vendredi 15 avril 2011

Obama et la rigueur, un beau jeu d’équilibriste

Les hommes politiques, aussi talentueux soient-ils, sont condamnés au cours de leur mandat à trouver des parades pour mettre en adéquation leurs promesses électorales avec la réalité de la situation économique. Aucun y échappe, pas même le Président Obama. Il faut dire qu’il n’est pas aidé, l’opposition républicaine montant en efficacité et la crise financière et économique étant loin d’être résorbée.

Mais l’heure est aux choix et aux actions. Les Etats-Unis vivent depuis des années au dessus de leurs moyens, multipliant les crédits avec la croyance que le système perdurera pour éviter une faillite de l’Etat. Avec un déficit budgétaire égal à 10% du PIB actuellement, on peut légitimement s’interroger quant aux marges de manœuvres des autorités. Le problème est d’autant plus grave et délicat que la financiarisation de tous les échanges, y compris des dettes, crée une dépendance des Etats-Unis à l’égard de la Chine principalement qui aide pour l’instant son partenaire de raison, en attendant de faire du chantage.

Outre ces questions financières, les Etats-Unis sont engagés dans des conflits militaires extrêmement coûteux (Afghanistan & Irak), les fonds ainsi alloués n’étant pas utilisés pour relancer l’industrie civile, et indirectement la croissance. Enfin, malgré ces limites à la bonne vitalité de l’économie, le Président Obama a tenu à faire passer sa réforme de la santé. Bien que fortement édulcorée, celle-ci va avoir un coût colossal aussi bien pour les contribuables que pour l’Administration. Le mystère demeure quant à son réel financement.

Obama semble pourtant vouloir attaquer le problème de front, quitte à être un peu idéaliste. Il a annoncé mercredi dernier sa volonté de réduire le déficit budgétaire de 4000 milliards de dollars sur douze ans. La démesure de la somme empêche toute évaluation rationnelle. Il est en tout cas quasi certain que pour arriver à un tel résultat, Obama va devoir mécontenter les Républicains ce qui était prévisible, mais également son camp où s’affrontent les courants de gauche et de droite, les premiers souhaitant préserver les fonds alloués à la santé en augmentant les taxes, les seconds étant disposés à réduire les ambitions des programmes d’Obama pour ne pas voir de nouveaux impôts.

Le Président Obama ne doit pas s’abaisser à des petits calculs politiciens. Certes, il doit s’assurer une majorité dans les deux chambres pour faire accepter son budget, mais il doit avant tout concevoir ce dernier dans l’intérêt de la nation. La couverture médicale pour les plus défavorisés est une nécessité, gage d’un pays développé. Sans pour autant augmenter de façon disproportionnée les impôts, ce qui à court terme freinerait une croissance déjà fragile, une solution possible consisterait à taxer davantage les très hauts revenus, ou à inciter les plus riches à investir dans l’économie au lieu de spéculer de façon abusive sur leur propre richesse. La lutte contre les inégalités et les disparités est un devoir dans un pays à l’image des autres états de la planète, avec des riches toujours plus riches et des pauvres toujours plus pauvres. N’oublions pas qu’une société se maintient principalement grâce à sa classe moyenne.

jeudi 14 avril 2011

Les Italiens, l'Italie et Berlusconi

Bien qu'un des piliers de la Construction européenne, l'Italie s'est refermée sur elle-même depuis de nombreuses années, en raison d'une corruption qui a gangréné tous les niveaux de l'économie ainsi que la classe politique. Celle-ci, incarnée à l'extrême par Silvio Berlusconi, montre chaque jour un peu plus son incapacité à résoudre les difficultés du pays tout en affichant sa volonté de s'auto-protéger et de conserver son statut de nantis.

