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mardi 14 février 2012

Israël / Iran : un jeu de poker menteur ?


Depuis quelques jours, les tensions se multiplient entre Israël et l’Iran. Il y a deux jours, deux attaques contre des intérêts israéliens ont été perpétrées en Inde et en Géorgie, faisant plusieurs blessés graves, dont des membres du personnel diplomatique israélien. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a immédiatement réagi, accusant le régime iranien d’être derrière ces tentatives d’attentat (celle en Géorgie ayant échoué). Il est même allé jusqu’à affirmer : «L'Iran qui est derrière ces attentats est le plus grand propagateur de terrorisme dans le monde». Soulignons qu’il n’y a pas pour l’instant de preuve formelle de l’implication de l’Iran et que surtout Téhéran a démenti une quelconque participation à ces attentats.

L’accusation du Premier ministre israélien a cependant un certain écho, car elle fait suite à un week-end important pour le régime iranien qui fêtait le 33ème anniversaire de la Révolution islamique, et où le Président Ahmadinejad s’est à nouveau fait –tristement- remarquer. En parlant « d’idole de l’Holocauste » et faisant prononcer un discours niant l’existence d’Israël par le Premier ministre du mouvement islamiste palestinien Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, le Président iranien cherche clairement à provoquer Israël et ce d’autant plus qu’il a indiqué que « plusieurs projets nucléaires importants » verraient prochainement jour. 

Le flou entourant cette dernière déclaration doit inciter à un réel scepticisme et devrait surtout être interprété comme une volonté iranienne de ne pas apparaître faible au regard de trois déterminants majeurs :
-          La réussite de la fabrication de la bombe nucléaire iranienne, considérée depuis des années par certains experts comme imminente, n’est pas une réalité pour l’instant. Les nombreuses opérations conduites par le Mossad (assassinats de scientifiques –démentis mais probables-, cyberattaques…) ont ralenti le programme nucléaire iranien qui n’a pas de résultats tangibles. Le Président Ahmadinejad qui a fondé une bonne partie de sa politique extérieure sur l’accession à la bombe s’en voit ainsi affaibli.
-          Les événements qui secouent la Syrie inquiètent particulièrement Téhéran qui, si le régime de Bachar Al Assad tombait, se retrouverait particulièrement isolé dans une région conflictuelle où les autres puissances sont ses adversaires. Nul doute que la surenchère sémantique israélienne tombe à point nommé.
-          Enfin, des élections législatives sont prévues début mars. Les réformistes ont déjà indiqué leur refus d’y participer. Le champ d’analyse se reportera donc sur le succès ou pas des conservateurs : en cas de victoire, Ahmadinejad en sortirait renforcé face à au Guide Khamenei. Rappelons que les deux hommes entretiennent des relations très tendues, qui affectent la gouvernance, les luttes d’influence étant en outre observées par les services étrangers.  

C’est donc dans ce contexte particulièrement agité qu’il convient d’analyser le discours récent d’une attaque préventive d’Israël sur les installations nucléaires iraniennes sans l’autorisation des Etats-Unis.  Un article du Figaro de ce matin cherchait à trouver des indices précisant l’imminence d’une attaque unilatérale. Outre le fait que les arguments présentés sont relativement faibles, il me serait très difficile d’y voir dans cette possible –mais peu probable- aventure un quelconque succès, tant les problèmes à résoudre sont nombreux.
Certes, le constat d’Israël concernant l’avancée inexorable du programme nucléaire iranien est juste. Mais cela doit-il impliquer le déclenchement d’une guerre ? Je ne le pense pas et ce pour plusieurs raisons :
-          Une attaque seule des Israéliens les priverait du soutien des Etats-Unis. Rappelons que Barack Obama va bientôt entrer en campagne pour sa réélection et qu’un nouveau conflit, dicté par un allié, lui serait fortement dommageable.
-          Israël se verrait isolé sur les scènes régionale (risque d’engrenage) et internationale avec le risque de sanctions. C’est ce que prévoit tout du moins le droit international, même si l’Histoire montre qu’Israël a toujours évité les condamnations du Conseil de Sécurité de l’ONU grâce au veto américain. Celui-ci serait-il toujours là en cas d’aventure solitaire d’Israël ?
-          Le succès de l’opération demeure très incertain, car le régime iranien a fait construire ses installations nucléaires à de nombreux endroits sur son territoire et les a enfouies très profondément. Il y a aurait forcément des dégâts mais un anéantissement total des infrastructures est difficile à envisager, de l’aveu même des militaires.
-          En choisissant d’attaquer, Israël prend également le risque de subir des contre-attaques sur plusieurs fronts. La réponse iranienne s’ajouterait aux initiatives du Hezbollah, de la Syrie et du Hamas. Israël a-t-il évalué le coût humain d’une telle aventure ?
-          Enfin,  Israël incarnerait la puissance ayant mis le feu à une région déjà très sensible et les répercussions seraient mondiales, aussi bien au niveau politique (quelles réactions des grandes puissances, de l’Europe…) qu’économique (brusque montée des cours du pétrole entre autres)

