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dimanche 23 octobre 2011
Pour une "diplomatie environnementale"
Rio, Kyoto, Copenhague. Autant de villes symbolisant les maigres progrès voire échecs retentissants des initiatives internationales en matière de protection environnementale. Pourtant, la volonté de certains participants était grande, et incomparable à celle des acteurs de la société civile, mais force est de constater que ce qui devrait être une priorité revêt un caractère "annexe" certain. A quoi cela est-il du ? Il est principalement question des puissances émergentes, des nouvelles puissances (Chine, Inde, Brésil) et des Etats-Unis qui font barrage à toute initiative susceptible de remettre en cause leur activité économique, et par voie de conséquence le niveau de vie de leur population. De la même façon, les Etats du Sud refusent de signer des accords qui entraveraient leur développement fulgurant, prétextant que les Etats riches du nord ont abusé pendant des décennies des ressources de la planète et que de ce fait, ils peuvent eux aussi agir ainsi. Ces arguments, bien que proches de la réalité, ne peuvent expliquer le blocage dans lequel nous sommes.
La première contrainte vient de la mondialisation qui, de par les interactions et dépendances qu'elle a créées entre des acteurs situés aux quatre coins de la planète, a rendu impossible toute solution à une échelle strictement étatique. Deuxièmement, bien que de remarquables travaux d'économistes l'aient démontré, il semble encore difficile pour les politiques d'accepter l'idée que plus l'on agira en amont, moins les catastrophes seront coûteuses, aussi bien en vies humaines qu'en termes économiques. La crise participe d'ailleurs à cette crispation des pouvoirs en place qui pensent au mieux sur cinq ans, négligeant les perspectives de moyen et long terme. Que faire par conséquent ?
Chacun sait qu'il suffit de créer une commission pour enterrer un problème ; c'est un peu ce qui se produit avec l'environnement, où les structures ad hoc ne parviennent pas à faire entendre leurs messages. D'ailleurs, on pourrait se demander au niveau national si l'existence d'un ministère de l'écologie a un sens, ou s'il ne faudrait pas plutôt insérer dans chaque ministère une composante environnementale. En d'autres termes, lorsqu'un ministre se rend à l'étranger défendre les intérêts industriels de son pays par exemple, ne pourrait-on pas envisager qu'il s'assure en même temps que les règles environnementales seront respectées par son partenaire ? Bien souvent, la question n'est pas posée, ou seulement a posteriori.
Or, si nous voulons que tous acceptent d'agir, il convient de mettre en place ce que je nommerais une "diplomatie environnementale", à même de faire entendre la nécessité de respect des principes environnementaux chaque fois que des intérêts sont défendus. Au lieu de donner à l'environnement une place à part, insérons-le dès que des projets affectent les équilibres précaires de la planète.
Certes, une telle politique peut conduire à des impasses, voire à des échecs avec des partenaires peu touchés par les questions environnementales. Mais le risque d'erreurs sur le long terme d'une politique occultant ces questions est sans commune mesure, et ce d'autant plus qu'il affectera les générations futures.
La notion de diplomatie environnementale met au cœur de la diplomatie de chaque Etat l'environnement, faisant de ce dernier une ligne conductrice, à même de relancer la machine des négociations qui demeure bloquée pour l'instant. Une solution universelle n'est pas envisageable, ne serait-ce qu'à cause de nos divergences d'intérêt, mais des solutions interétatiques pouvant susciter un mimétisme chez autrui sont à privilégier.
L'idée de diplomatie environnementale, sans doute difficile à faire accepter en raison des changements de culture politique qu'elle induit, devrait être mise en valeur. L'échec est possible, mais pas certain, et dans la situation actuelle assez alarmiste, c'est un risque à prendre.
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/25/pour-une-diplomatie-environnementale_1592105_3232.html
jeudi 20 octobre 2011
Après la mort de Mouammar Kadhafi, quel avenir pour la Libye ?
Selon les dernières informations dont nous disposons, et qui méritent un jugement prudent en raison d'une possible désinformation et de mises à jour fréquentes, Kadhafi serait mort ce matin lors d'affrontements avec les forces du Conseil national de transition (CNT). L’ex dirigeant libyen aurait tenté d’échapper aux forces ennemies et son convoi aurait été attaqué. D’abord grièvement blessé, il aurait succombé à ses blessures.
Il est d’ailleurs intéressant de souligner la similitude frappante entre le Colonel Kadhafi et Saddam Hussein, les deux dictateurs en fuite s’étant réfugiés dans leur village natal, avant d’être tous les deux retrouvés, à ceci près que Kadhafi semble avoir été pris par des forces locales, alors que Saddam Hussein avait été capturé par les Américains, avant d’être remis aux forces de sécurité irakiennes.
Quel devenir pour la Libye ?
A présent que la mort de Kadhafi semble se confirmer toujours plus, on peut s’interroger quant au devenir de la Libye. Contrairement à ce que certains pourraient penser, je ne crois pas que sa mort change radicalement un processus de changement politique déjà entamé lors de sa fuite. En outre, son pouvoir de nuisance s’était considérablement affaibli, sa capture relevant davantage du symbole que d’une dimension purement militaire.
