dimanche 19 juin 2011

Une expérience de la francophonie

La deuxième édition de l’Université d’été sur la francophonie des Amériques organisée par l’Université Laval et le Centre de la francophonie des Amériques a eu lieu du 28 mai au 5 juin 2011.  Grâce à l’Office franco-québécois qui a fait la promotion de cet évènement en France et m’a aidé grandement dans la participation à ce projet, j’ai eu la chance de faire partie de ce que j’appellerais une expérience de la francophonie.
Certes, ce sujet n’est pas inconnu, surtout pour un Français. Mais il est clair que les études françaises sont dans leur très grande majorité consacrées à la francophonie en Afrique et que la part d’études liées au continent américain est très faible. La crédulité de ceux à qui j’ai parlé de ce projet témoigne non pas d’un manque d’intérêt pour le sujet, mais plutôt d’une absence totale de connaissances de ce phénomène. Moi-même, je reconnais avoir eu une vision bien trop parcellaire et détachée de ce dernier avant mon arrivée à Québec, qui pourtant rythme les convictions de mes collègues participants.
Le thème de cette année était “la diversité de la francophonie des Amériques - migrations, normes et institutions, représentations culturelles.” Pour quelqu’un davantage familier à la géopolitique, c’était un défi et une chance de m’interroger sur ce sujet car entendons nous bien: à la fin de la semaine, on se pose bien plus de questions que l’on a de réponses. Et c’est sans doute une bonne chose; il suffit de voir les échanges vifs et nombreux entre participants après la semaine d’études pour constater que la francophonie peut être perçue comme un concept pensé par une multitude d’individus divers et qui évolue au gré des expériences de vie de chacun.
Cette idée de pluralité était d’ailleurs relativement visible si l’on s’attarde au profil des participants: étudiants, formateurs, enseignants, musiciens, venus du Canada majoritairement, mais aussi des USA, du Mexique, de l’Amérique du Sud, de la France et même de la Chine, pour échanger sur ce qui les lie, à savoir une langue ainsi qu’un sentiment d’appartenance à quelque chose qui nous dépasse, qui est supranational et qui est présent dans nos diverses vies.
Tout au long d’une semaine très animée, nous avons eu le privilège d’avoir accès à de grands spécialistes de la francophonie, chacun dans un domaine très spécifique. Enumérer ce que chacun a présenté serait sans doute fastidieux et le site de l’Université Laval donne toutes les informations à ce sujet. C’est donc de façon tout à fait partiale que je retiendrai les interventions suivantes:
- Migrations francophones aux Etats-Unis, où Monsieur JC Redonnet s’est employé à nous expliquer les moyens de quantifier les francophones et à quels problèmes ses choix renvoyaient. La langue est clairement le principal critère de sélection et peut s’apprécier par des outils appropriés. A titre personnel, ces outils me semblent délicats à manier. En effet, une connaissance sérieuse et efficace du français est nécessaire, peu importe ses variantes du moment que compréhension il y a. J’ai pu constater lors de mes différents échanges avec les participants à quel point notre langue avait voyagé, tant et si bien qu’un mot prononcé en France peut avoir un sens radicalement opposé au Québec… Je m’interroge sur l’absence de la notion de francophilie dans la “sélection” des francophones: plusieurs amis ont une connaissance exceptionnelle de la culture française mais n’ont qu’une connaissance limitée de la langue. Ne demeurent-ils donc que des francophiles, malgré leur volonté constante de dialogue?
- la Cause Caron, présentée par un étudiant qui était aussi participant, Dustin McNichol, et que je remercie sincèrement pour sa présentation très claire et pédagogique pour quelqu’un de non-initié comme moi. Il a clairement su nous montrer les enjeux de cette affaire et ce qu’elle implique pour la francophonie. Celle-ci peut se comprendre comme un combat pour le respect des droits linguistiques des francophones. Pour un Français qui vit en France et qui n’a donc pas connu un tel évènement, c’est sans exagérer un choc qui rappelle que la langue a une dimension éminemment libertaire et également politique.
- Etude d’un microcosme bilingue (marine canadienne) par Madame M. Daveluy. C’est sans aucun doute l’une des plus brillantes démonstrations que j’ai eu l’occasion de suivre: une chercheuse a embarqué sur un navire de guerre canadien pour une étude des rapports entre le français et l’anglais, l’approche linguistique se confondant par moments avec une approche sociologique. On y apprend que des anglophones peuvent travailler des années sur le navire sans jamais apprendre la langue de l’autre, que bien que pour certaines taches le français soit exigé, l’anglais demeure prioritaire en cas d’urgence. La présentation de cette situation à des Français a provoqué leur stupéfaction car ils ont vu qu’à un tel niveau de la vie en communauté dans un contexte particulier, l’importance de la langue n’était en aucun cas à bannir…
- Enfin, la semaine fut riche en émotions avec les interventions de Konrad Sioui, Grand Chef de la nation Huronne-Wendat, et de André Gladu, cinéaste. Au témoignage sobre mais poignant du premier se conjuguait l’expérience artistique du second, faite d’échanges avec des anonymes, mais au sein desquels certains pouvaient se reconnaitre : tous deux sont parvenus comme personne à nous faire ressentir et vivre cette francophonie qui me semble bien fragile, mais qui a en elle toutes les cartes pour se renforcer.
Quant aux autre interventions, je n’ai pas l’espace suffisant pour en parler mais elles ont été également d’un excellent niveau, offrant des pistes de réflexion pour tout le continent avec toujours l’idée de transdisciplinarité.
J’en oublierai sans doute mais je tiens à remercier l’Université Laval, le Centre de la francophonie des Amériques et l’Office franco-québécois, sans qui ces rencontres n’auraient pu avoir lieu. Un grand coup de chapeau à l’organisation (Pauline & Daniel), aux assistantes Cécile et Colombe qui nous ont aidé au mieux avec une réactivité rare, le tout dans la bonne humeur.
Il est évident pour moi de promouvoir cette expérience auprès de mes étudiants et de mes amis, de continuer à échanger avec mes camarades et surtout de toujours m’interroger sur ce concept de francophonie, fruit d’influences diverses, porteur d’un message aussi bien humain que politique. Dans le cadre de mes travaux de recherche, je compte en faire une présentation à dimension géopolitique qui pourrait, on ne sait jamais, rappeler à certain son importance fondamentale dans toute volonté d’assoir son influence et de respecter les modes de vie de chacun.

