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mercredi 5 octobre 2011

L'idée de pouvoir politique a-t-elle encore un sens en Italie?

Autrefois un des pays fondateurs de l'Europe, l'Italie est aujourd'hui sur le déclin. Son influence sur la scène européenne est toujours plus faible, les véritables impulsions politiques étant encore pour l'instant l'apanage du couple franco-allemand. Le conflit libyen a d'ailleurs montré l'absence d'influence de l'Italie, la France et l'Angleterre prenant les décisions alors que la Libye était jusqu'à présent la "chasse gardée" de l'Italie, qui avait ainsi un accès privilégié aux ressources énergétiques du pays.
Peut-on dire que l'Italie est désormais un "nain politique", terme utilisé autrefois pour qualifier l'Allemagne dont la seule véritable influence était économique? Sans doute pas, mais force est de constater que notre voisin transalpin traverse actuellement une "zone de turbulences", dont les causes sont profondes, complexes et liées à la structure même de la vie politique italienne.

Il peut sembler facile, mais en même temps les faits sont têtus, de dire que le Président du Conseil Silvio Berlusconi a une part de responsabilité conséquente dans les problèmes que rencontrent les Italiens. La médiatisation à outrance qu'il a exercée sur sa propre existence, confondant exercice du pouvoir et vie personnelle, a eu raison de son autorité sur la scène internationale. Pourtant, la situation est plus complexe au plan intérieur où Berlusconi a jouit d'une certaine popularité pendant de nombreuses années, parvenant à remporter des élections et à être à plusieurs reprises Président du Conseil. Pour beaucoup d'Italiens, il a incarné l'homme qui réussit, avec l'idée que ce qu'il a fait pour lui, il le fera pour son peuple. L'essor de ses groupes économiques (Mediaset entre autres) témoigne de ses talents d'entrepreneur et de sa faculté d'adaptation aux réalités économiques. Qui plus est, il a toujours eu le sens de la formule, qualité non négligeable pour quelqu'un qui peut à tout instant appeler le présentateur d'une émission en direct pour donner son avis. Pendant de nombreuses années, on lui a excusé ses maladresses, son absence de ligne politique réelle, allant même jusqu'à le réélire en 2008, alors que plusieurs procès touchaient ses groupes et ses proches.

Le basculement s'est opéré avec les scandales sexuels à répétition de ces deux dernières années ("Rubigate"...) qui lui ont fait perdre la confiance et les voix de nombreux électeurs de tradition catholique qui se sont pour certains tournés vers des partis beaucoup plus à droite, à l'image de la Ligue du Nord. L'homme politique a laissé place à la figure d'un homme grotesque, désinvolte, ne songeant qu'à son intérêt personnel, au détriment du pays qui l'a pourtant porté au pouvoir. Souvenons-nous de sa plaidoirie auprès de Barack Obama en plein sommet international pour dénoncer le soit-disant acharnement des juges italiens qui seraient des "gauchistes"... Ou alors ses confidences à des amis où il qualifie son pays de "merde" et profère à l'encontre de la Chancelière Merkel des propos très inélégants, selon des écoutes téléphoniques et les informations de Wikileaks.

L'alternative existe-elle? La gauche éprouve des difficultés à proposer un programme rassembleur et Bersani, le secrétaire du Parti Démocrate (PD), n'arrive pas à remporter de victoires majeures et irréfragables sur Berlusconi lors des élections intermédiaires. La droite pourrait-elle être une réponse pour sortir l'Italie de l'inertie dans laquelle elle se trouve? Gianfranco Fini, président de l'assemblée et ex-ministre des affaires étrangères de deux gouvernements Berlusconi, pourtant longtemps apprécié de ce dernier, s'est opposé au Cavaliere il y a un an, l'accusant de mener une politique trop proche de celle prônée par la Ligue du Nord, membre de la coalition gouvernementale. La contre-attaque de Berlusconi ne s'est pas faite attendre, Fini subissant de nombreuses pressions pour démissionner et les parlementaires de son nouveau parti étant invités à regagner la majorité, sous peine d'avoir des rendez-vous avec la Justice dans les mois qui suivent.
Berlusconi a commis là une erreur politico-stratégique certaine, sa colère ayant pris le pas sur sa réflexion. En effet, Berlusconi a tellement personnifié le pouvoir que les craintes de l'après Berlusconi sont aujourd'hui renforcées, aucune figure politique ne parvenant à s'imposer. Le Président du Conseil aurait du au contraire chercher à créer un noyau d'"espoirs", de talents dans une concurrence forte mais saine, à même de donner au pays des solutions de secours. Au lieu de cela, il a mis en place un système clos, teinté de corruption et de pots de vin, où le vote d'un député vaut quelques milliers d'euros, laissant la population penser que la classe politique dans son ensemble est "pourrie".

