jeudi 21 juillet 2011

Du pouvoir des médias

Alors que l'on s'interroge sur le pouvoir disproportionné des agences de notation vis à vis des Etats, l'affaire du News of The World nous rappelle que le pouvoir des médias, et en particulier son pouvoir destructeur, n'est en aucun cas à négliger. L'affaire n'en est pas encore à son terme que se dégagent déjà quelques tendances de fond qui devraient nous amener à réfléchir sur l'influence des médias et le rapport qu'ont les citoyens avec ces derniers.
Revenons brièvement sur les faits: l'un des journaux britanniques les plus lus, le News of The World, avec plus de sept millions de fidèles, est accusé, et les preuves s'accumulent, d'avoir pendant des années utilisé des procédés illégaux pour dénicher des informations. Mises sur écoute de stars et de personnages influents, collaboration avec des agents de Scotland Yard pour trouver le scoop, chantages, ne sont que quelques unes des techniques employées par le journal pour satisfaire le sensationnalisme demandé par ses lecteurs. On aurait pu s'attendre à un petit procès, opposant une star trahie face au journal avec à la clé une amende pour le journal mais les actes illégaux sont si nombreux et touchent tant de personnes que l'affaire devient nationale, voire internationale. Et ce d'autant plus que l'on a rapidement découvert une proximité entre le Premier Minsitre David Cameron et l'empire Murdoch, le premier ayant eu à son service des anciens du second.
Conscient du scandale en cours et de ses possibles répercussions sur la politique nationale, dans une conjoncture économique de rigueur franchement peu favorable, le Premier Ministre a écourté son séjour en Afrique pour répondre aux questions du Parlement. En d'autres termes, il s'est fait dicter sa conduite à cause d'un média peu scrupuleux. Peu s'en sont émus, ne pensant pas un instant que nous étions à un basculement, les médias prouvant à présent de façon éclatante qu'ils contrôlent le temps politique.
En effet, à la recherche de la moindre petite phrase, ils sont devenus des faiseurs de rois, faisant l'éloge d'un candidat pour mieux le critiquer par la suite. La situation peut-elle changer? Beaucoup le pensent avec ce procès; personnellement non et ce pour plusieurs raisons. La disparition du journal britannique est certes importante au niveau de l'image mais faible quant à ses conséquences financières. Deuxièmement, l'empire Murdoch s'étend principalement dans le monde anglo-saxon et s'est remarquablement diversifié dans les médias, réalisant désormais la majeure partie de son chiffre d'affaires dans le cinéma et la télévision. Enfin, même si le fils Murdoch risque fort d'être la brebis sacrifiée, même si le père a des chances d'être incité à se mettre en retrait, ce dernier conservera malgré tout les rênes du pouvoir, les possibles successeurs étant des fidèles du fondateur.
Dans un monde toujours plus complexe, où le besoin d'informations sûres, obtenues en conformité avec la loi, se fait toujours plus présent, le citoyen doit rester alerte. La curiosité est son seul moyen d'agir en connaissance de cause.
Les médias internationaux se livrent une guerre d'influence permanente avec pour objectif principal d'acquérir des parts de marché. Ils raisonnent en multinationales, les principes fondamentaux du journalisme passant en second. Ils sont en vérité dans une situation délicate car en même temps qu'ils doivent relater les affaires et dénoncer des scandales, ils n'ont pas à établir de liens trop proches avec le pouvoir, sous peine d'instrumentaliser ou d'être instrumentalisés.
Mais au delà de ce phénomène existant depuis de nombreuses années, il convient de souligner que nous avons la presse que nous méritons et qu'indirectement, nous sommes partis prenante de cette dérive du pouvoir des médias. L'hypocrisie touche aussi bien l'acteur que le lecteur.

mercredi 13 juillet 2011

Maroc & Syrie, deux visions du Printemps arabe

Le Printemps arabe, initié à la fin de l'année 2010, continue de se manifester dans le Monde arabe. Parce que celui-ci est pluriel, réalité que l'on oublie trop souvent, il convient de ne pas aposer une grille de lecture générale et par définition simpliste, incapable de rendre compte des spécificités historiques, sociologiques et économiques de chaque état. Deux pays montrent à merveille cette dichotomie du Monde arabe: le Maroc et la Syrie.

Voici donc deux pays embarqués dans le Printemps arabe mais dont les réactions sont pour le moins diamétralement opposées. Certes, avant même ces événements, il est clair que leurs politiques étaient différentes, de par la nature du régime, les aspirations du pouvoir et leur position géostratégique. Mais le fossé existe.

