jeudi 29 juillet 2010

L'Islande et le sentiment européen

Il y a moins d'un an, l'Islande était frappée de plein fouet par la crise financière internationale. Incapable d'honorer ses dettes, abandonnée par l'allié ancestral américain, pour ainsi dire à genoux, l'Islande s'est tournée vers l'Union européenne.

En soulignant que l'Islande est déjà membre de la zone EEE et de l'espace Schengen, plusieurs observateurs ont fait remarquer qu'une adhésion de l'Islande à l'Europe répondait à une certaine logique, adoptant ainsi un raisonnement proprement économique et occultant par la même occasion la notion même de sentiment européen.

En effet, tout porte à croire que la vision européenne des islandais est purement utilitariste. Liée quasi exclusivement aux USA (culture et fonctionnement), l'Islande n'a découvert l'Europe qu’après la tempête provoquée par la crise. Sur le moment prête à se jeter dans les bras de Bruxelles, elle est désormais sur la réserve, à en croire un sondage publié en juin, où seulement un quart des personnes interrogées se disent favorables à une entrée dans l'UE.

C'est que les islandais se sont rendus compte que l'adhésion incluait le respect d'un certain nombre de règles et que tous les problèmes ne seraient pas résolus d'un coup de baguette magique. A titre d'exemple, les difficultés des épargnants de la banque islandaise Icesave à se faire rembourser par l'Angleterre et les Pays-Bas ont plus que refroidi leur ardeur européenne.

Dans le même esprit, la crise a profondément bouleversé la structure économique du pays qui a opéré un puissant virage en abandonnant le secteur bancaire pour revenir à une économie plus traditionnelle, caractérisée par la pêche et en particulier la pêche à la baleine à laquelle l'UE s'oppose, ravivant de ce fait un nationalisme galopant.
Toutefois, il convient de souligner le clivage au sein de la société islandaise entre des pêcheurs et agriculteurs majoritairement anti-Europe et les milieux d'affaires pro-Europe, bien implantés à Bruxelles mais qui ne peuvent agir efficacement, du fait d'une monnaie trop sujette à des variations extrêmes.

Reste que le cas islandais est symptomatique du problème de définition de l''identité européenne qui se voit une fois de plus fragilisée. Il est à peu près certain que l'Islande intégrera l'Europe, mais à quel prix? Qui de Reykjavik ou de Bruxelles cédera? Le rapport de force n'est pas si clair.

En agissant à géométrie variable, l'Europe perd de sa crédibilité entre un empressement à l'égard de l'Islande et une volonté de faire durer le plus longtemps possible les négociations avec la Turquie par exemple, qui semble pourtant nourrie d'une profond sentiment européen. La Realpolitik économique de Bruxelles a ses limites...

mercredi 28 juillet 2010

La dangereuse guerre entre Al-Qaida et la France

L'annonce de la mort de Michel Germaneau, un otage français de 78 ans détenu par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) depuis avril dernier, est un événement à méditer à plus d'un titre.

Outre le drame que cet assassinat suppose, il faut bien voir désormais que les ressortissants occidentaux vivent dans une insécurité croissante, surtout en Afrique où les mouvements terroristes liés ou non à Al-Qaida profitent de la pauvreté pour s'implanter durablement. En effet, en Irak et en Afghanistan, la tristement célèbre organisation terroriste a subi de lourdes pertes, en particulier au sein de sa hiérarchie. Elle s'est donc développée dans des régions moins placées sous le feu des projecteurs, profitant principalement de la faiblesse des pouvoirs étatiques.
La Mauritanie, pays où était détenu Michel Germaneau, ne faisait pas la une des journaux jusqu'à l'assassinat fin décembre 2007 de quatre français par des hommes se revendiquant proche d'Al-Qaida.
 
Comment remédier à cette spirale infernale et meurtrière? Déconseiller aux occidentaux de se rendre dans ces pays en proie à ce genre de troubles reviendrait à reconnaître l'autorité et l'influence de ces mouvements terroristes, malgré ce que pense le Président Sarkozy. De même, affirmer comme le fait le Premier Ministre François Fillon un "renforcement du combat" contre Al-Qaida est un propos discutable sur la forme car visant à rassurer l'opinion. Cette dernière ne manquera pas de s'inquiéter s'il n'y a pas de résultat. 

Aucune solution miracle n'existe, et ce d'autant plus que les puissances "classiques" n'utilisent pas les mêmes armes que des groupes terroristes comme Al-Qaida. Cette dernière a réussi son coup, en assassinant aussi froidement et lâchement un homme âgé, afin de provoquer l'effroi dans une démocratie comme la France. Ces groupes terroristes n'ont d'avenir que par des actions spectaculaires et médiatiques. Il convient de leur "couper l'herbe sous le pied".