Alors que Berlusconi ne semble pas avoir conscience du poids moral et politique qui incombe à sa fonction, ne devrait-on pas envisager une autre piste pour comprendre qui peut diriger le pays? La classe politique ayant perdu la confiance du peuple, avec le risque d'une dérive droitière et nationaliste (ou plus précisément régionaliste), c'est en vérité le pouvoir économique qui semble à présent émerger. La crise qui sévit depuis 2008 a remis au premier plan les questions économiques et ce d'autant plus que l'Italie est pointée du doigt par les agences de notation. Ainsi, pas plus tard qu'hier, après Standard and Poor's c'est au tour de Moody's d'abaisser la note de l'Italie à A2 au lieu de AA2. Les agences s'accordent à souligner la faible croissance économique du pays, la fragilité de sa situation politique et l'insuffisance du plan de rigueur voté dans la douleur et qui ne permettra pas à l'Italie de retrouver l'équilibre budgétaire revendiqué. Ce sont bien ces aspects qui font craindre pour l'avenir de l'Italie et non la dette qui, bien que colossale (120% du PIB), est détenue dans une majeure partie par les Italiens eux-mêmes, à l'inverse de la France dont une partie conséquente de la dette appartient à des paradis fiscaux.

Bien que Giulio Tremonti, ministre de l'économie et des finances, ait agi en véritable homme d'Etat en menant une politique d'austérité, par définition impopulaire, pour éviter la catastrophe et suscitant au passage l'ire de Berlusconi, le pouvoir des industriels et de tous ceux occupant des fonctions liées à l'économie du pays a pris le pas sur le pouvoir strictement politique. C'est ainsi que Corrado Passera, administrateur délégué d'Intesa Sanpaolo , première banque de détail italienne, s'est permis publiquement le 19 septembre de mettre en garde contre le risque de défaut de paiement du pays.
Dans un autre registre, la sortie la semaine dernière d'Emma Marcegaglia, présidente de la Confindustria (équivalent du MEDEF français), est édifiante! Elle a menacé de rompre les négociations avec le gouvernement si des mesures urgentes ne sont pas prises pour relancer la croissance, atone depuis des mois, et a même évoqué la démission de ce dernier, au cas où il serait incapable de réformer. Ces mesures sont regroupées dans un plan en cinq points qui comprend entre autres une réforme des retraites, la fin des régimes spéciaux, des investissements conséquents dans le secteur énergétique ainsi que la mise en place d'une administration plus efficace. Rajoutons à cette demande celle de la direction de Fiat qui menace de faire fabriquer encore plus de voitures en Pologne, où les conditions de travail permettent de fabriquer plus de deux fois plus.

Bien qu'il ne s'agisse là que d'une conjecture, il conviendra de voir sur le long terme si le pouvoir économique supplante le pouvoir politique. On pourrait rétorquer que la frontière entre les deux est ténue, mais l'idée est plutôt de voir si l'espoir ne viendrait pas de personnalités du secteur économique, souvent plus au fait des problèmes que connaissent les entreprises. Pour l'instant,le pouvoir politique a le dernier mot, mais si son inefficacité perdure, nul doute que le pouvoir économique en sera mécaniquement renforcé. L’Italie est, sans exagérer, à un tournant de son histoire récente. Si elle ne veut pas suivre le même chemin que la Grèce, et bientôt le Portugal et l'Espagne, elle doit se repenser et se donner les moyens d'être attractive, au lieu de demeurer dans une nostalgie néfaste à toute initiative de renouveau.

lundi 29 août 2011

Retour sur la crise économique et financière mondiale...

