mercredi 31 août 2011

L'avenir de Kadhafi...

Les forces rebelles libyennes ont désormais pris le contrôle de la quasi-intégralité de la Libye, à l'exception notable de Syrte, la ville notable du leader libyen, qui devrait tomber prochainement. A un moment où le CNT cherche à s'organiser efficacement afin de préparer "l'après-Kadhafi", ce dernier joue encore au chat et à la souris avec les rebelles. Mais il semble fortement probable qu'il soit là en train de jouer ses dernières cartes. Quels scenarii envisager pour le Colonel déchu?

1. De nombreuses rumeurs lassaient penser que Kadhafi s'était réfugié en Algérie. En réalité, seule sa famille s'y est rendue et se trouve aujourd'hui sous la protection du pouvoir algérien. Il semble en effet peu probable que Kadhafi trouve refuge chez son voisin, les relations entre les deux Etats ayant été plus que conflictuelles. Qui plus est, le président algérien Abdelaziz Bouteflika serait-il prêt à un tel acte qui lui attirerait à coup sûr les foudres des Occidentaux et de la France en particulier? On peut penser au contraire que Bouteflika ne veut pas trop attirer l'attention sur lui et sur son pays, qui n'a pas réellement été parcouru par le Printemps arabe.

2. Une autre hypothèse voudrait que Kadhafi fuit dans un autre pays d'Afrique, comme le Niger par exemple, où de nombreux hommes sont venus combattre pour lui moyennant finance. En effet, Kadhafi peut encore jouer sur sa fortune pour s'assurer le soutien de tel ou tel Etat. Certes, cette dernière a été fortement amputée par les actions des Occidentaux qui gèlent ses fonds, mais il n'en demeure pas moins qu'il conserve une "force monétaro-financière" conséquente. Qui plus est, il convient de rappeler que Kadhafi a soutenu pendant de nombreuses années, grâce aux pétro-dollars, différents régimes africains, qui se sentent redevables. Toutefois, le secret devrait être impératif pour une telle entreprise car, outre les difficultés logistiques qui ne sont pas à négliger, il est fortement probable que la Communauté internationale exercerait de fortes pressions sur le pays hôte pour qu'il revoie sa position.

3. Et si Kadhafi restait caché en Libye? C'est une hypothèse que je partage fortement et ce pour deux raisons:

- les rebelles et les forces de l'OTAN constituent un frein réel pour une fuite à l'étranger, de par le contrôle terrestre et aérien qu'ils peuvent mener. Bien que le pays soit très vaste, c'est un très gros risque que prendrait le leader libyien.

- le CNT, reconnu par certains Etats, dont la France, a une tâche considérable à accomplir: réorganiser le pays. Il faut tout d'abord résourdre les problèmes d'approvisionnement (eau, nourriture, essence...), remettre en marche une administration en proie à la corruption et aux règlements de comptes entre pro et anti Kadhafi, rétablir la sécurité dans les villes... Ce dernier point est fondamental et pose en même temps problème: les rebelles seront-ils prêts à déposer les armes et à penser "reconstruction" au lieu de "vengeance"? Le CNT lui-même témoigne de cette "union de façade", faite de divergences profondes et de suspicions constantes. Kadhafi pourrait tout à fait jouer "la stratégie du pourissement" en réduisant à néant les efforts de paix et de réconciliation: il a les fonds, l'influence nécessaires pour agir. Une série d'attentats discréditerait le nouveau pouvoir en place, accusé de ne plus être efficace, par exemple.

4. Et si Kadhafi est capturé? La question est fondamentale car le discours des rebelles et du CNT n'est pas clair. Les Occidentaux demandent son arrestation et qu'un procès ait lieu pour faire état de tous les méfaits qu'il a commis et ordonnés tandis que les Libyens ont mis sa tête à prix pour un peu plus d'1.7 millions de dollars. "Mort ou vif", étrange conception de la justice! Même si l'on peut comprendre le sentiment de vengeance qui anime une majorité de Libyens, la mort de Kadhafi ne servirait à rien. Au contraire, le peuple libyen en sortirait grandi s'il acceptait de le capturer et de le livrer à la justice internationale, qui pourrait mieux rendre compte des actions néfastes qu'il a perpétrées dans le monde entier pendant quarante ans. Mais il semble que les Occidentaux, par crainte d'être accusés d'ingérence, laisseront les Libyens agir de leur propre chef.

