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jeudi 25 août 2011

Retour sur l'été moyen-oriental et africain

Certains avaient émis l'idée -saugrenue- qu'avec le Ramadan, on assisterait à une diminution des affrontements au Proche et Moyen-Orient. L'été 2011 aura montré de façon particulièrement éclatante à quel point ça n'a pas été le cas. Au contraire, que ce soit en Libye, en Syrie, en Israël, ou même en Afrique avec la Somalie, la situation s'est profondément détériorée avec le risque d'un embrasement, un risque qui n'est pas encore totalement écarté...Dans tous les cas, l'espoir de jours meilleurs est mince.

La Libye est ravagée par des affrontements toujours plus virulents entre les forces du Colonel Kadhafi et les rebelles soutenus par l'OTAN. Ces derniers, après une période de "surplace" sont en train de marquer des points essentiels, tant et si bien que Tripoli semble être passé sous leur contrôle. La prudence est toutefois de mise, la désinformation massive opérée par les deux camps empêchant toute analyse définitive.
Il semble cependant que Kadhafi soit dans une très mauvaise posture et que deux solutions sont à envisager. Soit le Guide libyien se fait capturer en espérant qu'un procès aura lieu, ce qui n'est pas évident si l'on se réfère à sa mise à prix fixée à plus d'un million et demi de dollars par les rebelles et surtout à la mention "mort ou vif". Soit Kadhafi parvient à s'échapper et avec les ressources financières dont il dispose encore, il entretient une guerre d'usure et d'harcèlement avec l'aide de mercenaires. La mise en place d'une démocratie dans le pays en serait inévitablement affectée.
Les Occidentaux, dont le rôle est plus ou moins clair dans ce conflit, doivent-ils s'impliquer davantage? L'hésitation demeure entre une volonté de ne pas faire preuve d'ingérence et un désir de stabiliser la région, avec les perspectives économiques liées au pétrole qui en découlent.

La Syrie est dans une période encore plus opaque, les Occidentaux faisant pression sur Al-Assad, sans que ce dernier n'en soit véritablement affecté. Il continue au contraire d'attaquer de plus belle toute poche de résistance hostile au régime. C'est avec une main de fer et de sang que le pays est désormais dirigé, non pas que les années passées furent idylliques, mais l'on peut s'interroger quant à l'avenir de la Syrie. Il me semble que les occidentaux ont fait une grave erreur en ne cessant de demander le départ du président syrien. Ce dernier possède encore beaucoup de soutiens et il sait diriger; il aurait sans nul doute été plus judicieux de négocier avec lui une ouverture limitée à la démocratie, ce qu'il aurait accepté moyennant des accords économiques nouveaux, plutôt que de ne lui laisser aucune chance, l'incitant à jouer son va-tout et la vie de milliers de Syriens. Tout doit être fait pour que ce pays, si stratégique pour la région, ne se renferme pas sur lui-même, avec le risque d'un développement de l'intégrisme qu'un tel choix politique comporterait...

Israël, dont nous avions parlé il y a peu de ses problèmes de politique interne, a subi un attentat ciblé faisant huit morts en Egypte. Trois militaires égyptiens ont ensuite été tués par les forces israéliennes ce qui a provoqué la fureur de la population. Israël a eu tort d'agir ainsi, et ce d'autant plus que l'Egypte est en pleine transition démocratique et qu'il aurait tout intérêt à mener une politique discrète et amicale pour être sûr de renouveller le traité de paix et s'éviter de nouveaux ennemis. Ce n'est en tout cas pas la voie prise par les forces de Tsahal qui, en réplique de cet attentat lâche, ont envoyé de nombreux missiles sur Gaza, causant la mort de civils. De telles représailles aveugles sont inefficaces et nuisibles en tout point, aussi bien pour traquer les véritables commanditaires de l'attaque que pour satisfaire la population israélienne qui commence à se rendre compte de l'impasse dans laquelle le gouvernement de Netanyahu la conduit.

Enfin, la situation humanitaire empire considérablement en Somalie, l'aide n'arrivant pas aux nécessiteux. L'aide apportée par les Occidentaux était déjà faible, l'absence de réelle organisation efficace achève de faire de la Corne de l'Afrique une région de morts. L'empressement de certains à agir dans l'instant pour aller en Libye et leur silence coupable pour aller sécuriser l'approvisionnement des denrées alimentaires en Somalie est difficilement explicable. Comment expliquer au monde ces entrepôts remplis jusqu'à raz-bord de denrées non distribuées à cause d'un document manquant ou parce que les milices islamistes bloquent les convois? Pourquoi ne pas faire intervenir des Casques Bleus dont la seule mission serait de sécuriser les transferts d'aide humanitaire? Sans doute parce que cette région n'intéresse personne, que les ONG sur place se sentent désemparées par le faible relai médiatique qu'on leur donne... Pourtant, c'est un point géostratégique majeur qu'il conviendrait de protéger et d'étudier davantage car le risque que cette région devienne un repère pour terroristes et trafiquants en tout genre est déjà une réalité.