Le Maroc, dirigé par le Roi Mohamed VI, est un pays pauvre, aux très fortes disparités économiques et sociales, confronté à une jeunesse qui connaît dans une écrasante majorité une forte précarité et qui aspire à immigrer en Europe, Espagne et France principalement. Les presses occidentales sont en général bienveillantes à l'égard de ce pays où pourtant les libertés sont restreintes, l'opposition muselée, la modernité espérée par ce jeune souverain n'en étant encore qu'à ses balbutiements. Sous la pression davantage extérieure qu'intérieure, le Roi a fait procéder le 1er juillet à un référendum modifiant la Constitution. Tout en gardant sous contrôle les principaux leviers du pouvoir, le Roi fait un pas en avant en adoptant un système un peu plus ouvert avec entre autres un chef de gouvernement issu du parti victorieux aux éléctions. Mais il demeure au plan religieux le "commandeur des croyants" et entend bien continuer à diriger le pays. La question est donc de savoir si derrière cet habillage teinté de marketing institutionnel se cache de véritables bouleversements pour la vie de la population; il est encore trop tôt pour y apporter une réponse sérieuse. Toutefois, le vote massif et la victoire présible du oui peuvent laisser espérer des perspectives positives à ce pays.

Quant à la Syrie, la situation n'est pas seulement différente. Elle est à la fois grave et dangereuse. Le président Bachar el Assad connaît des soulèvements dans plusieurs régions mais toujours à un niveau local et concentré. Cette précision est fondamentale car elle rappelle que le pays est divisé, qu'il n'est pas debout comme un seul homme face à son président et que ce dernier bénéfie encore de beaucoup de soutiens et de moyens financiers et militaires. Bachar el Assad tente de donner une image d'apaisement en prônant un dialogue national, mais dans le même temps, il s'arrange pour qu'aucune opposition crédible et efficace ne soit entendue. Les informations parviennent difficilement mais il est clair que des massacres sont perpétrés.

Que faut-il faire? Laisser le président syrien agir, en acceptant indirectement que des massacres soient perpétrés au nom du respect de la souveraineté nationale? Ou agir dans le cadre de l'ONU et ainsi mettre en pratique le "droit d'ingérence" qui n'a de droit que le nom et qui jusqu'à présent n'a pas fait preuve de résultats probants? Aucune de ces solutions n'est viable et saine. Et que dire de l'action des ambassadeurs de France et des Etats-Unis qui se sont rendus il y a quelques jours dans la ville en révolte de Hama... une mise en scène ridicule aux conséquences non-calculées, tant et si bien que les ambassades ont été attaquées juste après et que ce geste franco-américain s'apparente à un beau fiasco.

Ce n'est pas ainsi que l'on interfère efficacement dans un conflit. Certes le poids des images n'est pas négligeable; encore faut-il en contrôler le chemin et la diffusion... La situation en Syrie ne se règlera que par un accord avec le Président Bachar el Assad. Si ce dernier refuse, alors il faudra user d'influence auprès de ses conseillers ou des membres de son clan qui seraient en désaccord avec lui. La Syrie est un pays stratégique pour le Moyen-Orient, de par ses liens avec l'Iran, Israël, la Turquie, de par son influence au Liban. La France gagnerait à agir diplomatiquement avec Damas plutôt que de ne proférer que des menaces, vides de sens, si l'on regarde la situation en Lybie. A l'inverse, Damas ne doit pas jouer le "jusqu'au boutiste" sous peine d'être écarté par ses alliés et lâché par de grandes puissances, à l'image de la Russie et la Chine qui jusqu'à présent usent de leur droit de veto pour éviter à la Syrie d'être condamnée par l'ONU.

Le grand échiquier se met en place.

NDLR: cet article a été supprimé puis revu, en raison des événements récents en Syrie et des résultats du référendum au Maroc.