Il convient enfin de rappeler que les problèmes de la Libye ne s'achèveront pas avec la fin de Kadhafi. Avec l'aide économique des Occidentaux, la Libye doit oeuvrer à renforcer son unité, aujourd'hui si fragile, sous peine de ne devenir qu'un agrégat de régions autonomes bellicistes, source d'instabilité majeure pour la région.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/188066;l-avenir-de-kadhafi.html

lundi 29 août 2011

Retour sur la crise économique et financière mondiale...

L'économie et la finance ne prennent jamais de vacances, encore plus lorsqu'elles sont en crise. L'été 2011 l'aura montré au dela de toute espérance.
Au début du mois d'août, les cours de la Bourse ont quasiment fait chaque jour la une des médias, les indices boursiers dévissant dangeureusement au point de laisser dire à certains que le krach de 1929 était devant nous. Sans doute faut-il rappeler qu'un pourcentage différent d'une minute à l'autre d'un indice équivaut à une perte de plusieurs milliards d'euros. Mais fallait-il pour autant tomber dans cette psychose qui s'est emparée des décideurs politiques, et par dessus tout des médias?

Certes, l'abaissement de la note américaine par l'agence Standart and Poor's est une très mauvaise nouvelle pour l'économie américaine - et mondiale-, mais le refus des autres agences de notation de suivre et le discours collectif et rassurant de l'Administration Obama ont en partie limité l'impact de ce qu'il faut bien appeler une "bombe médiatique". Pourtant, même si les agences de notation ne sont pas infaillibles, il conviendrait de prêter davantage attention à leurs rapports qui soulignent bien souvent ce que les politiques sont heureux d'ignorer. Ces derniers arguent généralement qu'ils pensent sur le long terme, sous-entendant que les agences sont focalisées sur l'instantané, ce qui n'est pas totalement faux. Mais d'un autre côté, pour mener à bien une politique ambitieuse sur plusieurs années, encore faut-il en avoir les moyens? Le déficit abyssal des USA est une plaie qui, à défaut de pouvoir être refermée, mériterait que l'on s'y intéresse réellement et que l'on tente de freiner son développement.

A une période où certains politiques français prônent la démondialisation, la crise financière a montré que les frontières de l'économie n'existaient plus ou plus précisément, que chacun est à l'affût du moindre écho envoyé par l'autre, entrant ainsi dans une spirale qui peut s'avérer néfaste. Les fortes baisses des bourses européennes en sont un bon exemple, le doute s'insinuant pour des entreprises considérées jusqu'à présent comme sûres. Qui plus est, la désinformation opérée par certains, très difficiles à identifier, a failli provoquer une catastrophe économique. C'est ainsi qu'un quotidien anglais a parlé d'une prochaine faillite de la banque française Société Générale, faisant perdre à cette dernière près d'un quart de sa valeur boursière en une journée. Comment une simple phrase parue dans un journal peut-elle à ce point bouleverser une institution aussi forte? A croire que l'économie marche sur la tête, ou que sa crainte de s'effondrer la dépasse...

La seule réponse à même de nous sortir de cette spirale consiste à restaurer la confiance, non pas seulement vis-à-vis des marchés, mais auprès des entrepreneurs et des citoyens, ceux-là mêmes qui font l'économie. Cela passera obligatoirement par une réduction des inégalités, sources de déséquilibres économiques et de mal-être. Certains prônent le changement de mode de vie, sans pour l'instant présenter un modèle complet et applicable. Au mieux avancent-ils des idées intéressantes mais qui ne pourraient être mises en place que pour une minorité d'Etats riches. Or, seules des solutions à l'échelle mondiale, tenant compte des spécificités de chacun, pourraient être considérées commes sérieuses.

Il y a urgence : les atermoiements des décideurs politiques européens à agir ensemble et de façon ambitieuse ont rendu l'Europe encore plus vulnérable aux attaques des spéculateurs qui misent sur son éclatement. Pourtant, personne n'aurait intérêt à une telle situation, pas même les USA ou la Chine. En effet, le propre de cette crise est qu'elle affecte toute l'économie mondiale et que les défauts de l'un se répercutent sur les forces de l'autre.
Toutefois, en dépit de soubresauts plus ou moins conséquents, l'économie mondiale résiste. Les différents plans de rigueur commencent à être mis en place. Souhaitons qu'ils permettent d'assainir durablement les finances des Etats et de réfreiner les ardeurs des spéculateurs.

jeudi 25 août 2011

Retour sur l'été moyen-oriental et africain

Certains avaient émis l'idée -saugrenue- qu'avec le Ramadan, on assisterait à une diminution des affrontements au Proche et Moyen-Orient. L'été 2011 aura montré de façon particulièrement éclatante à quel point ça n'a pas été le cas. Au contraire, que ce soit en Libye, en Syrie, en Israël, ou même en Afrique avec la Somalie, la situation s'est profondément détériorée avec le risque d'un embrasement, un risque qui n'est pas encore totalement écarté...Dans tous les cas, l'espoir de jours meilleurs est mince.