Ce n’est pas la première fois qu’Israël tente ce genre d’intimidations à l’encontre de l’Iran. Certes, le contexte est particulier avec le Printemps arabe et le drame syrien, mais Israël n’a pas en vérité intérêt à entrer en conflit direct avec l’Iran. Les deux pays entretiennent des relations économiques qui s’élèvent à plus d’un milliard de dollars, et comme nous venons de le voir, Israël serait le grand perdant sur le moyen et long terme d’un tel affrontement.

Rappelons enfin que même si l’on peut comprendre la crainte d’Israël quant à l’accession par Téhéran de l’arme nucléaire, cette dernière n’a jamais été utilisée depuis 1945 dans un conflit et a même permis à des ennemis d’avoir des relations plus équilibrées et apaisées, à l’image de l’Inde et du Pakistan. Comme je l’avais écrit dans une précédente analyse, l’objectif de l’Iran n’est pas l’anéantissement d’Israël mais bien de provoquer une redistribution des cartes au Moyen-Orient.

mercredi 21 septembre 2011

Président Obama, entrez dans l'Histoire!

Nous sommes à la veille d'un événement majeur dans l'Histoire des XX et XXIème siècles. Marqués par plus de soixante ans de conflits, les Palestiniens, par la voix de leur Président Mahmoud Abbas, vont demander à la tribune de l'ONU la reconnaissance d'un État palestinien. On ne connaît pas encore les modalités exactes, à savoir entre autres si la demande sera faite au Conseil de Sécurité ou devant l'Assemblée générale, l'importance de ce détail étant majeure car vous avez annoncé en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité que vous mettriez votre veto à la proposition palestinienne. Or, en agissant ainsi, vous réduisez à néant les espoirs de plusieurs millions de Palestiniens et d'Arabes en général.

L'année 2011 aura clairement été celle du Monde arabe. Le Printemps arabe a bouleversé des puissances considérées comme inébranlables il y a encore peu de temps avec leurs régimes quasi dictatoriaux. La Tunisie, l’Égypte et bientôt la Libye peuvent désormais se penser comme de futurs espaces de liberté, même si un tel bouleversement prendra du temps et ne se fera pas sans heurts. La Syrie connaît de nombreux troubles, bien que l'on manque considérablement d'informations fiables pour entreprendre une prospective réelle. Et même Israël, souvent considéré comme "à part" dans la région, a connu un été très sensible avec une série de manifestations pour dénoncer les inégalités toujours plus croissantes que connaissent les Israéliens, en particulier en matière d'accès au logement et au sujet des aides étatiques pour les colons. En d'autres termes, le Proche et Moyen-Orient est à un tournant qu'il convient d'accompagner, ce qu'a fait avec plus ou moins de succès et de diplomatie le Président Sarkozy.

Président Obama, vous aviez pourtant suscité de vifs espoirs avec votre discours du Caire et vos récentes allusions sur la nécessité d'un État palestinien. Peu de temps après la mort de Ben Laden, vous aviez même parlé d'un État palestinien sur les frontières de 1967, provoquant une forte réprobation d'Israël ainsi qu'une partie de vos représentants au Congrès qui critiquaient le timing d'une telle déclaration. Il est évident que la situation est complexe pour vous, eu égard aux liens qui unissent les États-Unis avec Israël tant aux niveaux historique qu'économique et à la forte communauté juive présente aux États-Unis dont le poids électoral est évidemment certain pour votre parti. Il suffit de rappeler la menace du Congrès à l'encontre de l'Autorité palestinienne la semaine dernière de geler une aide de cinq cent millions de dollars en cas de demande de reconnaissance d'un État à l'ONU.