jeudi 9 juin 2011

Informations

Bonjour à tous,

Comme vous avez pu le constater, le blog n'a pas été alimenté pendant quelques jours. L'actualité internationale a pourtant été particulièrement riche pendant cette période avec les événements en Syrie, la situation politique délicate en Italie, la quête d'un chef au FMI... Mais pendant cette même période, j'étais au Québec, plus précisément à l'Université Laval en tant qu'auditeur de la seconde session de formation d'été sur "la francophonie des Amériques". Je vais consacrer prochainement un billet à cet événement et sa réalité internationale avant de reprendre mes chroniques sur la situation internationale.

Merci à tous de votre fidélité.

lundi 30 mai 2011

Géopolitique du cyberespace : quelle stratégie adopter en matière de cyber-sécurité ?


Le Printemps arabe, outre les conséquences politiques qu'il a entrainées, a été l'occasion de confirmer l'importance, voire la prépondérance des moyens de communication dans le déroulement des événements. Twitter, Facebook, Youtube et autres ont permis à tout un chacun de suivre en temps réel les révoltes, mais également d'agir en organisant des manifestations ou en dénonçant les exactions commises par les autorités. Ces dernières ont été clairement dépassées par ces entités du cyberespace, transfrontalier par définition et qui rend délicat toute tentative de neutralisation. Les coupures d'accès à internet n'ont été que temporaires et peu efficaces, d'autres moyens technologiques (serveurs VPN) étant mis en place pour contrer ces censures.

