Fin de partie pour Laurent Gbagbo! Hier, en fin d'après-midi, l'ancien président de la Côte d'Ivoire a été arrêté et remis aux forces de son adversaire élu président Alassane Ouattara. C'est une page majeure de l'histoire de ce pays qui se tourne; beaucoup s'empressent déjà d'espérer un avenir radieux à ce pays, riche de son cacao et de ses relations historiques et complexes avec de nombreuses puissances occidentales, la France en tête.
Il ne faut cependant pas céder à l'angélisme ambiant, qui voudrait que le "méchant" dictateur ait laissé place au "gentil" démocrate. Aussi bien Gbagbo que Ouattara sont intimement liés à l'histoire mouvementée de la Côte d'Ivoire. Souvenons nous que Ouattara a été le premier ministre du dictateur Houphouët-Boigny, et que sous l'autorité de ce dernier, il a fait arrêter au début des années 90 Laurent Gbagbo. Ce dernier a d'ailleurs échappé de peu à un attentat; son image de "résistant" l'a accompagné pendant des années, faisant de lui un symbole d'une révolte africaine contre une vieille structure pro françafrique. De la même façon, lorsque Gbagbo est arrivé au pouvoir au début des années 2000, il s'en est pris à son ennemi en tentant de l'assassiner, Ouattara y échappant de justesse.
Cette querelle personnelle se double d'un échec patent en matière économique, aucun des deux n'ayant réussi à faire de la Côte d'Ivoire un véritable leader en Afrique, aidé par une forte croissance qui était possible en raison de ses ressources. Au contraire, au nom de petits arrangements, ces deux hommes ont laissé le pays s'appauvrir, permettant à des groupes industriels occidentaux de s'enrichir, ces derniers assurant le régime en place de leur soutien.
Quant à la France, son rôle dans le renversement de Gbagbo soulève bien des questions. Certes, elle est intervenue dans le cadre de l'ONU, mais il n'en demeure pas moins que sa position est pour le moins délicate, eu égard aux nombreux contentieux franco-ivoiriens. Elle s'est rangée du côté des forces de Ouattara et n'a pour l'instant guère manifesté sa désapprobation à l'encontre des massacres perpétrés par les forces du nouveau président contre des civils.
Qui plus est, on ne saurait occulter l'important soutien logistique qu'a apporté la force Licorne à Ouattara. Sinon, comment expliquer que les forces de Gbagbo, bien mieux formées et armées que celles de Ouattara, aient si rapidement perdu? Le Ministre de la Défense français Gérard Longuet a beau dire que les soldats français n'ont pas participé directement à l'arrestation de Gbagbo, ce n'est qu'une question de mots.
Sans en avoir la preuve formelle, mais une intime et forte conviction, les Français ont aidé fortement à l'arrestation de l'ancien président, en pilonant à l'artillerie lourde et en "conseillant" les troupes d'assault de Ouattara. Ils n'ont pas éteint un incendie, ils en ont déclenché un nouveau!
On est déjà sans nouvelles de deux Français et ce n'est malheureusement que le début. Des voix s'élèvent déjà pour dénoncer le "coup d'état" perpétré par Ouattara et les Français (bien que ce soit faux sur le fond) et il est quasiment sûr que nos ressortissants seront violemment pris à parti, tant le chaos règne à Abidjan. Rappelons enfin que Laurent Gbagbo, bien que défait lors de la dernière élection, avait recueilli plus de 47% des voix. En d'autres, le pays n'était en aucun cas unifié contre lui et une partie de la population le soutenait et le soutient encore.
Le nouveau président Outtara a une mission morale d'importance nationale: favoriser coûte que coûte le retour à l'unité dans ce pays en proie aux dissenssions. Cela passe par la promotion de la justice pour ne pas donner l'impression d'un Gbagbo jugé par les vainqueurs et par un courage politique fort pour contenir les forces armées susceptibles de dérapages. L'avenir de la Côte d'Ivoire se joue clairement à "pile ou face".
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