Mais il vous incombe, en tant que président de la première puissance mondiale, de penser sur le long terme et à une échelle beaucoup plus large que celle -réductrice- visant à satisfaire le refus de changement de certains. Dans tous les cas, vous n'avez rien à perdre! L'enthousiasme, sans doute excessif, de votre élection a laissé rapidement place à la dure réalité de l'action politique, faite de compromis et de confrontations avec des tendances qui parfois ne dépendent pas de vous. La crise économique a remis en cause une bonne partie de vos projets, l'assurance maladie que vous avez portée avec Ted Kennedy est vidée en grande partie de sa substance de par les coupes budgétaires qui augmentent toujours plus. Que dire enfin de votre politique étrangère, où à bien des égards vous avez été absent ou suiveur! Vous avez délaissé l'Europe au lieu de l'aider à être un allié de taille dans un monde en pleine mutation, et surtout votre bilan concernant le continent africain est proche du vide absolu, alors que tant d'espoirs étaient mis en vous.

Certes une élection se profile pour vous, avec la volonté évidente -et compréhensible- de vous faire réélire. De nombreux spécialistes évoquent toujours le second mandat comme plus utile pour entreprendre de vastes chantiers à l'international. Mais premièrement, il n'est pas sûr que vous soyez réélu en raison de votre bilan fort discutable, et deuxièmement, c'est maintenant que doit se décider l'avenir de la Palestine et d'Israël. Je vous rejoins totalement sur le fait que la reconnaissance seule de l’État palestinien ne saurait être gage de paix et de sécurité et que c'est un processus qui se réalisera sur plusieurs années, au minimum. Mais il s'agit d'une première étape irréfragable pour qui aspire à la paix dans cette région si conflictuelle.
Il ne vous est pas demandé de satisfaire les demandes d'un camp ou de l'autre, mais bien de parvenir à un compromis susceptible d'être validé par les deux protagonistes. Les problèmes sont nombreux, à commencer par la délimitation des frontières du nouvel État envisagé, mais également l'accès aux ressources hydrauliques, et la viabilité économique d'un État palestinien dont des pans entiers de l'économie sont à reconstruire, voire à penser.
Les adversaires sont nombreux, à commencer par le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu, mais dont la puissance réelle est souvent sur-estimée, ses difficultés gouvernementales le montrant aisément. Il y a également le Hamas, qui mise sur un échec de la tentative du Fatah de Monsieur Abbas, pour asseoir toujours plus son autorité, mais négligeant l'intérêt général du peuple.

Monsieur Obama, vous avez la chance d'avoir un interlocuteur courageux en la personne de Mahmoud Abbas. Si vous persistez dans votre souhait d'apposer votre veto à la demande de l'Autorité palestinienne, l'image des États-Unis en sera fortement dégradée. Tous vos efforts pour faire oublier l'ancienne Administration seront en partie remis en cause. Vous avez été absent des révolutions arabes; il est de votre devoir d'agir pour la paix au Proche et Moyen-Orient.

Il est temps pour vous de montrer l'influence américaine sur la scène internationale, sans pour autant faire d'Israël votre ennemi, mais en pensant à la stabilité politique et sécuritaire de la région. Certes, en agissant ainsi, vous acceptez de plonger vers l'inconnu avec toujours plus de difficultés à résoudre, mais l'énergie, le courage et les ressources que vous devrez mobiliser en vaillent la peine.
Vous avez les cartes en main pour entrer dans l'Histoire Monsieur le Président, comme un homme de paix. Ne laissez pas passer cette occasion.

vendredi 5 août 2011

Israël, l'été du tournant?

