plus revigorée qu'ils pourront se vanter d'avoir fait partir les forces étrangères de leur pays. L'analogie avec le retrait de l'URSS en 1979 n'est pas totale et parfaite, mais elle rappelle que l'Afghanistan est un pays quasi-imprenable, si l'on se base sur des stratégies non-adaptées à la spécificité du pays.

On ne peut rester indéfiniment en Afghanistan, sans quoi les forces de l'OTAN seront toujours plus perçues comme des forces d'occupation. La guerre a par ailleurs un coût à la fois humain, économique et politique certain. Mais partir en laissant l'anarchie et le chaos sur place, sous prétexte de respecter un calendrier fixé par les politiques, a-t-il un sens? Au lieu d'affronter nos erreurs - à de nombreuses reprises, les militaires ont demandé des renforts pour réussir leurs missions -, nous allons partir dans la précipitation, sans avoir obtenus les résultats escomptés. Les Talibans l'ont bien compris, et l'on peut penser qu'ils montreront leur vrai force une fois les forces étrangères parties.

Le Président Karzaï a tort, ainsi que ses alliés américain et de l'OTAN, de voir dans cette dernière attaque un acte désespéré et sans conséquence réelle de la part des Talibans. Sans doute devraient-ils plutôt y voir l'échec de leur politique sur dix années et les effets néfastes de cette dernière sur le long terme. Souhaitons que les débats pour l'élection présidentielle de 2012 permettent d'y voir plus clair dans les positions de chacun.

lundi 5 septembre 2011

Et si l’élection présidentielle -française- se jouait sur l’international?

Il est de coutume de dire que la mise en avant de la politique extérieure n’est pas très vendeuse lors d’une campagne présidentielle. Celle de 1995 fut marquée par la “fracture sociale”, celle de 2002 par la sécurité et enfin celle de 2007 par le travail et le slogan du candidat Sarkozy “travailler plus pour gagner plus”, avec le résultat que l’on connait. A moins d’un an de l’élection présidentielle, les médias et surtout les conseillers en communication des candidats s’échinent à trouver LE thème qui cristallisera la campagne. On assiste pour l’instant à des tentatives diverses et souvent éphémères, allant de la sécurité à l’éducation, en passant par l’idée de réduire les déficits, idée aussi nécessaire qu’ancienne et peu appliquée. La politique extérieure de la France, très riche et complexe sous la présidence Sarkozy, a de fortes chances de constituer l’un des thèmes majeurs de la présidentielle. Voyons dans quelle mesure elle influencera cette dernière.

Sans prendre de parti pris, il est clair que le bilan de Nicolas Sarkozy est très mitigé au niveau intérieur. Les promesses de 2007 n’ont pas été tenues, la crise de 2008 et ses répercussions sur le long terme ayant achevé une politique aux résultats faibles, voire négatifs. La hausse du chômage, les réformes en demi-teinte (Grenelle, retraites…) laissent au quinquennat un goût d’inachevé. Le Président Sarkozy a cependant eu la présence d’esprit de ne pas se focaliser exclusivement sur la politique interne et de tenter de se rattraper sur la politique extérieure, comme tous ses prédécesseurs d’ailleurs. Ces derniers avaient profité d’un rebond de popularité, ce qui n’a pas ou peu été le cas pour le Président Sarkozy.

Pourtant, il convient de souligner qu’à défaut d’être réellement efficace, la diplomatie française a été particulièrement active depuis 2007, le Président Sarkozy s’impliquant personnellement au point d’éclipser ses différents ministres des affaires étrangères. Contrairement aux autres médias européens, les médias français lui ont donné un satisfécit lors de la présidence française de l’Union européenne, où son énergie a permis d’accélérer les processus de décision et de relancer la machine européenne. De même, en forçant un peu la main de ses partenaires, il a réussi à organiser plusieurs conférences internationales (G7, G8…), donnant une visibilité certaine à la France. Enfin, beaucoup attribuent –à tort ou à raison- le succès en Libye au Président français, à un moment où le doute s’accentue concernant le sens de la présence française en Afghanistan.

Néanmoins, le Président Sarkozy compte aussi une série d’échecs, qui seront autant d’arguments susceptibles d’être utilisés par ses opposants. La fantomatique Union pour la Méditerranée n’a que peu de chances de voir véritablement le jour, le couple franco-allemand a connu davantage de bas que de hauts, alors que l’Histoire montre que l’Europe n’avance que si ce couple est uni. Et que dire de l’inertie de la diplomatie française au début du Printemps arabe alors que nous aurions pu avoir un rôle prépondérant à jouer. Le “rattrapage express” avec la Libye peut en témoigner. Enfin, bien qu’il n’en soit pas l’instigateur, la participation française à la guerre en Afghanistan est toujours plus difficile à faire admettre à une population qui apprend la mort de ses soldats sans comprendre les objectifs de la mission.

Sur ce dernier point, le PS aurait clairement pu, et facilement, attaquer le Président Sarkozy, s’il avait eu une position claire sur le sujet. Rappelons qu’en 2001, le PS avait voté pour l’envoi des troupes et qu’aujourd’hui, il cherche à se distinguer en jouant sur le calendrier de retrait, mais ses différences de point de vue sont désormais minimes avec l’UMP.

Les deux candidats socialistes en tête pour l’instant dans les sondages, Martine Aubry et François Hollande, ont beaucoup critiqué la politique extérieure du Président Sarkozy, mais sans présenter une vision claire et pensée de ce qu’ils auraient fait. Ceci se vérifie surtout au niveau européen avec des discours remplis de belles intentions mais sans nouvelle solution. François Hollande propose par exemple un “pacte” assez flou avec l’Allemagne, cette dernière devant éviter d’avoir “des excédents commerciaux au détriment de ses partenaires européens”. On pourrait lui rétorquer que l’Allemagne a fait des efforts pendant plus de dix ans pour arriver à un tel résultat et qu’il lui sera difficilement acceptable d’en faire d’autres avec un partenaire qui n’a pour l’instant pas trouvé la clé pour résorber le gouffre abyssal de son déficit.

Il est d’ailleurs surprenant de constater que bien que la majorité des problèmes de la France aient des ramifications au niveau européen, voire international, l’Europe ne soit pas mise au premier rang de la stratégie politique des candidats. Certes, Martine Aubry a donné l’image d’une véritable européenne lors de la déclaration commune PS-SPD en juin, mais le “thème Europe” est noyé parmi tous les autres thèmes de campagne. La situation se vérifie également pour François Hollande, où l’Europe est le dernier point abordé dans son programme “La France en avant”.

Pourtant, les adversaires de Nicolas Sarkozy auraient tout intérêt à jouer sur l’International pour leur campagne. Outre le fait que cela permettrait de réellement les départager au niveau idéologique, cela les aiderait également à combler le déficit de “présidentialité” dont beaucoup font preuve, et sur lequel le Président et ses conseillers jouent.

Sans être le thème majeur de la campagne de 2012, gageons que la politique extérieure de la France sera un facteur essentiel de l’élection par rapport aux anciens scrutins. Le futur président sera celui qui aura montré aux électeurs sa capacité à assurer le rayonnement de la France.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/189914;et-si-la-presidentielle-se-jouait-sur-l-international.html