Les forces rebelles libyennes ont désormais pris le contrôle de la quasi-intégralité de la Libye, à l'exception notable de Syrte, la ville notable du leader libyen, qui devrait tomber prochainement. A un moment où le CNT cherche à s'organiser efficacement afin de préparer "l'après-Kadhafi", ce dernier joue encore au chat et à la souris avec les rebelles. Mais il semble fortement probable qu'il soit là en train de jouer ses dernières cartes. Quels scenarii envisager pour le Colonel déchu?
1. De nombreuses rumeurs lassaient penser que Kadhafi s'était réfugié en Algérie. En réalité, seule sa famille s'y est rendue et se trouve aujourd'hui sous la protection du pouvoir algérien. Il semble en effet peu probable que Kadhafi trouve refuge chez son voisin, les relations entre les deux Etats ayant été plus que conflictuelles. Qui plus est, le président algérien Abdelaziz Bouteflika serait-il prêt à un tel acte qui lui attirerait à coup sûr les foudres des Occidentaux et de la France en particulier? On peut penser au contraire que Bouteflika ne veut pas trop attirer l'attention sur lui et sur son pays, qui n'a pas réellement été parcouru par le Printemps arabe.
2. Une autre hypothèse voudrait que Kadhafi fuit dans un autre pays d'Afrique, comme le Niger par exemple, où de nombreux hommes sont venus combattre pour lui moyennant finance. En effet, Kadhafi peut encore jouer sur sa fortune pour s'assurer le soutien de tel ou tel Etat. Certes, cette dernière a été fortement amputée par les actions des Occidentaux qui gèlent ses fonds, mais il n'en demeure pas moins qu'il conserve une "force monétaro-financière" conséquente. Qui plus est, il convient de rappeler que Kadhafi a soutenu pendant de nombreuses années, grâce aux pétro-dollars, différents régimes africains, qui se sentent redevables. Toutefois, le secret devrait être impératif pour une telle entreprise car, outre les difficultés logistiques qui ne sont pas à négliger, il est fortement probable que la Communauté internationale exercerait de fortes pressions sur le pays hôte pour qu'il revoie sa position.
3. Et si Kadhafi restait caché en Libye? C'est une hypothèse que je partage fortement et ce pour deux raisons:
- les rebelles et les forces de l'OTAN constituent un frein réel pour une fuite à l'étranger, de par le contrôle terrestre et aérien qu'ils peuvent mener. Bien que le pays soit très vaste, c'est un très gros risque que prendrait le leader libyien.
- le CNT, reconnu par certains Etats, dont la France, a une tâche considérable à accomplir: réorganiser le pays. Il faut tout d'abord résourdre les problèmes d'approvisionnement (eau, nourriture, essence...), remettre en marche une administration en proie à la corruption et aux règlements de comptes entre pro et anti Kadhafi, rétablir la sécurité dans les villes... Ce dernier point est fondamental et pose en même temps problème: les rebelles seront-ils prêts à déposer les armes et à penser "reconstruction" au lieu de "vengeance"? Le CNT lui-même témoigne de cette "union de façade", faite de divergences profondes et de suspicions constantes. Kadhafi pourrait tout à fait jouer "la stratégie du pourissement" en réduisant à néant les efforts de paix et de réconciliation: il a les fonds, l'influence nécessaires pour agir. Une série d'attentats discréditerait le nouveau pouvoir en place, accusé de ne plus être efficace, par exemple.
4. Et si Kadhafi est capturé? La question est fondamentale car le discours des rebelles et du CNT n'est pas clair. Les Occidentaux demandent son arrestation et qu'un procès ait lieu pour faire état de tous les méfaits qu'il a commis et ordonnés tandis que les Libyens ont mis sa tête à prix pour un peu plus d'1.7 millions de dollars. "Mort ou vif", étrange conception de la justice! Même si l'on peut comprendre le sentiment de vengeance qui anime une majorité de Libyens, la mort de Kadhafi ne servirait à rien. Au contraire, le peuple libyen en sortirait grandi s'il acceptait de le capturer et de le livrer à la justice internationale, qui pourrait mieux rendre compte des actions néfastes qu'il a perpétrées dans le monde entier pendant quarante ans. Mais il semble que les Occidentaux, par crainte d'être accusés d'ingérence, laisseront les Libyens agir de leur propre chef.
Il convient enfin de rappeler que les problèmes de la Libye ne s'achèveront pas avec la fin de Kadhafi. Avec l'aide économique des Occidentaux, la Libye doit oeuvrer à renforcer son unité, aujourd'hui si fragile, sous peine de ne devenir qu'un agrégat de régions autonomes bellicistes, source d'instabilité majeure pour la région.
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