L'économie et la finance ne prennent jamais de vacances, encore plus lorsqu'elles sont en crise. L'été 2011 l'aura montré au dela de toute espérance.
Au début du mois d'août, les cours de la Bourse ont quasiment fait chaque jour la une des médias, les indices boursiers dévissant dangeureusement au point de laisser dire à certains que le krach de 1929 était devant nous. Sans doute faut-il rappeler qu'un pourcentage différent d'une minute à l'autre d'un indice équivaut à une perte de plusieurs milliards d'euros. Mais fallait-il pour autant tomber dans cette psychose qui s'est emparée des décideurs politiques, et par dessus tout des médias?

Certes, l'abaissement de la note américaine par l'agence Standart and Poor's est une très mauvaise nouvelle pour l'économie américaine - et mondiale-, mais le refus des autres agences de notation de suivre et le discours collectif et rassurant de l'Administration Obama ont en partie limité l'impact de ce qu'il faut bien appeler une "bombe médiatique". Pourtant, même si les agences de notation ne sont pas infaillibles, il conviendrait de prêter davantage attention à leurs rapports qui soulignent bien souvent ce que les politiques sont heureux d'ignorer. Ces derniers arguent généralement qu'ils pensent sur le long terme, sous-entendant que les agences sont focalisées sur l'instantané, ce qui n'est pas totalement faux. Mais d'un autre côté, pour mener à bien une politique ambitieuse sur plusieurs années, encore faut-il en avoir les moyens? Le déficit abyssal des USA est une plaie qui, à défaut de pouvoir être refermée, mériterait que l'on s'y intéresse réellement et que l'on tente de freiner son développement.

A une période où certains politiques français prônent la démondialisation, la crise financière a montré que les frontières de l'économie n'existaient plus ou plus précisément, que chacun est à l'affût du moindre écho envoyé par l'autre, entrant ainsi dans une spirale qui peut s'avérer néfaste. Les fortes baisses des bourses européennes en sont un bon exemple, le doute s'insinuant pour des entreprises considérées jusqu'à présent comme sûres. Qui plus est, la désinformation opérée par certains, très difficiles à identifier, a failli provoquer une catastrophe économique. C'est ainsi qu'un quotidien anglais a parlé d'une prochaine faillite de la banque française Société Générale, faisant perdre à cette dernière près d'un quart de sa valeur boursière en une journée. Comment une simple phrase parue dans un journal peut-elle à ce point bouleverser une institution aussi forte? A croire que l'économie marche sur la tête, ou que sa crainte de s'effondrer la dépasse...

La seule réponse à même de nous sortir de cette spirale consiste à restaurer la confiance, non pas seulement vis-à-vis des marchés, mais auprès des entrepreneurs et des citoyens, ceux-là mêmes qui font l'économie. Cela passera obligatoirement par une réduction des inégalités, sources de déséquilibres économiques et de mal-être. Certains prônent le changement de mode de vie, sans pour l'instant présenter un modèle complet et applicable. Au mieux avancent-ils des idées intéressantes mais qui ne pourraient être mises en place que pour une minorité d'Etats riches. Or, seules des solutions à l'échelle mondiale, tenant compte des spécificités de chacun, pourraient être considérées commes sérieuses.

Il y a urgence : les atermoiements des décideurs politiques européens à agir ensemble et de façon ambitieuse ont rendu l'Europe encore plus vulnérable aux attaques des spéculateurs qui misent sur son éclatement. Pourtant, personne n'aurait intérêt à une telle situation, pas même les USA ou la Chine. En effet, le propre de cette crise est qu'elle affecte toute l'économie mondiale et que les défauts de l'un se répercutent sur les forces de l'autre.
Toutefois, en dépit de soubresauts plus ou moins conséquents, l'économie mondiale résiste. Les différents plans de rigueur commencent à être mis en place. Souhaitons qu'ils permettent d'assainir durablement les finances des Etats et de réfreiner les ardeurs des spéculateurs.

