Le Sommet européen : qu’en penser…
Les conclusions du Sommet
européen commencé hier ne sont pas encore définitives mais l’on peut déjà tirer
quelques enseignements intéressants.
Soulignons tout d’abord que la nuit fut courte mais riche en
rebondissements, l’observateur des événements passant de la crainte à un
relatif soulagement.
En effet, les presses européennes
titraient depuis plusieurs jours sur « le sommet de la dernière
chance », lui conférant une importance phénoménale et accentuant
proportionnellement la pression sur les dirigeants politiques chargés de
trouver une solution. Il semblait même qu’en cas d’échec, ce soit la fin de l’euro !
Un article très intéressant du Monde.fr listait hier tous les sommets depuis
mars 2011 et s’attachait à répertorier la sémantique employée qui avait pour
caractéristique principale d’être constamment alarmiste. Ainsi, la presse, les
politiques et les agences de notation y allaient de leur pronostic négatif,
alimentant ainsi le mécanisme d’auto réalisation : plus l’on pense à
l’échec, plus sa probabilité de se réaliser est grande.
Cette situation est d’autant plus
intéressante que les discours prononcés par la Chancelière Merkel, le Président
Sarkozy, le directeur de la BCE Monti en ce début de matinée étaient au
contraire d’un optimisme réel, et sans aucun doute exagéré. On est en droit de
s’interroger sur le contenu de leurs propos, volontairement vagues en raison de
l’absence de décisions pour les modalités techniques, mais censés rassurer les
marchés. Ces derniers ne sont pas dupes et ont ouvert en baisse, constatant que
les objectifs visés ne sont pas atteints.
La plus grande déception est sans
aucun doute l’absence de réforme des traités européens, un accord
intergouvernemental ayant été privilégié. L’Europe des Etats détient donc le
véritable pouvoir, au détriment des instances européennes compétentes qui
avaient une carte à jouer pour « plus d’Europe », c’est-à-dire
favoriser les liens et l’harmonie entre les Etats-membres.
Qui plus est, l’accord retenu n’a
pas été accepté par tous : les 17 membres de la zone euro et 6 membres de
l’Union européenne ont donné leur accord, contrairement à la Grande Bretagne et
la Hongrie qui ont opposé un non catégorique, et sans doute la Suède et la
République Tchèque. Le refus de David Cameron n’est en aucun cas une surprise,
les déclarations britanniques avant le sommet étant souvent proches d’un
euroscepticisme exacerbé ; le Premier ministre britannique avait,
semble-t-il, demandé à ce que la City ait un rôle plus fort dans la gestion des
questions financières avec un droit de veto pour toute mesure allant contre les
intérêts de la Grande-Bretagne.
Mais le vrai problème est que ce
sommet consacre l’existence d’une Europe fragmentée, faite de cercles
concentriques. Il y a donc à présent l’Union européenne à 27, les membres de la
zone euro à 17, et ceux qui acceptent l’accord soit 23 membres. La demande de
visibilité dans l’initiative politique de l’Europe, réclamée par les marchés et
les agences de notation, n’a assurément pas été entendue par les dirigeants
européens.
Cette fragmentation de l’Europe
est une solution de facilité pour ses membres qui, au lieu de penser à
l’intérêt de leur union qui aurait des conséquences positives mécaniques au
niveau national, refusent de faire de véritables compris et surtout de faire
preuve de solidarité. Or, la solidarité est à la base de la construction européenne.
L’Europe qui sort de ce sommet est clairement fragilisée.
Pourtant, des avancées notables
ont eu lieu, ne serait-ce qu’en matière budgétaire, où l’on se dirige vers
davantage de cohésion. De même, le SME (mise en place prévue juillet 2012), qui
succédera en 2013 au FESF, sera un outil majeur pour aider les Etats en
difficulté. Mais comme à chaque fois, l’Europe ne va pas au bout de sa logique.
Par exemple, l’Allemagne souhaite que les Etats laxistes soient automatiquement
sanctionnés financièrement par la Cour de Justice et qu’un droit de regard soit
exercé sur leur politique budgétaire ; mais selon les informations
disponibles aujourd’hui, les Etats concernés pourraient contourner le problème
dans la mesure où de telles mesures nécessiteront le vote des Etats membres.
Nul doute que les pressions y seront reines, et surtout il pourra sembler assez
étrange qu’un Etat soit condamné par un groupe d’Etats ayant eux-mêmes des
difficultés budgétaires. De même, la BCE
voit son rôle croître avec la « gestion » du SME / FESF, mais sans
avoir de licence bancaire. Outre le fait que le terme « gestion » est
vague, la BCE ne se voit pas donner les armes nécessaires pour être une vraie
banque centrale, comme le sont celles des USA et de Grande-Bretagne.
Au fond, l’avancée réelle est que
la machine européenne n’est pas bloquée. Les dirigeants européens, à défaut
d’une réponse proprement européenne au sens conceptuel du terme, ont présenté
un plan fait de demi-mesures. Ce n’est pas suffisant pour résoudre la crise et
calmer les marchés, mais c’est déjà un petit pas. On peut se demander toutefois
si l’Europe n’est pas en train de perdre son âme, sa volonté de répondre coûte
que coûte aux pressions des marchés la conduisant à agir dans l’instant, dans
la désunion et sans réel projet fort pour les prochaines années.
Les prochains jours vont être
intéressants à observer, en particulier les aspects techniques des mesures
prises, et surtout les réactions des marchés. On peut prendre le risque en tout
cas de parier que de nombreux autres sommets sont à prévoir, tant les solutions
apportées sont dérisoires comparées à l’ampleur de la crise. Plus d’Europe est
nécessaire, mais il faut que les dirigeants s’en donnent les moyens.
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