vendredi 5 août 2011

Israël, l'été du tournant?

La situation devient de plus en plus inextricable pour le Premier Ministre israélien Netanyahu. Malmené dans les sondages, il doit aujourd'hui faire face à deux problèmes concrets qui peuvent affecter durablement l'état du pays, l'un ayant trait à la politique extérieure du pays, l'autre lié à la société israélienne elle-même. Nous verrons que la frontière entre ces deux problèmes est tout sauf grande.
Depuis plusieurs mois, le gouvernement palestinien du Président Mahmoud Abbas mène une intense campagne de lobbying auprès des grandes puissances et en particulier des Etats-Unis pour que l'assemblée de l'ONU reconnaisse la Palestine. Un tel acte constituerait un événement sans précédent car il consacrerait l'existence de la Palestine comme Etat, du moins au niveau symbolique, seule la décision du Conseil de sécurité pouvant légalement agir.
Israël, s'opposant en vérité radicalement à cette proposition, qu'il juge contraire à ses intérêts alors qu'en vérité ce n'est pas forcément le cas, tente de mener un jeu de manipulation. Tout en affirmant vouloir négocier avec les Palestiniens, soutenus par Obama qui avait parlé dans un premier temps d'un Etat sur les frontières de 1967 avant de se raviser devant son empressement inconsidéré, les Israéliens restent vagues le plus possible, distillant une information avant de la minorer dans l'instant.
C'est ainsi que l'on ne sait pas aujourd'hui clairement quelle est la position israélienne. Selon certains, Israël reproduit sa stratégie habituelle de faire tourner en rond les négociations pour les faire avorter. On peut le penser mais c'est une stratégie très risquée qu'entreprend Netanyahu car il faudra bien arriver à une solution. Plutôt que de s'opposer à ce qui semble inéductable, Israël ferait mieux d'accompagner le développement et la reconnaissance de la Palestine: c'est là tout son intérêt. Septembre devrait donner de nouvelles clés pour comprendre les stratagèmes des deux camps.
A une autre échelle, au niveau de la population israélienne, la société est touchée par de multiples manifestations. Plus de 150 mille personnes sont descendues dans la rue le 30 juillet pour dénoncer le coût prohibitif des loyers, qui empêche les jeunes et la classe moyenne de se loger. On parle déjà d'un mouvement de "justice sociale", que le Premier Ministre semble bien avoir du mal à endiguer. Ses mesurettes n'ont aucun effet alors que le pays est confronté à de sérieux troubles économiques, qui touchent aussi bien l'éducation que la santé. Bien qu'Israël soit un pays très développé avec un fort secteur technologique, il convient de rappeler que sa croissance est portée par l'aide américaine qui se manifeste par des commandes importantes ou par des transferts de technologie.
Le plus délicat dans cette "révolte" - le mot n'est sans doute pas exagéré- est qu'elle est susceptible de diviser la population israélienne, des critiques de plus en plus fortes étant émises à l'égard des colons qui absorbent une part considérable du budget de l'Etat, voire une part disproportionnée compte tenu de leur nombre.
On voit bien là que la politique extérieure d'Israël a, plus que pour tout autre Etat, des conséquences profondes sur la politique intérieure. Sans sombrer dans l'angélisme qui voudrait que la paix avec la Palestine apporte la croissance à Israël, on peut penser qu'une politique plus harmonieuse du gouvernement Netanyahu, qui se focaliserait sur la réduction des inégalités au sein de la société et sur l'établissement de relations plus saines avec le gouvernement du Hamas serait un gage de sécurité majeur pour le Moyen-Orient.
L'été s'annonce à double-tranchant pour Netanyahu qui joue son mandat. Il doit être sur deux fronts à la fois et apporter des solutions, sans quoi Israël pourrait perdre la main ainsi qu'une part de son influence.