mardi 23 août 2011

Retour sur les émeutes de Londres

A un an du début des Jeux Olympiques, qui aurait pu imaginer ce qui s'est passé début août à Londres? Qui aurait pu penser qu'un pays comme l'Angleterre, connu pour sa retenue, sombre dans le chaos, et ce devant les caméras du monde entier? A vrai dire personne, et tout le problème est là.
Pendant plusieurs jours, différents quartiers de Londres ont été en proie à des incendies, à des vols et autres dégradations qui ont dégénéré. Outre les centaines d'arrestations opérées par les forces de police, on déplore un mort, les circonstances exactes de son décès n'étant pas clairement établies. Les informations manquent encore aujourd'hui car ce qui s'est passé a été un profond traumatisme pour les Anglais qui ne s'y attendaient pas. Tout au plus a-t-on pu voir à la télévision des groupes de jeunes le visage caché mettre le feu à des immeubles, piller des magasins et provoquer la police. Cette dernière a d'ailleurs vu passer ses effectifs de six à seize mille hommes pour éviter l'anarchie.
Les médias se sont emparés de l'affaire, ce qui semblait évident, mais d'une façon assez particulière, avec des méthodes relevant de l'inquisition et non du journalisme. On peut citer entre autres les vidéos diffusées des possibles fauteurs de trouble avec des messages demandant aux citoyens d'aider l'Etat à enrayer ce fléau. On aurait voulu provoquer des affrontements entre civils que l'on ne s'y serait pas pris autrement! En effet, des groupes de citoyens se sont rapidement constitués pour défendre leurs quartiers, leurs commerces, voire leurs lieux de culte surtout pour la communauté indienne. Armés de bâtons et autres objets contondants, ils ont été indirectement encouragés à se faire justice, malgré les appels au calme de la police et du gouvernement de David Cameron.
Celui-ci a d'ailleurs du rentrer précipitamment de vacances, afin de ne pas donner l'impression de minimiser ce qui restera pour longtemps dans les mémoires des Londoniens. Alors qu'aujourd'hui, les émeutes ont cessé malgré une propagation sporadique à d'autres villes du Royaume-Uni, que penser de cette tragédie. Est-elle le fruit de la seule crise économique qui marque le pays? Est-ce la faute d'Internet et des nouvelles technologies, comme le sous-entend Cameron? Le manque de repères et de valeurs de la jeunesse est-il si prépondérant dans les motivations des criminels?
On ne saurait se risquer à apporter une réponse là où tous, y compris ceux qui observent la société britannique depuis des années, ont été pris par surprise. On peut cependant souligner que la politique assez à droite au niveau social de David Cameron, que le chômage des jeunes qui atteint des proportions énormes dans certains quartiers comme Tottenham qui a été également un haut lieu d'affrontements, que le matraquage médiatique qui incite les jeunes à concevoir la possession du "toujours plus" comme une nécessité contingente au bonheur et au respect, constituent des facteurs qui peuvent provoquer ce genre de crise.
Une aide financière seule de l'Etat britannique ne saurait remédier au problème. Tout au plus l'étoufferait-elle pour quelques années... C'est davantage le tissu social du pays qui est à reconstruire, en insistant sur plus de solidarité et sur moins de déséquilibres entre les très riches et les pauvres. Certes, les inégalités ont toujours existé et on ne saurait penser sérieusement les supprimer; elles sont constituantes de nos modes de vie. Mais au moins pourrait-on envisager de les atténuer car dans une société démocratique, celui qui n'a plus rien à perdre et à attendre de ceux censés le soutenir représente un danger.
Le coût d'une véritable politique sociale n'est rien si elle permet d'éviter les émeutes et assure un niveau de vie décent à chacun.

