L'Europe peut-elle imploser? Depuis de nombreuses années, le sujet fait l'objet de vifs débats de l'autre côté de l'océan, où l'Europe apparaît comme un ovni, de par la multiplicité de différences et d'inégalités qui parviennent pourtant à faire un tout qui fonctionne. L'existence même de l'Europe et sa longévité mettent à mal l'argumentaire des défaitistes mais un basculement, du moins au niveau intellectuel, pourrait s'opérer prochainement. Trois pays peuvent le faire penser:
- la Grèce, aidée par l'Europe et le FMI, est dans une situation catastrophique. Incapable de rembourser les 110 milliards d'euros déjà prêtés et sans doute perdus, elle en demande 60 de plus pour tenir. Les marchés financiers ne s'y sont pas trompés et attaquent la Grèce en misant sur son incapacité à réagir rapidement. Empêcher la Grèce de faillir devrait pourtant être un impératif, au sens kantien, car elle est une des portes d'entrée majeures de l'immigration illégale. De plus, sa jeunesse, pour une partie manipulée par des groupes radicaux, peut accentuer l'instabilité déjà très présente, surtout au niveau économique. Les investisseurs prêts à tenter leur chance en Grèce sont désormais quasi inexistants. L'Allemagne, en pointant la Grèce du doigt comme le "mauvais élève" européen, ne fait rien pour arranger les choses et exacerbe les nationalismes. Pourtant, l'Allemagne devrait se souvenir que sa puissance tient entre autres de ses liens commerciaux avec les Etats européens.
- le Portugal connaît une crise économique sans précédent qui l'a conduit à demander l'aide du FMI et de l'Europe. Plus de 78 milliards d'euros ont été prêtés et les effets positifs ne se feront sentir qu'en 2013: pour cette année et l'année prochaine, le Portugal sera en récession. Des réformes sont attendues pour relancer l'économie et surtout l'assainir, l'objectif étant de la rendre bien plus dynamique qu'elle ne l'est pour l'instant. Cela ne peut aller sans heurts, à l'instar du pouvoir lusitanien qui fonctionne actuellement par interim, en attendant de prochaines élections. Il serait bon que le plan annoncé par le Premier ministre José Socrates fonctionne; rappelons que l'intégration du Portugal dans l'Europe a été le fruit d'un long cheminement et que beaucoup d'Etats européens historiques ne pensaient pas que le Portugal avait sa place en Europe.
- l'Espagne est clairement le cas le plus problématique. Les dernières élections sont à ce titre symptomatiques d'un peuple en perdition, qui vote par défaut: en effet, la défaite des socialistes s'explique davantage par une défiance vis à vis des partis politique que par une véritable adhésion au parti de droite. La corruption, favorisée par une mafia très discrète mais tentaculaire (sport, bâtiment), gangrène littéralement l'économie du pays, qui perd ainsi toute crédibilité. Mais surtout, l'Espagne doit faire face à sa jeunesse qui ne voit aucun avenir pour elle. Sur-diplômée, elle ne trouve pas sa place sur le marché du travail et vit dans une précarité alarmante.
L'expression la plus visible de ce malaise sociétal et politique est bien sûr le mouvement des "indignés", qui occupent la place Puerta del Sol depuis plusieurs jours. Il s'agit surtout de jeunes en quête d'un travail mais aussi de révoltés d'un système qui oublie les faibles, voire les conduit à la pauvreté. Passé l'importance médiatique, il convient de relativiser la portée de cette soit-disante révolution qui, sans leader, sans réelle politique, ne tiendra guère longtemps. En effet, la seule occupation d'un espace public, certes médiatique mais peu stratégique, ne saurait influencer la politique gouvernementale.
C'est un avenir sombre qui s'annonce pour l'Europe. Le risque d'une volonté d'exclure les pays défaillants n'est pas à exclure, malgré le cataclysme que ce choix provoquerait. Une politique d'union permettrait à l'Europe de se sortir grandie de ce bourbier. A elle d'agir!
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