Autrefois un des pays fondateurs de l'Europe, l'Italie est aujourd'hui sur le déclin. Son influence sur la scène européenne est toujours plus faible, les véritables impulsions politiques étant encore pour l'instant l'apanage du couple franco-allemand. Le conflit libyen a d'ailleurs montré l'absence d'influence de l'Italie, la France et l'Angleterre prenant les décisions alors que la Libye était jusqu'à présent la "chasse gardée" de l'Italie, qui avait ainsi un accès privilégié aux ressources énergétiques du pays.
Peut-on dire que l'Italie est désormais un "nain politique", terme utilisé autrefois pour qualifier l'Allemagne dont la seule véritable influence était économique? Sans doute pas, mais force est de constater que notre voisin transalpin traverse actuellement une "zone de turbulences", dont les causes sont profondes, complexes et liées à la structure même de la vie politique italienne.
Il peut sembler facile, mais en même temps les faits sont têtus, de dire que le Président du Conseil Silvio Berlusconi a une part de responsabilité conséquente dans les problèmes que rencontrent les Italiens. La médiatisation à outrance qu'il a exercée sur sa propre existence, confondant exercice du pouvoir et vie personnelle, a eu raison de son autorité sur la scène internationale. Pourtant, la situation est plus complexe au plan intérieur où Berlusconi a jouit d'une certaine popularité pendant de nombreuses années, parvenant à remporter des élections et à être à plusieurs reprises Président du Conseil. Pour beaucoup d'Italiens, il a incarné l'homme qui réussit, avec l'idée que ce qu'il a fait pour lui, il le fera pour son peuple. L'essor de ses groupes économiques (Mediaset entre autres) témoigne de ses talents d'entrepreneur et de sa faculté d'adaptation aux réalités économiques. Qui plus est, il a toujours eu le sens de la formule, qualité non négligeable pour quelqu'un qui peut à tout instant appeler le présentateur d'une émission en direct pour donner son avis. Pendant de nombreuses années, on lui a excusé ses maladresses, son absence de ligne politique réelle, allant même jusqu'à le réélire en 2008, alors que plusieurs procès touchaient ses groupes et ses proches.
Le basculement s'est opéré avec les scandales sexuels à répétition de ces deux dernières années ("Rubigate"...) qui lui ont fait perdre la confiance et les voix de nombreux électeurs de tradition catholique qui se sont pour certains tournés vers des partis beaucoup plus à droite, à l'image de la Ligue du Nord. L'homme politique a laissé place à la figure d'un homme grotesque, désinvolte, ne songeant qu'à son intérêt personnel, au détriment du pays qui l'a pourtant porté au pouvoir. Souvenons-nous de sa plaidoirie auprès de Barack Obama en plein sommet international pour dénoncer le soit-disant acharnement des juges italiens qui seraient des "gauchistes"... Ou alors ses confidences à des amis où il qualifie son pays de "merde" et profère à l'encontre de la Chancelière Merkel des propos très inélégants, selon des écoutes téléphoniques et les informations de Wikileaks.
L'alternative existe-elle? La gauche éprouve des difficultés à proposer un programme rassembleur et Bersani, le secrétaire du Parti Démocrate (PD), n'arrive pas à remporter de victoires majeures et irréfragables sur Berlusconi lors des élections intermédiaires. La droite pourrait-elle être une réponse pour sortir l'Italie de l'inertie dans laquelle elle se trouve? Gianfranco Fini, président de l'assemblée et ex-ministre des affaires étrangères de deux gouvernements Berlusconi, pourtant longtemps apprécié de ce dernier, s'est opposé au Cavaliere il y a un an, l'accusant de mener une politique trop proche de celle prônée par la Ligue du Nord, membre de la coalition gouvernementale. La contre-attaque de Berlusconi ne s'est pas faite attendre, Fini subissant de nombreuses pressions pour démissionner et les parlementaires de son nouveau parti étant invités à regagner la majorité, sous peine d'avoir des rendez-vous avec la Justice dans les mois qui suivent.