La Libye est ravagée par des affrontements toujours plus virulents entre les forces du Colonel Kadhafi et les rebelles soutenus par l'OTAN. Ces derniers, après une période de "surplace" sont en train de marquer des points essentiels, tant et si bien que Tripoli semble être passé sous leur contrôle. La prudence est toutefois de mise, la désinformation massive opérée par les deux camps empêchant toute analyse définitive.
Il semble cependant que Kadhafi soit dans une très mauvaise posture et que deux solutions sont à envisager. Soit le Guide libyien se fait capturer en espérant qu'un procès aura lieu, ce qui n'est pas évident si l'on se réfère à sa mise à prix fixée à plus d'un million et demi de dollars par les rebelles et surtout à la mention "mort ou vif". Soit Kadhafi parvient à s'échapper et avec les ressources financières dont il dispose encore, il entretient une guerre d'usure et d'harcèlement avec l'aide de mercenaires. La mise en place d'une démocratie dans le pays en serait inévitablement affectée.
Les Occidentaux, dont le rôle est plus ou moins clair dans ce conflit, doivent-ils s'impliquer davantage? L'hésitation demeure entre une volonté de ne pas faire preuve d'ingérence et un désir de stabiliser la région, avec les perspectives économiques liées au pétrole qui en découlent.

La Syrie est dans une période encore plus opaque, les Occidentaux faisant pression sur Al-Assad, sans que ce dernier n'en soit véritablement affecté. Il continue au contraire d'attaquer de plus belle toute poche de résistance hostile au régime. C'est avec une main de fer et de sang que le pays est désormais dirigé, non pas que les années passées furent idylliques, mais l'on peut s'interroger quant à l'avenir de la Syrie. Il me semble que les occidentaux ont fait une grave erreur en ne cessant de demander le départ du président syrien. Ce dernier possède encore beaucoup de soutiens et il sait diriger; il aurait sans nul doute été plus judicieux de négocier avec lui une ouverture limitée à la démocratie, ce qu'il aurait accepté moyennant des accords économiques nouveaux, plutôt que de ne lui laisser aucune chance, l'incitant à jouer son va-tout et la vie de milliers de Syriens. Tout doit être fait pour que ce pays, si stratégique pour la région, ne se renferme pas sur lui-même, avec le risque d'un développement de l'intégrisme qu'un tel choix politique comporterait...

Israël, dont nous avions parlé il y a peu de ses problèmes de politique interne, a subi un attentat ciblé faisant huit morts en Egypte. Trois militaires égyptiens ont ensuite été tués par les forces israéliennes ce qui a provoqué la fureur de la population. Israël a eu tort d'agir ainsi, et ce d'autant plus que l'Egypte est en pleine transition démocratique et qu'il aurait tout intérêt à mener une politique discrète et amicale pour être sûr de renouveller le traité de paix et s'éviter de nouveaux ennemis. Ce n'est en tout cas pas la voie prise par les forces de Tsahal qui, en réplique de cet attentat lâche, ont envoyé de nombreux missiles sur Gaza, causant la mort de civils. De telles représailles aveugles sont inefficaces et nuisibles en tout point, aussi bien pour traquer les véritables commanditaires de l'attaque que pour satisfaire la population israélienne qui commence à se rendre compte de l'impasse dans laquelle le gouvernement de Netanyahu la conduit.

