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vendredi 9 décembre 2011
Sommet européen : un accord de demi-mesures
Interview sur le Sommet européen du 8 décembre, Journal de 7h00, 9 décembre 2011
mercredi 30 novembre 2011
Interview sur l’Europe à deux vitesses, Journal de 7h00, 30 novembre 2011
mercredi 2 novembre 2011
Le séduisant danger d'une Europe à deux vitesses
Martine Aubry avait même jugé intéressante cette idée d’une Europe à deux vitesses, afin de ne pas la laisser dans la léthargie qu’elle connaît actuellement. L’Europe est une construction unique en son genre, qui suscite aussi bien la méfiance que l’étonnement positif de la part des autres puissances, les Etats-Unis prédisant son implosion prochaine alors que d’autres Etats comme l’Inde s’interrogent quant à la possibilité d’un modèle transposable.
L’Europe a traversé de nombreuses épreuves, parfois provoquées par ses membres fondateurs, sans jamais cesser d’avancer, grâce aux initiatives de grands hommes politiques qui avaient une vision qui fait cruellement défaut aujourd’hui. De sa mise en place au début des années cinquante à aujourd’hui, l’Europe n’a eu de cesse d’accepter de nouveaux membres, avec certes des prérequis indispensables en particulier en matière de respect des droits, mais tout en ayant cette souplesse relative en matière économique qui lui a conféré une réelle dimension humaniste.
Vertueux et mauvais élèves
Cette dernière a cependant été remise en cause avec l’entrée en 2004 de dix nouveaux Etats, leur sentiment européen étant pondéré par une forte volonté pour la plupart d’entre eux de se soustraire à l’influence russe et se rapprocher de l’Occident.
Cet ajout aurait dû conduire à une réflexion de grande ampleur sur l’Europe que nous désirons, sur ses moyens d’action, mais cela n’a pas été le cas, l’impulsion politique ayant fait défaut, si bien que nous sommes aujourd’hui dans une quasi-impasse, avec des processus de décision contraignants et une lenteur qui empêche l’Europe d’avoir les mêmes armes que ses partenaires américain et chinois.
La crise économique et financière actuelle a mis en lumière les disparités croissantes entre Etats européens, si bien que l’on distingue désormais les vertueux (Europe du Nord, Allemagne) des mauvais élèves (Grèce, Espagne, Portugal, Italie) du sud de l’Europe.
Le principe de solidarité
On a donc vu − au départ de façon peu médiatique − émerger des interrogations de la part des responsables des Etats dit vertueux pour savoir s’il fallait toujours aider les Etats dans le besoin. Le principe de solidarité n’est pas inné, il s’acquiert à travers un long travail, et l’instinct humain peut le remettre en cause lorsqu’il y a danger.
Alors que ces Etats ressentent dans une faible mesure les effets de la crise, ils tergiversent pour aider leurs camarades et partenaires européens, qui sont toujours plus proches d’un effondrement de leur économie, voire de la société. Les diverses manifestations à Athènes, Madrid et Rome témoignent de ce sentiment d’abandon de populations qui savent qu’elles doivent faire des efforts, mais pas au prix de sombrer dans la misère.
Certes, ces Etats ont vécu au-dessus de leurs moyens pendant des années, mais les autres "sages" puissances n’ont que peu agi pour les contraindre à une meilleure gouvernance.
L’Irlande, surnommée le "Tigre européen", en référence aux nouvelles puissances asiatiques, était un paradis fiscal bien utile pour des sociétés européennes désireuses de payer moins d’impôts.
L’Espagne s’est fabriquée une croissance artificielle avec une bulle immobilière qui éclate aujourd’hui, mettant à la rue des milliers de famille, alors que des milliers de logements ont été construits en trop et demeurent inoccupés.
Responsabilité partagée ou division
La responsabilité de ce qui se passe en Europe doit être partagée et assumée par tous ses membres, y compris l’Allemagne qui a su maintenir son niveau d’excellence grâce à ses partenaires.
Au lieu de jouer la division, qui ne signifierait rien d’autre que la fin de l’Europe, les dirigeants auraient tout intérêt à entreprendre de vastes réformes au niveau européen, et ce dans deux directions : au niveau institutionnel en rendant plus démocratique et rapide les processus de décision, et par voie de conséquence, en œuvrant à une refonte des principes économiques entre partenaires, pour éviter des disparités néfastes à chacun.
Il faut reconnaître que ce n’est pas actuellement le chemin retenu, mais que serions-nous dans une Europe à deux vitesses, ou plus concrètement dans deux Europe ? Aurions-nous les capacités suffisantes pour exister à l’échelle planétaire ?
L’idée d’une Europe à deux vitesses s’apparente à une longue traversée, où les forts décideraient d’aller plus vite, laissant au passage les faibles sur le bord de la route. Seraient-ils au final toujours aussi forts ? Rien n’est moins sûr.