Il ne faudrait pas enfin tomber dans une euphorie, légitime pour un peuple qui a souffert, mais discutable si l’on fait de sa mort la fin des problèmes du pays, et ce d’autant plus que le Colonel était le ciment de l’unité de plusieurs tribus, ces dernières ayant des velléités sécessionnistes pour certaines d’entre elles.
Le CNT va accueillir la mort de l’ex leader libyen avec une réelle joie, c’est certain ; mais cela renforce-t-il pour autant sa légitimité ? Il n’y a pas de réponse simple et sûre, et ce pour deux raisons fondamentales : le CNT est un agrégat de groupes et d’individus à l’histoire et aux objectifs politiques radicalement différents, certains d’entre eux étant des démocrates convaincus tandis que d’autres ont entretenu des liens étroits avec Al-Qaida par le passé.
Deuxièmement, la légitimité même du CNT pose problème car elle provient principalement des puissances étrangères, la France étant la première à avoir apporté son soutien à ce conseil. Ce dernier va à présent concentrer aussi bien les attentions du peuple libyen que les pressions des puissances étrangères qui demanderont le rétablissement de la sécurité en Libye pour assurer indirectement la leur et qui surtout vont se livrer à une guerre commerciale féroce pour obtenir des parts de marché substantielles.
Cela doit passer par l’organisation d’élections nationales, qui devraient faire l’objet d’un soutien logistique appuyé de l’ONU pour éviter des fraudes et pour surtout remettre en marche une administration corrompue et dans l’impasse depuis des mois.
Deuxièmement, même s’il s’agit d’un chantier titanesque et dont les conséquences ne sauraient être visibles à court terme, le CNT doit s’engager à réformer en profondeur l’économie du pays, en diversifiant rapidement les sources de revenu qui jusqu’à présent provenaient principalement des ressources énergétiques. Ce mouvement de réformes permettrait surtout de créer de nouveaux emplois, dans un pays où la jeunesse a souvent été délaissée, malgré son importance numérique réelle.
Enfin, le CNT va devoir intensifier ses relations diplomatiques avec ses voisins, aussi bien ceux qui ont vécu le Printemps arabe, que ceux qui l’ont évité, à l’image du voisin algérien, dont les relations ont trop souvent été houleuses.
Un tournant majeur de l'histoire libyenne
La Libye est à un tournant majeur de son histoire et les puissances occidentales, après avoir occupé le terrain militaire, devraient se focaliser désormais sur l’aide à la reconstruction et au renouveau d’un Etat majeur dans la région.
Certes, la dimension sécuritaire est fondamentale pour les puissances européennes qui craignent que la Libye devienne une base arrière du terrorisme, mais considérer la Libye comme une menace serait une erreur stratégique certaine, à un moment où le peuple libyen souhaite vivre en paix et dans un cadre de droit réel.
A ce titre, l’Irak d’aujourd’hui montre que beaucoup reste à faire, mais que des progrès certains ont été accomplis. Avec la mort du Colonel Kadhafi se tourne une page sombre et sanglante de l’histoire de la Libye. Le CNT et les futurs représentants légitimes du peuple ont les ressources pour en écrire une nouvelle, mais les obstacles et les menaces seront nombreux et difficiles à neutraliser.
La Libye va jouer d’ici un an son va-tout : elle peut tout aussi bien devenir un modèle régional que sombrer dans des luttes fratricides pouvant conduire au chaos.
vendredi 14 octobre 2011
L'international, le parent pauvre du débat socialiste français
Dans une précédente chronique, je m'interrogeais sur la place qu'aurait la politique internationale dans la campagne présidentielle. Je mettais en garde les candidats socialistes à l'investiture du risque que Nicolas Sarkozy axe sa campagne sur sa stature de président en s’appuyant sur ses multiples initiatives et prises de position internationales, dont le succès il est vrai reste à relativiser. Et c'est exactement ce qui se passe !
Alors que les médias concentraient le 9 octobre dernier, lors du premier tour de la primaire citoyenne, la majeure partie de leurs écrits et reportages à la primaire, ils faisaient en même temps allusion à la rencontre entre le président Sarkozy et la chancelière Merkel pour parvenir à un accord concernant la crise qui secoue l'Europe. Cette simple allusion rappelait inconsciemment aux lecteurs et téléspectateurs les enjeux diamétralement opposés de la journée.
Le débat d'entre-deux-tours a montré le fossé qui sépare encore le candidat socialiste et le président Sarkozy. Certes, ce dernier est déjà au pouvoir depuis cinq ans et par la force des choses, il a eu le "loisir" de penser international, en particulier lorsque le climat intérieur était délicat voire négatif à son encontre, la stratégie étant connue de tous. Mais lorsque la véritable campagne va commencer, les électeurs ne chercheront pas de circonstance atténuante à l'un ou à l'autre. Ils se décideront en fonction de ce que chacun proposera et surtout, avec quel sens de la persuasion chacun défendra ses arguments.
