C'est un événement tout bonnement historique que vient de connaître hier l'Europe: la création du "Service européen d'action extérieure", autrement dit d'un service diplomatique européen. Passons sur le manque total de communication voire de publicité sur cette innovation qui, à terme, pourrait incarner une certaine cohérence et venons-en à son contenu.
Ce service ne sera opérationnel qu'à la fin de l'année, le temps de procéder à toutes les nominations et de composer des structures efficaces avec les milliers de diplomates et de fonctionnaires européens qui vont les constituer. Cette formidable machine diplomatique devrait permettre de donner un visage cohérent à l'Europe sur la scène internationale et défendre au mieux ses intérêts face aux grandes puissances que sont les USA et la Chine. A terme, l'Europe serait censée parler d'une seule voix.
Le conditionnel est donc de mise, symbolisant à la fois l'espérance en cette entité, mais également des doutes quant à son accomplissement. En effet, ce service ne se substitue pas aux autres services diplomatiques qui continueront à fonctionner, garantissant ainsi aux États le respect de leur souveraineté. Ce "doublon" a par ailleurs de fortes chances d'être une coquille vide car il ne pourra s'appuyer dans sa tâche que sur les informations que les services nationaux auront bien voulu donner.
Qui plus est, la directrice du service, Catherine Ashton, jouit d'une très mauvaise réputation en raison de ses multiples bourdes et de son manque réel de charisme et de sens politique. Certains pays, à l'image de la France et de l'Italie, cherchent à placer leurs hommes à des postes clés (le responsable du renseignement sera français par exemple) afin de contenir toute volonté de diplomatie profondément européenne.
Ceci est très dommageable, aussi bien pour l'Europe que pour la France -entre autres-, qui vont se voir affaiblies. En effet, en ces temps de crise budgétaire, le Quai d'Orsay a vu son budget sérieusement imputé et a été fortement incité à trancher dans les effectifs, ce qui diminuera à terme sa capacité à influer sur la scène internationale.
Tout ceci rappelle que la question "Qu'est-ce que l'Europe?" n'a pas encore été tranchée: voulons nous une "Europe des États" respectueuse des souverainetés nationales ou une "Europe fédérale", puissante et à même d'œuvrer à l'intérêt des Européens?
Il semble que la voie la plus sage soit celle suivie par les Pays-Bas, la Suède et la Bulgarie qui prouvent, par leur volonté de fermer des ambassades, leur foi dans le réseau du nouveau service diplomatique européen pour les représenter.
L'Europe de la diplomatie est à un tournant: ce serait une faute politique grave que de ne pas en tenir compte.
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