Berlusconi a commis là une erreur politico-stratégique certaine, sa colère ayant pris le pas sur sa réflexion. En effet, Berlusconi a tellement personnifié le pouvoir que les craintes de l'après Berlusconi sont aujourd'hui renforcées, aucune figure politique ne parvenant à s'imposer. Le Président du Conseil aurait du au contraire chercher à créer un noyau d'"espoirs", de talents dans une concurrence forte mais saine, à même de donner au pays des solutions de secours. Au lieu de cela, il a mis en place un système clos, teinté de corruption et de pots de vin, où le vote d'un député vaut quelques milliers d'euros, laissant la population penser que la classe politique dans son ensemble est "pourrie".
Alors que Berlusconi ne semble pas avoir conscience du poids moral et politique qui incombe à sa fonction, ne devrait-on pas envisager une autre piste pour comprendre qui peut diriger le pays? La classe politique ayant perdu la confiance du peuple, avec le risque d'une dérive droitière et nationaliste (ou plus précisément régionaliste), c'est en vérité le pouvoir économique qui semble à présent émerger. La crise qui sévit depuis 2008 a remis au premier plan les questions économiques et ce d'autant plus que l'Italie est pointée du doigt par les agences de notation. Ainsi, pas plus tard qu'hier, après Standard and Poor's c'est au tour de Moody's d'abaisser la note de l'Italie à A2 au lieu de AA2. Les agences s'accordent à souligner la faible croissance économique du pays, la fragilité de sa situation politique et l'insuffisance du plan de rigueur voté dans la douleur et qui ne permettra pas à l'Italie de retrouver l'équilibre budgétaire revendiqué. Ce sont bien ces aspects qui font craindre pour l'avenir de l'Italie et non la dette qui, bien que colossale (120% du PIB), est détenue dans une majeure partie par les Italiens eux-mêmes, à l'inverse de la France dont une partie conséquente de la dette appartient à des paradis fiscaux.
Bien que Giulio Tremonti, ministre de l'économie et des finances, ait agi en véritable homme d'Etat en menant une politique d'austérité, par définition impopulaire, pour éviter la catastrophe et suscitant au passage l'ire de Berlusconi, le pouvoir des industriels et de tous ceux occupant des fonctions liées à l'économie du pays a pris le pas sur le pouvoir strictement politique. C'est ainsi que Corrado Passera, administrateur délégué d'Intesa Sanpaolo , première banque de détail italienne, s'est permis publiquement le 19 septembre de mettre en garde contre le risque de défaut de paiement du pays.
Dans un autre registre, la sortie la semaine dernière d'Emma Marcegaglia, présidente de la Confindustria (équivalent du MEDEF français), est édifiante! Elle a menacé de rompre les négociations avec le gouvernement si des mesures urgentes ne sont pas prises pour relancer la croissance, atone depuis des mois, et a même évoqué la démission de ce dernier, au cas où il serait incapable de réformer. Ces mesures sont regroupées dans un plan en cinq points qui comprend entre autres une réforme des retraites, la fin des régimes spéciaux, des investissements conséquents dans le secteur énergétique ainsi que la mise en place d'une administration plus efficace. Rajoutons à cette demande celle de la direction de Fiat qui menace de faire fabriquer encore plus de voitures en Pologne, où les conditions de travail permettent de fabriquer plus de deux fois plus.