Les échanges entre Martine Aubry et François Hollande sont à ce titre assez désopilants, tant ils demeurent dans le vague et le théorique. A leur décharge, il est vrai que le thème de la politique étrangère a été relégué à la fin de l'émission, comme pour se donner bonne conscience à propos d'un sujet qui serait censé ne passionner personne ; je fais sans doute l'erreur de penser le contraire. Les journalistes ont posé deux, trois questions, sans pousser dans leurs retranchements les candidats qui auraient eu pourtant l'occasion de se départager et de se donner une image de présidentiable. A croire que les journalistes eux-mêmes n'étaient pas intéressés...
Je retiendrai personnellement trois thèmes :
Les rapports Chine / France
La partie sur les rapports entre la Chine et la France fait penser que les candidats vivent dans un monde imaginaire, où tous nous aspirerions à la paix et à l'égalité entre nous. Martine Aubry et François Hollande s'offusquent que la Chine décide seule de la valeur de sa monnaie et que son modèle économique conduise à une concurrence déloyale avec ses partenaires économiques, mais ne parviennent pas à formuler de réponses concrètes. Ils parlent de "dialogue", sous-entendant que cela n'a pas été fait jusqu'à présent.
Bien qu'ayant mis en évidence à plusieurs reprises les limites de la politique du président Sarkozy, je dois reconnaître que l'attaque des socialistes est sans fondement. La réalité est que pour dialoguer avec la Chine, il faut être en mesure de le faire ! Cela passe par un renforcement de notre influence qui est peu probable pour l'instant. Les deux candidats ont par ailleurs envisagé la taxation des produits étrangers qui ne respecteraient pas les mêmes réglementations que les produits français. La faisabilité d'une telle mesure me laisse pantois. Il est vrai qu'il est difficile à dire aux citoyens que nous sommes dépendants par la force des choses de la Chine, en lui confiant une part substantielle de notre besoin industriel, et en étant par ailleurs bien heureux de ne pas payer les produits à leur vrai valeur grâce à des travailleurs sous-payés et exploités...
L'entrée de la Turquie dans l'Union européenne
La partie sur l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne a atteint un sommet. Non contents de reprendre des arguments dont la véracité est plus que contestable, comme l'idée d'une Turquie permettant à l'Europe d'avoir une meilleure image dans le monde arabe, les candidats ont montré qu'ils ne maîtrisaient pas le sujet, envoyant un message plus que néfaste à la communauté turque qui réside en France, et aux Turcs en général. Focalisant leurs attaques sur les non-reconnaissances de Chypre et du génocide arménien, qui ne sont pourtant pas des points insurmontables selon des responsables turcs et européens, ils se rapprochent en cela de Nicolas Sarkozy. Or, l'entrée de la Turquie serait selon moi un aspect positif pour l'Europe qui a déjà tant de liens économiques et historiques avec cet État.
Qui plus est, il y a encore peu de temps, les Turcs s'enthousiasmaient d'une entrée dans l'Europe, peut-être plus que les ex-pays soviétiques, mais la lenteur des procédures et les oppositions de certains États commencent à les faire douter. Martine Aubry a agité le chiffon de l'islamisme en Europe, ce qui n'est pas très honnête, la Turquie faisant des progrès à pas de géant pour devenir toujours plus respectable. Certes, le pouvoir en place ne correspond pas au stéréotype européen : cela en fait-il pour autant un étranger ? J'en doute sincèrement. Je rappellerai enfin à Martine Aubry que la Turquie était jusqu'à peu assez isolée du reste du Monde arabe, eu égard à son système politique (une république), ses liens étroits avec les États-Unis et Israël, etc...
Une Europe à deux vitesses
Pour sortir l'Europe de la crise, les deux candidats ont, sans jamais employer le terme, parlé d'"Europe à deux vitesses", François Hollande demandant la fin du processus de décision à l'unanimité et Martine Aubry insistant sur le libre choix des "Etats en avance" de poursuivre la construction européenne. Ils se sont refusés à parler d'une fédération européenne, Martine Aubry employant l'expression de "Confédération des états-nations", qui n'est en aucun cas un synonyme ! Je reconnais cependant à l'ex première secrétaire du PS l'idée d'une élection par le Parlement du président de la Commission européenne, la légitimité de ce dernier et la démocratie en sortant inévitablement renforcés.
En revanche, comme dans ma précédente chronique, j'avoue ne pas comprendre comment François Hollande parviendrait à imposer son pacte à l'Allemagne, cette dernière n'étant en aucun cas pour l'instant dans une posture de soumission. Au contraire, la première puissance européenne, par ses sacrifices et sa compétitivité, détient les clés du futur de l'Europe pour l'instant. Il y aurait encore beaucoup à dire sur la politique extérieure de la France...
Pas une question pourtant des journalistes sur le Printemps arabe, sur les relations entre la France et l'OTAN bien que Martine Aubry se soit à plusieurs reprises vantée d'être en contact constant avec Anders Fogh Rasmussen, son secrétaire général, rien sur les relations entre la France et l'Afrique, entre la France et les États-Unis.
