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jeudi 27 octobre 2011

Fin des dictateurs : la "paix perpétuelle" est-elle possible ?

Le XXe siècle a été celui de l’émergence de grandes puissances, cherchant à maintenir un semblant de paix à l’échelle mondiale, face à des États souvent plus petits et moins puissants, mais tenus d’une main de fer par des dictateurs omnipotents et belliqueux. Ces criminels ont perduré en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie et même en Europe pendant des décennies et jusqu’à il y a encore peu de temps, aucun esprit sensé n’aurait imaginé leur chute.

Il aura fallu attendre le début du XXIe siècle pour voir ces hommes si puissants révéler au final leur fragilité ainsi que la dimension éphémère de leur autorité. En quelques années, plusieurs pays ont réussi à se débarrasser du joug des dictateurs.

Saddam Hussein, Ben Ali, Moubarak...

L’Irak a été le premier avec la capture et le procès de Saddam Hussein ; inculpé de multiples chefs d’accusation, il a été pendu en décembre 2006. Bien qu’il y ait beaucoup à dire sur son procès qui aurait mérité plus de temps pour couvrir le champ de ses crimes, force est de constater que les Irakiens ont su adopter un comportement responsable, non susceptible de créer une nostalgie. Le fait de l’avoir vaincu par le droit a indirectement eu des conséquences positives sur la légitimation du nouveau gouvernement en place. Certes des problèmes majeurs demeurent en Irak, mais il est clair que la page Hussein est tournée.

Le Printemps arabe a quant à lui été si puissant qu’il a mis à genoux pas moins de trois dirigeants, et ce n’est sans doute pas terminé : Ben Ali pour la Tunisie, Moubarak pour l’Egypte et Kadhafi pour la Libye sont autant de dictateurs pris dans la tourmente des révolutions arabes et qui ont connu ou connaissent des destinées diverses. Ben Ali est en exil et sans doute malade, de même que Moubarak qui cependant assiste à son procès au Caire. Quant à Kadhafi, il est mort près de sa ville natale Syrte, sans doute assassiné par les forces du CNT. Enfin, que penser du président yéménite Saleh qui s’accroche désespérément à son poste, en dépit d’une opposition massive et de ses tentatives désespérées et meurtrières pour réaffirmer son autorité ?

Je mets cependant délibérément de côté la Syrie qui est un cas particulier, le régime d’Assad ayant encore des soutiens de poids et parvenant pour l’instant à contenir les manifestations. Qui plus est, l’inefficacité des pressions de l’ONU est à ce titre effarant ; elle montre qu’il existe des actions de sûreté et de justice à deux vitesses, les choix dépendant des objectifs stratégiques des grandes puissances impliquées. Je ne demande pas que l’on intervienne en Syrie, bien au contraire, mais je déplore le faible dialogue mis en place par les Occidentaux avec Damas, alors que des négociations sont possibles.

Entre des régimes déjà renversés et d’autres très déstabilisés, on peut s’interroger quant à l’avenir de notre monde multipolaire. Quel crédit accorder à ceux qui y voient des avancées majeures en matière de paix et de démocratie ? Certes, la mise hors d’état de nuire de ces dictateurs est une avancée formidable pour les peuples, mais leur ultime acte de nuisance n’est-il pas leur propre fin ? J’entends par là que ces hommes, au-delà des crimes qu’ils ont commis, ont maintenu l’unité de leur pays par le sang. Désormais, sommes-nous certains que ces Etats n’imploseront pas ?

Quelles évolutions pour la Libye, l'Egypte, la Tunisie ?

La Libye est une association d’intérêts et de groupes très différents, qui se livrent déjà des combats pour s’assurer de leur future autorité à l’échelle du pays. Qui plus est, les récentes déclarations quant à un régime placé sous la Charia laissent présager des évolutions politiques et sociétales complexes, que l’on ne peut pour l’instant analyser, contrairement aux partis d’extrême droite européens qui s’empressent de dénoncer un soi-disant péril islamiste.

