Son nom circulait déjà depuis quelques mois dans les ministères et autres instances européennes. Il est désormais quasi certain que Mario Draghi, surnommé “Super Mario”, va remplacer Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne. Les ministres des Finances de la zone euro viennent en effet de trouver un accord, selon un communiqué du ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe. La décision ne sera cependant validée que fin juin par les chefs d’Etat et de gouvernement des vingt-sept lors d’un sommet.
Saluons en premier lieu le remarquable travail qu’a effectué pendant huit ans Jean-Claude Trichet. Il a permis à l’Europe de garder le cap en matière de stabilité économique ce qui était loin d’être gagné. La crise financière et économique de 2009 avait profondément bouleversé les économies européennes et avait fait apparaître par la même occasion leur réelle hétérogénéité. De même, pendant toute la durée de son mandat, Trichet a subi d’immenses pressions de la part d’Etats peu orthodoxes en matière de finances publiques, à commencer par la France qui s’est comportée de façon particulièrement affligeante à son encontre, les accusations de trahison du pays n’étant pas souvent loin. Le problème, ou plutôt l’avantage, est que Jean-Claude Trichet est un vrai européen, qui se soucie davantage de la bonne marche du groupe que des intérêts individualistes d’un Etat, même quand il est citoyen de ce dernier. Nul doute qu’il restera dans la liste des grands hommes européens et que la pression va être très forte sur son successeur.
Ce dernier, Mario Draghi, est loin d’être un novice. Il a occupé les postes de directeur général du Trésor italien en charge des privatisations, de vice-président pour l’Europe de la banque Goldman Sachs et de gouverneur de la Banque d’Italie, entre autres. Il jouit d’une très bonne réputation au niveau européen pour son esprit de rigueur et sa volonté de poursuivre la politique déjà menée par Trichet. Sa candidature n’était pourtant pas évidente en raison de son poste chez Goldman Sachs, organisme bancaire tristement célèbre pour sa responsabilité dans la crise grecque, où il aurait aidé à manipuler les comptes de l’Etat. Qui plus est, cet organisme est anglo-saxon et certains craignent une “américanisation” de la BCE, en d’autres termes que la BCE soit à la botte des Américains!
On peut sincèrement en douter, l’homme étant trop intelligent pour agir ainsi et perdre la confiance des puissances européennes que sont la France et l’Allemagne. Cette dernière, par la voix de Merkel, vient d’accepter sa nomination, ce qui montre sa confiance, mais également le fait que Draghi devra être sur la même ligne que Merkel, sous peine de dissensions et de paralysie dans l’action de la BCE. La mission de Draghi est vaste et complexe car il va devoir affronter une Europe désunie, qui essaie de redresser certains de ses membres, la Grèce et le Portugal en tête. On peut espérer que Draghi saura trouver les mots, lui qui est originaire d’un pays du sud de l’Europe, pour éviter l’émergence de deux Europe, les nord vertueux et les sud désorganisés.
C’est une mission ingrate qui l’attend, car elle touche à la souveraineté des Etats et montre rapidement les limites des politiques inconsidérées de relance économique de certains. Rappelons enfin que seule une véritable orthodoxie en matière de politique monétaire pourra aider l’Europe à s’en sortir par le haut.
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