Enfin, la situation humanitaire empire considérablement en Somalie, l'aide n'arrivant pas aux nécessiteux. L'aide apportée par les Occidentaux était déjà faible, l'absence de réelle organisation efficace achève de faire de la Corne de l'Afrique une région de morts. L'empressement de certains à agir dans l'instant pour aller en Libye et leur silence coupable pour aller sécuriser l'approvisionnement des denrées alimentaires en Somalie est difficilement explicable. Comment expliquer au monde ces entrepôts remplis jusqu'à raz-bord de denrées non distribuées à cause d'un document manquant ou parce que les milices islamistes bloquent les convois? Pourquoi ne pas faire intervenir des Casques Bleus dont la seule mission serait de sécuriser les transferts d'aide humanitaire? Sans doute parce que cette région n'intéresse personne, que les ONG sur place se sentent désemparées par le faible relai médiatique qu'on leur donne... Pourtant, c'est un point géostratégique majeur qu'il conviendrait de protéger et d'étudier davantage car le risque que cette région devienne un repère pour terroristes et trafiquants en tout genre est déjà une réalité.

mardi 23 août 2011

Publication

Le Centre de la francophonie des Amériques a repris mon billet sur mon séjour d'études au Québec. Vous pourrez le consulter à l'adresse suivante:

http://www.francophoniedesameriques.com/universitedete/edition_2011_en_temoignages/temoignage_de_maxime_pinard.html


Retour sur les émeutes de Londres

A un an du début des Jeux Olympiques, qui aurait pu imaginer ce qui s'est passé début août à Londres? Qui aurait pu penser qu'un pays comme l'Angleterre, connu pour sa retenue, sombre dans le chaos, et ce devant les caméras du monde entier? A vrai dire personne, et tout le problème est là.
Pendant plusieurs jours, différents quartiers de Londres ont été en proie à des incendies, à des vols et autres dégradations qui ont dégénéré. Outre les centaines d'arrestations opérées par les forces de police, on déplore un mort, les circonstances exactes de son décès n'étant pas clairement établies. Les informations manquent encore aujourd'hui car ce qui s'est passé a été un profond traumatisme pour les Anglais qui ne s'y attendaient pas. Tout au plus a-t-on pu voir à la télévision des groupes de jeunes le visage caché mettre le feu à des immeubles, piller des magasins et provoquer la police. Cette dernière a d'ailleurs vu passer ses effectifs de six à seize mille hommes pour éviter l'anarchie.
Les médias se sont emparés de l'affaire, ce qui semblait évident, mais d'une façon assez particulière, avec des méthodes relevant de l'inquisition et non du journalisme. On peut citer entre autres les vidéos diffusées des possibles fauteurs de trouble avec des messages demandant aux citoyens d'aider l'Etat à enrayer ce fléau. On aurait voulu provoquer des affrontements entre civils que l'on ne s'y serait pas pris autrement! En effet, des groupes de citoyens se sont rapidement constitués pour défendre leurs quartiers, leurs commerces, voire leurs lieux de culte surtout pour la communauté indienne. Armés de bâtons et autres objets contondants, ils ont été indirectement encouragés à se faire justice, malgré les appels au calme de la police et du gouvernement de David Cameron.
Celui-ci a d'ailleurs du rentrer précipitamment de vacances, afin de ne pas donner l'impression de minimiser ce qui restera pour longtemps dans les mémoires des Londoniens. Alors qu'aujourd'hui, les émeutes ont cessé malgré une propagation sporadique à d'autres villes du Royaume-Uni, que penser de cette tragédie. Est-elle le fruit de la seule crise économique qui marque le pays? Est-ce la faute d'Internet et des nouvelles technologies, comme le sous-entend Cameron? Le manque de repères et de valeurs de la jeunesse est-il si prépondérant dans les motivations des criminels?
On ne saurait se risquer à apporter une réponse là où tous, y compris ceux qui observent la société britannique depuis des années, ont été pris par surprise. On peut cependant souligner que la politique assez à droite au niveau social de David Cameron, que le chômage des jeunes qui atteint des proportions énormes dans certains quartiers comme Tottenham qui a été également un haut lieu d'affrontements, que le matraquage médiatique qui incite les jeunes à concevoir la possession du "toujours plus" comme une nécessité contingente au bonheur et au respect, constituent des facteurs qui peuvent provoquer ce genre de crise.
Une aide financière seule de l'Etat britannique ne saurait remédier au problème. Tout au plus l'étoufferait-elle pour quelques années... C'est davantage le tissu social du pays qui est à reconstruire, en insistant sur plus de solidarité et sur moins de déséquilibres entre les très riches et les pauvres. Certes, les inégalités ont toujours existé et on ne saurait penser sérieusement les supprimer; elles sont constituantes de nos modes de vie. Mais au moins pourrait-on envisager de les atténuer car dans une société démocratique, celui qui n'a plus rien à perdre et à attendre de ceux censés le soutenir représente un danger.
Le coût d'une véritable politique sociale n'est rien si elle permet d'éviter les émeutes et assure un niveau de vie décent à chacun.

samedi 6 août 2011

Vacances...