lundi 1 août 2011

Les inégalités et le désordre mondial

Bien que l'actualité internationale soit très riche en ce moment, deux actualités se dégagent fortement et permettent de s'interroger sur l'état et la cohérence humaine et morale du monde. D'un côté, les États-Unis, première puissance au monde en pleine crise économique et financière, de l'autre une région, la Corne de l'Afrique où sévit une crise humanitaire sans précédent, la sécheresse catastrophique et historique provoquant une famine grave et à grande échelle. D'un côté, une solution vient d'être trouvée, de l'autre, un écran de fumée vient d'être présenté. Comment penser ce fossé?
Les États-Unis viennent in extremis de trouver un semblant de solution pour éviter de plonger le monde dans la plus grande crise économique qu'il n'ait jamais connu en parvenant à un accord entre Républicains et Démocrates au sujet de la dette abyssale du pays. Les détails ne sont pas encore disponibles mais l'on parle d'un relèvement du plafond de la dette de plus de deux mille milliards de dollars... la somme est si colossale qu'il est difficile de se l'imaginer. En tout cas, les États-Unis viennent de se donner un répit supplémentaire, mais il est évident que des sacrifices sont à attendre. En effet, les Républicains n'ont pas signé un chèque en blanc à Obama: en échange de leur accord, ils exigent des coupes budgétaires substantielles dans les dépenses du pays, y compris concernant la mise en œuvre de l'Assurance maladie chère à Obama. Les Représentants démocrates étaient à peu de choses près sur la même ligne que les Républicains, seul le calendrier d'exécution changeant.
Obama ne doit pas cependant crier victoire et ce pour plusieurs raisons: les Républicains ont montré qu'ils étaient des adversaires combatifs et qu'ils pouvaient influencer son action. Par ailleurs, bien qu'étant la première puissance mondiale, les États-Unis se sont vus menacés, certes mollement mais quand même, par les agences de notation qui évoquaient la possibilité d'une perte de la si précieuse note AAA. Ceci démontre que nul n'est à l'abri désormais d'une perte réelle et symbolique de pouvoir, à croire que ce dernier, dans son aspect purement économique et financier, régit de plus en plus les enjeux de puissance.
Si l'on traverse un océan et que l'on se focalise sur la situation dans la Corne de l'Afrique, force est de constater que le jeu et les cartes disponibles divergent sensiblement... Les médias ont ceci d'affreusement fascinant qu'ils découvrent la misère et la pauvreté qu'une fois celles-ci à leur plus haut sommet. En effet, bien peu d'articles ont traité de la situation alimentaire désastreuse qui secoue la région ces derniers mois. Cependant, comme pour corriger l'erreur, ces mêmes médias s'emparent désormais de ce sujet; mais n'est-il pas trop tard?
Focalisés sur l'Irak, l'Afghanistan, la Libye et la Syrie avec le Printemps arabe, les puissances occidentales ont négligé des pays en crise comme le Yémen, et surtout la Somalie, dirigée par des islamistes dont la dangerosité n'est plus à démontrer. Ces derniers, au mépris du respect de la dignité humaine, ont bloqué et bloquent encore l'aide humanitaire envoyée par l'ONU, avec les pertes humaines que de telles mesures comportent. Certes, une réunion de donateurs représentant les puissances mondiales a eu lieu il y a peu à Rome, mais l'absence de résultats concrets et rapides montre que le drame qui sévit dans cette région n'est pas une priorité. Alors que nous sommes prêts à donner, et non pas à prêter vu que l'on ne reverra jamais la couleur de cet argent, plus de cent milliards d'euros à la Grèce, alors qu'une puissance est capable d'autoriser une augmentation de son déficit de plus de deux mille milliards de dollars, nous sommes incapables de trouver un milliard pour sauver une population démunie... Les morts s'entassent dans l'indifférence générale; un sursaut d'humanité serait le bienvenu!
Il y a peu de chances pour que ce dernier se produise, tant les élans généreux de certains sont avant tout liés à de basses considérations politiques et économiques. Pourtant, en laissant la situation ainsi, nous agissons contre nous-mêmes en favorisant la création d'une génération de "sans-avenirs" qui n'ont plus rien à perdre et dont le risque de radicalisation n'est pas à écarter. Mais le plus gênant dans cette catastrophe, c'est que notre égoïsme est responsable de ce qui se passe. Même si le lien direct n'est pas formellement établi, on peut légitimement penser que les dérégulations climatiques liées à nos modes de vie consommateurs de ressources épuisables ont eu un impact sur la situation climatique dans la Corne de l'Afrique. Simplement blâmer "les pays du Nord" ne servirait à rien, mais rappeler à ces derniers que leurs actions ont des conséquences planétaires et qu'il est de leur devoir d'agir en respectant les autres États, aussi petits soient-il, n'est absolument pas vain.
Le monde devient de plus en plus irrationnel, et une telle situation ne pourra déboucher que sur des événements extrêmes.

