Le nom "Xe" ne vous dira sans doute pas grand chose... à l'inverse peut-être de Blackwater, une société américaine de sécurité privée très controversée qui a préféré changé de nom pour améliorer son image. Xe vient de signer avec la CIA un contrat de 120 millions de dollars selon le Washington Post. Sa mission est d'assurer la protection pendant 18 mois des consulats américains de Herat et Mazar-i-Sharif, situés dans le Nord de l'Afghanistan.
Certes, les contrats passés entre les gouvernements et des sociétés privées dans le cadre de conflits ne constituent pas en eux-mêmes une donnée nouvelle mais le cas de Xe est particulier et ce, pour plusieurs raisons.
L'ex Blackwater s'est faite connaître des médias "grâce", les guillemets s'imposent, aux exactions qu'elle a commise en Irak. La plus spectaculaire date de septembre 2007, lorsque quatorze civils ont été purement et simplement assassinés par des mercenaires de Blackwater. A la suite de ce scandale, où les protagonistes s'en sont plutôt bien sortis, la société a été fermement priée de quitter l'Irak. Et c'est justement cette société qui se voit aujourd'hui remporter le contrat de la CIA.
Comment expliquer ce choix au caractère quasi obscène et aux conséquences en communication plus que catastrophiques pour l'administration Obama? Par la loi de l'argent et de la rentabilité tout simplement. En effet, Xe était en concurrence pour ce contrat avec deux autres sociétés, sans doute pas des enfants de coeur mais qui n'ont pas été dans des scandales de l'ampleur de Blackwater en Irak. Son offre étant inférieure de près de 30 millions de dollars par rapport aux autres, c'est elle qui a été retenue, conformément à une loi de 1990 qui impose de choisir systématiquement l'offre la moins onéreuse pour des prestations équivalentes.
Les critères moraux n'entrent pas en ligne de compte dans ces tractations, alors qu'ils seraient indispensables pour faire accepter ces mercenaires par les populations locales, qui se voient souvent dépourvues de recours en cas d'exactions des premiers.
Reste une question fondamentale: n'y-a-t-il danger à confier à des sociétés privées de telles responsabilités? Le mot "responsabilité" est d'ailleurs ambigüe dans la mesure où ces sociétés sont régies par des lois floues et trop facilement contournables. Par ailleurs, pourquoi l'armée délègue-t-elle autant? Coût financier? Ce n'est pas certain.
Ce n'est qu'une hypothèse mais il y a de fortes chances que ces choix soient influencés par les lobbys des sociétés privées, avec tous les dangers que cet essor de la sécurité privée comporte: dérives, faibles recours possibles pour les victimes.
De la même façon que la stratégie américaine en Afghanistan est opaque, le mélange sulfureux armées publiques / privées ne saurait conduire à de bons résultats. Des exactions, un gâchis financier, une image déplorable à l'égard des populations locales sont davantage à prévoir, et à déplorer.
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