Bonjour à tous,

Le blog sera en sommeil jusqu'à la fin août, date de mon retour de vacances.

Bien à vous,

Maxime

vendredi 5 août 2011

Israël, l'été du tournant?

La situation devient de plus en plus inextricable pour le Premier Ministre israélien Netanyahu. Malmené dans les sondages, il doit aujourd'hui faire face à deux problèmes concrets qui peuvent affecter durablement l'état du pays, l'un ayant trait à la politique extérieure du pays, l'autre lié à la société israélienne elle-même. Nous verrons que la frontière entre ces deux problèmes est tout sauf grande.
Depuis plusieurs mois, le gouvernement palestinien du Président Mahmoud Abbas mène une intense campagne de lobbying auprès des grandes puissances et en particulier des Etats-Unis pour que l'assemblée de l'ONU reconnaisse la Palestine. Un tel acte constituerait un événement sans précédent car il consacrerait l'existence de la Palestine comme Etat, du moins au niveau symbolique, seule la décision du Conseil de sécurité pouvant légalement agir.
Israël, s'opposant en vérité radicalement à cette proposition, qu'il juge contraire à ses intérêts alors qu'en vérité ce n'est pas forcément le cas, tente de mener un jeu de manipulation. Tout en affirmant vouloir négocier avec les Palestiniens, soutenus par Obama qui avait parlé dans un premier temps d'un Etat sur les frontières de 1967 avant de se raviser devant son empressement inconsidéré, les Israéliens restent vagues le plus possible, distillant une information avant de la minorer dans l'instant.
C'est ainsi que l'on ne sait pas aujourd'hui clairement quelle est la position israélienne. Selon certains, Israël reproduit sa stratégie habituelle de faire tourner en rond les négociations pour les faire avorter. On peut le penser mais c'est une stratégie très risquée qu'entreprend Netanyahu car il faudra bien arriver à une solution. Plutôt que de s'opposer à ce qui semble inéductable, Israël ferait mieux d'accompagner le développement et la reconnaissance de la Palestine: c'est là tout son intérêt. Septembre devrait donner de nouvelles clés pour comprendre les stratagèmes des deux camps.
A une autre échelle, au niveau de la population israélienne, la société est touchée par de multiples manifestations. Plus de 150 mille personnes sont descendues dans la rue le 30 juillet pour dénoncer le coût prohibitif des loyers, qui empêche les jeunes et la classe moyenne de se loger. On parle déjà d'un mouvement de "justice sociale", que le Premier Ministre semble bien avoir du mal à endiguer. Ses mesurettes n'ont aucun effet alors que le pays est confronté à de sérieux troubles économiques, qui touchent aussi bien l'éducation que la santé. Bien qu'Israël soit un pays très développé avec un fort secteur technologique, il convient de rappeler que sa croissance est portée par l'aide américaine qui se manifeste par des commandes importantes ou par des transferts de technologie.
Le plus délicat dans cette "révolte" - le mot n'est sans doute pas exagéré- est qu'elle est susceptible de diviser la population israélienne, des critiques de plus en plus fortes étant émises à l'égard des colons qui absorbent une part considérable du budget de l'Etat, voire une part disproportionnée compte tenu de leur nombre.
On voit bien là que la politique extérieure d'Israël a, plus que pour tout autre Etat, des conséquences profondes sur la politique intérieure. Sans sombrer dans l'angélisme qui voudrait que la paix avec la Palestine apporte la croissance à Israël, on peut penser qu'une politique plus harmonieuse du gouvernement Netanyahu, qui se focaliserait sur la réduction des inégalités au sein de la société et sur l'établissement de relations plus saines avec le gouvernement du Hamas serait un gage de sécurité majeur pour le Moyen-Orient.
L'été s'annonce à double-tranchant pour Netanyahu qui joue son mandat. Il doit être sur deux fronts à la fois et apporter des solutions, sans quoi Israël pourrait perdre la main ainsi qu'une part de son influence.