jeudi 21 juillet 2011

Du pouvoir des médias

Alors que l'on s'interroge sur le pouvoir disproportionné des agences de notation vis à vis des Etats, l'affaire du News of The World nous rappelle que le pouvoir des médias, et en particulier son pouvoir destructeur, n'est en aucun cas à négliger. L'affaire n'en est pas encore à son terme que se dégagent déjà quelques tendances de fond qui devraient nous amener à réfléchir sur l'influence des médias et le rapport qu'ont les citoyens avec ces derniers.
Revenons brièvement sur les faits: l'un des journaux britanniques les plus lus, le News of The World, avec plus de sept millions de fidèles, est accusé, et les preuves s'accumulent, d'avoir pendant des années utilisé des procédés illégaux pour dénicher des informations. Mises sur écoute de stars et de personnages influents, collaboration avec des agents de Scotland Yard pour trouver le scoop, chantages, ne sont que quelques unes des techniques employées par le journal pour satisfaire le sensationnalisme demandé par ses lecteurs. On aurait pu s'attendre à un petit procès, opposant une star trahie face au journal avec à la clé une amende pour le journal mais les actes illégaux sont si nombreux et touchent tant de personnes que l'affaire devient nationale, voire internationale. Et ce d'autant plus que l'on a rapidement découvert une proximité entre le Premier Minsitre David Cameron et l'empire Murdoch, le premier ayant eu à son service des anciens du second.
Conscient du scandale en cours et de ses possibles répercussions sur la politique nationale, dans une conjoncture économique de rigueur franchement peu favorable, le Premier Ministre a écourté son séjour en Afrique pour répondre aux questions du Parlement. En d'autres termes, il s'est fait dicter sa conduite à cause d'un média peu scrupuleux. Peu s'en sont émus, ne pensant pas un instant que nous étions à un basculement, les médias prouvant à présent de façon éclatante qu'ils contrôlent le temps politique.
En effet, à la recherche de la moindre petite phrase, ils sont devenus des faiseurs de rois, faisant l'éloge d'un candidat pour mieux le critiquer par la suite. La situation peut-elle changer? Beaucoup le pensent avec ce procès; personnellement non et ce pour plusieurs raisons. La disparition du journal britannique est certes importante au niveau de l'image mais faible quant à ses conséquences financières. Deuxièmement, l'empire Murdoch s'étend principalement dans le monde anglo-saxon et s'est remarquablement diversifié dans les médias, réalisant désormais la majeure partie de son chiffre d'affaires dans le cinéma et la télévision. Enfin, même si le fils Murdoch risque fort d'être la brebis sacrifiée, même si le père a des chances d'être incité à se mettre en retrait, ce dernier conservera malgré tout les rênes du pouvoir, les possibles successeurs étant des fidèles du fondateur.
Dans un monde toujours plus complexe, où le besoin d'informations sûres, obtenues en conformité avec la loi, se fait toujours plus présent, le citoyen doit rester alerte. La curiosité est son seul moyen d'agir en connaissance de cause.
Les médias internationaux se livrent une guerre d'influence permanente avec pour objectif principal d'acquérir des parts de marché. Ils raisonnent en multinationales, les principes fondamentaux du journalisme passant en second. Ils sont en vérité dans une situation délicate car en même temps qu'ils doivent relater les affaires et dénoncer des scandales, ils n'ont pas à établir de liens trop proches avec le pouvoir, sous peine d'instrumentaliser ou d'être instrumentalisés.
Mais au delà de ce phénomène existant depuis de nombreuses années, il convient de souligner que nous avons la presse que nous méritons et qu'indirectement, nous sommes partis prenante de cette dérive du pouvoir des médias. L'hypocrisie touche aussi bien l'acteur que le lecteur.