Bien qu'il ne s'agisse là que d'une conjecture, il conviendra de voir sur le long terme si le pouvoir économique supplante le pouvoir politique. On pourrait rétorquer que la frontière entre les deux est ténue, mais l'idée est plutôt de voir si l'espoir ne viendrait pas de personnalités du secteur économique, souvent plus au fait des problèmes que connaissent les entreprises. Pour l'instant,le pouvoir politique a le dernier mot, mais si son inefficacité perdure, nul doute que le pouvoir économique en sera mécaniquement renforcé. L’Italie est, sans exagérer, à un tournant de son histoire récente. Si elle ne veut pas suivre le même chemin que la Grèce, et bientôt le Portugal et l'Espagne, elle doit se repenser et se donner les moyens d'être attractive, au lieu de demeurer dans une nostalgie néfaste à toute initiative de renouveau.
Il peut sembler facile, mais en même temps les faits sont têtus, de dire que le Président du Conseil Silvio Berlusconi a une part de responsabilité conséquente dans les problèmes que rencontrent les Italiens. La médiatisation à outrance qu'il a exercée sur sa propre existence, confondant exercice du pouvoir et vie personnelle, a eu raison de son autorité sur la scène internationale. Pourtant, la situation est plus complexe au plan intérieur où Berlusconi a jouit d'une certaine popularité pendant de nombreuses années, parvenant à remporter des élections et à être à plusieurs reprises Président du Conseil. Pour beaucoup d'Italiens, il a incarné l'homme qui réussit, avec l'idée que ce qu'il a fait pour lui, il le fera pour son peuple. L'essor de ses groupes économiques (Mediaset entre autres) témoigne de ses talents d'entrepreneur et de sa faculté d'adaptation aux réalités économiques. Qui plus est, il a toujours eu le sens de la formule, qualité non négligeable pour quelqu'un qui peut à tout instant appeler le présentateur d'une émission en direct pour donner son avis. Pendant de nombreuses années, on lui a excusé ses maladresses, son absence de ligne politique réelle, allant même jusqu'à le réélire en 2008, alors que plusieurs procès touchaient ses groupes et ses proches.
Le basculement s'est opéré avec les scandales sexuels à répétition de ces deux dernières années ("Rubigate"...) qui lui ont fait perdre la confiance et les voix de nombreux électeurs de tradition catholique qui se sont pour certains tournés vers des partis beaucoup plus à droite, à l'image de la Ligue du Nord. L'homme politique a laissé place à la figure d'un homme grotesque, désinvolte, ne songeant qu'à son intérêt personnel, au détriment du pays qui l'a pourtant porté au pouvoir. Souvenons-nous de sa plaidoirie auprès de Barack Obama en plein sommet international pour dénoncer le soit-disant acharnement des juges italiens qui seraient des "gauchistes"... Ou alors ses confidences à des amis où il qualifie son pays de "merde" et profère à l'encontre de la Chancelière Merkel des propos très inélégants, selon des écoutes téléphoniques et les informations de Wikileaks.
L'alternative existe-elle? La gauche éprouve des difficultés à proposer un programme rassembleur et Bersani, le secrétaire du Parti Démocrate (PD), n'arrive pas à remporter de victoires majeures et irréfragables sur Berlusconi lors des élections intermédiaires. La droite pourrait-elle être une réponse pour sortir l'Italie de l'inertie dans laquelle elle se trouve? Gianfranco Fini, président de l'assemblée et ex-ministre des affaires étrangères de deux gouvernements Berlusconi, pourtant longtemps apprécié de ce dernier, s'est opposé au Cavaliere il y a un an, l'accusant de mener une politique trop proche de celle prônée par la Ligue du Nord, membre de la coalition gouvernementale. La contre-attaque de Berlusconi ne s'est pas faite attendre, Fini subissant de nombreuses pressions pour démissionner et les parlementaires de son nouveau parti étant invités à regagner la majorité, sous peine d'avoir des rendez-vous avec la Justice dans les mois qui suivent.
