vendredi 9 décembre 2011

Sommet européen : un accord de demi-mesures


Le Sommet européen : qu’en penser…
Les conclusions du Sommet européen commencé hier ne sont pas encore définitives mais l’on peut déjà tirer quelques enseignements intéressants.  Soulignons tout d’abord que la nuit fut courte mais riche en rebondissements, l’observateur des événements passant de la crainte à un relatif soulagement.

En effet, les presses européennes titraient depuis plusieurs jours sur « le sommet de la dernière chance », lui conférant une importance phénoménale et accentuant proportionnellement la pression sur les dirigeants politiques chargés de trouver une solution. Il semblait même qu’en cas d’échec, ce soit la fin de l’euro ! Un article très intéressant du Monde.fr listait hier tous les sommets depuis mars 2011 et s’attachait à répertorier la sémantique employée qui avait pour caractéristique principale d’être constamment alarmiste. Ainsi, la presse, les politiques et les agences de notation y allaient de leur pronostic négatif, alimentant ainsi le mécanisme d’auto réalisation : plus l’on pense à l’échec, plus sa probabilité de se réaliser est grande.
Cette situation est d’autant plus intéressante que les discours prononcés par la Chancelière Merkel, le Président Sarkozy, le directeur de la BCE Monti en ce début de matinée étaient au contraire d’un optimisme réel, et sans aucun doute exagéré. On est en droit de s’interroger sur le contenu de leurs propos, volontairement vagues en raison de l’absence de décisions pour les modalités techniques, mais censés rassurer les marchés. Ces derniers ne sont pas dupes et ont ouvert en baisse, constatant que les objectifs visés ne sont pas atteints.

La plus grande déception est sans aucun doute l’absence de réforme des traités européens, un accord intergouvernemental ayant été privilégié. L’Europe des Etats détient donc le véritable pouvoir, au détriment des instances européennes compétentes qui avaient une carte à jouer pour « plus d’Europe », c’est-à-dire favoriser les liens et l’harmonie entre les Etats-membres.

Qui plus est, l’accord retenu n’a pas été accepté par tous : les 17 membres de la zone euro et 6 membres de l’Union européenne ont donné leur accord, contrairement à la Grande Bretagne et la Hongrie qui ont opposé un non catégorique, et sans doute la Suède et la République Tchèque. Le refus de David Cameron n’est en aucun cas une surprise, les déclarations britanniques avant le sommet étant souvent proches d’un euroscepticisme exacerbé ; le Premier ministre britannique avait, semble-t-il, demandé à ce que la City ait un rôle plus fort dans la gestion des questions financières avec un droit de veto pour toute mesure allant contre les intérêts de la Grande-Bretagne.

Mais le vrai problème est que ce sommet consacre l’existence d’une Europe fragmentée, faite de cercles concentriques. Il y a donc à présent l’Union européenne à 27, les membres de la zone euro à 17, et ceux qui acceptent l’accord soit 23 membres. La demande de visibilité dans l’initiative politique de l’Europe, réclamée par les marchés et les agences de notation, n’a assurément pas été entendue par les dirigeants européens.

Cette fragmentation de l’Europe est une solution de facilité pour ses membres qui, au lieu de penser à l’intérêt de leur union qui aurait des conséquences positives mécaniques au niveau national, refusent de faire de véritables compris et surtout de faire preuve de solidarité. Or, la solidarité est à la base de la construction européenne. L’Europe qui sort de ce sommet est clairement fragilisée.

Pourtant, des avancées notables ont eu lieu, ne serait-ce qu’en matière budgétaire, où l’on se dirige vers davantage de cohésion. De même, le SME (mise en place prévue juillet 2012), qui succédera en 2013 au FESF, sera un outil majeur pour aider les Etats en difficulté. Mais comme à chaque fois, l’Europe ne va pas au bout de sa logique. Par exemple, l’Allemagne souhaite que les Etats laxistes soient automatiquement sanctionnés financièrement par la Cour de Justice et qu’un droit de regard soit exercé sur leur politique budgétaire ; mais selon les informations disponibles aujourd’hui, les Etats concernés pourraient contourner le problème dans la mesure où de telles mesures nécessiteront le vote des Etats membres. Nul doute que les pressions y seront reines, et surtout il pourra sembler assez étrange qu’un Etat soit condamné par un groupe d’Etats ayant eux-mêmes des difficultés budgétaires.  De même, la BCE voit son rôle croître avec la « gestion » du SME / FESF, mais sans avoir de licence bancaire. Outre le fait que le terme « gestion » est vague, la BCE ne se voit pas donner les armes nécessaires pour être une vraie banque centrale, comme le sont celles des USA et de Grande-Bretagne.

Au fond, l’avancée réelle est que la machine européenne n’est pas bloquée. Les dirigeants européens, à défaut d’une réponse proprement européenne au sens conceptuel du terme, ont présenté un plan fait de demi-mesures. Ce n’est pas suffisant pour résoudre la crise et calmer les marchés, mais c’est déjà un petit pas. On peut se demander toutefois si l’Europe n’est pas en train de perdre son âme, sa volonté de répondre coûte que coûte aux pressions des marchés la conduisant à agir dans l’instant, dans la désunion et sans réel projet fort pour les prochaines années.

Les prochains jours vont être intéressants à observer, en particulier les aspects techniques des mesures prises, et surtout les réactions des marchés. On peut prendre le risque en tout cas de parier que de nombreux autres sommets sont à prévoir, tant les solutions apportées sont dérisoires comparées à l’ampleur de la crise. Plus d’Europe est nécessaire, mais il faut que les dirigeants s’en donnent les moyens.

Interview sur le Sommet européen du 8 décembre, Journal de 7h00, 9 décembre 2011

Interview disponible si besoin