Martine Aubry est restée cantonnée à revendiquer ses liens avec le SPD, alors qu'un président est censé voir au-delà des considérations partisanes et d'anticiper au mieux les bouleversements géopolitiques de demain. Il reste plusieurs mois au candidat socialiste pour se donner une carrure de président. Cela passera nécessairement par une meilleure connaissance des enjeux internationaux et de la réalité des négociations internationales qui ne sauraient fonctionner avec des idéalistes non pragmatiques.
mercredi 5 octobre 2011
L'idée de pouvoir politique a-t-elle encore un sens en Italie?
Il peut sembler facile, mais en même temps les faits sont têtus, de dire que le Président du Conseil Silvio Berlusconi a une part de responsabilité conséquente dans les problèmes que rencontrent les Italiens. La médiatisation à outrance qu'il a exercée sur sa propre existence, confondant exercice du pouvoir et vie personnelle, a eu raison de son autorité sur la scène internationale. Pourtant, la situation est plus complexe au plan intérieur où Berlusconi a jouit d'une certaine popularité pendant de nombreuses années, parvenant à remporter des élections et à être à plusieurs reprises Président du Conseil. Pour beaucoup d'Italiens, il a incarné l'homme qui réussit, avec l'idée que ce qu'il a fait pour lui, il le fera pour son peuple. L'essor de ses groupes économiques (Mediaset entre autres) témoigne de ses talents d'entrepreneur et de sa faculté d'adaptation aux réalités économiques. Qui plus est, il a toujours eu le sens de la formule, qualité non négligeable pour quelqu'un qui peut à tout instant appeler le présentateur d'une émission en direct pour donner son avis. Pendant de nombreuses années, on lui a excusé ses maladresses, son absence de ligne politique réelle, allant même jusqu'à le réélire en 2008, alors que plusieurs procès touchaient ses groupes et ses proches.
Le basculement s'est opéré avec les scandales sexuels à répétition de ces deux dernières années ("Rubigate"...) qui lui ont fait perdre la confiance et les voix de nombreux électeurs de tradition catholique qui se sont pour certains tournés vers des partis beaucoup plus à droite, à l'image de la Ligue du Nord. L'homme politique a laissé place à la figure d'un homme grotesque, désinvolte, ne songeant qu'à son intérêt personnel, au détriment du pays qui l'a pourtant porté au pouvoir. Souvenons-nous de sa plaidoirie auprès de Barack Obama en plein sommet international pour dénoncer le soit-disant acharnement des juges italiens qui seraient des "gauchistes"... Ou alors ses confidences à des amis où il qualifie son pays de "merde" et profère à l'encontre de la Chancelière Merkel des propos très inélégants, selon des écoutes téléphoniques et les informations de Wikileaks.
L'alternative existe-elle? La gauche éprouve des difficultés à proposer un programme rassembleur et Bersani, le secrétaire du Parti Démocrate (PD), n'arrive pas à remporter de victoires majeures et irréfragables sur Berlusconi lors des élections intermédiaires. La droite pourrait-elle être une réponse pour sortir l'Italie de l'inertie dans laquelle elle se trouve? Gianfranco Fini, président de l'assemblée et ex-ministre des affaires étrangères de deux gouvernements Berlusconi, pourtant longtemps apprécié de ce dernier, s'est opposé au Cavaliere il y a un an, l'accusant de mener une politique trop proche de celle prônée par la Ligue du Nord, membre de la coalition gouvernementale. La contre-attaque de Berlusconi ne s'est pas faite attendre, Fini subissant de nombreuses pressions pour démissionner et les parlementaires de son nouveau parti étant invités à regagner la majorité, sous peine d'avoir des rendez-vous avec la Justice dans les mois qui suivent.
Berlusconi a commis là une erreur politico-stratégique certaine, sa colère ayant pris le pas sur sa réflexion. En effet, Berlusconi a tellement personnifié le pouvoir que les craintes de l'après Berlusconi sont aujourd'hui renforcées, aucune figure politique ne parvenant à s'imposer. Le Président du Conseil aurait du au contraire chercher à créer un noyau d'"espoirs", de talents dans une concurrence forte mais saine, à même de donner au pays des solutions de secours. Au lieu de cela, il a mis en place un système clos, teinté de corruption et de pots de vin, où le vote d'un député vaut quelques milliers d'euros, laissant la population penser que la classe politique dans son ensemble est "pourrie".
Alors que Berlusconi ne semble pas avoir conscience du poids moral et politique qui incombe à sa fonction, ne devrait-on pas envisager une autre piste pour comprendre qui peut diriger le pays? La classe politique ayant perdu la confiance du peuple, avec le risque d'une dérive droitière et nationaliste (ou plus précisément régionaliste), c'est en vérité le pouvoir économique qui semble à présent émerger. La crise qui sévit depuis 2008 a remis au premier plan les questions économiques et ce d'autant plus que l'Italie est pointée du doigt par les agences de notation. Ainsi, pas plus tard qu'hier, après Standard and Poor's c'est au tour de Moody's d'abaisser la note de l'Italie à A2 au lieu de AA2. Les agences s'accordent à souligner la faible croissance économique du pays, la fragilité de sa situation politique et l'insuffisance du plan de rigueur voté dans la douleur et qui ne permettra pas à l'Italie de retrouver l'équilibre budgétaire revendiqué. Ce sont bien ces aspects qui font craindre pour l'avenir de l'Italie et non la dette qui, bien que colossale (120% du PIB), est détenue dans une majeure partie par les Italiens eux-mêmes, à l'inverse de la France dont une partie conséquente de la dette appartient à des paradis fiscaux.