Les puissances internationales avaient déjà intégré dans leur stratégie de sécurité et de défense le paramètre internet ; mais l'utilisation massive des services internet par les opposants au pouvoir en place, que ce soit dans le Monde arabe ou en Chine, a renforcé la nécessité de repenser le cyberespace et de mettre en œuvre une véritable cyber-sécurité.


C'est dans ce contexte que peut se comprendre le "E-G8 forum" organisé cette semaine par le Président Sarkozy avant le G8 de Deauville, mais aussi et surtout le document de réflexion du Département d'Etat présenté la semaine dernière par Hillary Clinton qui s'intitule "Stratégie internationale pour le cyberespace".

Passons sur le "E-G8 forum" qui n'apporte aucun élément concret. La couverture médiatique de l'événement et la présence de célèbres grands patrons tels Mark Zuckerberg (Facebook) ont sans doute suscité trop d'espoirs pour ce qui n'est au final qu'un exercice de communication. Certes des tables rondes ont été organisées mais l'absence de spécialistes en charge des aspects techniques a empêché la possibilité d'un débat de fond. Seul le discours du Président Sarkozy donne au final quelques indices sur ce que devrait être Internet, et par extension le cyberespace. Le président français, tout en louant les progrès qu'a permis Internet, a souligné les risques que son utilisation sous-entend et a appelé à de nombreuses reprises à la "responsabilité" de chacun, que ce soit du côté des acteurs de l'internet ou des autorités concernées. Comment comprendre cette "responsabilité" ? Des contrôles supplémentaires sont-ils nécessaires pour assurer une plus grande sécurité dans le cyberespace ? Qui décidera de les mettre en place ? N'y a-t-il pas le risque d'un Internet sous contrôle ? Le président a répondu par la négative, jugeant que cela serait impossible. Mais l'impossibilité ne signifie pas l'absence de volonté…

Les Etats-Unis sont clairement en avance sur le reste du monde en matière de stratégie du cyberespace, comme le montre le rapport du Département d'Etat qui s'articule autour de trois axes : construire une politique en matière de cyberespace, en envisager le futur et en définir les priorités politiques. Les Etats-Unis ont intégré dans leur politique la dimension cybernétique qui touche aussi bien les secteurs économique que diplomatique et militaire.

Le rapport commence par rappeler qu'un tiers de la population mondiale utilise aujourd'hui internet, aidée par plus de quatre milliards d'appareils sans-fil. Ce formidable développement n'a pu se faire que parce que les principes d' "ouverture et d'interopérabilité" ont été respectés. La politique américaine du cyberespace repose sur "la croyance que les NTIC représentent un potentiel immense pour la nation américaine, et pour le monde". Le cyberespace est vu comme un moyen d'enrichissement individuel, d'accélérateur économique pour les entreprises mais également comme un "marché global des idées", où les valeurs américaines pourraient plus rapidement se propager. Trois concepts doivent être pris en compte pour un cyberespace sûr : le respect des droits fondamentaux, la vie privée et la libre circulation de l'information. Revendiqués à plusieurs reprises, ils ne représentent pourtant pas la réalité. Le Patriot Act mis en place sous Bush confère aux autorités policières et judiciaires de très nombreux et puissants pouvoirs en matière de cybercriminalité qui outrepassent le respect de la vie privée. De même, la France avec la loi Hadopi possède des outils de contrôle parmi les plus sophistiqués au monde qui peuvent s'apparenter à une censure de l'internet.