Au lieu de promettre "la vengeance", qui abaisserait au final une démocratie au niveau d'un groupe terroriste, il conviendrait d'agir de façon "cachée". Les services spéciaux et secrets français jouissent d'une grande réputation dans le monde entier. Frapper l'ennemi sans le prévenir, neutraliser ses cadres dirigeants, ne pas faire de publicité en cas de victoire, laisser planer le doute quant au commanditaire de l'opération: voici quelques tactiques à même de diminuer l'organisation AQMI. 
La détruire totalement relève pour l'instant du vœu pieux, son affaiblissement permettrait en tout cas d'éviter des drames supplémentaires.

mardi 27 juillet 2010

Naissance d'une diplomatie européenne, entre espoir et craintes

C'est un événement tout bonnement historique que vient de connaître hier l'Europe: la création du "Service européen d'action extérieure", autrement dit d'un service diplomatique européen. Passons sur le manque total de communication voire de publicité sur cette innovation qui, à terme, pourrait incarner une certaine cohérence et venons-en à son contenu.

Ce service ne sera opérationnel qu'à la fin de l'année, le temps de procéder à toutes les nominations et de composer des structures efficaces avec les milliers de diplomates et de fonctionnaires européens qui vont les constituer. Cette formidable machine diplomatique devrait permettre de donner un visage cohérent à l'Europe sur la scène internationale et défendre au mieux ses intérêts face aux grandes puissances que sont les USA et la Chine. A terme, l'Europe serait censée parler d'une seule voix.

Le conditionnel est donc de mise, symbolisant à la fois l'espérance en cette entité, mais également des doutes quant à son accomplissement. En effet, ce service ne se substitue pas aux autres services diplomatiques qui continueront à fonctionner, garantissant ainsi aux États le respect de leur souveraineté. Ce "doublon" a par ailleurs de fortes chances d'être une coquille vide car il ne pourra s'appuyer dans sa tâche que sur les informations que les services nationaux auront bien voulu donner.
 
Qui plus est, la directrice du service, Catherine Ashton, jouit d'une très mauvaise réputation en raison de ses multiples bourdes et de son manque réel de charisme et de sens politique. Certains pays, à l'image de la France et de l'Italie, cherchent à placer leurs hommes à des postes clés (le responsable du renseignement sera français par exemple) afin de contenir toute volonté de diplomatie profondément européenne. 

Ceci est très dommageable, aussi bien pour l'Europe que pour la France -entre autres-, qui vont se voir affaiblies. En effet, en ces temps de crise budgétaire, le Quai d'Orsay a vu son budget sérieusement imputé et a été fortement incité à trancher dans les effectifs, ce qui diminuera à terme sa capacité à influer sur la scène internationale. 

Tout ceci rappelle que la question "Qu'est-ce que l'Europe?" n'a pas encore été tranchée: voulons nous une "Europe des États" respectueuse des souverainetés nationales ou une "Europe fédérale", puissante et à même d'œuvrer à l'intérêt des Européens? 

Il semble que la voie la plus sage soit celle suivie par les Pays-Bas, la Suède et la Bulgarie qui prouvent, par leur volonté de fermer des ambassades, leur foi dans le réseau du nouveau service diplomatique européen pour les représenter. 
L'Europe de la diplomatie est à un tournant: ce serait une faute politique grave que de ne pas en tenir compte. 

mercredi 7 juillet 2010

Noriega, vestige de la Realpolitik du 20ème siècle

Le verdict vient de tomber: Manuel Noriega a été condamné en seconde instance par le Tribunal correctionnel de Paris à 7 ans de prison pour blanchiment d'argent provenant du trafic de drogue. C'est la fin de l'histoire d'un homme qui incarne ce que les relations internationales ont de si fascinantes: des puissances éphémères, des intérêts souvent doubles et contradictoires, des batailles stratégiques complexes où l'on n'hésite pas à se débarrasser de l'ami d'hier. C'est un peu tout ça Manuel Noriega.

L'histoire d'un dictateur dans le Panama des années 80 soutenu par les Etats-Unis puis lâché par ces derniers au début des années 90. Il incarne de façon sublime la "politique extérieure" de la CIA pendant cette période de Guerre Froide: se lier avec des personnes peu recommandables mais qui serviront nos intérêts.

C'est ainsi que Manuel Noriega a officié pendant des années pour le compte de la CIA, rendant à l'agence américaine de nombreux services, comme une aide à la guérilla nicaraguayenne par exemple, ou en participant à la libération d'otages. Mais l'allié est devenu encombrant aux yeux des Américains: la Guerre Froide prend fin et il est clair que Noriega profite de son statut pour s'enrichir, traitant avec les cartels de drogue colombiens entre autres.

Du jour au lendemain, celui qui a été décoré de la légion d'honneur par le Président français François Mitterrand se voit déclaré persona non grata, arrêté par les forces américaines et jeté en prison. 20 ans après, il est extradé en France pour répondre à nouveau d'un blanchiment d'argent estimé à 2,3 millions d'euros. Les sept années de prison retenues sont pour ainsi dire un moyen de le maintenir au secret, lui qui a déjà 76 ans.

Manuel Noriega est tout sauf une victime dans cette histoire; il est toutefois assez gênant et regrettable que les grands responsables, ceux qui ont les cartes entre leurs mains, ne soient pour ainsi dire jamais inquiétés.