mardi 24 mai 2011

De l'art d'informer...ou non

De récents études d'audience montrent une progression fulgurante des chaînes d'information françaises grâce à l'affaire DSK. On pourrait penser que les Français se passionnent pour une affaire judiciaire et qu'ils en attendent des analyses et autres éléments d'information. Il n'en est rien et ce phénomène n'est pas purement français.

On assiste au contraire à une crétinerie rampante aussi bien du citoyen que des médias. Ces derniers ont montré ces deux dernières semaines à quel point le travail de journaliste était perverti et qu'il ne reposait plus sur grand chose. Où sont passés les investigations, les recoupements d'information, la vérification des sources, la prise de recul nécessaire pour éviter de commettre des erreurs?

Tout a disparu, au profit de twitter où un individu lamba peut lancer une information, qui sera reprise par les plus "sérieux" médias sans sourciller. Que penser du soit-disant frère de la victime dans cette affaire? Personne n'a songé à vérifier qu'il avait effectivement un lien de parenté avec la femme de chambre et chacun a au contraire rapporté ses propos pendant plusieurs jours.

Dans une course effrénée au scoop, les journaux donnent toujours plus de détails qui sont soit faux, soit donnés de façon illégale par la Police de New York et les services de justice. Les médias doivent-ils accepter de participer à cette mascarade, avec le risque évident de prendre parti? Non, en aucun cas.

Par ailleurs, les médias ont besoin de captiver leur auditoire pour éviter que ce dernier ne s'intéresse à un autre sujet. C'est pourquoi sont organisées des "éditions spéciales", des -faux- "débats" où l'on ressasse les mêmes informations, répétant parfois au mot près ce qui a été dit cinq minutes avant, car il faut combler le vide.
En d'autres termes, "en absence d'information, n'ayons de cesse de répéter le vide", tel pourrait être le credo de certaines chaînes de télévision.
Les médias ont beau jeu de se couvrir de la plus belle des précautions en invoquant sans cesse la "présomption d'innoncence", mais c'est pour mieux enchaîner par la suite sur une information sans intérêt, ou plutôt d'un très bas niveau.

On ne peut s'empêcher de se demander ce qui se passerait dans le monde, si autant de moyens humains et matériels étaient mis au service de causes essentielles. Une catastrophe naturelle vient de frapper les Etats-Unis, plus de cent victimes sont à déplorer ainsi qu'un grand nombre de disparus. A-t-on vu des "éditions spéciales" avec des spécialistes à même d'expliquer ces phénomènes et leurs liens avec nos modes de vie et les bouleversements climatiques? Pas le moins du monde.

Toutefois, loin de moi l'idée de tenir les médias pour seuls responsables. L'augmentation de leur part d'audiences témoigne de leur bonne compréhension des attentes et des envies des spectateurs (et lecteurs) qui suivent comme des moutons sans réfléchir à ce qu'on leur régurgite, pour éviter qu'ils réfléchissent par eux-mêmes.
Nous avons la presse que nous méritons.
Le cercle vicieux est enclenché depuis quelques années déjà, mais le développement des NTIC augmente sa puissance et son influence sur nos vies.

Un voeu pieux sans doute: prendre le temps de lire et de réfléchir. C'est une question de santé publique.

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