dimanche 19 juin 2011

Une expérience de la francophonie

La deuxième édition de l’Université d’été sur la francophonie des Amériques organisée par l’Université Laval et le Centre de la francophonie des Amériques a eu lieu du 28 mai au 5 juin 2011.  Grâce à l’Office franco-québécois qui a fait la promotion de cet évènement en France et m’a aidé grandement dans la participation à ce projet, j’ai eu la chance de faire partie de ce que j’appellerais une expérience de la francophonie.
Certes, ce sujet n’est pas inconnu, surtout pour un Français. Mais il est clair que les études françaises sont dans leur très grande majorité consacrées à la francophonie en Afrique et que la part d’études liées au continent américain est très faible. La crédulité de ceux à qui j’ai parlé de ce projet témoigne non pas d’un manque d’intérêt pour le sujet, mais plutôt d’une absence totale de connaissances de ce phénomène. Moi-même, je reconnais avoir eu une vision bien trop parcellaire et détachée de ce dernier avant mon arrivée à Québec, qui pourtant rythme les convictions de mes collègues participants.
Le thème de cette année était “la diversité de la francophonie des Amériques - migrations, normes et institutions, représentations culturelles.” Pour quelqu’un davantage familier à la géopolitique, c’était un défi et une chance de m’interroger sur ce sujet car entendons nous bien: à la fin de la semaine, on se pose bien plus de questions que l’on a de réponses. Et c’est sans doute une bonne chose; il suffit de voir les échanges vifs et nombreux entre participants après la semaine d’études pour constater que la francophonie peut être perçue comme un concept pensé par une multitude d’individus divers et qui évolue au gré des expériences de vie de chacun.
Cette idée de pluralité était d’ailleurs relativement visible si l’on s’attarde au profil des participants: étudiants, formateurs, enseignants, musiciens, venus du Canada majoritairement, mais aussi des USA, du Mexique, de l’Amérique du Sud, de la France et même de la Chine, pour échanger sur ce qui les lie, à savoir une langue ainsi qu’un sentiment d’appartenance à quelque chose qui nous dépasse, qui est supranational et qui est présent dans nos diverses vies.
Tout au long d’une semaine très animée, nous avons eu le privilège d’avoir accès à de grands spécialistes de la francophonie, chacun dans un domaine très spécifique. Enumérer ce que chacun a présenté serait sans doute fastidieux et le site de l’Université Laval donne toutes les informations à ce sujet. C’est donc de façon tout à fait partiale que je retiendrai les interventions suivantes:
- Migrations francophones aux Etats-Unis, où Monsieur JC Redonnet s’est employé à nous expliquer les moyens de quantifier les francophones et à quels problèmes ses choix renvoyaient. La langue est clairement le principal critère de sélection et peut s’apprécier par des outils appropriés. A titre personnel, ces outils me semblent délicats à manier. En effet, une connaissance sérieuse et efficace du français est nécessaire, peu importe ses variantes du moment que compréhension il y a. J’ai pu constater lors de mes différents échanges avec les participants à quel point notre langue avait voyagé, tant et si bien qu’un mot prononcé en France peut avoir un sens radicalement opposé au Québec… Je m’interroge sur l’absence de la notion de francophilie dans la “sélection” des francophones: plusieurs amis ont une connaissance exceptionnelle de la culture française mais n’ont qu’une connaissance limitée de la langue. Ne demeurent-ils donc que des francophiles, malgré leur volonté constante de dialogue?
- la Cause Caron, présentée par un étudiant qui était aussi participant, Dustin McNichol, et que je remercie sincèrement pour sa présentation très claire et pédagogique pour quelqu’un de non-initié comme moi. Il a clairement su nous montrer les enjeux de cette affaire et ce qu’elle implique pour la francophonie. Celle-ci peut se comprendre comme un combat pour le respect des droits linguistiques des francophones. Pour un Français qui vit en France et qui n’a donc pas connu un tel évènement, c’est sans exagérer un choc qui rappelle que la langue a une dimension éminemment libertaire et également politique.
- Etude d’un microcosme bilingue (marine canadienne) par Madame M. Daveluy. C’est sans aucun doute l’une des plus brillantes démonstrations que j’ai eu l’occasion de suivre: une chercheuse a embarqué sur un navire de guerre canadien pour une étude des rapports entre le français et l’anglais, l’approche linguistique se confondant par moments avec une approche sociologique. On y apprend que des anglophones peuvent travailler des années sur le navire sans jamais apprendre la langue de l’autre, que bien que pour certaines taches le français soit exigé, l’anglais demeure prioritaire en cas d’urgence. La présentation de cette situation à des Français a provoqué leur stupéfaction car ils ont vu qu’à un tel niveau de la vie en communauté dans un contexte particulier, l’importance de la langue n’était en aucun cas à bannir…
- Enfin, la semaine fut riche en émotions avec les interventions de Konrad Sioui, Grand Chef de la nation Huronne-Wendat, et de André Gladu, cinéaste. Au témoignage sobre mais poignant du premier se conjuguait l’expérience artistique du second, faite d’échanges avec des anonymes, mais au sein desquels certains pouvaient se reconnaitre : tous deux sont parvenus comme personne à nous faire ressentir et vivre cette francophonie qui me semble bien fragile, mais qui a en elle toutes les cartes pour se renforcer.
Quant aux autre interventions, je n’ai pas l’espace suffisant pour en parler mais elles ont été également d’un excellent niveau, offrant des pistes de réflexion pour tout le continent avec toujours l’idée de transdisciplinarité.
J’en oublierai sans doute mais je tiens à remercier l’Université Laval, le Centre de la francophonie des Amériques et l’Office franco-québécois, sans qui ces rencontres n’auraient pu avoir lieu. Un grand coup de chapeau à l’organisation (Pauline & Daniel), aux assistantes Cécile et Colombe qui nous ont aidé au mieux avec une réactivité rare, le tout dans la bonne humeur.
Il est évident pour moi de promouvoir cette expérience auprès de mes étudiants et de mes amis, de continuer à échanger avec mes camarades et surtout de toujours m’interroger sur ce concept de francophonie, fruit d’influences diverses, porteur d’un message aussi bien humain que politique. Dans le cadre de mes travaux de recherche, je compte en faire une présentation à dimension géopolitique qui pourrait, on ne sait jamais, rappeler à certain son importance fondamentale dans toute volonté d’assoir son influence et de respecter les modes de vie de chacun.