Berlusconi a commis là une erreur politico-stratégique certaine, sa colère ayant pris le pas sur sa réflexion. En effet, Berlusconi a tellement personnifié le pouvoir que les craintes de l'après Berlusconi sont aujourd'hui renforcées, aucune figure politique ne parvenant à s'imposer. Le Président du Conseil aurait du au contraire chercher à créer un noyau d'"espoirs", de talents dans une concurrence forte mais saine, à même de donner au pays des solutions de secours. Au lieu de cela, il a mis en place un système clos, teinté de corruption et de pots de vin, où le vote d'un député vaut quelques milliers d'euros, laissant la population penser que la classe politique dans son ensemble est "pourrie".
Alors que Berlusconi ne semble pas avoir conscience du poids moral et politique qui incombe à sa fonction, ne devrait-on pas envisager une autre piste pour comprendre qui peut diriger le pays? La classe politique ayant perdu la confiance du peuple, avec le risque d'une dérive droitière et nationaliste (ou plus précisément régionaliste), c'est en vérité le pouvoir économique qui semble à présent émerger. La crise qui sévit depuis 2008 a remis au premier plan les questions économiques et ce d'autant plus que l'Italie est pointée du doigt par les agences de notation. Ainsi, pas plus tard qu'hier, après Standard and Poor's c'est au tour de Moody's d'abaisser la note de l'Italie à A2 au lieu de AA2. Les agences s'accordent à souligner la faible croissance économique du pays, la fragilité de sa situation politique et l'insuffisance du plan de rigueur voté dans la douleur et qui ne permettra pas à l'Italie de retrouver l'équilibre budgétaire revendiqué. Ce sont bien ces aspects qui font craindre pour l'avenir de l'Italie et non la dette qui, bien que colossale (120% du PIB), est détenue dans une majeure partie par les Italiens eux-mêmes, à l'inverse de la France dont une partie conséquente de la dette appartient à des paradis fiscaux.
Bien que Giulio Tremonti, ministre de l'économie et des finances, ait agi en véritable homme d'Etat en menant une politique d'austérité, par définition impopulaire, pour éviter la catastrophe et suscitant au passage l'ire de Berlusconi, le pouvoir des industriels et de tous ceux occupant des fonctions liées à l'économie du pays a pris le pas sur le pouvoir strictement politique. C'est ainsi que Corrado Passera, administrateur délégué d'Intesa Sanpaolo , première banque de détail italienne, s'est permis publiquement le 19 septembre de mettre en garde contre le risque de défaut de paiement du pays.
Dans un autre registre, la sortie la semaine dernière d'Emma Marcegaglia, présidente de la Confindustria (équivalent du MEDEF français), est édifiante! Elle a menacé de rompre les négociations avec le gouvernement si des mesures urgentes ne sont pas prises pour relancer la croissance, atone depuis des mois, et a même évoqué la démission de ce dernier, au cas où il serait incapable de réformer. Ces mesures sont regroupées dans un plan en cinq points qui comprend entre autres une réforme des retraites, la fin des régimes spéciaux, des investissements conséquents dans le secteur énergétique ainsi que la mise en place d'une administration plus efficace. Rajoutons à cette demande celle de la direction de Fiat qui menace de faire fabriquer encore plus de voitures en Pologne, où les conditions de travail permettent de fabriquer plus de deux fois plus.
Bien qu'il ne s'agisse là que d'une conjecture, il conviendra de voir sur le long terme si le pouvoir économique supplante le pouvoir politique. On pourrait rétorquer que la frontière entre les deux est ténue, mais l'idée est plutôt de voir si l'espoir ne viendrait pas de personnalités du secteur économique, souvent plus au fait des problèmes que connaissent les entreprises. Pour l'instant,le pouvoir politique a le dernier mot, mais si son inefficacité perdure, nul doute que le pouvoir économique en sera mécaniquement renforcé. L’Italie est, sans exagérer, à un tournant de son histoire récente. Si elle ne veut pas suivre le même chemin que la Grèce, et bientôt le Portugal et l'Espagne, elle doit se repenser et se donner les moyens d'être attractive, au lieu de demeurer dans une nostalgie néfaste à toute initiative de renouveau.
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