lundi 1 août 2011

Les inégalités et le désordre mondial

Bien que l'actualité internationale soit très riche en ce moment, deux actualités se dégagent fortement et permettent de s'interroger sur l'état et la cohérence humaine et morale du monde. D'un côté, les États-Unis, première puissance au monde en pleine crise économique et financière, de l'autre une région, la Corne de l'Afrique où sévit une crise humanitaire sans précédent, la sécheresse catastrophique et historique provoquant une famine grave et à grande échelle. D'un côté, une solution vient d'être trouvée, de l'autre, un écran de fumée vient d'être présenté. Comment penser ce fossé?
Les États-Unis viennent in extremis de trouver un semblant de solution pour éviter de plonger le monde dans la plus grande crise économique qu'il n'ait jamais connu en parvenant à un accord entre Républicains et Démocrates au sujet de la dette abyssale du pays. Les détails ne sont pas encore disponibles mais l'on parle d'un relèvement du plafond de la dette de plus de deux mille milliards de dollars... la somme est si colossale qu'il est difficile de se l'imaginer. En tout cas, les États-Unis viennent de se donner un répit supplémentaire, mais il est évident que des sacrifices sont à attendre. En effet, les Républicains n'ont pas signé un chèque en blanc à Obama: en échange de leur accord, ils exigent des coupes budgétaires substantielles dans les dépenses du pays, y compris concernant la mise en œuvre de l'Assurance maladie chère à Obama. Les Représentants démocrates étaient à peu de choses près sur la même ligne que les Républicains, seul le calendrier d'exécution changeant.
Obama ne doit pas cependant crier victoire et ce pour plusieurs raisons: les Républicains ont montré qu'ils étaient des adversaires combatifs et qu'ils pouvaient influencer son action. Par ailleurs, bien qu'étant la première puissance mondiale, les États-Unis se sont vus menacés, certes mollement mais quand même, par les agences de notation qui évoquaient la possibilité d'une perte de la si précieuse note AAA. Ceci démontre que nul n'est à l'abri désormais d'une perte réelle et symbolique de pouvoir, à croire que ce dernier, dans son aspect purement économique et financier, régit de plus en plus les enjeux de puissance.
Si l'on traverse un océan et que l'on se focalise sur la situation dans la Corne de l'Afrique, force est de constater que le jeu et les cartes disponibles divergent sensiblement... Les médias ont ceci d'affreusement fascinant qu'ils découvrent la misère et la pauvreté qu'une fois celles-ci à leur plus haut sommet. En effet, bien peu d'articles ont traité de la situation alimentaire désastreuse qui secoue la région ces derniers mois. Cependant, comme pour corriger l'erreur, ces mêmes médias s'emparent désormais de ce sujet; mais n'est-il pas trop tard?
Focalisés sur l'Irak, l'Afghanistan, la Libye et la Syrie avec le Printemps arabe, les puissances occidentales ont négligé des pays en crise comme le Yémen, et surtout la Somalie, dirigée par des islamistes dont la dangerosité n'est plus à démontrer. Ces derniers, au mépris du respect de la dignité humaine, ont bloqué et bloquent encore l'aide humanitaire envoyée par l'ONU, avec les pertes humaines que de telles mesures comportent. Certes, une réunion de donateurs représentant les puissances mondiales a eu lieu il y a peu à Rome, mais l'absence de résultats concrets et rapides montre que le drame qui sévit dans cette région n'est pas une priorité. Alors que nous sommes prêts à donner, et non pas à prêter vu que l'on ne reverra jamais la couleur de cet argent, plus de cent milliards d'euros à la Grèce, alors qu'une puissance est capable d'autoriser une augmentation de son déficit de plus de deux mille milliards de dollars, nous sommes incapables de trouver un milliard pour sauver une population démunie... Les morts s'entassent dans l'indifférence générale; un sursaut d'humanité serait le bienvenu!
Il y a peu de chances pour que ce dernier se produise, tant les élans généreux de certains sont avant tout liés à de basses considérations politiques et économiques. Pourtant, en laissant la situation ainsi, nous agissons contre nous-mêmes en favorisant la création d'une génération de "sans-avenirs" qui n'ont plus rien à perdre et dont le risque de radicalisation n'est pas à écarter. Mais le plus gênant dans cette catastrophe, c'est que notre égoïsme est responsable de ce qui se passe. Même si le lien direct n'est pas formellement établi, on peut légitimement penser que les dérégulations climatiques liées à nos modes de vie consommateurs de ressources épuisables ont eu un impact sur la situation climatique dans la Corne de l'Afrique. Simplement blâmer "les pays du Nord" ne servirait à rien, mais rappeler à ces derniers que leurs actions ont des conséquences planétaires et qu'il est de leur devoir d'agir en respectant les autres États, aussi petits soient-il, n'est absolument pas vain.
Le monde devient de plus en plus irrationnel, et une telle situation ne pourra déboucher que sur des événements extrêmes.