jeudi 9 juin 2011

Informations

Bonjour à tous,

Comme vous avez pu le constater, le blog n'a pas été alimenté pendant quelques jours. L'actualité internationale a pourtant été particulièrement riche pendant cette période avec les événements en Syrie, la situation politique délicate en Italie, la quête d'un chef au FMI... Mais pendant cette même période, j'étais au Québec, plus précisément à l'Université Laval en tant qu'auditeur de la seconde session de formation d'été sur "la francophonie des Amériques". Je vais consacrer prochainement un billet à cet événement et sa réalité internationale avant de reprendre mes chroniques sur la situation internationale.

Merci à tous de votre fidélité.

lundi 30 mai 2011

Géopolitique du cyberespace : quelle stratégie adopter en matière de cyber-sécurité ?


Le Printemps arabe, outre les conséquences politiques qu'il a entrainées, a été l'occasion de confirmer l'importance, voire la prépondérance des moyens de communication dans le déroulement des événements. Twitter, Facebook, Youtube et autres ont permis à tout un chacun de suivre en temps réel les révoltes, mais également d'agir en organisant des manifestations ou en dénonçant les exactions commises par les autorités. Ces dernières ont été clairement dépassées par ces entités du cyberespace, transfrontalier par définition et qui rend délicat toute tentative de neutralisation. Les coupures d'accès à internet n'ont été que temporaires et peu efficaces, d'autres moyens technologiques (serveurs VPN) étant mis en place pour contrer ces censures.

Les puissances internationales avaient déjà intégré dans leur stratégie de sécurité et de défense le paramètre internet ; mais l'utilisation massive des services internet par les opposants au pouvoir en place, que ce soit dans le Monde arabe ou en Chine, a renforcé la nécessité de repenser le cyberespace et de mettre en œuvre une véritable cyber-sécurité.


C'est dans ce contexte que peut se comprendre le "E-G8 forum" organisé cette semaine par le Président Sarkozy avant le G8 de Deauville, mais aussi et surtout le document de réflexion du Département d'Etat présenté la semaine dernière par Hillary Clinton qui s'intitule "Stratégie internationale pour le cyberespace".

Passons sur le "E-G8 forum" qui n'apporte aucun élément concret. La couverture médiatique de l'événement et la présence de célèbres grands patrons tels Mark Zuckerberg (Facebook) ont sans doute suscité trop d'espoirs pour ce qui n'est au final qu'un exercice de communication. Certes des tables rondes ont été organisées mais l'absence de spécialistes en charge des aspects techniques a empêché la possibilité d'un débat de fond. Seul le discours du Président Sarkozy donne au final quelques indices sur ce que devrait être Internet, et par extension le cyberespace. Le président français, tout en louant les progrès qu'a permis Internet, a souligné les risques que son utilisation sous-entend et a appelé à de nombreuses reprises à la "responsabilité" de chacun, que ce soit du côté des acteurs de l'internet ou des autorités concernées. Comment comprendre cette "responsabilité" ? Des contrôles supplémentaires sont-ils nécessaires pour assurer une plus grande sécurité dans le cyberespace ? Qui décidera de les mettre en place ? N'y a-t-il pas le risque d'un Internet sous contrôle ? Le président a répondu par la négative, jugeant que cela serait impossible. Mais l'impossibilité ne signifie pas l'absence de volonté…

Les Etats-Unis sont clairement en avance sur le reste du monde en matière de stratégie du cyberespace, comme le montre le rapport du Département d'Etat qui s'articule autour de trois axes : construire une politique en matière de cyberespace, en envisager le futur et en définir les priorités politiques. Les Etats-Unis ont intégré dans leur politique la dimension cybernétique qui touche aussi bien les secteurs économique que diplomatique et militaire.