Deux faits peuvent appuyer ce propos: une récente loi a revalorisé les salaires des députés ce qui n'est pas des plus intelligents et élégants en période de crise économique et une autre loi, validée hier par le Parlement, raccourcit les délais de prescription judiciaire pour des délits punis de moins de dix ans de prison. A première vue, le lien entre ce dernier acte et le pouvoir en place n'est guère évident, et pourtant, à y regarder de plus près, cette loi sera dans une certaine mesure bénéfique à Berlusconi, empêtré dans plusieurs affaires de corruption qui sont en instruction depuis des années. Les commentateurs politiques et les partis d'opposition ne s'y sont pas trompés, parlant d'une loi ad personam. Le Président du Conseil n'en est pas à sa première confrontation avec la Justice qu'il accuse de persécution à son encontre mais cette fois, un cap a été franchi. Berlusconi a été appuié par les parlementaires, et les opposants politiques sont quasi inaudibles. La voie au populisme est donc grande ouverte, le peuple pouvant clamer "tous pourris".

Toutefois, une forme de résignement semble s'être emparée du peuple italien qui ne débat plus et ne révolte plus. Certes des manifestations ont lieu, rythmées par les scandales sexuels du Président du Conseil, mais rien de plus. Aucune voix ne parvient à se faire entendre pour proposer une autre vision de l'avenir. Les médias sont très contrôlés et les rares qui se disent indépendants organisent des faux débats qui renforcent davantage les caricatures.

L'Italie doit s'atteler dans les meilleurs délais à vaincre ses démons, sous peine de décrocher encore un peu plus vis à vis des autres puissances européennes que sont la France et l'Allemagne. En maintenant le statu quo, Berlusconi prend le risque d'affaiblir encore plus le pays, qui n'est pas à l'abri d'un scénario à la grecque...



mardi 12 avril 2011

La Côte d'Ivoire: échec et mat, victoire de l'ingérence

Fin de partie pour Laurent Gbagbo! Hier, en fin d'après-midi, l'ancien président de la Côte d'Ivoire a été arrêté et remis aux forces de son adversaire élu président Alassane Ouattara. C'est une page majeure de l'histoire de ce pays qui se tourne; beaucoup s'empressent déjà d'espérer un avenir radieux à ce pays, riche de son cacao et de ses relations historiques et complexes avec de nombreuses puissances occidentales, la France en tête.
Il ne faut cependant pas céder à l'angélisme ambiant, qui voudrait que le "méchant" dictateur ait laissé place au "gentil" démocrate. Aussi bien Gbagbo que Ouattara sont intimement liés à l'histoire mouvementée de la Côte d'Ivoire. Souvenons nous que Ouattara a été le premier ministre du dictateur Houphouët-Boigny, et que sous l'autorité de ce dernier, il a fait arrêter au début des années 90 Laurent Gbagbo. Ce dernier a d'ailleurs échappé de peu à un attentat; son image de "résistant" l'a accompagné pendant des années, faisant de lui un symbole d'une révolte africaine contre une vieille structure pro françafrique. De la même façon, lorsque Gbagbo est arrivé au pouvoir au début des années 2000, il s'en est pris à son ennemi en tentant de l'assassiner, Ouattara y échappant de justesse.
Cette querelle personnelle se double d'un échec patent en matière économique, aucun des deux n'ayant réussi à faire de la Côte d'Ivoire un véritable leader en Afrique, aidé par une forte croissance qui était possible en raison de ses ressources. Au contraire, au nom de petits arrangements, ces deux hommes ont laissé le pays s'appauvrir, permettant à des groupes industriels occidentaux de s'enrichir, ces derniers assurant le régime en place de leur soutien.
Quant à la France, son rôle dans le renversement de Gbagbo soulève bien des questions. Certes, elle est intervenue dans le cadre de l'ONU, mais il n'en demeure pas moins que sa position est pour le moins délicate, eu égard aux nombreux contentieux franco-ivoiriens. Elle s'est rangée du côté des forces de Ouattara et n'a pour l'instant guère manifesté sa désapprobation à l'encontre des massacres perpétrés par les forces du nouveau président contre des civils.
Qui plus est, on ne saurait occulter l'important soutien logistique qu'a apporté la force Licorne à Ouattara. Sinon, comment expliquer que les forces de Gbagbo, bien mieux formées et armées que celles de Ouattara, aient si rapidement perdu? Le Ministre de la Défense français Gérard Longuet a beau dire que les soldats français n'ont pas participé directement à l'arrestation de Gbagbo, ce n'est qu'une question de mots.
Sans en avoir la preuve formelle, mais une intime et forte conviction, les Français ont aidé fortement à l'arrestation de l'ancien président, en pilonant à l'artillerie lourde et en "conseillant" les troupes d'assault de Ouattara. Ils n'ont pas éteint un incendie, ils en ont déclenché un nouveau!
On est déjà sans nouvelles de deux Français et ce n'est malheureusement que le début. Des voix s'élèvent déjà pour dénoncer le "coup d'état" perpétré par Ouattara et les Français (bien que ce soit faux sur le fond) et il est quasiment sûr que nos ressortissants seront violemment pris à parti, tant le chaos règne à Abidjan. Rappelons enfin que Laurent Gbagbo, bien que défait lors de la dernière élection, avait recueilli plus de 47% des voix. En d'autres, le pays n'était en aucun cas unifié contre lui et une partie de la population le soutenait et le soutient encore.
Le nouveau président Outtara a une mission morale d'importance nationale: favoriser coûte que coûte le retour à l'unité dans ce pays en proie aux dissenssions. Cela passe par la promotion de la justice pour ne pas donner l'impression d'un Gbagbo jugé par les vainqueurs et par un courage politique fort pour contenir les forces armées susceptibles de dérapages. L'avenir de la Côte d'Ivoire se joue clairement à "pile ou face".

