L'année 2011 aura clairement été celle du Monde arabe. Le Printemps arabe a bouleversé des puissances considérées comme inébranlables il y a encore peu de temps avec leurs régimes quasi dictatoriaux. La Tunisie, l’Égypte et bientôt la Libye peuvent désormais se penser comme de futurs espaces de liberté, même si un tel bouleversement prendra du temps et ne se fera pas sans heurts. La Syrie connaît de nombreux troubles, bien que l'on manque considérablement d'informations fiables pour entreprendre une prospective réelle. Et même Israël, souvent considéré comme "à part" dans la région, a connu un été très sensible avec une série de manifestations pour dénoncer les inégalités toujours plus croissantes que connaissent les Israéliens, en particulier en matière d'accès au logement et au sujet des aides étatiques pour les colons. En d'autres termes, le Proche et Moyen-Orient est à un tournant qu'il convient d'accompagner, ce qu'a fait avec plus ou moins de succès et de diplomatie le Président Sarkozy.
Président Obama, vous aviez pourtant suscité de vifs espoirs avec votre discours du Caire et vos récentes allusions sur la nécessité d'un État palestinien. Peu de temps après la mort de Ben Laden, vous aviez même parlé d'un État palestinien sur les frontières de 1967, provoquant une forte réprobation d'Israël ainsi qu'une partie de vos représentants au Congrès qui critiquaient le timing d'une telle déclaration. Il est évident que la situation est complexe pour vous, eu égard aux liens qui unissent les États-Unis avec Israël tant aux niveaux historique qu'économique et à la forte communauté juive présente aux États-Unis dont le poids électoral est évidemment certain pour votre parti. Il suffit de rappeler la menace du Congrès à l'encontre de l'Autorité palestinienne la semaine dernière de geler une aide de cinq cent millions de dollars en cas de demande de reconnaissance d'un État à l'ONU.
Mais il vous incombe, en tant que président de la première puissance mondiale, de penser sur le long terme et à une échelle beaucoup plus large que celle -réductrice- visant à satisfaire le refus de changement de certains. Dans tous les cas, vous n'avez rien à perdre! L'enthousiasme, sans doute excessif, de votre élection a laissé rapidement place à la dure réalité de l'action politique, faite de compromis et de confrontations avec des tendances qui parfois ne dépendent pas de vous. La crise économique a remis en cause une bonne partie de vos projets, l'assurance maladie que vous avez portée avec Ted Kennedy est vidée en grande partie de sa substance de par les coupes budgétaires qui augmentent toujours plus. Que dire enfin de votre politique étrangère, où à bien des égards vous avez été absent ou suiveur! Vous avez délaissé l'Europe au lieu de l'aider à être un allié de taille dans un monde en pleine mutation, et surtout votre bilan concernant le continent africain est proche du vide absolu, alors que tant d'espoirs étaient mis en vous.
Certes une élection se profile pour vous, avec la volonté évidente -et compréhensible- de vous faire réélire. De nombreux spécialistes évoquent toujours le second mandat comme plus utile pour entreprendre de vastes chantiers à l'international. Mais premièrement, il n'est pas sûr que vous soyez réélu en raison de votre bilan fort discutable, et deuxièmement, c'est maintenant que doit se décider l'avenir de la Palestine et d'Israël. Je vous rejoins totalement sur le fait que la reconnaissance seule de l’État palestinien ne saurait être gage de paix et de sécurité et que c'est un processus qui se réalisera sur plusieurs années, au minimum. Mais il s'agit d'une première étape irréfragable pour qui aspire à la paix dans cette région si conflictuelle.
Il ne vous est pas demandé de satisfaire les demandes d'un camp ou de l'autre, mais bien de parvenir à un compromis susceptible d'être validé par les deux protagonistes. Les problèmes sont nombreux, à commencer par la délimitation des frontières du nouvel État envisagé, mais également l'accès aux ressources hydrauliques, et la viabilité économique d'un État palestinien dont des pans entiers de l'économie sont à reconstruire, voire à penser.
Les adversaires sont nombreux, à commencer par le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu, mais dont la puissance réelle est souvent sur-estimée, ses difficultés gouvernementales le montrant aisément. Il y a également le Hamas, qui mise sur un échec de la tentative du Fatah de Monsieur Abbas, pour asseoir toujours plus son autorité, mais négligeant l'intérêt général du peuple.
Monsieur Obama, vous avez la chance d'avoir un interlocuteur courageux en la personne de Mahmoud Abbas. Si vous persistez dans votre souhait d'apposer votre veto à la demande de l'Autorité palestinienne, l'image des États-Unis en sera fortement dégradée. Tous vos efforts pour faire oublier l'ancienne Administration seront en partie remis en cause. Vous avez été absent des révolutions arabes; il est de votre devoir d'agir pour la paix au Proche et Moyen-Orient.
Il est temps pour vous de montrer l'influence américaine sur la scène internationale, sans pour autant faire d'Israël votre ennemi, mais en pensant à la stabilité politique et sécuritaire de la région. Certes, en agissant ainsi, vous acceptez de plonger vers l'inconnu avec toujours plus de difficultés à résoudre, mais l'énergie, le courage et les ressources que vous devrez mobiliser en vaillent la peine.
Vous avez les cartes en main pour entrer dans l'Histoire Monsieur le Président, comme un homme de paix. Ne laissez pas passer cette occasion.