Bien que Giulio Tremonti, ministre de l'économie et des finances, ait agi en véritable homme d'Etat en menant une politique d'austérité, par définition impopulaire, pour éviter la catastrophe et suscitant au passage l'ire de Berlusconi, le pouvoir des industriels et de tous ceux occupant des fonctions liées à l'économie du pays a pris le pas sur le pouvoir strictement politique. C'est ainsi que Corrado Passera, administrateur délégué d'Intesa Sanpaolo , première banque de détail italienne, s'est permis publiquement le 19 septembre de mettre en garde contre le risque de défaut de paiement du pays.
Dans un autre registre, la sortie la semaine dernière d'Emma Marcegaglia, présidente de la Confindustria (équivalent du MEDEF français), est édifiante! Elle a menacé de rompre les négociations avec le gouvernement si des mesures urgentes ne sont pas prises pour relancer la croissance, atone depuis des mois, et a même évoqué la démission de ce dernier, au cas où il serait incapable de réformer. Ces mesures sont regroupées dans un plan en cinq points qui comprend entre autres une réforme des retraites, la fin des régimes spéciaux, des investissements conséquents dans le secteur énergétique ainsi que la mise en place d'une administration plus efficace. Rajoutons à cette demande celle de la direction de Fiat qui menace de faire fabriquer encore plus de voitures en Pologne, où les conditions de travail permettent de fabriquer plus de deux fois plus.
Bien qu'il ne s'agisse là que d'une conjecture, il conviendra de voir sur le long terme si le pouvoir économique supplante le pouvoir politique. On pourrait rétorquer que la frontière entre les deux est ténue, mais l'idée est plutôt de voir si l'espoir ne viendrait pas de personnalités du secteur économique, souvent plus au fait des problèmes que connaissent les entreprises. Pour l'instant,le pouvoir politique a le dernier mot, mais si son inefficacité perdure, nul doute que le pouvoir économique en sera mécaniquement renforcé. L’Italie est, sans exagérer, à un tournant de son histoire récente. Si elle ne veut pas suivre le même chemin que la Grèce, et bientôt le Portugal et l'Espagne, elle doit se repenser et se donner les moyens d'être attractive, au lieu de demeurer dans une nostalgie néfaste à toute initiative de renouveau.
mercredi 21 septembre 2011
Président Obama, entrez dans l'Histoire!
L'année 2011 aura clairement été celle du Monde arabe. Le Printemps arabe a bouleversé des puissances considérées comme inébranlables il y a encore peu de temps avec leurs régimes quasi dictatoriaux. La Tunisie, l’Égypte et bientôt la Libye peuvent désormais se penser comme de futurs espaces de liberté, même si un tel bouleversement prendra du temps et ne se fera pas sans heurts. La Syrie connaît de nombreux troubles, bien que l'on manque considérablement d'informations fiables pour entreprendre une prospective réelle. Et même Israël, souvent considéré comme "à part" dans la région, a connu un été très sensible avec une série de manifestations pour dénoncer les inégalités toujours plus croissantes que connaissent les Israéliens, en particulier en matière d'accès au logement et au sujet des aides étatiques pour les colons. En d'autres termes, le Proche et Moyen-Orient est à un tournant qu'il convient d'accompagner, ce qu'a fait avec plus ou moins de succès et de diplomatie le Président Sarkozy.
Président Obama, vous aviez pourtant suscité de vifs espoirs avec votre discours du Caire et vos récentes allusions sur la nécessité d'un État palestinien. Peu de temps après la mort de Ben Laden, vous aviez même parlé d'un État palestinien sur les frontières de 1967, provoquant une forte réprobation d'Israël ainsi qu'une partie de vos représentants au Congrès qui critiquaient le timing d'une telle déclaration. Il est évident que la situation est complexe pour vous, eu égard aux liens qui unissent les États-Unis avec Israël tant aux niveaux historique qu'économique et à la forte communauté juive présente aux États-Unis dont le poids électoral est évidemment certain pour votre parti. Il suffit de rappeler la menace du Congrès à l'encontre de l'Autorité palestinienne la semaine dernière de geler une aide de cinq cent millions de dollars en cas de demande de reconnaissance d'un État à l'ONU.
