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lundi 4 avril 2011

Gaza et le rapport Goldstone: un triste revirement de situation

Le rapport Goldstone n'est plus. Décrié de façon virulente par Israël pour son contenu et ses accusations de "crimes contre l'humanité" envers les Palestiniens de Gaza (des accusations similaires étaient également portées contre le Hamas), le rapport du nom du procureur sud-africain va désormais se perdre dans les oubliettes de l'histoire. En effet, son rapporteur, dans une tribune parue dans le Washington Post, est revenu sur ses écrits, précisant qu'il n'avait pas eu connaissance de certains faits lors de l'enquête. Remarque plus qu'étrange lorsqu'on sait la rétension d'informations qu'a opérée Israël lors de la Commission d'enquête. Bref retour sur l'histoire d'un assourdissant et coupable drame, aussi bien humain que moral.

Lors de l'hiver 2008-2009 et suite à des tirs de roquettes du Hamas sur le territoire israélien, Tsahal procède à des raids et bombardements aériens suivis par une offensive terrestre pour mettre un terme à ces accrochages meurtriers. Ce n'est pas la première fois que des conflits de faible durée (moins de deux mois) se produisent entre le territoire de l'Autorité Palestinienne et Israël, mais celui-ci est clairement spécifique de par sa brutalité et sa disproportion liée au nombre de victimes. En effet, plus de 1400 Palestiniens, des civils dans leur très grande majorité, ont péri lors de l'opération "Plomb durci" contre moins d'une vingtaine de soldats israéliens.

Sans pour autant refuser à Israël son droit à se défendre, la communauté internationale dans son ensemble, à l'exception entre autres des USA, a critiqué ouvertement l'opération militaire israélienne et a demandé à l'ONU une commission d'enquête pour répondre à de nombreuses questions, comme les raisons justifiant le bombardement de bâtiments abritant des ONG internationales et des services médicaux. C'est à un juge sud-africain de grande renommée, Monsieur Goldstone, juif et ouvertement sioniste, qu'a été confiée cette tâche. On pensait de façon malheureusement censée que ce rapport n'apporterait rien de nouveau, qu'il ne se contenterait que de rappeler ce que chacun savait déjà et qu'il ne se risquerait pas à établir de façon claire les responsabilités.

Il n'en a rien été. Le rapport, lors de sa parution quelques mois après les événements, a fait l'effet d'une bombe. L'utilisation du terme "crime contre l'humanité" a provoqué la colère d'Israël aussi bien pour l'ampleur de ce qui lui est reproché que son histoire douloureuse, liée à ce concept. On a accusé à tort Goldstone de partialité alors que dans le même rapport, le Hamas est pointé du doigt pour des faits de la même gravité. Toujours est-il qu'une véritable "course contre la montre médiatique" s'est mise en place, le gouvernement et une partie de la presse israélienne attaquant frontalement le rapport et son rapporteur, accusé de servir des intérêts arabes!

Il est vrai que l'enjeu était considérable: si l'accusation était maintenue et validée, Israël pouvait être en théorie poursuivi par un Tribunal pénal international pour les exactions commises. Présenté comme l'avant-poste des démocraties occidentales au Moyen-Orient, il serait devenu un Etat parmi tant d'autres peu recommandables. Mais la volte-face du juge lui a sauvé la mise. Une fois de plus Israël ne répondra pas de ses actes: encore une fois, ce n'est pas le fait de se défendre que l'on dénie à Israël mais bien la disproportion et l'aveuglement dont il fait preuve lors de ses représailles. Ce n'est pas parce que des meutriers lâches du Hamas font un attentat tuant des civils qu'Israël doit faire de même en se prenant à ces derniers.

Au contraire, si Israël veut réellement incarner les valeurs de démocratie et être une "grande puissance", au sens philosophique et moral du terme, il ne devrait s'en prendre qu'aux commanditaires et non pas aux populations, otages de ce conflit. Israël a les moyens d'affaiblir la frange ultra du Hamas et d'infliger des dommages conséquents au Hezbollah. A lui de montrer son efficacité avec le souci de répondre de façon proportionnée et juste.

lundi 21 juin 2010

Gaza et le premier pas d'Israël

Premier pas, espoir, main tendue ou plutôt manœuvre politique, écran de fumée? Il est trop tôt pour le dire mais toujours est-il que l'annonce faite par Israël hier d'alléger son embargo à l'encontre de Gaza marque une étape essentielle dans l'histoire du conflit israélo-palestinien. 

