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lundi 31 octobre 2011

Inondations en Thaïlande : pour une solidarité environnementale

La Thaïlande connaît depuis le mois d'août des pluies massives engendrant des inondations dévastatrices et ayant provoqué la mort d'au moins 427 personnes. Des centaines de milliers de maisons ont été détruites, la population sinistrée fuyant où elle peut. La capitale Bangkok n'a pas été épargnée, mais la situation aurait pu être pire si les autorités gouvernementales n'avaient pas décidé de sacrifier les villes avoisinantes. A présent que le pire semble être passé, que penser de ces événements qui n'ont au final que peu de "naturel" ?

En effet, peut-on simplement voir dans ce drame une "catastrophe naturelle" ? Certes, le pays, et la région dans son ensemble, sont habitués à des inondations, mais de cette intensité beaucoup moins. Plusieurs scientifiques ont déjà souligné la responsabilité du dérèglement climatique dans l'augmentation du nombre et des effets de phénomènes naturels, tels que les pluies, les tornades et les périodes de grand froid. C'est pourquoi le terme de catastrophe environnementale serait à privilégier, d'autant qu'il permet de distinguer deux types de causes de ce drame : la nature et l'action de l'homme sur plusieurs décennies.

Pas de frontières pour les catastrophes environnementales

L'exemple de la Thaïlande est tristement édifiant, tant il montre les dysfonctionnements de nos modes de pensée, l'absence de frontières pour ce qui est des conséquences des catastrophes environnementales et surtout l'absence de ce qu'il conviendrait de définir comme "la solidarité environnementale".

La construction effrénée et anarchique dans le pays a bouleversé sur le long terme une nature riche et fragile, tant et si bien que Bangkok s'enfonce dans un sol argileux, le phénomène s'accélérant avec les nombreux gratte-ciels qui émergent dans la ville. La mégalopole a pu préserver son centre des inondations, mais l'activité économique de la ville et du pays dans son ensemble a été durement touchée, voire paralysée.

Des conséquences en Europe et partout ailleurs

C'est ainsi, par le pouvoir de la mondialisation, que des entrepreneurs japonais, américains et européens subissent directement les effets des ces inondations, de nombreuses usines thaïlandaises étant sous les eaux. La conséquence est immédiate : la pénurie en composants va conduire à une augmentation du prix du produit final dans les prochains mois. Ainsi, un européen qui achèterait à Noël un ordinateur le paiera plus cher, et subira de ce fait les conséquences d'un événement qui s'est produit à des milliers de kilomètres.

Les Etats voisins de la Thaïlande qui ont peu été touchés profitent du drame de leur voisin, leurs usines prenant le relais et attirant les investisseurs étrangers. En effet, outre le facteur humain, il convient de prendre particulièrement en considération la dimension économique de cette catastrophe environnementale ; c'est ainsi que le gouvernement thaïlandais a déjà revu ses prévisions de croissance à la baisse et qu'il a par précaution déplacé certaines activités boursières dans une cité balnéaire pour ne pas couper le pays de l'ensemble du réseau économique et financier de la planète.

Qui plus est, une catastrophe environnementale met également à rude épreuve l'autorité en place qui joue son va-tout dans la gestion de l'urgence. Georges Bush avait été très critiqué pour sa gestion de Katrina. Madame Shinawatra, premier ministre de la Thaïlande, a repris la main après avoir semblé manquer de réactivité dans un pays où l'armée demeure très puissante et peut profter d'une faiblesse du pouvoir en place.

Impliquer les autres Etats

On voit bien qu'une catastrophe environnementale provoque des dégâts qui affectent toutes les dimensions de la vie publique et sociale de l'Etat touché. Et force est de constater qu'il est bien difficile d'impliquer les autres Etats de la planète, au delà d'une simple compassion humanitariste, dont les effets ne sont réels que sur le très court terme.

Il conviendrait, à travers une véritable diplomatie environnementale que j'avais appelé de mes vœux, de rappeler à chacun sa part de "responsabilité environnementale". Certes, celle-ci est difficile à définir et à répartir à l'échelle planétaire, chaque Etat ayant une implication variable dans l'aggravation des phénomènes naturels, mails il serait possible de contourner ce problème en invoquant la notion de "solidarité environnementale".

Pourquoi ne pas envisager la mise en place de structures régionales d'entraides en matière environnementale, souples et promptes à réagir ? Au lieu que seul l'Etat touché assume les coûts, ses voisins garantiraient la continuité de son activité économique grâce à une mutualisation de certains secteurs dits essentiels.