lundi 1 août 2011

Les inégalités et le désordre mondial

Bien que l'actualité internationale soit très riche en ce moment, deux actualités se dégagent fortement et permettent de s'interroger sur l'état et la cohérence humaine et morale du monde. D'un côté, les États-Unis, première puissance au monde en pleine crise économique et financière, de l'autre une région, la Corne de l'Afrique où sévit une crise humanitaire sans précédent, la sécheresse catastrophique et historique provoquant une famine grave et à grande échelle. D'un côté, une solution vient d'être trouvée, de l'autre, un écran de fumée vient d'être présenté. Comment penser ce fossé?
Les États-Unis viennent in extremis de trouver un semblant de solution pour éviter de plonger le monde dans la plus grande crise économique qu'il n'ait jamais connu en parvenant à un accord entre Républicains et Démocrates au sujet de la dette abyssale du pays. Les détails ne sont pas encore disponibles mais l'on parle d'un relèvement du plafond de la dette de plus de deux mille milliards de dollars... la somme est si colossale qu'il est difficile de se l'imaginer. En tout cas, les États-Unis viennent de se donner un répit supplémentaire, mais il est évident que des sacrifices sont à attendre. En effet, les Républicains n'ont pas signé un chèque en blanc à Obama: en échange de leur accord, ils exigent des coupes budgétaires substantielles dans les dépenses du pays, y compris concernant la mise en œuvre de l'Assurance maladie chère à Obama. Les Représentants démocrates étaient à peu de choses près sur la même ligne que les Républicains, seul le calendrier d'exécution changeant.
Obama ne doit pas cependant crier victoire et ce pour plusieurs raisons: les Républicains ont montré qu'ils étaient des adversaires combatifs et qu'ils pouvaient influencer son action. Par ailleurs, bien qu'étant la première puissance mondiale, les États-Unis se sont vus menacés, certes mollement mais quand même, par les agences de notation qui évoquaient la possibilité d'une perte de la si précieuse note AAA. Ceci démontre que nul n'est à l'abri désormais d'une perte réelle et symbolique de pouvoir, à croire que ce dernier, dans son aspect purement économique et financier, régit de plus en plus les enjeux de puissance.
Si l'on traverse un océan et que l'on se focalise sur la situation dans la Corne de l'Afrique, force est de constater que le jeu et les cartes disponibles divergent sensiblement... Les médias ont ceci d'affreusement fascinant qu'ils découvrent la misère et la pauvreté qu'une fois celles-ci à leur plus haut sommet. En effet, bien peu d'articles ont traité de la situation alimentaire désastreuse qui secoue la région ces derniers mois. Cependant, comme pour corriger l'erreur, ces mêmes médias s'emparent désormais de ce sujet; mais n'est-il pas trop tard?
Focalisés sur l'Irak, l'Afghanistan, la Libye et la Syrie avec le Printemps arabe, les puissances occidentales ont négligé des pays en crise comme le Yémen, et surtout la Somalie, dirigée par des islamistes dont la dangerosité n'est plus à démontrer. Ces derniers, au mépris du respect de la dignité humaine, ont bloqué et bloquent encore l'aide humanitaire envoyée par l'ONU, avec les pertes humaines que de telles mesures comportent. Certes, une réunion de donateurs représentant les puissances mondiales a eu lieu il y a peu à Rome, mais l'absence de résultats concrets et rapides montre que le drame qui sévit dans cette région n'est pas une priorité. Alors que nous sommes prêts à donner, et non pas à prêter vu que l'on ne reverra jamais la couleur de cet argent, plus de cent milliards d'euros à la Grèce, alors qu'une puissance est capable d'autoriser une augmentation de son déficit de plus de deux mille milliards de dollars, nous sommes incapables de trouver un milliard pour sauver une population démunie... Les morts s'entassent dans l'indifférence générale; un sursaut d'humanité serait le bienvenu!
Il y a peu de chances pour que ce dernier se produise, tant les élans généreux de certains sont avant tout liés à de basses considérations politiques et économiques. Pourtant, en laissant la situation ainsi, nous agissons contre nous-mêmes en favorisant la création d'une génération de "sans-avenirs" qui n'ont plus rien à perdre et dont le risque de radicalisation n'est pas à écarter. Mais le plus gênant dans cette catastrophe, c'est que notre égoïsme est responsable de ce qui se passe. Même si le lien direct n'est pas formellement établi, on peut légitimement penser que les dérégulations climatiques liées à nos modes de vie consommateurs de ressources épuisables ont eu un impact sur la situation climatique dans la Corne de l'Afrique. Simplement blâmer "les pays du Nord" ne servirait à rien, mais rappeler à ces derniers que leurs actions ont des conséquences planétaires et qu'il est de leur devoir d'agir en respectant les autres États, aussi petits soient-il, n'est absolument pas vain.
Le monde devient de plus en plus irrationnel, et une telle situation ne pourra déboucher que sur des événements extrêmes.