mardi 5 avril 2011

Obama: objectif 2012

Via tous les moyens de communication moderne, sms, mails, vidéos postées sur Internet, le Président Barack Obama a annoncé hier sa candidature à un second mandat présidentiel. De façon sobre, il écrit à ses électeurs que "la campagne vient de démarrer" et que "2012 commence maintenant".
Le premier président noir entend donc ainsi reprendre la main, et d'une certaine façon se donner une seconde chance, après un premier mandat très mitigé. Certes, ce dernier n'est pas terminé mais le système électoral américain, marqué par des élections présidentielles tous les quatre ans, oblige les locataires de la Maison Blanche à agir très vite, sans penser au long terme, et surtout à consacrer la dernière année de leur mandat à leur réelection.
Le Président Obama est pour l'instant le seul à s'être déclaré. On peut s'interroger quant à la pertinence d'une telle annonce à un moment où la troisième puissance économique, le Japon, est très affaibli en raison d'une catastrophe naturelle et où les mondes arabe & africain sont en plein bouleversement. On peut y voir soit une faute politique ou une faute de goût, soit une volonté de montrer aux autres Etats que les Etats-Unis s'engagent sur la continuité de leur politique.
Cependant, il convient de noter que la politique d'Obama jusqu'à présent a surtout été marquée par une discontinuité majeure dans les décisions prises par l'Administration, cette dernière agissant au coup par coup ou revenant sur ses décisions.
Que penser de la prison de Guantanamo, toujours ouverte, alors qu'Obama s'était engagé dès le début de son mandat à mettre un terme aux violations des droits de l'homme qui y étaient commises?
Que penser de sa réforme de la santé, dont le financement semble toujours plus délicat et dont les prétentions ont été largement revues à la baisse?
Quel souvenir laissera le Président dans les livres d'histoire pour ce qui concerne les guerres en Irak et en Afghanistan?
Il est trop tôt pour juger l'action d'Obama. Tout au plus pouvons-nous espérer qu'un second mandat lui permettra d'acter véritablement ses décisions. Obama n'est pas seulement un devoir vis-à-vis des Américains; de par la puissance de son pays, il est responsable devant le monde.
Les différents bouleversements qui secouent actuellement le monde peuvent offrir une fenêtre de tir propice à l'émergence de politiques fondées sur le bien commun et la morale. Il peut s'agir d'une utopie mais l'Histoire a montré que cela était possible. Pour réussir, Obama ne devra pas agir seul mais au contraire inclure dans ses projets aussi bien les puissances occidentales "traditionnelles" que les "nouvelles puissances" que sont le Brésil, la Chine, la Russie et l'Afrique du Sud.
Le monde est prêt à un tournant, qui a déjà commencé avec la crise et les révolutions, aux Etats-Unis de ne pas louper le coche.