Certes, une telle démarche irait à l'encontre des intérêts individuels mais le bénéfice sur le long terme serait réel, aucun Etat n'étant à l'abri. Vu qu'il semble compliqué de faire accepter aux gouvernements l'idée d'investir dans la prévention, qui est pourtant plus économique que le coût des réparations, la solidarité environnementale pourrait constituer un début de solution.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/209816;inondations-en-thailande-pour-une-solidarite-environnementale.html

dimanche 23 octobre 2011

Pour une "diplomatie environnementale"

La crise économique et financière qui sévit depuis plus de trois ans a diminué considérablement la médiatisation des enjeux climatiques, qui pourtant concernent l'humanité dans son ensemble. Au nom de la lutte contre la crise et ses conséquences à la fois économiques et humaines surtout, nous avons sciemment sacrifié le débat écologique. Les scores encourageants de plusieurs partis écologistes, en Allemagne et en France par exemple, ne sauraient à eux seuls laisser penser que le débat écologique a repris des forces.

Rio, Kyoto, Copenhague. Autant de villes symbolisant les maigres progrès voire échecs retentissants des initiatives internationales en matière de protection environnementale. Pourtant, la volonté de certains participants était grande, et incomparable à celle des acteurs de la société civile, mais force est de constater que ce qui devrait être une priorité revêt un caractère "annexe" certain. A quoi cela est-il du ? Il est principalement question des puissances émergentes, des nouvelles puissances (Chine, Inde, Brésil) et des Etats-Unis qui font barrage à toute initiative susceptible de remettre en cause leur activité économique, et par voie de conséquence le niveau de vie de leur population. De la même façon, les Etats du Sud refusent de signer des accords qui entraveraient leur développement fulgurant, prétextant que les Etats riches du nord ont abusé pendant des décennies des ressources de la planète et que de ce fait, ils peuvent eux aussi agir ainsi. Ces arguments, bien que proches de la réalité, ne peuvent expliquer le blocage dans lequel nous sommes.

La première contrainte vient de la mondialisation qui, de par les interactions et dépendances qu'elle a créées entre des acteurs situés aux quatre coins de la planète, a rendu impossible toute solution à une échelle strictement étatique. Deuxièmement, bien que de remarquables travaux d'économistes l'aient démontré, il semble encore difficile pour les politiques d'accepter l'idée que plus l'on agira en amont, moins les catastrophes seront coûteuses, aussi bien en vies humaines qu'en termes économiques. La crise participe d'ailleurs à cette crispation des pouvoirs en place qui pensent au mieux sur cinq ans, négligeant les perspectives de moyen et long terme. Que faire par conséquent ?

Chacun sait qu'il suffit de créer une commission pour enterrer un problème ; c'est un peu ce qui se produit avec l'environnement, où les structures ad hoc ne parviennent pas à faire entendre leurs messages. D'ailleurs, on pourrait se demander au niveau national si l'existence d'un ministère de l'écologie a un sens, ou s'il ne faudrait pas plutôt insérer dans chaque ministère une composante environnementale. En d'autres termes, lorsqu'un ministre se rend à l'étranger défendre les intérêts industriels de son pays par exemple, ne pourrait-on pas envisager qu'il s'assure en même temps que les règles environnementales seront respectées par son partenaire ? Bien souvent, la question n'est pas posée, ou seulement a posteriori.

Or, si nous voulons que tous acceptent d'agir, il convient de mettre en place ce que je nommerais une "diplomatie environnementale", à même de faire entendre la nécessité de respect des principes environnementaux chaque fois que des intérêts sont défendus. Au lieu de donner à l'environnement une place à part, insérons-le dès que des projets affectent les équilibres précaires de la planète.

Certes, une telle politique peut conduire à des impasses, voire à des échecs avec des partenaires peu touchés par les questions environnementales. Mais le risque d'erreurs sur le long terme d'une politique occultant ces questions est sans commune mesure, et ce d'autant plus qu'il affectera les générations futures.

La notion de diplomatie environnementale met au cœur de la diplomatie de chaque Etat l'environnement, faisant de ce dernier une ligne conductrice, à même de relancer la machine des négociations qui demeure bloquée pour l'instant. Une solution universelle n'est pas envisageable, ne serait-ce qu'à cause de nos divergences d'intérêt, mais des solutions interétatiques pouvant susciter un mimétisme chez autrui sont à privilégier.

L'idée de diplomatie environnementale, sans doute difficile à faire accepter en raison des changements de culture politique qu'elle induit, devrait être mise en valeur. L'échec est possible, mais pas certain, et dans la situation actuelle assez alarmiste, c'est un risque à prendre.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/25/pour-une-diplomatie-environnementale_1592105_3232.html