L’Egypte quant à elle voit l’armée accentuer son influence, déjà massive, à tous les niveaux de la société ; or, l’armée a pour fonction d’assurer la sécurité du pays et non d’entreprendre des actions de police pour lesquelles elle n’est pas préparée. Les derniers drames et massacres témoignent de cette situation ambivalente.

Enfin, la Tunisie vient de connaître des élections législatives qui sont un succès réel en raison de la forte participation de l’ensemble de la population, mais qui laissent émerger le parti islamiste Ennahda. Ce dernier va occuper de nombreux sièges au sein de l’Assemblée constituante qui rédigera la future Constitution du pays et nommera donc un nouveau gouvernement de transition avant des élections prévues fin 2012 ou début 2013. Le parti Ennahda a rapidement voulu rassurer les puissances européennes de ses intentions, sans réel succès pour l’instant.

Encore une fois, nous sommes dans l’attente des premiers véritables actes politiques de ces nouveaux partis, souvent méconnus, et pour lesquels on cherche des comparaisons qui ne sont pas toujours réfléchies.

Des relations internationales qui ne garantissent pas la paix

Au-delà de ces nouvelles pages d’histoire qui se créent dans ces pays débarrassés de leurs dictateurs, c’est l’avenir même du système international qui mérite d’être repensé. Nous sommes face à l’inconnu : peu de personnes avaient réellement prévu les révolutions arabes, et même durant leur déroulement, combien relativisaient le phénomène en le limitant à un seul pays ?

La réalité est que les relations internationales connaissent une mutation particulièrement fulgurante qui selon moi ne conduit pas vers davantage de sécurité et de paix, faisant du projet de Kant un objectif encore loin à atteindre. On peut en effet supposer une prolifération étatique relative qui conduit déjà (Sud Soudan, peut-être la Palestine…) à des bouleversements géopolitiques majeurs. Ces derniers ne se feront pas sans heurts et il est à craindre que la paix soit un but toujours plus délicat à atteindre en raison de la multiplication des acteurs et surtout, de la faiblesse des grandes puissances.

Celles-ci, plongées dans leurs problèmes économiques et financiers, délaissent leur vision géostratégique internationale, afin de donner la priorité à leur situation nationale. Or, leur situation nationale est justement profondément liée à l’environnement international. Elles ont en outre une part de responsabilité dans la longévité plus que "remarquable" de ces dictateurs, protégés jusqu’à présent car supposés être des adversaires du terrorisme islamiste. L’euphorie des révolutions arabes et surtout des chutes des dirigeants est compréhensible pour ces populations qui ont souffert.

Vers la démocratie ?

Cependant, y voir les prémices d’un essor de la démocratie et de la paix me semblent précipité et peu probable, car au-delà des considérations politiques et sécuritaires, il y a une dimension économique et sociale qui demeure éludée et qui constitue pourtant la base des inégalités et explique en partie des actes criminels, tels que le terrorisme. Seules de plus grandes initiatives et surtout prérogatives des organisations internationales sauraient permettre la paix. Mais les États ne sont pas prêts à abandonner une part de leur souveraineté.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/208593;fin-des-dictateurs-la-paix-perpetuelle-est-elle-possible.html

mercredi 21 septembre 2011

Président Obama, entrez dans l'Histoire!

Nous sommes à la veille d'un événement majeur dans l'Histoire des XX et XXIème siècles. Marqués par plus de soixante ans de conflits, les Palestiniens, par la voix de leur Président Mahmoud Abbas, vont demander à la tribune de l'ONU la reconnaissance d'un État palestinien. On ne connaît pas encore les modalités exactes, à savoir entre autres si la demande sera faite au Conseil de Sécurité ou devant l'Assemblée générale, l'importance de ce détail étant majeure car vous avez annoncé en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité que vous mettriez votre veto à la proposition palestinienne. Or, en agissant ainsi, vous réduisez à néant les espoirs de plusieurs millions de Palestiniens et d'Arabes en général.

