Les détails exacts concernant l’implication pakistanaise dans l’assassinat de Ben Laden sont pour le moins inexistants, ou plutôt fluctuants. Au départ annoncé comme mené conjointement par le Pakistan et les Etats-Unis, l’assaut aurait été au final réalisé par les seules forces spéciales américaines. Comment apprécier le rôle du Pakistan?
Remarquons tout d’abord qu’il apparait peu probable que les services pakistanais n’aient pas été informés de l’attaque, ou tout du moins qu’ils ne l’aient pas suivi en direct. Les deux hélicoptères américains mobilisés ont nécessairement été repérés par les radars pakistanais. Cela sous-entend donc que le Pakistan n’a rien fait pour l’empêcher. Certes il n’en a pas les moyens, n’étant pas en position de force ou au moins d’égal à égal par rapport à l’”allié” occidental. Mais on ne peut s’empêcher de penser qu’un véritable jeu d’influence a eu lieu entre le Pakistan et les Etats-Unis, mais également au sein des différents services de sécurité du premier.
Depuis plusieurs années fuitent des informations dans la presse, souvent confirmées par les services de renseignement américain, comme quoi le Pakistan mène un double-jeu dans sa lutte contre le terrorisme. Plus précisément, les services de renseignement pakistanais sont accusés de se neutraliser entre eux, certains opérant une véritable collaboration avec les Américains tandis que d’autres fournissent des informations aux Talibans. On peut imaginer que les Etats-Unis aient apporté la preuve au plus haut sommet de l’Etat pakistanais que ce dernier était compromis et que son autorité était indirectement remise en cause. Acculé devant sa duplicité, le gouvernement pakistanais, qui dépend considérablement du soutien financier américain, aurait accepté de collaborer avec les Américains en mettant hors circuit les services de renseignement pro-Talibans. Ceci permettrait de comprendre la mise en place et une partie du succès de l’opération.
De plus, comment expliquer que l’édifice abritant Ben Laden, dont la construction est estimée à plus d’un million de dollars, avec des conditions de sécurité drastiques, n’ait pas éveillé de soupçons à Islamabad? C’est bien que Ben Laden était couvert par certains services de renseignement, qui ont été pris au dépourvu lors de l’assaut. La “réplique” de ces derniers ne s’est pas faite attendre. Les médias TV ont très vite montré une photographie de Ben Laden mort, acte peu anodin dans sans doute l’un des seuls pays au monde qui pleure dans sa majorité la mort du chef d’Al-Qaida. Pourtant, comme cela a été prouvé rapidement et facilement, il s’agissait d’un photomontage. Toujours est-il que le mal est fait, l’anti-américanisme pakistanais étant ravivé de plus belle.
A terme, quelles perspectives pour le Pakistan? On émet principalement l’hypothèse que celui-ci aura un grand rôle à jouer dans la reconstruction de l’Afghanistan. On peut légitimement en douter et ce pour trois raisons:
- le Pakistan n’agit pas d’égal à égal avec les Etats-Unis qui peuvent très facilement faire pression, en particulier grâce à la manne financière.
- le Pakistan a montré sa duplicité et n’est pas digne de confiance, à moins de vérifier l’intégrité totale de ses services.
- l’Inde n’acceptera jamais un Pakistan plus fort. Rappelons que les deux Etats possèdent l’arme nucléaire, que la question du Cachemire n’est pas réglée et qu’un incident diplomatique peut facilement arriver et déclencher un conflit. En outre, l’Inde jouera sur ses relations économiques étroites avec les Etats-Unis (dans le secteur technologique principalement) pour influencer la politique étrangère de ces derniers.
L’Administration américaine doit avant tout chercher la stabilité dans la région plutôt que de vouloir se débarrasser du conflit afghan. L’Afghanistan n’est pas apte pour le moment à s’assumer pleinement, le risque d’un retour en force des Talibans n’étant en aucun cas à exclure.
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