Plus précisément, Israël autorise les "marchandises à usage civil" ne figurant pas sur une liste de produits interdits (armes ou tout équipement susceptible de participer à la fabrication de bombes) à entrer dans Gaza par voie terrestre. En d'autres termes, le blocus par voie maritime demeure total.
Verre à moitié plein ou à moitié vide? Bouffée d'air en vérité pour un peuple habitant "une prison à ciel ouvert", manquant de tout et vivant sous la coupe du Hamas. 

Avec ce geste d'Israël, le Hamas se voit affaibli: sa rhétorique perd de sa superbe de même que diminue sa capacité de nuisance, Israël s'étant assuré que les matériaux de construction, parfois utilisés pour fabriquer des bombes, soient sous le contrôle de l'Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas. 

Joli coup diplomatique de la part d'Israël qui tente ainsi de redorer son blason. Il semble d'ailleurs que cela fonctionne, puisqu'une visite du Premier ministre israélien Netanyahu, après celle annulée le 1er Juin, a été programmée le 6 juillet à la Maison blanche avec le président Obama.

Deux points méritent d'être soulignés toutefois:
Premièrement, cet allègement du blocus n'est qu'une infime étape dans le processus de paix au Proche-Orient. Gaza, sous embargo depuis quatre ans, est toujours sous perfusion, et tenue au secret, Israël refusant la quasi totalité des demandes de parlementaires européens de se rendre sur place pour évaluer la situation.
Deuxièmement, au risque de choquer, cette situation arrange beaucoup de monde. Israël n'est pas le seul état à effectuer le blocus autour de Gaza; il est aidé dans sa tâche par l'Égypte. De même, les voix des gouvernements arabes demandant la fin du blocus sont inaudibles, voire inexistantes car aucun d'entre eux ne veut ni n'est prêt à accueillir une si grande population de malheureux.

Gaza est un drame et une honte pour la communauté internationale qui masque sous des effets de communication son embarras, ne souhaitant pas prendre des décisions, certes difficiles, mais courageuses et sauveuses de vie. 

Rien ne dit que la fin totale du blocus marquera le retour de la paix au Proche-Orient mais il est certain qu'elle y contribuerait grandement.
 




lundi 31 mai 2010

L'erreur israélienne

Selon les derniers chiffres, une vingtaine de personnes auraient été tuées dans l'assaut israélien contre la flottille en route pour Gaza. Certes, le simple fait de vouloir passer outre le blocus imposé par Israël constituait déjà une forme de provocation mais Israël n'aurait jamais dû agir de la sorte. La disproportion dans l'action dont l'État hébreu fait preuve est dangereuse, à la fois pour ses voisins mais surtout pour sa propre sécurité. La communauté internationale a condamné cette attaque, le Hamas appelle déjà à une nouvelle Intifada, la Turquie se montre très critique à l'égard de son voisin, parlant de conséquences "irréparables"... 

On pourrait croire que la situation va dégénérer et pourtant, il y a de fortes chances qu'il n'en soit rien. Israël va subir quelques critiques, les États-Unis et l'Europe vont afficher leur effroi devant ce qui vient de se produire mais rien de concret ne sortira. De même qu'Obama s'est vu éconduit par Netanyahu au sujet du sort des territoires palestiniens, le président américain aura du mal aujourd'hui à infléchir la position de son principal allié dans la région. 

Israël semble adopter aujourd'hui la stratégie du pire alors qu'il avait toutes les cartes en main pour apaiser les tensions. S'il avait laissé entrer dans Gaza les humanitaires, car c'est bien principalement d'humanitaires qu'était constitué la flottille, il aurait coupé l'herbe sous le pied de ses détracteurs en affichant une certaine clémence à l'égard d'un peuple isolé du reste du monde et qui vit dans une situation déplorable. En agissant de la sorte, il aurait sans nul doute obtenu l'appui des Européens et des Américains, appui précieux en ces temps de doute sur la menace nucléaire iranienne. 

Israël s'isole, s'"extrémise", et menace de fait une sécurité régionale déjà fortement relative. Bien qu'il ait échoué au départ, l'espoir peut venir à nouveau d'Obama, à condition qu'il exerce une forte pression sur Israël, financière principalement, pour obtenir un partage des territoires satisfaisant pour les deux parties.

Israël ne cesse d'affirmer qu'il est menacé de destruction: que la communauté internationale s'engage à mettre des troupes dans la région pour protéger l'État hébreu et l'argument israélien n'aura plus de sens. Une paix est possible mais elle implique l'action de tous.