lundi 4 avril 2011

Gaza et le rapport Goldstone: un triste revirement de situation

Le rapport Goldstone n'est plus. Décrié de façon virulente par Israël pour son contenu et ses accusations de "crimes contre l'humanité" envers les Palestiniens de Gaza (des accusations similaires étaient également portées contre le Hamas), le rapport du nom du procureur sud-africain va désormais se perdre dans les oubliettes de l'histoire. En effet, son rapporteur, dans une tribune parue dans le Washington Post, est revenu sur ses écrits, précisant qu'il n'avait pas eu connaissance de certains faits lors de l'enquête. Remarque plus qu'étrange lorsqu'on sait la rétension d'informations qu'a opérée Israël lors de la Commission d'enquête. Bref retour sur l'histoire d'un assourdissant et coupable drame, aussi bien humain que moral.

Lors de l'hiver 2008-2009 et suite à des tirs de roquettes du Hamas sur le territoire israélien, Tsahal procède à des raids et bombardements aériens suivis par une offensive terrestre pour mettre un terme à ces accrochages meurtriers. Ce n'est pas la première fois que des conflits de faible durée (moins de deux mois) se produisent entre le territoire de l'Autorité Palestinienne et Israël, mais celui-ci est clairement spécifique de par sa brutalité et sa disproportion liée au nombre de victimes. En effet, plus de 1400 Palestiniens, des civils dans leur très grande majorité, ont péri lors de l'opération "Plomb durci" contre moins d'une vingtaine de soldats israéliens.

Sans pour autant refuser à Israël son droit à se défendre, la communauté internationale dans son ensemble, à l'exception entre autres des USA, a critiqué ouvertement l'opération militaire israélienne et a demandé à l'ONU une commission d'enquête pour répondre à de nombreuses questions, comme les raisons justifiant le bombardement de bâtiments abritant des ONG internationales et des services médicaux. C'est à un juge sud-africain de grande renommée, Monsieur Goldstone, juif et ouvertement sioniste, qu'a été confiée cette tâche. On pensait de façon malheureusement censée que ce rapport n'apporterait rien de nouveau, qu'il ne se contenterait que de rappeler ce que chacun savait déjà et qu'il ne se risquerait pas à établir de façon claire les responsabilités.

Il n'en a rien été. Le rapport, lors de sa parution quelques mois après les événements, a fait l'effet d'une bombe. L'utilisation du terme "crime contre l'humanité" a provoqué la colère d'Israël aussi bien pour l'ampleur de ce qui lui est reproché que son histoire douloureuse, liée à ce concept. On a accusé à tort Goldstone de partialité alors que dans le même rapport, le Hamas est pointé du doigt pour des faits de la même gravité. Toujours est-il qu'une véritable "course contre la montre médiatique" s'est mise en place, le gouvernement et une partie de la presse israélienne attaquant frontalement le rapport et son rapporteur, accusé de servir des intérêts arabes!

Il est vrai que l'enjeu était considérable: si l'accusation était maintenue et validée, Israël pouvait être en théorie poursuivi par un Tribunal pénal international pour les exactions commises. Présenté comme l'avant-poste des démocraties occidentales au Moyen-Orient, il serait devenu un Etat parmi tant d'autres peu recommandables. Mais la volte-face du juge lui a sauvé la mise. Une fois de plus Israël ne répondra pas de ses actes: encore une fois, ce n'est pas le fait de se défendre que l'on dénie à Israël mais bien la disproportion et l'aveuglement dont il fait preuve lors de ses représailles. Ce n'est pas parce que des meutriers lâches du Hamas font un attentat tuant des civils qu'Israël doit faire de même en se prenant à ces derniers.

Au contraire, si Israël veut réellement incarner les valeurs de démocratie et être une "grande puissance", au sens philosophique et moral du terme, il ne devrait s'en prendre qu'aux commanditaires et non pas aux populations, otages de ce conflit. Israël a les moyens d'affaiblir la frange ultra du Hamas et d'infliger des dommages conséquents au Hezbollah. A lui de montrer son efficacité avec le souci de répondre de façon proportionnée et juste.