jeudi 26 mai 2011

L'Europe et ses Europes

L'Europe peut-elle imploser? Depuis de nombreuses années, le sujet fait l'objet de vifs débats de l'autre côté de l'océan, où l'Europe apparaît comme un ovni, de par la multiplicité de différences et d'inégalités qui parviennent pourtant à faire un tout qui fonctionne. L'existence même de l'Europe et sa longévité mettent à mal l'argumentaire des défaitistes mais un basculement, du moins au niveau intellectuel, pourrait s'opérer prochainement. Trois pays peuvent le faire penser:

- la Grèce, aidée par l'Europe et le FMI, est dans une situation catastrophique. Incapable de rembourser les 110 milliards d'euros déjà prêtés et sans doute perdus, elle en demande 60 de plus pour tenir. Les marchés financiers ne s'y sont pas trompés et attaquent la Grèce en misant sur son incapacité à réagir rapidement. Empêcher la Grèce de faillir devrait pourtant être un impératif, au sens kantien, car elle est une des portes d'entrée majeures de l'immigration illégale. De plus, sa jeunesse, pour une partie manipulée par des groupes radicaux, peut accentuer l'instabilité déjà très présente, surtout au niveau économique. Les investisseurs prêts à tenter leur chance en Grèce sont désormais quasi inexistants. L'Allemagne, en pointant la Grèce du doigt comme le "mauvais élève" européen, ne fait rien pour arranger les choses et exacerbe les nationalismes. Pourtant, l'Allemagne devrait se souvenir que sa puissance tient entre autres de ses liens commerciaux avec les Etats européens.

- le Portugal connaît une crise économique sans précédent qui l'a conduit à demander l'aide du FMI et de l'Europe. Plus de 78 milliards d'euros ont été prêtés et les effets positifs ne se feront sentir qu'en 2013: pour cette année et l'année prochaine, le Portugal sera en récession. Des réformes sont attendues pour relancer l'économie et surtout l'assainir, l'objectif étant de la rendre bien plus dynamique qu'elle ne l'est pour l'instant. Cela ne peut aller sans heurts, à l'instar du pouvoir lusitanien qui fonctionne actuellement par interim, en attendant de prochaines élections. Il serait bon que le plan annoncé par le Premier ministre José Socrates fonctionne; rappelons que l'intégration du Portugal dans l'Europe a été le fruit d'un long cheminement et que beaucoup d'Etats européens historiques ne pensaient pas que le Portugal avait sa place en Europe.

- l'Espagne est clairement le cas le plus problématique. Les dernières élections sont à ce titre symptomatiques d'un peuple en perdition, qui vote par défaut: en effet, la défaite des socialistes s'explique davantage par une défiance vis à vis des partis politique que par une véritable adhésion au parti de droite. La corruption, favorisée par une mafia très discrète mais tentaculaire (sport, bâtiment), gangrène littéralement l'économie du pays, qui perd ainsi toute crédibilité. Mais surtout, l'Espagne doit faire face à sa jeunesse qui ne voit aucun avenir pour elle. Sur-diplômée, elle ne trouve pas sa place sur le marché du travail et vit dans une précarité alarmante.
L'expression la plus visible de ce malaise sociétal et politique est bien sûr le mouvement des "indignés", qui occupent la place Puerta del Sol depuis plusieurs jours. Il s'agit surtout de jeunes en quête d'un travail mais aussi de révoltés d'un système qui oublie les faibles, voire les conduit à la pauvreté. Passé l'importance médiatique, il convient de relativiser la portée de cette soit-disante révolution qui, sans leader, sans réelle politique, ne tiendra guère longtemps. En effet, la seule occupation d'un espace public, certes médiatique mais peu stratégique, ne saurait influencer la politique gouvernementale.