L’Europe est à un tournant de son histoire : elle peut aussi bien s’abîmer que se sublimer.
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/11/04/le-seduisant-danger-de-deux-europe_1598455_3232.html
vendredi 14 octobre 2011
L'international, le parent pauvre du débat socialiste français
Dans une précédente chronique, je m'interrogeais sur la place qu'aurait la politique internationale dans la campagne présidentielle. Je mettais en garde les candidats socialistes à l'investiture du risque que Nicolas Sarkozy axe sa campagne sur sa stature de président en s’appuyant sur ses multiples initiatives et prises de position internationales, dont le succès il est vrai reste à relativiser. Et c'est exactement ce qui se passe !
Alors que les médias concentraient le 9 octobre dernier, lors du premier tour de la primaire citoyenne, la majeure partie de leurs écrits et reportages à la primaire, ils faisaient en même temps allusion à la rencontre entre le président Sarkozy et la chancelière Merkel pour parvenir à un accord concernant la crise qui secoue l'Europe. Cette simple allusion rappelait inconsciemment aux lecteurs et téléspectateurs les enjeux diamétralement opposés de la journée.
Le débat d'entre-deux-tours a montré le fossé qui sépare encore le candidat socialiste et le président Sarkozy. Certes, ce dernier est déjà au pouvoir depuis cinq ans et par la force des choses, il a eu le "loisir" de penser international, en particulier lorsque le climat intérieur était délicat voire négatif à son encontre, la stratégie étant connue de tous. Mais lorsque la véritable campagne va commencer, les électeurs ne chercheront pas de circonstance atténuante à l'un ou à l'autre. Ils se décideront en fonction de ce que chacun proposera et surtout, avec quel sens de la persuasion chacun défendra ses arguments.
Les échanges entre Martine Aubry et François Hollande sont à ce titre assez désopilants, tant ils demeurent dans le vague et le théorique. A leur décharge, il est vrai que le thème de la politique étrangère a été relégué à la fin de l'émission, comme pour se donner bonne conscience à propos d'un sujet qui serait censé ne passionner personne ; je fais sans doute l'erreur de penser le contraire. Les journalistes ont posé deux, trois questions, sans pousser dans leurs retranchements les candidats qui auraient eu pourtant l'occasion de se départager et de se donner une image de présidentiable. A croire que les journalistes eux-mêmes n'étaient pas intéressés...
Je retiendrai personnellement trois thèmes :
Les rapports Chine / France
La partie sur les rapports entre la Chine et la France fait penser que les candidats vivent dans un monde imaginaire, où tous nous aspirerions à la paix et à l'égalité entre nous. Martine Aubry et François Hollande s'offusquent que la Chine décide seule de la valeur de sa monnaie et que son modèle économique conduise à une concurrence déloyale avec ses partenaires économiques, mais ne parviennent pas à formuler de réponses concrètes. Ils parlent de "dialogue", sous-entendant que cela n'a pas été fait jusqu'à présent.
Bien qu'ayant mis en évidence à plusieurs reprises les limites de la politique du président Sarkozy, je dois reconnaître que l'attaque des socialistes est sans fondement. La réalité est que pour dialoguer avec la Chine, il faut être en mesure de le faire ! Cela passe par un renforcement de notre influence qui est peu probable pour l'instant. Les deux candidats ont par ailleurs envisagé la taxation des produits étrangers qui ne respecteraient pas les mêmes réglementations que les produits français. La faisabilité d'une telle mesure me laisse pantois. Il est vrai qu'il est difficile à dire aux citoyens que nous sommes dépendants par la force des choses de la Chine, en lui confiant une part substantielle de notre besoin industriel, et en étant par ailleurs bien heureux de ne pas payer les produits à leur vrai valeur grâce à des travailleurs sous-payés et exploités...
L'entrée de la Turquie dans l'Union européenne
La partie sur l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne a atteint un sommet. Non contents de reprendre des arguments dont la véracité est plus que contestable, comme l'idée d'une Turquie permettant à l'Europe d'avoir une meilleure image dans le monde arabe, les candidats ont montré qu'ils ne maîtrisaient pas le sujet, envoyant un message plus que néfaste à la communauté turque qui réside en France, et aux Turcs en général. Focalisant leurs attaques sur les non-reconnaissances de Chypre et du génocide arménien, qui ne sont pourtant pas des points insurmontables selon des responsables turcs et européens, ils se rapprochent en cela de Nicolas Sarkozy. Or, l'entrée de la Turquie serait selon moi un aspect positif pour l'Europe qui a déjà tant de liens économiques et historiques avec cet État.
