lundi 2 mai 2011

La mort de Ben Laden

Depuis hier soir, un flot continu et diffus d’informations plus ou moins détaillées et étayées circulent sur la mort d’Oussama Ben Laden, considéré comme le chef d’Al-Qaida. Difficile de discerner le vrai du faux dans ce mic-mac d’informations et de désinformations, les différents protagonistes y prenant un malin plaisir. Toujours est-il que premier fait surprenant, nous avons appris la mort du chef terroriste via twitter! Le Président Obama remerciera assurément celui qui a permis la fuite, et ce avant son discours sur les chaînes de télévision une heure plus tard.

Que s’est-il passé exactement? On ne le sait pas pour l’instant et on ne le saura sans doute jamais totalement. Selon les premières informations, Ben Laden était au Pakistan, logé dans un bâtiment fortifié au sein d’une résidence de hauts gradés à la retraite, vivant avec sa plus jeune femme, deux messagers et d’autres personnes non identifiées. Remarquons au passage que le discours des autorités pakistanaises jurant qu’elles mettaient tout en place pour le traquer est pour le moins contredit. Ben Laden aurait été trahi par des prisonniers de Guantanamo qui auraient donné le nom d’un de ses messagers. Près de quatre années auraient été nécessaires pour mettre en place l’opération.

Celle-ci semble pour le moins confuse. L’annonce d’une attaque menée conjointement par les Américains et les forces pakistanaises est aujourd’hui contredite, l’Administration américaine expliquant que seules des forces de la Navy sont intervenues. On peut légitimement penser que les Etats-Unis cherchent à éviter que des représailles soient menées contre le Pakistan, état déjà très fragilisé et en proie à des tensions avec le voisin indien. Deux hélicoptères auraient approché le bâtiment, l’affrontement aurait duré moins de trois quart d’heure. Aucun assaillant n’aurait été blessé tandis que tous les occupants du bâtiment ont été tués. Très vite, on a appris que la dépouille de Ben Laden avait été immergée en pleine mer, conformément aux rites musulmans! Ceci est assez surprenant lorsqu’on sait que la coutume veut que le corps soit enterré après une série de rites spécifiques. On peut également s’interroger quant à la rapidité à laquelle les Américains auraient procédé à l’inhumation.

Cela renforcera le doute et la suspicion, déjà entamés par le piteux montage des télévisions pakistanaises présentant soi-disant le cadavre de Ben Laden. Des rumeurs surgissent déjà, se développant aussi rapidement qu’a été déplorable la communication des Américains. Toutefois, il est quasi certain que cette “victoire” sera mise au crédit du mandat d’Obama, même si les scènes de liesse des Américains à Ground Zero et dans les grandes villes ternissent grandement l’événement. On aurait dit une réplique des batailles passées, les troupes du vainqueur chantant sur le cadavre du vaincu.

D’un point de vue moral et juridique, cette annonce peut provoquer un malaise. “Justice est faite” peut-on entendre dans la bouche de la plupart des dirigeants politiques de la planète. Depuis quand le meurtre d’un homme devient-il un acte sain de justice? Beaucoup de partisans de Ben Laden y verront plutôt une simple vengeance, dans le meilleur des cas “la justice des vainqueurs”. Cette situation est assez analogue du procès de Saddam Hussein, jugé par ceux qu’il avait torturés et exécuté dans des conditions pour le moins sordides. Certes, Oussama Ben Laden est responsable de nombreux attentats (bien qu’il n’ait jamais formellement assumé la paternité des attentats du 11 septembre) et a la mort de plusieurs milliers de personnes sur la conscience. Mais n’aurait-il pas fallu privilégier plutôt une arrestation et une présentation devant un tribunal de justice international, où des professionnels, sélectionnés en fonction de leurs compétences et de leurs qualités pédagogiques, auraient démontré –facilement- point par point dans quelle mesure Ben Laden avait fait un grand mal au monde musulman dans son ensemble? Un grand courage et un sens de responsabilité auraient été nécessaires, leur absence est coupable.

Même si le leader est mort, l’organisation Al-Qaida demeure. Elle va sans doute connaître des mutations, revoir sa structure, peut-être se dissoudre ou s’allier avec d’autres organisations criminelles, mais le terreau du terrorisme sur lequel elle se base perdurera tant que l’idéologie des islamistes fanatiques ne sera pas combattue et que les inégalités mondiales, sources de désespoir pour de nombreux jeunes et futurs candidats au martyr, ne seront pas éradiquées. La guerre contre le terrorisme est loin d’être gagnée. Une bataille a été remportée, mais il ne faudrait pas qu’elle devienne une victoire à la Pyrrhus, les occidentaux se reposant sur leurs lauriers au lieu de réfléchir aux problèmes de fond. Ces mêmes occidentaux vont devoir redoubler de vigilance dans le temps proche pour lutter contre toute action de vengeance. La triste partie continue.

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