mercredi 7 juillet 2010

Noriega, vestige de la Realpolitik du 20ème siècle

Le verdict vient de tomber: Manuel Noriega a été condamné en seconde instance par le Tribunal correctionnel de Paris à 7 ans de prison pour blanchiment d'argent provenant du trafic de drogue. C'est la fin de l'histoire d'un homme qui incarne ce que les relations internationales ont de si fascinantes: des puissances éphémères, des intérêts souvent doubles et contradictoires, des batailles stratégiques complexes où l'on n'hésite pas à se débarrasser de l'ami d'hier. C'est un peu tout ça Manuel Noriega.

L'histoire d'un dictateur dans le Panama des années 80 soutenu par les Etats-Unis puis lâché par ces derniers au début des années 90. Il incarne de façon sublime la "politique extérieure" de la CIA pendant cette période de Guerre Froide: se lier avec des personnes peu recommandables mais qui serviront nos intérêts.

C'est ainsi que Manuel Noriega a officié pendant des années pour le compte de la CIA, rendant à l'agence américaine de nombreux services, comme une aide à la guérilla nicaraguayenne par exemple, ou en participant à la libération d'otages. Mais l'allié est devenu encombrant aux yeux des Américains: la Guerre Froide prend fin et il est clair que Noriega profite de son statut pour s'enrichir, traitant avec les cartels de drogue colombiens entre autres.

Du jour au lendemain, celui qui a été décoré de la légion d'honneur par le Président français François Mitterrand se voit déclaré persona non grata, arrêté par les forces américaines et jeté en prison. 20 ans après, il est extradé en France pour répondre à nouveau d'un blanchiment d'argent estimé à 2,3 millions d'euros. Les sept années de prison retenues sont pour ainsi dire un moyen de le maintenir au secret, lui qui a déjà 76 ans.

Manuel Noriega est tout sauf une victime dans cette histoire; il est toutefois assez gênant et regrettable que les grands responsables, ceux qui ont les cartes entre leurs mains, ne soient pour ainsi dire jamais inquiétés.


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