L'année 2011 aura clairement été celle du Monde arabe. Le Printemps arabe a bouleversé des puissances considérées comme inébranlables il y a encore peu de temps avec leurs régimes quasi dictatoriaux. La Tunisie, l’Égypte et bientôt la Libye peuvent désormais se penser comme de futurs espaces de liberté, même si un tel bouleversement prendra du temps et ne se fera pas sans heurts. La Syrie connaît de nombreux troubles, bien que l'on manque considérablement d'informations fiables pour entreprendre une prospective réelle. Et même Israël, souvent considéré comme "à part" dans la région, a connu un été très sensible avec une série de manifestations pour dénoncer les inégalités toujours plus croissantes que connaissent les Israéliens, en particulier en matière d'accès au logement et au sujet des aides étatiques pour les colons. En d'autres termes, le Proche et Moyen-Orient est à un tournant qu'il convient d'accompagner, ce qu'a fait avec plus ou moins de succès et de diplomatie le Président Sarkozy.

Président Obama, vous aviez pourtant suscité de vifs espoirs avec votre discours du Caire et vos récentes allusions sur la nécessité d'un État palestinien. Peu de temps après la mort de Ben Laden, vous aviez même parlé d'un État palestinien sur les frontières de 1967, provoquant une forte réprobation d'Israël ainsi qu'une partie de vos représentants au Congrès qui critiquaient le timing d'une telle déclaration. Il est évident que la situation est complexe pour vous, eu égard aux liens qui unissent les États-Unis avec Israël tant aux niveaux historique qu'économique et à la forte communauté juive présente aux États-Unis dont le poids électoral est évidemment certain pour votre parti. Il suffit de rappeler la menace du Congrès à l'encontre de l'Autorité palestinienne la semaine dernière de geler une aide de cinq cent millions de dollars en cas de demande de reconnaissance d'un État à l'ONU.

Mais il vous incombe, en tant que président de la première puissance mondiale, de penser sur le long terme et à une échelle beaucoup plus large que celle -réductrice- visant à satisfaire le refus de changement de certains. Dans tous les cas, vous n'avez rien à perdre! L'enthousiasme, sans doute excessif, de votre élection a laissé rapidement place à la dure réalité de l'action politique, faite de compromis et de confrontations avec des tendances qui parfois ne dépendent pas de vous. La crise économique a remis en cause une bonne partie de vos projets, l'assurance maladie que vous avez portée avec Ted Kennedy est vidée en grande partie de sa substance de par les coupes budgétaires qui augmentent toujours plus. Que dire enfin de votre politique étrangère, où à bien des égards vous avez été absent ou suiveur! Vous avez délaissé l'Europe au lieu de l'aider à être un allié de taille dans un monde en pleine mutation, et surtout votre bilan concernant le continent africain est proche du vide absolu, alors que tant d'espoirs étaient mis en vous.

Certes une élection se profile pour vous, avec la volonté évidente -et compréhensible- de vous faire réélire. De nombreux spécialistes évoquent toujours le second mandat comme plus utile pour entreprendre de vastes chantiers à l'international. Mais premièrement, il n'est pas sûr que vous soyez réélu en raison de votre bilan fort discutable, et deuxièmement, c'est maintenant que doit se décider l'avenir de la Palestine et d'Israël. Je vous rejoins totalement sur le fait que la reconnaissance seule de l’État palestinien ne saurait être gage de paix et de sécurité et que c'est un processus qui se réalisera sur plusieurs années, au minimum. Mais il s'agit d'une première étape irréfragable pour qui aspire à la paix dans cette région si conflictuelle.
Il ne vous est pas demandé de satisfaire les demandes d'un camp ou de l'autre, mais bien de parvenir à un compromis susceptible d'être validé par les deux protagonistes. Les problèmes sont nombreux, à commencer par la délimitation des frontières du nouvel État envisagé, mais également l'accès aux ressources hydrauliques, et la viabilité économique d'un État palestinien dont des pans entiers de l'économie sont à reconstruire, voire à penser.
Les adversaires sont nombreux, à commencer par le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu, mais dont la puissance réelle est souvent sur-estimée, ses difficultés gouvernementales le montrant aisément. Il y a également le Hamas, qui mise sur un échec de la tentative du Fatah de Monsieur Abbas, pour asseoir toujours plus son autorité, mais négligeant l'intérêt général du peuple.

