Il y a moins d'un an, l'Islande était frappée de plein fouet par la crise financière internationale. Incapable d'honorer ses dettes, abandonnée par l'allié ancestral américain, pour ainsi dire à genoux, l'Islande s'est tournée vers l'Union européenne.
En soulignant que l'Islande est déjà membre de la zone EEE et de l'espace Schengen, plusieurs observateurs ont fait remarquer qu'une adhésion de l'Islande à l'Europe répondait à une certaine logique, adoptant ainsi un raisonnement proprement économique et occultant par la même occasion la notion même de sentiment européen.
En effet, tout porte à croire que la vision européenne des islandais est purement utilitariste. Liée quasi exclusivement aux USA (culture et fonctionnement), l'Islande n'a découvert l'Europe qu’après la tempête provoquée par la crise. Sur le moment prête à se jeter dans les bras de Bruxelles, elle est désormais sur la réserve, à en croire un sondage publié en juin, où seulement un quart des personnes interrogées se disent favorables à une entrée dans l'UE.
C'est que les islandais se sont rendus compte que l'adhésion incluait le respect d'un certain nombre de règles et que tous les problèmes ne seraient pas résolus d'un coup de baguette magique. A titre d'exemple, les difficultés des épargnants de la banque islandaise Icesave à se faire rembourser par l'Angleterre et les Pays-Bas ont plus que refroidi leur ardeur européenne.
Dans le même esprit, la crise a profondément bouleversé la structure économique du pays qui a opéré un puissant virage en abandonnant le secteur bancaire pour revenir à une économie plus traditionnelle, caractérisée par la pêche et en particulier la pêche à la baleine à laquelle l'UE s'oppose, ravivant de ce fait un nationalisme galopant.
Toutefois, il convient de souligner le clivage au sein de la société islandaise entre des pêcheurs et agriculteurs majoritairement anti-Europe et les milieux d'affaires pro-Europe, bien implantés à Bruxelles mais qui ne peuvent agir efficacement, du fait d'une monnaie trop sujette à des variations extrêmes.
Reste que le cas islandais est symptomatique du problème de définition de l''identité européenne qui se voit une fois de plus fragilisée. Il est à peu près certain que l'Islande intégrera l'Europe, mais à quel prix? Qui de Reykjavik ou de Bruxelles cédera? Le rapport de force n'est pas si clair.
En agissant à géométrie variable, l'Europe perd de sa crédibilité entre un empressement à l'égard de l'Islande et une volonté de faire durer le plus longtemps possible les négociations avec la Turquie par exemple, qui semble pourtant nourrie d'une profond sentiment européen. La Realpolitik économique de Bruxelles a ses limites...