Les Etats-Unis perçoivent le futur du cyberespace comme le lieu absolu des échanges et des associations, aussi bien privées / publiques qu'interétatiques, la stratégie étant que plus il y aura d'Etats qui travailleront ensemble, moins la cybercriminalité sera forte. C'est ainsi que la Silicon Valley et le Département d'Etat sont désormais associés à la diplomatie américaine et forment des "délégations technologiques", baptisées tech.d. L'objectif final est donc de créer une " toile de partenariats à tous les niveaux " afin que les normes futures en matière de cyber-sécurité soient applicables par tous. Les Etats-Unis entendent bien sûr en conserver le leadership et se proposent même d'aider les Etats incapables d'avoir un cyberespace sûr. En effet, il suffit d'un Etat "faible" pour qu'un cyber-crime soit commis. Le principe d'interopérabilité, affirmé par 174 nations lors du sommet mondial de Tunis (2005), est l'outil majeur de cette influence mondiale, à même d'éviter l'internet fragmenté qui tend à se mettre en place (systèmes alternatifs mis en place en Asie par exemple).

Conscients de la nécessité d'agir vite, les Etats-Unis entendent mener une intense campagne de lobbying lors des grands sommets qui s'annoncent : Union africaine, OSCE, OCDE, G8… Les principes de libre-échange (qui permet l'innovation technologique), de propriété intellectuelle et de primauté des standards techniques sécurisés seront mis sur la table des négociations. Nul doute que ces dernières seront plus que délicates à mener et ce pour plusieurs raisons : - Les Etats-Unis prônent le bilatéralisme et le multilatéralisme dans leurs échanges mais de façon inégale, le partage d'informations étant toujours défavorable aux partenaires.

- Les Etats-Unis encouragent l'accès aux logiciels libres (modifiables et interopérables), alors qu'Apple et Microsoft, sociétés américaines, ont des écosystèmes très verrouillés.

- Le cyberespace pose la question des frontières qui sont abolies, de l'ingérence possible et de savoir qui fixe les normes en matière de cyber sécurité dans la mesure où un consensus semble délicat.

- Internet est devenu un outil de diplomatie certain, voire de guerre, à l'instar des attaques cybernétiques menées contre des systèmes informatiques (France, Allemagne, Iran…). Il est très difficile de repérer le commanditaire exact d'une utilisation criminelle du cyberespace et le rapport ne propose aucune solution concrète.

- Les Etats-Unis entendent mener une diplomatie du cyberespace très active, revendiquant clairement l'intervention lorsque les principes de liberté d'expression ne sont pas respectés.
 Ce dernier point fera débat car il interfère directement dans le rôle de l'Etat concerné qui voit son autorité remise en question et ses moyens d'action entravés. Les révoltes qui se poursuivent dans le Monde arabe permettront de voir si les Etats-Unis mettent réellement en pratique leur stratégie ou s'ils se bornent à des menaces.

En vérité, pour assurer un équilibre entre respect des individus et des souverainetés nationales, pour créer un lieu de sécurité et de confiance, le cyberespace devrait faire l'objet d'une supra gouvernance.


jeudi 26 mai 2011

L'Europe et ses Europes

L'Europe peut-elle imploser? Depuis de nombreuses années, le sujet fait l'objet de vifs débats de l'autre côté de l'océan, où l'Europe apparaît comme un ovni, de par la multiplicité de différences et d'inégalités qui parviennent pourtant à faire un tout qui fonctionne. L'existence même de l'Europe et sa longévité mettent à mal l'argumentaire des défaitistes mais un basculement, du moins au niveau intellectuel, pourrait s'opérer prochainement. Trois pays peuvent le faire penser:

- la Grèce, aidée par l'Europe et le FMI, est dans une situation catastrophique. Incapable de rembourser les 110 milliards d'euros déjà prêtés et sans doute perdus, elle en demande 60 de plus pour tenir. Les marchés financiers ne s'y sont pas trompés et attaquent la Grèce en misant sur son incapacité à réagir rapidement. Empêcher la Grèce de faillir devrait pourtant être un impératif, au sens kantien, car elle est une des portes d'entrée majeures de l'immigration illégale. De plus, sa jeunesse, pour une partie manipulée par des groupes radicaux, peut accentuer l'instabilité déjà très présente, surtout au niveau économique. Les investisseurs prêts à tenter leur chance en Grèce sont désormais quasi inexistants. L'Allemagne, en pointant la Grèce du doigt comme le "mauvais élève" européen, ne fait rien pour arranger les choses et exacerbe les nationalismes. Pourtant, l'Allemagne devrait se souvenir que sa puissance tient entre autres de ses liens commerciaux avec les Etats européens.