Monsieur Obama, vous avez la chance d'avoir un interlocuteur courageux en la personne de Mahmoud Abbas. Si vous persistez dans votre souhait d'apposer votre veto à la demande de l'Autorité palestinienne, l'image des États-Unis en sera fortement dégradée. Tous vos efforts pour faire oublier l'ancienne Administration seront en partie remis en cause. Vous avez été absent des révolutions arabes; il est de votre devoir d'agir pour la paix au Proche et Moyen-Orient.

Il est temps pour vous de montrer l'influence américaine sur la scène internationale, sans pour autant faire d'Israël votre ennemi, mais en pensant à la stabilité politique et sécuritaire de la région. Certes, en agissant ainsi, vous acceptez de plonger vers l'inconnu avec toujours plus de difficultés à résoudre, mais l'énergie, le courage et les ressources que vous devrez mobiliser en vaillent la peine.
Vous avez les cartes en main pour entrer dans l'Histoire Monsieur le Président, comme un homme de paix. Ne laissez pas passer cette occasion.

vendredi 5 août 2011

Israël, l'été du tournant?

La situation devient de plus en plus inextricable pour le Premier Ministre israélien Netanyahu. Malmené dans les sondages, il doit aujourd'hui faire face à deux problèmes concrets qui peuvent affecter durablement l'état du pays, l'un ayant trait à la politique extérieure du pays, l'autre lié à la société israélienne elle-même. Nous verrons que la frontière entre ces deux problèmes est tout sauf grande.
Depuis plusieurs mois, le gouvernement palestinien du Président Mahmoud Abbas mène une intense campagne de lobbying auprès des grandes puissances et en particulier des Etats-Unis pour que l'assemblée de l'ONU reconnaisse la Palestine. Un tel acte constituerait un événement sans précédent car il consacrerait l'existence de la Palestine comme Etat, du moins au niveau symbolique, seule la décision du Conseil de sécurité pouvant légalement agir.
Israël, s'opposant en vérité radicalement à cette proposition, qu'il juge contraire à ses intérêts alors qu'en vérité ce n'est pas forcément le cas, tente de mener un jeu de manipulation. Tout en affirmant vouloir négocier avec les Palestiniens, soutenus par Obama qui avait parlé dans un premier temps d'un Etat sur les frontières de 1967 avant de se raviser devant son empressement inconsidéré, les Israéliens restent vagues le plus possible, distillant une information avant de la minorer dans l'instant.
C'est ainsi que l'on ne sait pas aujourd'hui clairement quelle est la position israélienne. Selon certains, Israël reproduit sa stratégie habituelle de faire tourner en rond les négociations pour les faire avorter. On peut le penser mais c'est une stratégie très risquée qu'entreprend Netanyahu car il faudra bien arriver à une solution. Plutôt que de s'opposer à ce qui semble inéductable, Israël ferait mieux d'accompagner le développement et la reconnaissance de la Palestine: c'est là tout son intérêt. Septembre devrait donner de nouvelles clés pour comprendre les stratagèmes des deux camps.
A une autre échelle, au niveau de la population israélienne, la société est touchée par de multiples manifestations. Plus de 150 mille personnes sont descendues dans la rue le 30 juillet pour dénoncer le coût prohibitif des loyers, qui empêche les jeunes et la classe moyenne de se loger. On parle déjà d'un mouvement de "justice sociale", que le Premier Ministre semble bien avoir du mal à endiguer. Ses mesurettes n'ont aucun effet alors que le pays est confronté à de sérieux troubles économiques, qui touchent aussi bien l'éducation que la santé. Bien qu'Israël soit un pays très développé avec un fort secteur technologique, il convient de rappeler que sa croissance est portée par l'aide américaine qui se manifeste par des commandes importantes ou par des transferts de technologie.
Le plus délicat dans cette "révolte" - le mot n'est sans doute pas exagéré- est qu'elle est susceptible de diviser la population israélienne, des critiques de plus en plus fortes étant émises à l'égard des colons qui absorbent une part considérable du budget de l'Etat, voire une part disproportionnée compte tenu de leur nombre.
On voit bien là que la politique extérieure d'Israël a, plus que pour tout autre Etat, des conséquences profondes sur la politique intérieure. Sans sombrer dans l'angélisme qui voudrait que la paix avec la Palestine apporte la croissance à Israël, on peut penser qu'une politique plus harmonieuse du gouvernement Netanyahu, qui se focaliserait sur la réduction des inégalités au sein de la société et sur l'établissement de relations plus saines avec le gouvernement du Hamas serait un gage de sécurité majeur pour le Moyen-Orient.
L'été s'annonce à double-tranchant pour Netanyahu qui joue son mandat. Il doit être sur deux fronts à la fois et apporter des solutions, sans quoi Israël pourrait perdre la main ainsi qu'une part de son influence.

