mardi 23 août 2011

Retour sur les émeutes de Londres

A un an du début des Jeux Olympiques, qui aurait pu imaginer ce qui s'est passé début août à Londres? Qui aurait pu penser qu'un pays comme l'Angleterre, connu pour sa retenue, sombre dans le chaos, et ce devant les caméras du monde entier? A vrai dire personne, et tout le problème est là.
Pendant plusieurs jours, différents quartiers de Londres ont été en proie à des incendies, à des vols et autres dégradations qui ont dégénéré. Outre les centaines d'arrestations opérées par les forces de police, on déplore un mort, les circonstances exactes de son décès n'étant pas clairement établies. Les informations manquent encore aujourd'hui car ce qui s'est passé a été un profond traumatisme pour les Anglais qui ne s'y attendaient pas. Tout au plus a-t-on pu voir à la télévision des groupes de jeunes le visage caché mettre le feu à des immeubles, piller des magasins et provoquer la police. Cette dernière a d'ailleurs vu passer ses effectifs de six à seize mille hommes pour éviter l'anarchie.
Les médias se sont emparés de l'affaire, ce qui semblait évident, mais d'une façon assez particulière, avec des méthodes relevant de l'inquisition et non du journalisme. On peut citer entre autres les vidéos diffusées des possibles fauteurs de trouble avec des messages demandant aux citoyens d'aider l'Etat à enrayer ce fléau. On aurait voulu provoquer des affrontements entre civils que l'on ne s'y serait pas pris autrement! En effet, des groupes de citoyens se sont rapidement constitués pour défendre leurs quartiers, leurs commerces, voire leurs lieux de culte surtout pour la communauté indienne. Armés de bâtons et autres objets contondants, ils ont été indirectement encouragés à se faire justice, malgré les appels au calme de la police et du gouvernement de David Cameron.
Celui-ci a d'ailleurs du rentrer précipitamment de vacances, afin de ne pas donner l'impression de minimiser ce qui restera pour longtemps dans les mémoires des Londoniens. Alors qu'aujourd'hui, les émeutes ont cessé malgré une propagation sporadique à d'autres villes du Royaume-Uni, que penser de cette tragédie. Est-elle le fruit de la seule crise économique qui marque le pays? Est-ce la faute d'Internet et des nouvelles technologies, comme le sous-entend Cameron? Le manque de repères et de valeurs de la jeunesse est-il si prépondérant dans les motivations des criminels?
On ne saurait se risquer à apporter une réponse là où tous, y compris ceux qui observent la société britannique depuis des années, ont été pris par surprise. On peut cependant souligner que la politique assez à droite au niveau social de David Cameron, que le chômage des jeunes qui atteint des proportions énormes dans certains quartiers comme Tottenham qui a été également un haut lieu d'affrontements, que le matraquage médiatique qui incite les jeunes à concevoir la possession du "toujours plus" comme une nécessité contingente au bonheur et au respect, constituent des facteurs qui peuvent provoquer ce genre de crise.
Une aide financière seule de l'Etat britannique ne saurait remédier au problème. Tout au plus l'étoufferait-elle pour quelques années... C'est davantage le tissu social du pays qui est à reconstruire, en insistant sur plus de solidarité et sur moins de déséquilibres entre les très riches et les pauvres. Certes, les inégalités ont toujours existé et on ne saurait penser sérieusement les supprimer; elles sont constituantes de nos modes de vie. Mais au moins pourrait-on envisager de les atténuer car dans une société démocratique, celui qui n'a plus rien à perdre et à attendre de ceux censés le soutenir représente un danger.
Le coût d'une véritable politique sociale n'est rien si elle permet d'éviter les émeutes et assure un niveau de vie décent à chacun.

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