Qui plus est, il y a encore peu de temps, les Turcs s'enthousiasmaient d'une entrée dans l'Europe, peut-être plus que les ex-pays soviétiques, mais la lenteur des procédures et les oppositions de certains États commencent à les faire douter. Martine Aubry a agité le chiffon de l'islamisme en Europe, ce qui n'est pas très honnête, la Turquie faisant des progrès à pas de géant pour devenir toujours plus respectable. Certes, le pouvoir en place ne correspond pas au stéréotype européen : cela en fait-il pour autant un étranger ? J'en doute sincèrement. Je rappellerai enfin à Martine Aubry que la Turquie était jusqu'à peu assez isolée du reste du Monde arabe, eu égard à son système politique (une république), ses liens étroits avec les États-Unis et Israël, etc...
Une Europe à deux vitesses
Pour sortir l'Europe de la crise, les deux candidats ont, sans jamais employer le terme, parlé d'"Europe à deux vitesses", François Hollande demandant la fin du processus de décision à l'unanimité et Martine Aubry insistant sur le libre choix des "Etats en avance" de poursuivre la construction européenne. Ils se sont refusés à parler d'une fédération européenne, Martine Aubry employant l'expression de "Confédération des états-nations", qui n'est en aucun cas un synonyme ! Je reconnais cependant à l'ex première secrétaire du PS l'idée d'une élection par le Parlement du président de la Commission européenne, la légitimité de ce dernier et la démocratie en sortant inévitablement renforcés.
En revanche, comme dans ma précédente chronique, j'avoue ne pas comprendre comment François Hollande parviendrait à imposer son pacte à l'Allemagne, cette dernière n'étant en aucun cas pour l'instant dans une posture de soumission. Au contraire, la première puissance européenne, par ses sacrifices et sa compétitivité, détient les clés du futur de l'Europe pour l'instant. Il y aurait encore beaucoup à dire sur la politique extérieure de la France...
Pas une question pourtant des journalistes sur le Printemps arabe, sur les relations entre la France et l'OTAN bien que Martine Aubry se soit à plusieurs reprises vantée d'être en contact constant avec Anders Fogh Rasmussen, son secrétaire général, rien sur les relations entre la France et l'Afrique, entre la France et les États-Unis.
Martine Aubry est restée cantonnée à revendiquer ses liens avec le SPD, alors qu'un président est censé voir au-delà des considérations partisanes et d'anticiper au mieux les bouleversements géopolitiques de demain. Il reste plusieurs mois au candidat socialiste pour se donner une carrure de président. Cela passera nécessairement par une meilleure connaissance des enjeux internationaux et de la réalité des négociations internationales qui ne sauraient fonctionner avec des idéalistes non pragmatiques.
jeudi 26 mai 2011
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mercredi 16 juin 2010
La mauvaise blague belge
Les résultats électoraux de dimanche dernier ont confirmé ce que beaucoup redoutaient: une très forte poussée de la Nouvelle Alliance, N-VA (Nieuw Vlaamse Alliantie), du très médiatique Bart de Wever, synonyme d'implosion de l'état belge. Il est clair que la victoire de de Wever marque un tournant dans l'histoire belge, mais il faut également rester pragmatique, en dépit de l'emballement médiatique très exagéré.
Contrairement à ce qu'on lit beaucoup dans la presse française, le N-VA n'est en rien un parti d'extrême-droite. A l'inverse du Vlaams Belang, le N-VA est un parti de gouvernement qui respecte les règles démocratiques. Notons toutefois que ses prises de position correspondent parfois à un certain racisme linguistique à l'égard des francophones.
Par ailleurs, la position de de Wever est à présent très délicate. Arrivé au sommet, il ne peut à présent que chuter. Lui qui prône l'indépendance flamande serait sur le point de s'allier avec les socialistes du francophone Elio Di Rupo, dans une coalition plus qu'improbable, tant les deux dirigeants sont différents, aussi bien au niveau politique qu'au niveau personnel. Une telle coalition impliquerait des concessions des deux côtés qui n'auraient pour seule conséquence qu'une désillusion des électeurs. Ces derniers se tourneraient vers des partis extrémistes, avec les risques que l'on imagine aisément.
La situation belge est en vérité révélatrice du mal qui menace l'Europe. Les disparités économiques entre régions d'un même état vont favoriser les partis régionalistes, quasiment tous à droite avec des relents d'extrême-droite. On pourrait ainsi assister à une implosion des états au pouvoir central faible, à l'image de l'Italie par exemple, et à l'émergence de régions puissantes, inclues dans une puissante fédération européenne. C'est d'ailleurs le rêve de de Wever.
L'influence belge en Europe est davantage symbolique que stratégique. Toutefois, son instabilité politique crée une crise qui s'étend au delà de ses frontières territoriales. Le silence de l'Europe est sinon coupable, au moins complice.
Il y a de fortes chances pour que la géographie de l'Europe soit amenée à de profonds bouleversements d'ici quelques années. Pour le meilleur et pour le pire.