mercredi 13 juillet 2011

Maroc & Syrie, deux visions du Printemps arabe

Le Printemps arabe, initié à la fin de l'année 2010, continue de se manifester dans le Monde arabe. Parce que celui-ci est pluriel, réalité que l'on oublie trop souvent, il convient de ne pas aposer une grille de lecture générale et par définition simpliste, incapable de rendre compte des spécificités historiques, sociologiques et économiques de chaque état. Deux pays montrent à merveille cette dichotomie du Monde arabe: le Maroc et la Syrie.

Voici donc deux pays embarqués dans le Printemps arabe mais dont les réactions sont pour le moins diamétralement opposées. Certes, avant même ces événements, il est clair que leurs politiques étaient différentes, de par la nature du régime, les aspirations du pouvoir et leur position géostratégique. Mais le fossé existe.

Le Maroc, dirigé par le Roi Mohamed VI, est un pays pauvre, aux très fortes disparités économiques et sociales, confronté à une jeunesse qui connaît dans une écrasante majorité une forte précarité et qui aspire à immigrer en Europe, Espagne et France principalement. Les presses occidentales sont en général bienveillantes à l'égard de ce pays où pourtant les libertés sont restreintes, l'opposition muselée, la modernité espérée par ce jeune souverain n'en étant encore qu'à ses balbutiements. Sous la pression davantage extérieure qu'intérieure, le Roi a fait procéder le 1er juillet à un référendum modifiant la Constitution. Tout en gardant sous contrôle les principaux leviers du pouvoir, le Roi fait un pas en avant en adoptant un système un peu plus ouvert avec entre autres un chef de gouvernement issu du parti victorieux aux éléctions. Mais il demeure au plan religieux le "commandeur des croyants" et entend bien continuer à diriger le pays. La question est donc de savoir si derrière cet habillage teinté de marketing institutionnel se cache de véritables bouleversements pour la vie de la population; il est encore trop tôt pour y apporter une réponse sérieuse. Toutefois, le vote massif et la victoire présible du oui peuvent laisser espérer des perspectives positives à ce pays.

Quant à la Syrie, la situation n'est pas seulement différente. Elle est à la fois grave et dangereuse. Le président Bachar el Assad connaît des soulèvements dans plusieurs régions mais toujours à un niveau local et concentré. Cette précision est fondamentale car elle rappelle que le pays est divisé, qu'il n'est pas debout comme un seul homme face à son président et que ce dernier bénéfie encore de beaucoup de soutiens et de moyens financiers et militaires. Bachar el Assad tente de donner une image d'apaisement en prônant un dialogue national, mais dans le même temps, il s'arrange pour qu'aucune opposition crédible et efficace ne soit entendue. Les informations parviennent difficilement mais il est clair que des massacres sont perpétrés.

Que faut-il faire? Laisser le président syrien agir, en acceptant indirectement que des massacres soient perpétrés au nom du respect de la souveraineté nationale? Ou agir dans le cadre de l'ONU et ainsi mettre en pratique le "droit d'ingérence" qui n'a de droit que le nom et qui jusqu'à présent n'a pas fait preuve de résultats probants? Aucune de ces solutions n'est viable et saine. Et que dire de l'action des ambassadeurs de France et des Etats-Unis qui se sont rendus il y a quelques jours dans la ville en révolte de Hama... une mise en scène ridicule aux conséquences non-calculées, tant et si bien que les ambassades ont été attaquées juste après et que ce geste franco-américain s'apparente à un beau fiasco.