lundi 1 août 2011

Les inégalités et le désordre mondial

Bien que l'actualité internationale soit très riche en ce moment, deux actualités se dégagent fortement et permettent de s'interroger sur l'état et la cohérence humaine et morale du monde. D'un côté, les États-Unis, première puissance au monde en pleine crise économique et financière, de l'autre une région, la Corne de l'Afrique où sévit une crise humanitaire sans précédent, la sécheresse catastrophique et historique provoquant une famine grave et à grande échelle. D'un côté, une solution vient d'être trouvée, de l'autre, un écran de fumée vient d'être présenté. Comment penser ce fossé?
Les États-Unis viennent in extremis de trouver un semblant de solution pour éviter de plonger le monde dans la plus grande crise économique qu'il n'ait jamais connu en parvenant à un accord entre Républicains et Démocrates au sujet de la dette abyssale du pays. Les détails ne sont pas encore disponibles mais l'on parle d'un relèvement du plafond de la dette de plus de deux mille milliards de dollars... la somme est si colossale qu'il est difficile de se l'imaginer. En tout cas, les États-Unis viennent de se donner un répit supplémentaire, mais il est évident que des sacrifices sont à attendre. En effet, les Républicains n'ont pas signé un chèque en blanc à Obama: en échange de leur accord, ils exigent des coupes budgétaires substantielles dans les dépenses du pays, y compris concernant la mise en œuvre de l'Assurance maladie chère à Obama. Les Représentants démocrates étaient à peu de choses près sur la même ligne que les Républicains, seul le calendrier d'exécution changeant.
Obama ne doit pas cependant crier victoire et ce pour plusieurs raisons: les Républicains ont montré qu'ils étaient des adversaires combatifs et qu'ils pouvaient influencer son action. Par ailleurs, bien qu'étant la première puissance mondiale, les États-Unis se sont vus menacés, certes mollement mais quand même, par les agences de notation qui évoquaient la possibilité d'une perte de la si précieuse note AAA. Ceci démontre que nul n'est à l'abri désormais d'une perte réelle et symbolique de pouvoir, à croire que ce dernier, dans son aspect purement économique et financier, régit de plus en plus les enjeux de puissance.
Si l'on traverse un océan et que l'on se focalise sur la situation dans la Corne de l'Afrique, force est de constater que le jeu et les cartes disponibles divergent sensiblement... Les médias ont ceci d'affreusement fascinant qu'ils découvrent la misère et la pauvreté qu'une fois celles-ci à leur plus haut sommet. En effet, bien peu d'articles ont traité de la situation alimentaire désastreuse qui secoue la région ces derniers mois. Cependant, comme pour corriger l'erreur, ces mêmes médias s'emparent désormais de ce sujet; mais n'est-il pas trop tard?
Focalisés sur l'Irak, l'Afghanistan, la Libye et la Syrie avec le Printemps arabe, les puissances occidentales ont négligé des pays en crise comme le Yémen, et surtout la Somalie, dirigée par des islamistes dont la dangerosité n'est plus à démontrer. Ces derniers, au mépris du respect de la dignité humaine, ont bloqué et bloquent encore l'aide humanitaire envoyée par l'ONU, avec les pertes humaines que de telles mesures comportent. Certes, une réunion de donateurs représentant les puissances mondiales a eu lieu il y a peu à Rome, mais l'absence de résultats concrets et rapides montre que le drame qui sévit dans cette région n'est pas une priorité. Alors que nous sommes prêts à donner, et non pas à prêter vu que l'on ne reverra jamais la couleur de cet argent, plus de cent milliards d'euros à la Grèce, alors qu'une puissance est capable d'autoriser une augmentation de son déficit de plus de deux mille milliards de dollars, nous sommes incapables de trouver un milliard pour sauver une population démunie... Les morts s'entassent dans l'indifférence générale; un sursaut d'humanité serait le bienvenu!
Il y a peu de chances pour que ce dernier se produise, tant les élans généreux de certains sont avant tout liés à de basses considérations politiques et économiques. Pourtant, en laissant la situation ainsi, nous agissons contre nous-mêmes en favorisant la création d'une génération de "sans-avenirs" qui n'ont plus rien à perdre et dont le risque de radicalisation n'est pas à écarter. Mais le plus gênant dans cette catastrophe, c'est que notre égoïsme est responsable de ce qui se passe. Même si le lien direct n'est pas formellement établi, on peut légitimement penser que les dérégulations climatiques liées à nos modes de vie consommateurs de ressources épuisables ont eu un impact sur la situation climatique dans la Corne de l'Afrique. Simplement blâmer "les pays du Nord" ne servirait à rien, mais rappeler à ces derniers que leurs actions ont des conséquences planétaires et qu'il est de leur devoir d'agir en respectant les autres États, aussi petits soient-il, n'est absolument pas vain.
Le monde devient de plus en plus irrationnel, et une telle situation ne pourra déboucher que sur des événements extrêmes.