Mais il vous incombe, en tant que président de la première puissance mondiale, de penser sur le long terme et à une échelle beaucoup plus large que celle -réductrice- visant à satisfaire le refus de changement de certains. Dans tous les cas, vous n'avez rien à perdre! L'enthousiasme, sans doute excessif, de votre élection a laissé rapidement place à la dure réalité de l'action politique, faite de compromis et de confrontations avec des tendances qui parfois ne dépendent pas de vous. La crise économique a remis en cause une bonne partie de vos projets, l'assurance maladie que vous avez portée avec Ted Kennedy est vidée en grande partie de sa substance de par les coupes budgétaires qui augmentent toujours plus. Que dire enfin de votre politique étrangère, où à bien des égards vous avez été absent ou suiveur! Vous avez délaissé l'Europe au lieu de l'aider à être un allié de taille dans un monde en pleine mutation, et surtout votre bilan concernant le continent africain est proche du vide absolu, alors que tant d'espoirs étaient mis en vous.
Certes une élection se profile pour vous, avec la volonté évidente -et compréhensible- de vous faire réélire. De nombreux spécialistes évoquent toujours le second mandat comme plus utile pour entreprendre de vastes chantiers à l'international. Mais premièrement, il n'est pas sûr que vous soyez réélu en raison de votre bilan fort discutable, et deuxièmement, c'est maintenant que doit se décider l'avenir de la Palestine et d'Israël. Je vous rejoins totalement sur le fait que la reconnaissance seule de l’État palestinien ne saurait être gage de paix et de sécurité et que c'est un processus qui se réalisera sur plusieurs années, au minimum. Mais il s'agit d'une première étape irréfragable pour qui aspire à la paix dans cette région si conflictuelle.
Il ne vous est pas demandé de satisfaire les demandes d'un camp ou de l'autre, mais bien de parvenir à un compromis susceptible d'être validé par les deux protagonistes. Les problèmes sont nombreux, à commencer par la délimitation des frontières du nouvel État envisagé, mais également l'accès aux ressources hydrauliques, et la viabilité économique d'un État palestinien dont des pans entiers de l'économie sont à reconstruire, voire à penser.
Les adversaires sont nombreux, à commencer par le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu, mais dont la puissance réelle est souvent sur-estimée, ses difficultés gouvernementales le montrant aisément. Il y a également le Hamas, qui mise sur un échec de la tentative du Fatah de Monsieur Abbas, pour asseoir toujours plus son autorité, mais négligeant l'intérêt général du peuple.
Monsieur Obama, vous avez la chance d'avoir un interlocuteur courageux en la personne de Mahmoud Abbas. Si vous persistez dans votre souhait d'apposer votre veto à la demande de l'Autorité palestinienne, l'image des États-Unis en sera fortement dégradée. Tous vos efforts pour faire oublier l'ancienne Administration seront en partie remis en cause. Vous avez été absent des révolutions arabes; il est de votre devoir d'agir pour la paix au Proche et Moyen-Orient.
Il est temps pour vous de montrer l'influence américaine sur la scène internationale, sans pour autant faire d'Israël votre ennemi, mais en pensant à la stabilité politique et sécuritaire de la région. Certes, en agissant ainsi, vous acceptez de plonger vers l'inconnu avec toujours plus de difficultés à résoudre, mais l'énergie, le courage et les ressources que vous devrez mobiliser en vaillent la peine.
Vous avez les cartes en main pour entrer dans l'Histoire Monsieur le Président, comme un homme de paix. Ne laissez pas passer cette occasion.
mercredi 14 septembre 2011
La guerre en Afghanistan: vers un chaos -prévisible-?
Cette dernière opération est sans conteste un coup médiatique réussi. Elle n'a pas bouleversé la stratégie de chacun, n'a causé que peu de morts, mais elle est le symbole de l'impuissance des Occidentaux à maintenir un semblant d'ordre. Les Talibans savent parfaitement que les démocraties peuvent facilement être fragilisées, la liberté de parole et l'accès aux informations permettant aux citoyens de se forger une opinion, parfois trop rapidement. Ils savent également que l'information de leur opération sera reprise dans les médias -ce à quoi nous participons-, ce qui ne fera que susciter davantage de doutes au sein d'une opinion déjà très partagée sur le sens de cette guerre.
Cette attitude de l'opinion peut se comprendre tant le conflit est abordé du point de vue de l'émotion et non dans une perspective de compréhension et d'analyse. Les journaux télévisés font état des soldats morts au combat, insistant sur le parcours de chacun, son jeune âge trop souvent, la famille qu'il laisse derrière lui. Mais ils n'insistent que trop peu sur l'action de ces soldats qui sont morts lors de missions, dont l'objectif est souvent la pacification d'une zone et le rétablissement des relations entre population et forces de sécurité. Il semble clair qu'il y a une incompréhension croissante des citoyens quant au bien-fondé de cette guerre qui peut se résumer par la question: "à quoi bon tous ces morts?"
Les problèmes de la guerre en Afghanistan sont très nombreux et il serait fastidieux de tous les énumérer ici. Il convient plutôt de définir les tendances lourdes qui font la spécificité de cette guerre.