C'est un avenir sombre qui s'annonce pour l'Europe. Le risque d'une volonté d'exclure les pays défaillants n'est pas à exclure, malgré le cataclysme que ce choix provoquerait. Une politique d'union permettrait à l'Europe de se sortir grandie de ce bourbier. A elle d'agir!

jeudi 25 novembre 2010

La fin du "irish dream"?

Le "Tigre celtique" n'est plus... A l'image des "dragons asiatiques", pays du Sud-Est asiatiques caractérisés par une croissance économique et un développement très rapides, l'Irlande a connu une période faste qui a débuté dans les années 90 mais qui vient de s'achever brutalement.

Ce pays, symbole il y a encore quelques années d'attractivité et de dynamisme se voit aujourd'hui dans la nécessité d'accepter l'aide de l'Union européenne, mais également du FMI qui en général, assiste davantage les pays pauvres ou au bord de la faillite. Près de 85 milliards d'euros vont ainsi être distribués principalement aux banques irlandaises pour combler les déficits abyssaux accumulés en raison de placements plus que douteux, subprimes en tête.

En échange, l'Irlande vient de s'engager sur un plan de rigueur de près de 15 milliards d'euros qui devrai s'étaler sur quatre ans. Les deux tiers de ces économies devraient correspondre à des coupes budgétaires, le tiers restant à une hausse de la fiscalité. En revanche, refus catégorique de Dublin d'augmenter sa taxe sur les sociétés (fixée à 12.5%), l'une des plus basses d'Europe et qui permet à l'Irlande d'attirer de nombreuses sociétés, à l'image de Google.

Plusieurs remarques s'imposent:
1. Cette implosion du système irlandais, après celle du système grec, montre que l'orthodoxie en matière d'économie est désormais indispensable. En effet, le pouvoir des agences de notation s'est affirmé, tant et si bien qu'une note dégradée affaiblit le jour même la bourse de l'état concerné.
2. L'Europe se doit désormais d'avoir, outre une politique monétaire commune, une politique économique commune. On ne peut plus se permettre d'avoir des états qui faussent les règles, au nom de la souveraineté nationale, pour engranger des bénéfices, alors que d'autres, à l'instar de l'Allemagne ou des pays du Nord s'emploient à assainir leur économie. Indirectement, et de façon assez ironique, les agences de notation forcent l'Europe à s'interroger sur le sens et la réalité de son unité économique.
3. La façon dont l'Irlande agit est assez scandaleuse mais également "compréhensible", les guillemets étant ici plus que nécessaires. Son refus de relever la taxe pour les sociétés témoigne d'un égoïsme certain et d'un manque de considération total envers l'Europe et ses institutions. Mais peut-on vraiment faire des reproches à un état qui s'était opposé à l'Europe en 2008 et dont on a fait revoter le peuple afin qu'il approuve un traité? Le sentiment européen, au départ fort, est aujourd'hui proche du néant en Irlande. Au lieu de représenter l'espoir, l'Europe suscite désormais le mépris et la colère et les malheurs des peuples lui sont aujourd'hui imputés. Il suffit de lire les pancartes des manifestants...

Pour conclure, la crise irlandaise, de la même façon que l'a été la grecque, est un avertissement à l'égard d'une Europe qui doit s'affirmer au lieu de n'être qu'un pompier aux ordres des agences de notation et qui a la charge de corriger les erreurs des états peu sérieux.

Reste à savoir si la poudrière des états défaillants va s'arrêter. On peut légitimement en douter au vu des dernières informations concernant le Portugal et même l'Espagne. C'est tout un pan de l'Europe qui serait ainsi touché et qui pourrait, comme un château de cartes, affaiblir considérablement cette belle entité qu'est pourtant l'Union européenne.

mercredi 16 juin 2010

La mauvaise blague belge

Les résultats électoraux de dimanche dernier ont confirmé ce que beaucoup redoutaient: une très forte poussée de la Nouvelle Alliance, N-VA (Nieuw Vlaamse Alliantie), du très médiatique Bart de Wever, synonyme d'implosion de l'état belge. Il est clair que la victoire de de Wever marque un tournant dans l'histoire belge, mais il faut également rester pragmatique, en dépit de l'emballement médiatique très exagéré.

