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jeudi 26 mai 2011

L'Europe et ses Europes

L'Europe peut-elle imploser? Depuis de nombreuses années, le sujet fait l'objet de vifs débats de l'autre côté de l'océan, où l'Europe apparaît comme un ovni, de par la multiplicité de différences et d'inégalités qui parviennent pourtant à faire un tout qui fonctionne. L'existence même de l'Europe et sa longévité mettent à mal l'argumentaire des défaitistes mais un basculement, du moins au niveau intellectuel, pourrait s'opérer prochainement. Trois pays peuvent le faire penser:

- la Grèce, aidée par l'Europe et le FMI, est dans une situation catastrophique. Incapable de rembourser les 110 milliards d'euros déjà prêtés et sans doute perdus, elle en demande 60 de plus pour tenir. Les marchés financiers ne s'y sont pas trompés et attaquent la Grèce en misant sur son incapacité à réagir rapidement. Empêcher la Grèce de faillir devrait pourtant être un impératif, au sens kantien, car elle est une des portes d'entrée majeures de l'immigration illégale. De plus, sa jeunesse, pour une partie manipulée par des groupes radicaux, peut accentuer l'instabilité déjà très présente, surtout au niveau économique. Les investisseurs prêts à tenter leur chance en Grèce sont désormais quasi inexistants. L'Allemagne, en pointant la Grèce du doigt comme le "mauvais élève" européen, ne fait rien pour arranger les choses et exacerbe les nationalismes. Pourtant, l'Allemagne devrait se souvenir que sa puissance tient entre autres de ses liens commerciaux avec les Etats européens.

- le Portugal connaît une crise économique sans précédent qui l'a conduit à demander l'aide du FMI et de l'Europe. Plus de 78 milliards d'euros ont été prêtés et les effets positifs ne se feront sentir qu'en 2013: pour cette année et l'année prochaine, le Portugal sera en récession. Des réformes sont attendues pour relancer l'économie et surtout l'assainir, l'objectif étant de la rendre bien plus dynamique qu'elle ne l'est pour l'instant. Cela ne peut aller sans heurts, à l'instar du pouvoir lusitanien qui fonctionne actuellement par interim, en attendant de prochaines élections. Il serait bon que le plan annoncé par le Premier ministre José Socrates fonctionne; rappelons que l'intégration du Portugal dans l'Europe a été le fruit d'un long cheminement et que beaucoup d'Etats européens historiques ne pensaient pas que le Portugal avait sa place en Europe.

- l'Espagne est clairement le cas le plus problématique. Les dernières élections sont à ce titre symptomatiques d'un peuple en perdition, qui vote par défaut: en effet, la défaite des socialistes s'explique davantage par une défiance vis à vis des partis politique que par une véritable adhésion au parti de droite. La corruption, favorisée par une mafia très discrète mais tentaculaire (sport, bâtiment), gangrène littéralement l'économie du pays, qui perd ainsi toute crédibilité. Mais surtout, l'Espagne doit faire face à sa jeunesse qui ne voit aucun avenir pour elle. Sur-diplômée, elle ne trouve pas sa place sur le marché du travail et vit dans une précarité alarmante.
L'expression la plus visible de ce malaise sociétal et politique est bien sûr le mouvement des "indignés", qui occupent la place Puerta del Sol depuis plusieurs jours. Il s'agit surtout de jeunes en quête d'un travail mais aussi de révoltés d'un système qui oublie les faibles, voire les conduit à la pauvreté. Passé l'importance médiatique, il convient de relativiser la portée de cette soit-disante révolution qui, sans leader, sans réelle politique, ne tiendra guère longtemps. En effet, la seule occupation d'un espace public, certes médiatique mais peu stratégique, ne saurait influencer la politique gouvernementale.

C'est un avenir sombre qui s'annonce pour l'Europe. Le risque d'une volonté d'exclure les pays défaillants n'est pas à exclure, malgré le cataclysme que ce choix provoquerait. Une politique d'union permettrait à l'Europe de se sortir grandie de ce bourbier. A elle d'agir!

mercredi 9 juin 2010

Le socialisme espagnol à l'épreuve de la crise

Aujourd'hui se déroule à Madrid l'ultime table ronde entre le gouvernement de Zapatero et les différents syndicats et patrons au sujet la réforme du code du travail et des mesures d'aide à l'emploi. Il y a peu de chances que les discussions aboutissent, tant les désaccords sont grands mais le gouvernement a prévenu: dans tous les cas, la réforme sera faite. En France, ce serait un casus belli mais en Espagne, il semble qu'il n'y a plus rien à perdre.

Le projet du gouvernement est clair: pour relancer une croissance dont peu arrivent à y discerner le fifrelin d'un commencement, Zapatero souhaite développer les contrats de formation pour les jeunes, diminuer le temps de travail journalier pour éviter d'arriver au licenciement mais surtout, assouplir les démarches de licenciement et en diminuer les indemnités. 

Zapatero le socialiste a fait long feu; il est seul contre tous. Déjà le 27 mai dernier, son plan d'austérité n'avait été adopté qu'à une voix près, son légitimité à diriger le pays étant légitimement discutée!

Depuis, les manifestations se multiplient, à l'image des fonctionnaires hier qui protestent contre la baisse de leur salaire, laissant planer le risque d'une possible grève générale avec les conséquences fâcheuses que ce genre d'événement implique.

De ces réactions, un double constat s'impose: le socialisme d'aujourd'hui ne peut plus rivaliser avec la brutalité des marchés, dont l'influence sur les États semble se vérifier chaque jour un peu plus.
Par ailleurs, que fait l'Europe? Pourquoi ne donne-t-elle pas des garanties aux pays qui font des efforts à l'image de l'Espagne afin d'éviter des crises politiques? Son silence coupable aura sans aucun doute des conséquences fâcheuses lors des prochaines élections européennes. 

Nul ne peut annoncer la fin de cette crise tant cette dernière change de forme et contamine les économies des pays, tel un virus particulièrement virulent.