Ce n'est pas ainsi que l'on interfère efficacement dans un conflit. Certes le poids des images n'est pas négligeable; encore faut-il en contrôler le chemin et la diffusion... La situation en Syrie ne se règlera que par un accord avec le Président Bachar el Assad. Si ce dernier refuse, alors il faudra user d'influence auprès de ses conseillers ou des membres de son clan qui seraient en désaccord avec lui. La Syrie est un pays stratégique pour le Moyen-Orient, de par ses liens avec l'Iran, Israël, la Turquie, de par son influence au Liban. La France gagnerait à agir diplomatiquement avec Damas plutôt que de ne proférer que des menaces, vides de sens, si l'on regarde la situation en Lybie. A l'inverse, Damas ne doit pas jouer le "jusqu'au boutiste" sous peine d'être écarté par ses alliés et lâché par de grandes puissances, à l'image de la Russie et la Chine qui jusqu'à présent usent de leur droit de veto pour éviter à la Syrie d'être condamnée par l'ONU.

Le grand échiquier se met en place.

NDLR: cet article a été supprimé puis revu, en raison des événements récents en Syrie et des résultats du référendum au Maroc.




dimanche 19 juin 2011

Une expérience de la francophonie

La deuxième édition de l’Université d’été sur la francophonie des Amériques organisée par l’Université Laval et le Centre de la francophonie des Amériques a eu lieu du 28 mai au 5 juin 2011.  Grâce à l’Office franco-québécois qui a fait la promotion de cet évènement en France et m’a aidé grandement dans la participation à ce projet, j’ai eu la chance de faire partie de ce que j’appellerais une expérience de la francophonie.
Certes, ce sujet n’est pas inconnu, surtout pour un Français. Mais il est clair que les études françaises sont dans leur très grande majorité consacrées à la francophonie en Afrique et que la part d’études liées au continent américain est très faible. La crédulité de ceux à qui j’ai parlé de ce projet témoigne non pas d’un manque d’intérêt pour le sujet, mais plutôt d’une absence totale de connaissances de ce phénomène. Moi-même, je reconnais avoir eu une vision bien trop parcellaire et détachée de ce dernier avant mon arrivée à Québec, qui pourtant rythme les convictions de mes collègues participants.
Le thème de cette année était “la diversité de la francophonie des Amériques - migrations, normes et institutions, représentations culturelles.” Pour quelqu’un davantage familier à la géopolitique, c’était un défi et une chance de m’interroger sur ce sujet car entendons nous bien: à la fin de la semaine, on se pose bien plus de questions que l’on a de réponses. Et c’est sans doute une bonne chose; il suffit de voir les échanges vifs et nombreux entre participants après la semaine d’études pour constater que la francophonie peut être perçue comme un concept pensé par une multitude d’individus divers et qui évolue au gré des expériences de vie de chacun.
Cette idée de pluralité était d’ailleurs relativement visible si l’on s’attarde au profil des participants: étudiants, formateurs, enseignants, musiciens, venus du Canada majoritairement, mais aussi des USA, du Mexique, de l’Amérique du Sud, de la France et même de la Chine, pour échanger sur ce qui les lie, à savoir une langue ainsi qu’un sentiment d’appartenance à quelque chose qui nous dépasse, qui est supranational et qui est présent dans nos diverses vies.
Tout au long d’une semaine très animée, nous avons eu le privilège d’avoir accès à de grands spécialistes de la francophonie, chacun dans un domaine très spécifique. Enumérer ce que chacun a présenté serait sans doute fastidieux et le site de l’Université Laval donne toutes les informations à ce sujet. C’est donc de façon tout à fait partiale que je retiendrai les interventions suivantes:
- Migrations francophones aux Etats-Unis, où Monsieur JC Redonnet s’est employé à nous expliquer les moyens de quantifier les francophones et à quels problèmes ses choix renvoyaient. La langue est clairement le principal critère de sélection et peut s’apprécier par des outils appropriés. A titre personnel, ces outils me semblent délicats à manier. En effet, une connaissance sérieuse et efficace du français est nécessaire, peu importe ses variantes du moment que compréhension il y a. J’ai pu constater lors de mes différents échanges avec les participants à quel point notre langue avait voyagé, tant et si bien qu’un mot prononcé en France peut avoir un sens radicalement opposé au Québec… Je m’interroge sur l’absence de la notion de francophilie dans la “sélection” des francophones: plusieurs amis ont une connaissance exceptionnelle de la culture française mais n’ont qu’une connaissance limitée de la langue. Ne demeurent-ils donc que des francophiles, malgré leur volonté constante de dialogue?