samedi 21 mai 2011

L'aide diplomatique américaine dans le Monde arabe

Dans la chronique d'hier, je traitais de la proposition audacieuse mais peu judicieuse du Président Obama d'oeuvrer à la création d'un Etat palestinien sur les frontières de 1967. Très rapidement, comme on pouvait s'y attendre, Israël a refusé fermement cette proposition et les lobbys pro-israéliens ont entamé leur travail de communication intensive pour délégitimer la position d'Obama.

Mais résumer le discours du Président au seul conflit israélo-palestinien serait une erreur. Le Président Obama définit de façon plus globale ce que doivent être les relations entre les Etats-Unis et le monde arabe. L'urgence est d'autant plus de mise que le monde arabe est secoué par des révolutions qui font chuter des dictateurs, ou plus poliment des "présidents à vie", et qui permettent aux individus d'exprimer leurs revendications, aussi bien matérielles qu'immatérielles.

Dans son discours, Obama cherche à distribuer les bons et mauvais points, félicitant la Tunisie et l'Egypte pour le succès des révoltes et critiquant ouvertement la Libye et la Syrie pour la répression que ces deux Etats conduisent. Bien que de façon indirecte et cachée un rôle ait été joué par l'Administration Obama, il semble bien que cette dernière ait pris le train en marche, réagissant au coup par courp, proclamant le respect de l'expression populaire sans pour autant mener une véritable politique de pressions à l'encontre des autorités concernées. Sinon, comment expliquer sa mollesse face au drame syrien? Ou son jeu de "ni oui ni non" en Libye?

Il est vrai que la situation est complexe et qu'elle ressemble à s'y méprendre à un château de cartes car si des actions sont menées contre la Syrie, comment réagira l'Iran? Les Etats-Unis sont confrontés à un dilemme entre leur volonté d'accompagner les révolutions arabes tout en agissant pour une stabilité géopolitique dans la région. Il semble bien qu'actuellement, ils n'aient pas fait réellement de choix, laissant la situation empirée, la Libye se divisant entre pro et anti-Kadhafi et le peuple syrien faisant l'objet de massacres.

Obama peut se glorifier de la mort de Ben Laden et rappeler que ce dernier ne représentait en rien le monde musulman et qu'au contraire, il lui nuisait. Mais cet acte seul, aussi emblématique soit-il, ne doit pas détourner le Président des préoccupations premières, à savoir:
1. oeuvrer à une solution de paix sur le long terme entre Israéliens et Palestiniens
2. accompagner les révolutions arabes sans faire preuve d'une trop grande ingérence
3. faire preuve de mesure dans ses choix géostratégiques pour ne pas exciter les franges extrêmes des autorités iraniennes qui ont d'importantes visées régionalistes.

Souhaitons que celui qui a prononcé le fameux "discours du Caire" en 2009 sera à la hauteur, pour le bien du monde arabe et du monde dans son ensemble.


vendredi 20 mai 2011

Obama, le discours de la paix et Israël

Hier, le Président américain a prononcé un discours au Département d’Etat sur la situation dans les Pays arabes, qui fera sans nul doute date. Le choix de la date n'est pas anodin, le Président Obama devant rencontrer aujourd'hui le Premier ministre israélien Nétanyahou. Le conflit israélo-palestinien occupe une place majeure dans le discours de par la proposition phare que défend Obama, à savoir la création d'un Etat palestinien sur la base des frontières de 1967. Il est certain qu'Obama savait que sa proposition ferait l'effet d'une bombe et serait abondamment commentée par les médias et les autorités israéliennes et palestiniennes. Comment comprendre cet acte politique?

