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samedi 21 mai 2011

L'aide diplomatique américaine dans le Monde arabe

Dans la chronique d'hier, je traitais de la proposition audacieuse mais peu judicieuse du Président Obama d'oeuvrer à la création d'un Etat palestinien sur les frontières de 1967. Très rapidement, comme on pouvait s'y attendre, Israël a refusé fermement cette proposition et les lobbys pro-israéliens ont entamé leur travail de communication intensive pour délégitimer la position d'Obama.

Mais résumer le discours du Président au seul conflit israélo-palestinien serait une erreur. Le Président Obama définit de façon plus globale ce que doivent être les relations entre les Etats-Unis et le monde arabe. L'urgence est d'autant plus de mise que le monde arabe est secoué par des révolutions qui font chuter des dictateurs, ou plus poliment des "présidents à vie", et qui permettent aux individus d'exprimer leurs revendications, aussi bien matérielles qu'immatérielles.

Dans son discours, Obama cherche à distribuer les bons et mauvais points, félicitant la Tunisie et l'Egypte pour le succès des révoltes et critiquant ouvertement la Libye et la Syrie pour la répression que ces deux Etats conduisent. Bien que de façon indirecte et cachée un rôle ait été joué par l'Administration Obama, il semble bien que cette dernière ait pris le train en marche, réagissant au coup par courp, proclamant le respect de l'expression populaire sans pour autant mener une véritable politique de pressions à l'encontre des autorités concernées. Sinon, comment expliquer sa mollesse face au drame syrien? Ou son jeu de "ni oui ni non" en Libye?

Il est vrai que la situation est complexe et qu'elle ressemble à s'y méprendre à un château de cartes car si des actions sont menées contre la Syrie, comment réagira l'Iran? Les Etats-Unis sont confrontés à un dilemme entre leur volonté d'accompagner les révolutions arabes tout en agissant pour une stabilité géopolitique dans la région. Il semble bien qu'actuellement, ils n'aient pas fait réellement de choix, laissant la situation empirée, la Libye se divisant entre pro et anti-Kadhafi et le peuple syrien faisant l'objet de massacres.

Obama peut se glorifier de la mort de Ben Laden et rappeler que ce dernier ne représentait en rien le monde musulman et qu'au contraire, il lui nuisait. Mais cet acte seul, aussi emblématique soit-il, ne doit pas détourner le Président des préoccupations premières, à savoir:
1. oeuvrer à une solution de paix sur le long terme entre Israéliens et Palestiniens
2. accompagner les révolutions arabes sans faire preuve d'une trop grande ingérence
3. faire preuve de mesure dans ses choix géostratégiques pour ne pas exciter les franges extrêmes des autorités iraniennes qui ont d'importantes visées régionalistes.

Souhaitons que celui qui a prononcé le fameux "discours du Caire" en 2009 sera à la hauteur, pour le bien du monde arabe et du monde dans son ensemble.


jeudi 31 mars 2011

La guerre en Libye: une question de droit et de morale et un piège à éviter

Lorsque j'ai évoqué auprès d'amis mon sentiment à l'égard de ce qui se passe en Libye, on m'a accusé de cynisme, d'adopter une attitude munichoise et de sous-estimer le succès de l'opération militaire en cours. Puisse ce blog me permettre de préciser ma pensée et mon opinion.
Dans la foulée du "Printemps arabe" qui secoue le Maghreb et le Proche-Orient, se transformant par ailleurs en "Printemps des révolutions", la Libye que l'on pensait au départ non sujette à de tels bouleversements est en vérité en train d'en payer le prix le plus fort. Le Colonel Kadhafi, en entrant dans le jeu de la provocation et de la répression médiatique a donné raison à ses détracteurs. Très vite, et contrairement aux cas tunisien et égyptien, il a repris le dessus sur les forces d'opposition, faiblement équipées militairement et dépourvues de leader et de structure. Ce "grain de sable dans la belle machine révolutionnaire arabe" a profondément bouleversé les puissances occidentales. Ces dernières se sont senties investies d'une mission, à l'instar surtout de la France, à savoir aider les forces d'opposition.
Toutefois, force est de constater que la situation est loin d'être claire: la résolution 1973 (conférence de Londres) a permis l'emploi de la force pour protéger la population de Benghazi, promise à être massacrée par les troupes de Kadhafi, mais le manque volontaire de précision et de rigueur dans la rédaction de la résolution est tel que l'on peut lui faire dire à peu près n'importe quoi! C'est ainsi que la France et l'Angleterre se sont ouvertement prononcées pour un départ de Kadhafi, la France par la voix de Sarkozy allant jusqu'à faire d'un obscur conseil libyen le porte-parole officiel du pays. Le devoir de protéger semble bien se mouvoir en droit d'ingérence, bien que ce dernier n'ait aucune réalité juridique.
Ce sentiment est d'ailleurs renforcé par les critiques, plus ou moins calculées, des pays de la Ligue arabe et de la Russie, qui s'émeuvent d'un néocolonialisme rampant. Les occidentaux sont-ils encore faiseurs de rois? On pourrait le penser lorsqu'on voit les fortes pressions occidentales pour des renversements politiques, aussi bien en Libye qu'en Côte d'Ivoire par exemple. Celles-ci se manifestent par des envois d'armes aux insurgés ou des actions financières visant à limiter le champ d'action des dirigeants, avec des résultats plus que discutables. Il suffit de souligner l'inadéquation entre les armes données aux insurgés et leur niveau de formation pour les utiliser.
Le plus important dans ce conflit, c'est qu'il peut provoquer un malaise (du moins chez moi) quant à ses conséquences politiques et morales. De quel droit brisons-nous la souveraineté nationale d'un état? Certes, nous avons un devoir de protection mais celui-ci ne nous donne pas le droit de décider de l'avenir d'un peuple. En outre, c'est une partie du peuple libyen qui s'est soulevé de lui-même: il doit donc assumer sa part de responsabilité. Et surtout, il ne s'agit que "d'une partie" du peuple libyen qui s'oppose au Colonel. On ne peut, et on ne doit pas, schématiser une situation géopolitique d'une telle complexité, en parlant "du pouvoir" et "du peuple". Dans chacune de ces deux entités se mêlent des enjeux de pouvoirs divers qu'il convient de traiter au cas par cas.
Par ailleurs, que dire de la "protection" proposée par les puissances occidentales? Pourquoi avoir mis en exergue le fait qu'aucune manoeuvre terrestre ne serait mise en place, sachant pertinnement que c'est faux, des militaires devant être sur les zones de combat pour guider au mieux les bombardements? Tout simplement, et tristement, pour rassurer les populations occidentales, pour qui une guerre aérienne est moins "insoutenable" qu'une guerre dite classique...
Pourtant, et parce que c'est notre devoir d'aider le peuple libyen et d'éviter qu'il ne se sépare en plusieurs entitées, on aurait du privilégier une opération terrestre. En effet, outre la "zone d'exclusion militaire" mise en place, la séparation physique des deux protagonistes par une force internationale sous l'égide de l'ONU aurait permis d'éviter des affrontements meutriers et d'inciter les acteurs à négocier devant une situation de blocage. On aurait ainsi éviter un massacre tout en respectant les rapports de force et en ne piétinant pas la souveraineté d'un état. Pour y arriver, un courage politique fort eut été nécessaire. Dommage qu'il fasse défaut en ces temps de politique à court terme.