- la Cause Caron, présentée par un étudiant qui était aussi participant, Dustin McNichol, et que je remercie sincèrement pour sa présentation très claire et pédagogique pour quelqu’un de non-initié comme moi. Il a clairement su nous montrer les enjeux de cette affaire et ce qu’elle implique pour la francophonie. Celle-ci peut se comprendre comme un combat pour le respect des droits linguistiques des francophones. Pour un Français qui vit en France et qui n’a donc pas connu un tel évènement, c’est sans exagérer un choc qui rappelle que la langue a une dimension éminemment libertaire et également politique.
- Etude d’un microcosme bilingue (marine canadienne) par Madame M. Daveluy. C’est sans aucun doute l’une des plus brillantes démonstrations que j’ai eu l’occasion de suivre: une chercheuse a embarqué sur un navire de guerre canadien pour une étude des rapports entre le français et l’anglais, l’approche linguistique se confondant par moments avec une approche sociologique. On y apprend que des anglophones peuvent travailler des années sur le navire sans jamais apprendre la langue de l’autre, que bien que pour certaines taches le français soit exigé, l’anglais demeure prioritaire en cas d’urgence. La présentation de cette situation à des Français a provoqué leur stupéfaction car ils ont vu qu’à un tel niveau de la vie en communauté dans un contexte particulier, l’importance de la langue n’était en aucun cas à bannir…
- Enfin, la semaine fut riche en émotions avec les interventions de Konrad Sioui, Grand Chef de la nation Huronne-Wendat, et de André Gladu, cinéaste. Au témoignage sobre mais poignant du premier se conjuguait l’expérience artistique du second, faite d’échanges avec des anonymes, mais au sein desquels certains pouvaient se reconnaitre : tous deux sont parvenus comme personne à nous faire ressentir et vivre cette francophonie qui me semble bien fragile, mais qui a en elle toutes les cartes pour se renforcer.
Quant aux autre interventions, je n’ai pas l’espace suffisant pour en parler mais elles ont été également d’un excellent niveau, offrant des pistes de réflexion pour tout le continent avec toujours l’idée de transdisciplinarité.
J’en oublierai sans doute mais je tiens à remercier l’Université Laval, le Centre de la francophonie des Amériques et l’Office franco-québécois, sans qui ces rencontres n’auraient pu avoir lieu. Un grand coup de chapeau à l’organisation (Pauline & Daniel), aux assistantes Cécile et Colombe qui nous ont aidé au mieux avec une réactivité rare, le tout dans la bonne humeur.
Il est évident pour moi de promouvoir cette expérience auprès de mes étudiants et de mes amis, de continuer à échanger avec mes camarades et surtout de toujours m’interroger sur ce concept de francophonie, fruit d’influences diverses, porteur d’un message aussi bien humain que politique. Dans le cadre de mes travaux de recherche, je compte en faire une présentation à dimension géopolitique qui pourrait, on ne sait jamais, rappeler à certain son importance fondamentale dans toute volonté d’assoir son influence et de respecter les modes de vie de chacun.

jeudi 9 juin 2011

Informations

Bonjour à tous,

Comme vous avez pu le constater, le blog n'a pas été alimenté pendant quelques jours. L'actualité internationale a pourtant été particulièrement riche pendant cette période avec les événements en Syrie, la situation politique délicate en Italie, la quête d'un chef au FMI... Mais pendant cette même période, j'étais au Québec, plus précisément à l'Université Laval en tant qu'auditeur de la seconde session de formation d'été sur "la francophonie des Amériques". Je vais consacrer prochainement un billet à cet événement et sa réalité internationale avant de reprendre mes chroniques sur la situation internationale.

Merci à tous de votre fidélité.