Depuis quelques temps déjà, le
cyberespace est en ébullition. Les révolutions arabes l’ont médiatisé à
outrance via l’action des nombreux blogueurs et autres internautes qui s’en
sont servis pour faire connaître leur cause et organiser leurs mouvements. A
présent, une autre actualité le met sur le devant la scène avec les
attaques des Anonymous contre diverses entités : entreprises (Sony),
structures étatiques (Ministère de la Défense)… Leur nom est à la fois signe du
secret qu’ils revendiquent que du manque d’informations disponibles pour mieux
les cerner.
Leur vendetta a commencé juste
après l’arrestation
de Kim Schmitz, le
fondateur de Megaupload, un site légal en lui-même mais facilitant les
échanges de fichiers illégaux. Pour dénoncer l’action des instances policières
et judiciaires américaines qui, il est vrai, pose de sérieuses questions quant
à la mainmise des Etats-Unis sur le Web, ils ont procédé à des attaques
informatiques plus ou moins puissantes et complexes, celle contre Sony étant la
plus remarquable dans son élaboration et les résultats obtenus : pendant
plusieurs heures, le contenu musical du géant japonais était téléchargeable
gratuitement. Ce succès témoigne de leur volonté et surtout de leur capacité à
s’en prendre aux plus grands, les faisant passer pour des contestataires du
virtuel, voire les promoteurs d’un nouveau système politico-sociétal.
Il est vrai qu’il est difficile
de comprendre ce qui les relie tant leurs actions revêtent des perspectives
éloignées : quel est le lien entre une attaque contre l’Eglise de la
Scientologie, les cartels mexicains ou des sociétés du Web (PayPal par
exemple)? Cette pluralité d’initiatives est à mettre sur le compte de l’hétérogénéité
même des Anonymous qui ont des intérêts personnels, ou dans le meilleur des
cas, partagés par des petits groupes de cyberactivistes. De cette réalité on
peut en caricaturant à peine comparer les Anonymous à la nébuleuse terroriste
Al-Qaida, dans le sens où l’intérêt est dans l’appartenance à une franchise
célèbre qui confère une relative légitimité. Ainsi émergent des groupes
Anonymous dans de nombreux pays, à l’instar de la France, où un groupe dénommé
Anonymous France a revendiqué plusieurs attaques, qui n’ont rien de comparable
en terme de puissance à leurs homologues anglo-saxons.
C’est d’ailleurs le danger qui
guette les Anonymous : l’absence de structure même souple, gage jusqu’à
présent de leur sécurité, ne les prémunie pas de campagnes de désinformation
opérées par des usurpateurs ou les services de sécurité des Etats touchés.
Plusieurs appels à entreprendre des piratages de sites web n’ont pas été suivis
des faits (projets contre Wall Street, Facebook…), les « vrais »
Anonymous ayant du publier des démentis pour expliquer que l’initiative ne
venait pas d’eux. Ces communications médiatisées mais mal maîtrisées constituent
le talon d’Achille des Anonymous qui pourtant sont fondamentaux pour la
construction progressive de notre cyberespace.
En effet, à travers leurs initiatives
diverses, ils cherchent à alerter l’opinion sur deux problèmes majeurs qui ont
des conséquences aussi bien dans le virtuel que dans le monde réel. Il y a en
premier lieu le retard conceptuel de nombreux pays européens qui laisse les
Etats-Unis et la Chine principalement modeler le cyberespace à leur image, le
cloisonnant et transposant dans le virtuel des considérations géopolitiques du
monde réel. Le pouvoir des Etats-Unis de couper quand ils le souhaitent un site
internet hébergé dans n’importe quel endroit du monde fait réfléchir quant à la
dimension universaliste et démocratique du cyberespace revendiquée par
certains. Dans une perspective différente mais parallèle, la Chine a procédé à
une « frontiérisation » du cyberespace, le censurant pour museler des
contestataires toujours plus nombreux, avec un certain succès jusqu’à présent.
Mais surtout, ce à quoi les
Anonymous cherchent à nous mettre en garde, c’est le manque criant de
sécurisation de l’information, qu’elle soit professionnelle ou personnelle, sur
la Toile. Par l’intermédiaire des réseaux sociaux, nous mettons en ligne
toujours plus d’informations ayant trait à nos modes de vie, pensant qu’elles
sont protégées et accessibles que de nous seuls. Or, la présence inévitable de
failles de sécurité informatique, sans cesse mise en exergue par les Anonymous,
est une donnée exploitable par des organisations mafieuses qui se développent
sur Internet.
En agissant ainsi, les Anonymous
nous incitent à ne pas voir dans le cyberespace un monde à part mais bien un
espace aux connectivités multiples avec le monde réel.
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