Contrairement à la guerre en Irak, celle en Afghanistan a fait l'objet d'un consensus bien plus large qui s'est manifesté par une coalition plus nombreuse, la France et l'Allemagne y participant par exemple. On aurait été en droit d'espérer un envoi massif de troupes afin de réellement sécuriser ce pays qui, de par son étendue et son relief, est compliqué à maîtriser dans son ensemble. Mais il semble bien qu'on ait sous-estimé les difficultés de cette guerre.
Au lieu de mobiliser dès le début du conflit un maximum de troupes, les États-Unis et leurs alliés ont envoyé trop peu de soldats qui n'ont pu sécuriser que quelques zones, laissant les autres sous le contrôle des Talibans qui ont ainsi pu se réorganiser et préparer leur guérilla. Ils ont voulu très rapidement mettre en place les phases sécuritaire et politique, afin de donner une stabilité au pays. Or, un pays ne peut se construire s'il n'est pas en sécurité. Les différentes élections qui ont eu lieu ont montré qu'on avait "mis la charrue avant les bœufs". Certes, les élections se sont relativement bien déroulées, mais on ne peut occulter les fraudes et les pressions des Talibans dans certaines régions pour discréditer le scrutin. Qui plus est, le Président Karzaï a eu beau se vanter d'assoir son pouvoir sur un vote "populaire", il n'en demeure pas moins que son champs d'action est plus qu'entravé. Ceci explique d'ailleurs les critiques à son encontre comme quoi il n'agirait que pour Kaboul et non pour le pays.
En outre, souvenons-nous que l'Afghanistan est composé d'une série de tribus qui reconnaissent avec de très fortes disparités l'autorité de Kaboul. La possession d'hommes armés et de ressources financières, légales ou pas, est le véritable symbole de pouvoir et d'autorité dans le pays. Le Président Karzaï possède une police formée par les forces de l'OTAN qui avouent eux-mêmes, à mots couverts, que leur entraînement est insuffisant. Et ce d'autant plus que la corruption gangrène l'administration à tous les niveaux; or, sans confiance dans les institutions, l'économie, la vie sociale ne peuvent fonctionner à nouveau.
Le compte à rebours a commencé, aussi bien pour les forces de l'OTAN que pour la population afghane. Les premières sont en train de procéder à la transition avec les forces de sécurité afghanes. En d'autres termes, elles cherchent une sortie honorable à une situation qui ne l'est pas car une fois parties, les forces de sécurité afghanes vont se retrouver seules, face aux Talibans qui sont très organisés et préparés au combat. Quant à la population, elle risque comme dans de nombreux cas de post conflits, de faire les frais de ces affrontements internes.
Il est évident qu'il n'y avait pas et qu'il n'y a pas de solution miracle pour cette guerre qui dure déjà depuis plus de dix ans. Mais il est clair que la situation est pire qu'au début du conflit. Les rares progrès obtenus (droit des femmes, droit de vote, abolition de certains interdits formulés par les Talibans...) risquent fort d'être remis en cause une fois les troupes occidentales parties. La propagande des Talibans et des adversaires des forces de l'OTAN en sera d'autant plus revigorée qu'ils pourront se vanter d'avoir fait partir les forces étrangères de leur pays. L'analogie avec le retrait de l'URSS en 1979 n'est pas totale et parfaite, mais elle rappelle que l'Afghanistan est un pays quasi-imprenable, si l'on se base sur des stratégies non-adaptées à la spécificité du pays.
On ne peut rester indéfiniment en Afghanistan, sans quoi les forces de l'OTAN seront toujours plus perçues comme des forces d'occupation. La guerre a par ailleurs un coût à la fois humain, économique et politique certain. Mais partir en laissant l'anarchie et le chaos sur place, sous prétexte de respecter un calendrier fixé par les politiques, a-t-il un sens? Au lieu d'affronter nos erreurs - à de nombreuses reprises, les militaires ont demandé des renforts pour réussir leurs missions -, nous allons partir dans la précipitation, sans avoir obtenus les résultats escomptés. Les Talibans l'ont bien compris, et l'on peut penser qu'ils montreront leur vrai force une fois les forces étrangères parties.
Le Président Karzaï a tort, ainsi que ses alliés américain et de l'OTAN, de voir dans cette dernière attaque un acte désespéré et sans conséquence réelle de la part des Talibans. Sans doute devraient-ils plutôt y voir l'échec de leur politique sur dix années et les effets néfastes de cette dernière sur le long terme. Souhaitons que les débats pour l'élection présidentielle de 2012 permettent d'y voir plus clair dans les positions de chacun.
lundi 5 septembre 2011
Et si l’élection présidentielle -française- se jouait sur l’international?
Il est de coutume de dire que la mise en avant de la politique extérieure n’est pas très vendeuse lors d’une campagne présidentielle. Celle de 1995 fut marquée par la “fracture sociale”, celle de 2002 par la sécurité et enfin celle de 2007 par le travail et le slogan du candidat Sarkozy “travailler plus pour gagner plus”, avec le résultat que l’on connait. A moins d’un an de l’élection présidentielle, les médias et surtout les conseillers en communication des candidats s’échinent à trouver LE thème qui cristallisera la campagne. On assiste pour l’instant à des tentatives diverses et souvent éphémères, allant de la sécurité à l’éducation, en passant par l’idée de réduire les déficits, idée aussi nécessaire qu’ancienne et peu appliquée. La politique extérieure de la France, très riche et complexe sous la présidence Sarkozy, a de fortes chances de constituer l’un des thèmes majeurs de la présidentielle. Voyons dans quelle mesure elle influencera cette dernière.