La situation devient de plus en plus inextricable pour le Premier Ministre israélien Netanyahu. Malmené dans les sondages, il doit aujourd'hui faire face à deux problèmes concrets qui peuvent affecter durablement l'état du pays, l'un ayant trait à la politique extérieure du pays, l'autre lié à la société israélienne elle-même. Nous verrons que la frontière entre ces deux problèmes est tout sauf grande.
Depuis plusieurs mois, le gouvernement palestinien du Président Mahmoud Abbas mène une intense campagne de lobbying auprès des grandes puissances et en particulier des Etats-Unis pour que l'assemblée de l'ONU reconnaisse la Palestine. Un tel acte constituerait un événement sans précédent car il consacrerait l'existence de la Palestine comme Etat, du moins au niveau symbolique, seule la décision du Conseil de sécurité pouvant légalement agir.
Israël, s'opposant en vérité radicalement à cette proposition, qu'il juge contraire à ses intérêts alors qu'en vérité ce n'est pas forcément le cas, tente de mener un jeu de manipulation. Tout en affirmant vouloir négocier avec les Palestiniens, soutenus par Obama qui avait parlé dans un premier temps d'un Etat sur les frontières de 1967 avant de se raviser devant son empressement inconsidéré, les Israéliens restent vagues le plus possible, distillant une information avant de la minorer dans l'instant.
C'est ainsi que l'on ne sait pas aujourd'hui clairement quelle est la position israélienne. Selon certains, Israël reproduit sa stratégie habituelle de faire tourner en rond les négociations pour les faire avorter. On peut le penser mais c'est une stratégie très risquée qu'entreprend Netanyahu car il faudra bien arriver à une solution. Plutôt que de s'opposer à ce qui semble inéductable, Israël ferait mieux d'accompagner le développement et la reconnaissance de la Palestine: c'est là tout son intérêt. Septembre devrait donner de nouvelles clés pour comprendre les stratagèmes des deux camps.
A une autre échelle, au niveau de la population israélienne, la société est touchée par de multiples manifestations. Plus de 150 mille personnes sont descendues dans la rue le 30 juillet pour dénoncer le coût prohibitif des loyers, qui empêche les jeunes et la classe moyenne de se loger. On parle déjà d'un mouvement de "justice sociale", que le Premier Ministre semble bien avoir du mal à endiguer. Ses mesurettes n'ont aucun effet alors que le pays est confronté à de sérieux troubles économiques, qui touchent aussi bien l'éducation que la santé. Bien qu'Israël soit un pays très développé avec un fort secteur technologique, il convient de rappeler que sa croissance est portée par l'aide américaine qui se manifeste par des commandes importantes ou par des transferts de technologie.
Le plus délicat dans cette "révolte" - le mot n'est sans doute pas exagéré- est qu'elle est susceptible de diviser la population israélienne, des critiques de plus en plus fortes étant émises à l'égard des colons qui absorbent une part considérable du budget de l'Etat, voire une part disproportionnée compte tenu de leur nombre.
On voit bien là que la politique extérieure d'Israël a, plus que pour tout autre Etat, des conséquences profondes sur la politique intérieure. Sans sombrer dans l'angélisme qui voudrait que la paix avec la Palestine apporte la croissance à Israël, on peut penser qu'une politique plus harmonieuse du gouvernement Netanyahu, qui se focaliserait sur la réduction des inégalités au sein de la société et sur l'établissement de relations plus saines avec le gouvernement du Hamas serait un gage de sécurité majeur pour le Moyen-Orient.
L'été s'annonce à double-tranchant pour Netanyahu qui joue son mandat. Il doit être sur deux fronts à la fois et apporter des solutions, sans quoi Israël pourrait perdre la main ainsi qu'une part de son influence.

vendredi 20 mai 2011

Obama, le discours de la paix et Israël

Hier, le Président américain a prononcé un discours au Département d’Etat sur la situation dans les Pays arabes, qui fera sans nul doute date. Le choix de la date n'est pas anodin, le Président Obama devant rencontrer aujourd'hui le Premier ministre israélien Nétanyahou. Le conflit israélo-palestinien occupe une place majeure dans le discours de par la proposition phare que défend Obama, à savoir la création d'un Etat palestinien sur la base des frontières de 1967. Il est certain qu'Obama savait que sa proposition ferait l'effet d'une bombe et serait abondamment commentée par les médias et les autorités israéliennes et palestiniennes. Comment comprendre cet acte politique?