Certes, avec l'assassinat de Ben Laden, Obama a retrouvé un peu de sa splendeur, parvenant à faire oublier pour un temps une situation économique complexe et fragile et une politique extérieure brouillonne avec le conflit afghan toujours plus enlisé. Mais le cas d'Israël est unique et spécifique. L'histoire américaine montre qu'on ne négocie pas -malheureusement- avec Israël comme l'on négocie avec d'autres puissances. Israël possède de très nombreux soutiens aux Etats-Unis qui font pression de façon ouverte sur l'Administration pour qu'elle fournisse un soutien inconditionnel à Tel Aviv. Cela s'est déjà vu sous la présidence Obama, qui n'a pu imposer ses vues à Netanyahou malgré la mauvaise passe que ce dernier connaissait avec sa coalition marquée à droite.

La réaction au discours d'Obama ne s'est pas faite attendre, Israël refusant catégoriquement la proposition américaine bien que celle-ci ait mis les formes en réaffirmant son soutien à la légitimation de l'Etat d'Israël. Faut-il donc y voir une faute politique de la part d'Obama? Sans pour autant répondre par l'affirmative, soulignons deux points: Obama n'a parlé d'aucun moyen de pression pour infléchir la position d'Israël. En d'autres termes, "je parle mais sans avoir les capacités d'être écouté". Deuxièmement, Obama a agi trop tôt. L'histoire montre que les Présidents américains qui font deux mandats consacrent le second aux grandes causes et problématiques internationales car ils n'ont plus rien à perdre et souhaitent rentrer dans l'Histoire. En attendant 2012-2013, Obama se donnait les chances d'agir efficacement avec moins de pression. Il s'agit donc bien d'un coup d'épée dans l'eau.

Nous verrons demain que le discours d'Obama ne se cantonne pas au conflit israélo-palestinien, mais qu'il définit, même partiellement, la position des Etats-Unis vis à vis du "bloc arabe" et la politique qu'il convient de mener.

lundi 8 novembre 2010

Le non-sens israélien

Si Nétanyahou voulait empirer une situation déjà inextricable, il ne s'y prendrait pas autrement. La commission de planification du ministère de l'intérieur israélien a ainsi approuvé aujourd'hui la construction de près de 1300 logements à Jérusalem-Est, partie de la ville pourtant revendiquée par les Palestiniens comme la capitale de leur futur état.

Les protestations palestiniennes ne se sont pas faites attendre, Israël étant accusé de tout faire pour réduire à néant le processus de paix. Ce dernier était déjà dans l'impasse, les Palestiniens ayant quitté la table des négociations après une provocation israélienne en septembre, toujours au sujet de la construction de nouveaux logements.

Alors que le Premier ministre israélien est actuellement aux USA, où il rencontre les organisations juives avant de s'entretenir avec la secrétaire d'Etat Hillary Clinton ce jeudi, cette annonce tombe au plus mal... ou plutôt au meilleur moment.

En effet, le président Obama vient de subir une cuisante défaite aux élections de mi-mandat, ce qui l'a considérablement affaibli sur le plan intérieur. Il va donc tenter, à l'image de ce qu'a fait Bill Clinton, de redorer son blason grâce à la politique extérieure.
En agissant de la sorte, Nétanyahou entend rappeler à Obama qu'il refusera toute ingérence nuisant à la politique israélienne, aussi contre-productive soit-elle à l'égard de la paix et qu'il ne craint aucune puissance étrangère.

Reste qu'Obama a en théorie les moyens de forcer les deux parties, israélienne et palestinienne, à retourner à la table des négociations et à oeuvrer réellement à une paix tangible. Il lui faudrait un courage politique fort, une capacité à encaisser les coups qui viendraient de toutes parts. En réussissant, ou tout du moins en essayant réellement, il honorerait le prix Nobel qui lui a été attribué.