Sans prendre de parti pris, il est clair que le bilan de Nicolas Sarkozy est très mitigé au niveau intérieur. Les promesses de 2007 n’ont pas été tenues, la crise de 2008 et ses répercussions sur le long terme ayant achevé une politique aux résultats faibles, voire négatifs. La hausse du chômage, les réformes en demi-teinte (Grenelle, retraites…) laissent au quinquennat un goût d’inachevé. Le Président Sarkozy a cependant eu la présence d’esprit de ne pas se focaliser exclusivement sur la politique interne et de tenter de se rattraper sur la politique extérieure, comme tous ses prédécesseurs d’ailleurs. Ces derniers avaient profité d’un rebond de popularité, ce qui n’a pas ou peu été le cas pour le Président Sarkozy.
Pourtant, il convient de souligner qu’à défaut d’être réellement efficace, la diplomatie française a été particulièrement active depuis 2007, le Président Sarkozy s’impliquant personnellement au point d’éclipser ses différents ministres des affaires étrangères. Contrairement aux autres médias européens, les médias français lui ont donné un satisfécit lors de la présidence française de l’Union européenne, où son énergie a permis d’accélérer les processus de décision et de relancer la machine européenne. De même, en forçant un peu la main de ses partenaires, il a réussi à organiser plusieurs conférences internationales (G7, G8…), donnant une visibilité certaine à la France. Enfin, beaucoup attribuent –à tort ou à raison- le succès en Libye au Président français, à un moment où le doute s’accentue concernant le sens de la présence française en Afghanistan.
Néanmoins, le Président Sarkozy compte aussi une série d’échecs, qui seront autant d’arguments susceptibles d’être utilisés par ses opposants. La fantomatique Union pour la Méditerranée n’a que peu de chances de voir véritablement le jour, le couple franco-allemand a connu davantage de bas que de hauts, alors que l’Histoire montre que l’Europe n’avance que si ce couple est uni. Et que dire de l’inertie de la diplomatie française au début du Printemps arabe alors que nous aurions pu avoir un rôle prépondérant à jouer. Le “rattrapage express” avec la Libye peut en témoigner. Enfin, bien qu’il n’en soit pas l’instigateur, la participation française à la guerre en Afghanistan est toujours plus difficile à faire admettre à une population qui apprend la mort de ses soldats sans comprendre les objectifs de la mission.
Sur ce dernier point, le PS aurait clairement pu, et facilement, attaquer le Président Sarkozy, s’il avait eu une position claire sur le sujet. Rappelons qu’en 2001, le PS avait voté pour l’envoi des troupes et qu’aujourd’hui, il cherche à se distinguer en jouant sur le calendrier de retrait, mais ses différences de point de vue sont désormais minimes avec l’UMP.
Les deux candidats socialistes en tête pour l’instant dans les sondages, Martine Aubry et François Hollande, ont beaucoup critiqué la politique extérieure du Président Sarkozy, mais sans présenter une vision claire et pensée de ce qu’ils auraient fait. Ceci se vérifie surtout au niveau européen avec des discours remplis de belles intentions mais sans nouvelle solution. François Hollande propose par exemple un “pacte” assez flou avec l’Allemagne, cette dernière devant éviter d’avoir “des excédents commerciaux au détriment de ses partenaires européens”. On pourrait lui rétorquer que l’Allemagne a fait des efforts pendant plus de dix ans pour arriver à un tel résultat et qu’il lui sera difficilement acceptable d’en faire d’autres avec un partenaire qui n’a pour l’instant pas trouvé la clé pour résorber le gouffre abyssal de son déficit.
Il est d’ailleurs surprenant de constater que bien que la majorité des problèmes de la France aient des ramifications au niveau européen, voire international, l’Europe ne soit pas mise au premier rang de la stratégie politique des candidats. Certes, Martine Aubry a donné l’image d’une véritable européenne lors de la déclaration commune PS-SPD en juin, mais le “thème Europe” est noyé parmi tous les autres thèmes de campagne. La situation se vérifie également pour François Hollande, où l’Europe est le dernier point abordé dans son programme “La France en avant”.
Pourtant, les adversaires de Nicolas Sarkozy auraient tout intérêt à jouer sur l’International pour leur campagne. Outre le fait que cela permettrait de réellement les départager au niveau idéologique, cela les aiderait également à combler le déficit de “présidentialité” dont beaucoup font preuve, et sur lequel le Président et ses conseillers jouent.
Sans être le thème majeur de la campagne de 2012, gageons que la politique extérieure de la France sera un facteur essentiel de l’élection par rapport aux anciens scrutins. Le futur président sera celui qui aura montré aux électeurs sa capacité à assurer le rayonnement de la France.