Certes, avec l'assassinat de Ben Laden, Obama a retrouvé un peu de sa splendeur, parvenant à faire oublier pour un temps une situation économique complexe et fragile et une politique extérieure brouillonne avec le conflit afghan toujours plus enlisé. Mais le cas d'Israël est unique et spécifique. L'histoire américaine montre qu'on ne négocie pas -malheureusement- avec Israël comme l'on négocie avec d'autres puissances. Israël possède de très nombreux soutiens aux Etats-Unis qui font pression de façon ouverte sur l'Administration pour qu'elle fournisse un soutien inconditionnel à Tel Aviv. Cela s'est déjà vu sous la présidence Obama, qui n'a pu imposer ses vues à Netanyahou malgré la mauvaise passe que ce dernier connaissait avec sa coalition marquée à droite.

La réaction au discours d'Obama ne s'est pas faite attendre, Israël refusant catégoriquement la proposition américaine bien que celle-ci ait mis les formes en réaffirmant son soutien à la légitimation de l'Etat d'Israël. Faut-il donc y voir une faute politique de la part d'Obama? Sans pour autant répondre par l'affirmative, soulignons deux points: Obama n'a parlé d'aucun moyen de pression pour infléchir la position d'Israël. En d'autres termes, "je parle mais sans avoir les capacités d'être écouté". Deuxièmement, Obama a agi trop tôt. L'histoire montre que les Présidents américains qui font deux mandats consacrent le second aux grandes causes et problématiques internationales car ils n'ont plus rien à perdre et souhaitent rentrer dans l'Histoire. En attendant 2012-2013, Obama se donnait les chances d'agir efficacement avec moins de pression. Il s'agit donc bien d'un coup d'épée dans l'eau.

Nous verrons demain que le discours d'Obama ne se cantonne pas au conflit israélo-palestinien, mais qu'il définit, même partiellement, la position des Etats-Unis vis à vis du "bloc arabe" et la politique qu'il convient de mener.

lundi 4 avril 2011

Gaza et le rapport Goldstone: un triste revirement de situation

Le rapport Goldstone n'est plus. Décrié de façon virulente par Israël pour son contenu et ses accusations de "crimes contre l'humanité" envers les Palestiniens de Gaza (des accusations similaires étaient également portées contre le Hamas), le rapport du nom du procureur sud-africain va désormais se perdre dans les oubliettes de l'histoire. En effet, son rapporteur, dans une tribune parue dans le Washington Post, est revenu sur ses écrits, précisant qu'il n'avait pas eu connaissance de certains faits lors de l'enquête. Remarque plus qu'étrange lorsqu'on sait la rétension d'informations qu'a opérée Israël lors de la Commission d'enquête. Bref retour sur l'histoire d'un assourdissant et coupable drame, aussi bien humain que moral.

Lors de l'hiver 2008-2009 et suite à des tirs de roquettes du Hamas sur le territoire israélien, Tsahal procède à des raids et bombardements aériens suivis par une offensive terrestre pour mettre un terme à ces accrochages meurtriers. Ce n'est pas la première fois que des conflits de faible durée (moins de deux mois) se produisent entre le territoire de l'Autorité Palestinienne et Israël, mais celui-ci est clairement spécifique de par sa brutalité et sa disproportion liée au nombre de victimes. En effet, plus de 1400 Palestiniens, des civils dans leur très grande majorité, ont péri lors de l'opération "Plomb durci" contre moins d'une vingtaine de soldats israéliens.

Sans pour autant refuser à Israël son droit à se défendre, la communauté internationale dans son ensemble, à l'exception entre autres des USA, a critiqué ouvertement l'opération militaire israélienne et a demandé à l'ONU une commission d'enquête pour répondre à de nombreuses questions, comme les raisons justifiant le bombardement de bâtiments abritant des ONG internationales et des services médicaux. C'est à un juge sud-africain de grande renommée, Monsieur Goldstone, juif et ouvertement sioniste, qu'a été confiée cette tâche. On pensait de façon malheureusement censée que ce rapport n'apporterait rien de nouveau, qu'il ne se contenterait que de rappeler ce que chacun savait déjà et qu'il ne se risquerait pas à établir de façon claire les responsabilités.