Le rapport commence par rappeler qu'un tiers de la population mondiale utilise aujourd'hui internet, aidée par plus de quatre milliards d'appareils sans-fil. Ce formidable développement n'a pu se faire que parce que les principes d' "ouverture et d'interopérabilité" ont été respectés. La politique américaine du cyberespace repose sur "la croyance que les NTIC représentent un potentiel immense pour la nation américaine, et pour le monde". Le cyberespace est vu comme un moyen d'enrichissement individuel, d'accélérateur économique pour les entreprises mais également comme un "marché global des idées", où les valeurs américaines pourraient plus rapidement se propager. Trois concepts doivent être pris en compte pour un cyberespace sûr : le respect des droits fondamentaux, la vie privée et la libre circulation de l'information. Revendiqués à plusieurs reprises, ils ne représentent pourtant pas la réalité. Le Patriot Act mis en place sous Bush confère aux autorités policières et judiciaires de très nombreux et puissants pouvoirs en matière de cybercriminalité qui outrepassent le respect de la vie privée. De même, la France avec la loi Hadopi possède des outils de contrôle parmi les plus sophistiqués au monde qui peuvent s'apparenter à une censure de l'internet.

Les Etats-Unis perçoivent le futur du cyberespace comme le lieu absolu des échanges et des associations, aussi bien privées / publiques qu'interétatiques, la stratégie étant que plus il y aura d'Etats qui travailleront ensemble, moins la cybercriminalité sera forte. C'est ainsi que la Silicon Valley et le Département d'Etat sont désormais associés à la diplomatie américaine et forment des "délégations technologiques", baptisées tech.d. L'objectif final est donc de créer une " toile de partenariats à tous les niveaux " afin que les normes futures en matière de cyber-sécurité soient applicables par tous. Les Etats-Unis entendent bien sûr en conserver le leadership et se proposent même d'aider les Etats incapables d'avoir un cyberespace sûr. En effet, il suffit d'un Etat "faible" pour qu'un cyber-crime soit commis. Le principe d'interopérabilité, affirmé par 174 nations lors du sommet mondial de Tunis (2005), est l'outil majeur de cette influence mondiale, à même d'éviter l'internet fragmenté qui tend à se mettre en place (systèmes alternatifs mis en place en Asie par exemple).

Conscients de la nécessité d'agir vite, les Etats-Unis entendent mener une intense campagne de lobbying lors des grands sommets qui s'annoncent : Union africaine, OSCE, OCDE, G8… Les principes de libre-échange (qui permet l'innovation technologique), de propriété intellectuelle et de primauté des standards techniques sécurisés seront mis sur la table des négociations. Nul doute que ces dernières seront plus que délicates à mener et ce pour plusieurs raisons : - Les Etats-Unis prônent le bilatéralisme et le multilatéralisme dans leurs échanges mais de façon inégale, le partage d'informations étant toujours défavorable aux partenaires.

- Les Etats-Unis encouragent l'accès aux logiciels libres (modifiables et interopérables), alors qu'Apple et Microsoft, sociétés américaines, ont des écosystèmes très verrouillés.

- Le cyberespace pose la question des frontières qui sont abolies, de l'ingérence possible et de savoir qui fixe les normes en matière de cyber sécurité dans la mesure où un consensus semble délicat.

- Internet est devenu un outil de diplomatie certain, voire de guerre, à l'instar des attaques cybernétiques menées contre des systèmes informatiques (France, Allemagne, Iran…). Il est très difficile de repérer le commanditaire exact d'une utilisation criminelle du cyberespace et le rapport ne propose aucune solution concrète.

- Les Etats-Unis entendent mener une diplomatie du cyberespace très active, revendiquant clairement l'intervention lorsque les principes de liberté d'expression ne sont pas respectés.
 Ce dernier point fera débat car il interfère directement dans le rôle de l'Etat concerné qui voit son autorité remise en question et ses moyens d'action entravés. Les révoltes qui se poursuivent dans le Monde arabe permettront de voir si les Etats-Unis mettent réellement en pratique leur stratégie ou s'ils se bornent à des menaces.