Contrairement à ce qu'on lit beaucoup dans la presse française, le N-VA n'est en rien un parti d'extrême-droite. A l'inverse du Vlaams Belang, le N-VA est un parti de gouvernement qui respecte les règles démocratiques. Notons toutefois que ses prises de position correspondent parfois à un certain racisme linguistique à l'égard des francophones. 

Par ailleurs, la position de de Wever est à présent très délicate. Arrivé au sommet, il ne peut à présent que chuter. Lui qui prône l'indépendance flamande serait sur le point de s'allier avec les socialistes du francophone Elio Di Rupo, dans une coalition plus qu'improbable, tant les deux dirigeants sont différents, aussi bien au niveau politique qu'au niveau personnel. Une telle coalition impliquerait des concessions des deux côtés qui n'auraient pour seule conséquence qu'une désillusion des électeurs. Ces derniers se tourneraient vers des partis extrémistes, avec les risques que l'on imagine aisément. 

La situation belge est en vérité révélatrice du mal qui menace l'Europe. Les disparités économiques entre régions d'un même état vont favoriser les partis régionalistes, quasiment tous à droite avec des relents d'extrême-droite. On pourrait ainsi assister à une implosion des états au pouvoir central faible, à l'image de l'Italie par exemple, et à l'émergence de régions puissantes, inclues dans une puissante fédération européenne. C'est d'ailleurs le rêve de de Wever.

L'influence belge en Europe est davantage symbolique que stratégique. Toutefois, son instabilité politique crée une crise qui s'étend au delà de ses frontières territoriales. Le silence de l'Europe est sinon coupable, au moins complice. 

Il y a de fortes chances pour que la géographie de l'Europe soit amenée à de profonds bouleversements d'ici quelques années. Pour le meilleur et pour le pire.



mercredi 9 juin 2010

Le socialisme espagnol à l'épreuve de la crise

Aujourd'hui se déroule à Madrid l'ultime table ronde entre le gouvernement de Zapatero et les différents syndicats et patrons au sujet la réforme du code du travail et des mesures d'aide à l'emploi. Il y a peu de chances que les discussions aboutissent, tant les désaccords sont grands mais le gouvernement a prévenu: dans tous les cas, la réforme sera faite. En France, ce serait un casus belli mais en Espagne, il semble qu'il n'y a plus rien à perdre.

Le projet du gouvernement est clair: pour relancer une croissance dont peu arrivent à y discerner le fifrelin d'un commencement, Zapatero souhaite développer les contrats de formation pour les jeunes, diminuer le temps de travail journalier pour éviter d'arriver au licenciement mais surtout, assouplir les démarches de licenciement et en diminuer les indemnités. 

Zapatero le socialiste a fait long feu; il est seul contre tous. Déjà le 27 mai dernier, son plan d'austérité n'avait été adopté qu'à une voix près, son légitimité à diriger le pays étant légitimement discutée!

Depuis, les manifestations se multiplient, à l'image des fonctionnaires hier qui protestent contre la baisse de leur salaire, laissant planer le risque d'une possible grève générale avec les conséquences fâcheuses que ce genre d'événement implique.

De ces réactions, un double constat s'impose: le socialisme d'aujourd'hui ne peut plus rivaliser avec la brutalité des marchés, dont l'influence sur les États semble se vérifier chaque jour un peu plus.
Par ailleurs, que fait l'Europe? Pourquoi ne donne-t-elle pas des garanties aux pays qui font des efforts à l'image de l'Espagne afin d'éviter des crises politiques? Son silence coupable aura sans aucun doute des conséquences fâcheuses lors des prochaines élections européennes. 

Nul ne peut annoncer la fin de cette crise tant cette dernière change de forme et contamine les économies des pays, tel un virus particulièrement virulent.