Il n'en a rien été. Le rapport, lors de sa parution quelques mois après les événements, a fait l'effet d'une bombe. L'utilisation du terme "crime contre l'humanité" a provoqué la colère d'Israël aussi bien pour l'ampleur de ce qui lui est reproché que son histoire douloureuse, liée à ce concept. On a accusé à tort Goldstone de partialité alors que dans le même rapport, le Hamas est pointé du doigt pour des faits de la même gravité. Toujours est-il qu'une véritable "course contre la montre médiatique" s'est mise en place, le gouvernement et une partie de la presse israélienne attaquant frontalement le rapport et son rapporteur, accusé de servir des intérêts arabes!

Il est vrai que l'enjeu était considérable: si l'accusation était maintenue et validée, Israël pouvait être en théorie poursuivi par un Tribunal pénal international pour les exactions commises. Présenté comme l'avant-poste des démocraties occidentales au Moyen-Orient, il serait devenu un Etat parmi tant d'autres peu recommandables. Mais la volte-face du juge lui a sauvé la mise. Une fois de plus Israël ne répondra pas de ses actes: encore une fois, ce n'est pas le fait de se défendre que l'on dénie à Israël mais bien la disproportion et l'aveuglement dont il fait preuve lors de ses représailles. Ce n'est pas parce que des meutriers lâches du Hamas font un attentat tuant des civils qu'Israël doit faire de même en se prenant à ces derniers.

Au contraire, si Israël veut réellement incarner les valeurs de démocratie et être une "grande puissance", au sens philosophique et moral du terme, il ne devrait s'en prendre qu'aux commanditaires et non pas aux populations, otages de ce conflit. Israël a les moyens d'affaiblir la frange ultra du Hamas et d'infliger des dommages conséquents au Hezbollah. A lui de montrer son efficacité avec le souci de répondre de façon proportionnée et juste.

lundi 8 novembre 2010

Le non-sens israélien

Si Nétanyahou voulait empirer une situation déjà inextricable, il ne s'y prendrait pas autrement. La commission de planification du ministère de l'intérieur israélien a ainsi approuvé aujourd'hui la construction de près de 1300 logements à Jérusalem-Est, partie de la ville pourtant revendiquée par les Palestiniens comme la capitale de leur futur état.

Les protestations palestiniennes ne se sont pas faites attendre, Israël étant accusé de tout faire pour réduire à néant le processus de paix. Ce dernier était déjà dans l'impasse, les Palestiniens ayant quitté la table des négociations après une provocation israélienne en septembre, toujours au sujet de la construction de nouveaux logements.

Alors que le Premier ministre israélien est actuellement aux USA, où il rencontre les organisations juives avant de s'entretenir avec la secrétaire d'Etat Hillary Clinton ce jeudi, cette annonce tombe au plus mal... ou plutôt au meilleur moment.

En effet, le président Obama vient de subir une cuisante défaite aux élections de mi-mandat, ce qui l'a considérablement affaibli sur le plan intérieur. Il va donc tenter, à l'image de ce qu'a fait Bill Clinton, de redorer son blason grâce à la politique extérieure.
En agissant de la sorte, Nétanyahou entend rappeler à Obama qu'il refusera toute ingérence nuisant à la politique israélienne, aussi contre-productive soit-elle à l'égard de la paix et qu'il ne craint aucune puissance étrangère.

Reste qu'Obama a en théorie les moyens de forcer les deux parties, israélienne et palestinienne, à retourner à la table des négociations et à oeuvrer réellement à une paix tangible. Il lui faudrait un courage politique fort, une capacité à encaisser les coups qui viendraient de toutes parts. En réussissant, ou tout du moins en essayant réellement, il honorerait le prix Nobel qui lui a été attribué.

lundi 21 juin 2010

Gaza et le premier pas d'Israël

Premier pas, espoir, main tendue ou plutôt manœuvre politique, écran de fumée? Il est trop tôt pour le dire mais toujours est-il que l'annonce faite par Israël hier d'alléger son embargo à l'encontre de Gaza marque une étape essentielle dans l'histoire du conflit israélo-palestinien. 

Plus précisément, Israël autorise les "marchandises à usage civil" ne figurant pas sur une liste de produits interdits (armes ou tout équipement susceptible de participer à la fabrication de bombes) à entrer dans Gaza par voie terrestre. En d'autres termes, le blocus par voie maritime demeure total.
Verre à moitié plein ou à moitié vide? Bouffée d'air en vérité pour un peuple habitant "une prison à ciel ouvert", manquant de tout et vivant sous la coupe du Hamas. 