En vérité, pour assurer un équilibre entre respect des individus et des souverainetés nationales, pour créer un lieu de sécurité et de confiance, le cyberespace devrait faire l'objet d'une supra gouvernance.


jeudi 26 mai 2011

L'Europe et ses Europes

L'Europe peut-elle imploser? Depuis de nombreuses années, le sujet fait l'objet de vifs débats de l'autre côté de l'océan, où l'Europe apparaît comme un ovni, de par la multiplicité de différences et d'inégalités qui parviennent pourtant à faire un tout qui fonctionne. L'existence même de l'Europe et sa longévité mettent à mal l'argumentaire des défaitistes mais un basculement, du moins au niveau intellectuel, pourrait s'opérer prochainement. Trois pays peuvent le faire penser:

- la Grèce, aidée par l'Europe et le FMI, est dans une situation catastrophique. Incapable de rembourser les 110 milliards d'euros déjà prêtés et sans doute perdus, elle en demande 60 de plus pour tenir. Les marchés financiers ne s'y sont pas trompés et attaquent la Grèce en misant sur son incapacité à réagir rapidement. Empêcher la Grèce de faillir devrait pourtant être un impératif, au sens kantien, car elle est une des portes d'entrée majeures de l'immigration illégale. De plus, sa jeunesse, pour une partie manipulée par des groupes radicaux, peut accentuer l'instabilité déjà très présente, surtout au niveau économique. Les investisseurs prêts à tenter leur chance en Grèce sont désormais quasi inexistants. L'Allemagne, en pointant la Grèce du doigt comme le "mauvais élève" européen, ne fait rien pour arranger les choses et exacerbe les nationalismes. Pourtant, l'Allemagne devrait se souvenir que sa puissance tient entre autres de ses liens commerciaux avec les Etats européens.

- le Portugal connaît une crise économique sans précédent qui l'a conduit à demander l'aide du FMI et de l'Europe. Plus de 78 milliards d'euros ont été prêtés et les effets positifs ne se feront sentir qu'en 2013: pour cette année et l'année prochaine, le Portugal sera en récession. Des réformes sont attendues pour relancer l'économie et surtout l'assainir, l'objectif étant de la rendre bien plus dynamique qu'elle ne l'est pour l'instant. Cela ne peut aller sans heurts, à l'instar du pouvoir lusitanien qui fonctionne actuellement par interim, en attendant de prochaines élections. Il serait bon que le plan annoncé par le Premier ministre José Socrates fonctionne; rappelons que l'intégration du Portugal dans l'Europe a été le fruit d'un long cheminement et que beaucoup d'Etats européens historiques ne pensaient pas que le Portugal avait sa place en Europe.

- l'Espagne est clairement le cas le plus problématique. Les dernières élections sont à ce titre symptomatiques d'un peuple en perdition, qui vote par défaut: en effet, la défaite des socialistes s'explique davantage par une défiance vis à vis des partis politique que par une véritable adhésion au parti de droite. La corruption, favorisée par une mafia très discrète mais tentaculaire (sport, bâtiment), gangrène littéralement l'économie du pays, qui perd ainsi toute crédibilité. Mais surtout, l'Espagne doit faire face à sa jeunesse qui ne voit aucun avenir pour elle. Sur-diplômée, elle ne trouve pas sa place sur le marché du travail et vit dans une précarité alarmante.
L'expression la plus visible de ce malaise sociétal et politique est bien sûr le mouvement des "indignés", qui occupent la place Puerta del Sol depuis plusieurs jours. Il s'agit surtout de jeunes en quête d'un travail mais aussi de révoltés d'un système qui oublie les faibles, voire les conduit à la pauvreté. Passé l'importance médiatique, il convient de relativiser la portée de cette soit-disante révolution qui, sans leader, sans réelle politique, ne tiendra guère longtemps. En effet, la seule occupation d'un espace public, certes médiatique mais peu stratégique, ne saurait influencer la politique gouvernementale.

C'est un avenir sombre qui s'annonce pour l'Europe. Le risque d'une volonté d'exclure les pays défaillants n'est pas à exclure, malgré le cataclysme que ce choix provoquerait. Une politique d'union permettrait à l'Europe de se sortir grandie de ce bourbier. A elle d'agir!