Avec ce geste d'Israël, le Hamas se voit affaibli: sa rhétorique perd de sa superbe de même que diminue sa capacité de nuisance, Israël s'étant assuré que les matériaux de construction, parfois utilisés pour fabriquer des bombes, soient sous le contrôle de l'Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas. 

Joli coup diplomatique de la part d'Israël qui tente ainsi de redorer son blason. Il semble d'ailleurs que cela fonctionne, puisqu'une visite du Premier ministre israélien Netanyahu, après celle annulée le 1er Juin, a été programmée le 6 juillet à la Maison blanche avec le président Obama.

Deux points méritent d'être soulignés toutefois:
Premièrement, cet allègement du blocus n'est qu'une infime étape dans le processus de paix au Proche-Orient. Gaza, sous embargo depuis quatre ans, est toujours sous perfusion, et tenue au secret, Israël refusant la quasi totalité des demandes de parlementaires européens de se rendre sur place pour évaluer la situation.
Deuxièmement, au risque de choquer, cette situation arrange beaucoup de monde. Israël n'est pas le seul état à effectuer le blocus autour de Gaza; il est aidé dans sa tâche par l'Égypte. De même, les voix des gouvernements arabes demandant la fin du blocus sont inaudibles, voire inexistantes car aucun d'entre eux ne veut ni n'est prêt à accueillir une si grande population de malheureux.

Gaza est un drame et une honte pour la communauté internationale qui masque sous des effets de communication son embarras, ne souhaitant pas prendre des décisions, certes difficiles, mais courageuses et sauveuses de vie. 

Rien ne dit que la fin totale du blocus marquera le retour de la paix au Proche-Orient mais il est certain qu'elle y contribuerait grandement.
 




lundi 31 mai 2010

L'erreur israélienne

Selon les derniers chiffres, une vingtaine de personnes auraient été tuées dans l'assaut israélien contre la flottille en route pour Gaza. Certes, le simple fait de vouloir passer outre le blocus imposé par Israël constituait déjà une forme de provocation mais Israël n'aurait jamais dû agir de la sorte. La disproportion dans l'action dont l'État hébreu fait preuve est dangereuse, à la fois pour ses voisins mais surtout pour sa propre sécurité. La communauté internationale a condamné cette attaque, le Hamas appelle déjà à une nouvelle Intifada, la Turquie se montre très critique à l'égard de son voisin, parlant de conséquences "irréparables"... 

On pourrait croire que la situation va dégénérer et pourtant, il y a de fortes chances qu'il n'en soit rien. Israël va subir quelques critiques, les États-Unis et l'Europe vont afficher leur effroi devant ce qui vient de se produire mais rien de concret ne sortira. De même qu'Obama s'est vu éconduit par Netanyahu au sujet du sort des territoires palestiniens, le président américain aura du mal aujourd'hui à infléchir la position de son principal allié dans la région. 

Israël semble adopter aujourd'hui la stratégie du pire alors qu'il avait toutes les cartes en main pour apaiser les tensions. S'il avait laissé entrer dans Gaza les humanitaires, car c'est bien principalement d'humanitaires qu'était constitué la flottille, il aurait coupé l'herbe sous le pied de ses détracteurs en affichant une certaine clémence à l'égard d'un peuple isolé du reste du monde et qui vit dans une situation déplorable. En agissant de la sorte, il aurait sans nul doute obtenu l'appui des Européens et des Américains, appui précieux en ces temps de doute sur la menace nucléaire iranienne. 

Israël s'isole, s'"extrémise", et menace de fait une sécurité régionale déjà fortement relative. Bien qu'il ait échoué au départ, l'espoir peut venir à nouveau d'Obama, à condition qu'il exerce une forte pression sur Israël, financière principalement, pour obtenir un partage des territoires satisfaisant pour les deux parties.

Israël ne cesse d'affirmer qu'il est menacé de destruction: que la communauté internationale s'engage à mettre des troupes dans la région pour protéger l'État hébreu et l'argument israélien n'aura plus de sens. Une paix est possible mais elle implique l'action de tous.