- le Portugal connaît une crise économique sans précédent qui l'a conduit à demander l'aide du FMI et de l'Europe. Plus de 78 milliards d'euros ont été prêtés et les effets positifs ne se feront sentir qu'en 2013: pour cette année et l'année prochaine, le Portugal sera en récession. Des réformes sont attendues pour relancer l'économie et surtout l'assainir, l'objectif étant de la rendre bien plus dynamique qu'elle ne l'est pour l'instant. Cela ne peut aller sans heurts, à l'instar du pouvoir lusitanien qui fonctionne actuellement par interim, en attendant de prochaines élections. Il serait bon que le plan annoncé par le Premier ministre José Socrates fonctionne; rappelons que l'intégration du Portugal dans l'Europe a été le fruit d'un long cheminement et que beaucoup d'Etats européens historiques ne pensaient pas que le Portugal avait sa place en Europe.

- l'Espagne est clairement le cas le plus problématique. Les dernières élections sont à ce titre symptomatiques d'un peuple en perdition, qui vote par défaut: en effet, la défaite des socialistes s'explique davantage par une défiance vis à vis des partis politique que par une véritable adhésion au parti de droite. La corruption, favorisée par une mafia très discrète mais tentaculaire (sport, bâtiment), gangrène littéralement l'économie du pays, qui perd ainsi toute crédibilité. Mais surtout, l'Espagne doit faire face à sa jeunesse qui ne voit aucun avenir pour elle. Sur-diplômée, elle ne trouve pas sa place sur le marché du travail et vit dans une précarité alarmante.
L'expression la plus visible de ce malaise sociétal et politique est bien sûr le mouvement des "indignés", qui occupent la place Puerta del Sol depuis plusieurs jours. Il s'agit surtout de jeunes en quête d'un travail mais aussi de révoltés d'un système qui oublie les faibles, voire les conduit à la pauvreté. Passé l'importance médiatique, il convient de relativiser la portée de cette soit-disante révolution qui, sans leader, sans réelle politique, ne tiendra guère longtemps. En effet, la seule occupation d'un espace public, certes médiatique mais peu stratégique, ne saurait influencer la politique gouvernementale.

C'est un avenir sombre qui s'annonce pour l'Europe. Le risque d'une volonté d'exclure les pays défaillants n'est pas à exclure, malgré le cataclysme que ce choix provoquerait. Une politique d'union permettrait à l'Europe de se sortir grandie de ce bourbier. A elle d'agir!

mardi 24 mai 2011

De l'art d'informer...ou non

De récents études d'audience montrent une progression fulgurante des chaînes d'information françaises grâce à l'affaire DSK. On pourrait penser que les Français se passionnent pour une affaire judiciaire et qu'ils en attendent des analyses et autres éléments d'information. Il n'en est rien et ce phénomène n'est pas purement français.

On assiste au contraire à une crétinerie rampante aussi bien du citoyen que des médias. Ces derniers ont montré ces deux dernières semaines à quel point le travail de journaliste était perverti et qu'il ne reposait plus sur grand chose. Où sont passés les investigations, les recoupements d'information, la vérification des sources, la prise de recul nécessaire pour éviter de commettre des erreurs?

Tout a disparu, au profit de twitter où un individu lamba peut lancer une information, qui sera reprise par les plus "sérieux" médias sans sourciller. Que penser du soit-disant frère de la victime dans cette affaire? Personne n'a songé à vérifier qu'il avait effectivement un lien de parenté avec la femme de chambre et chacun a au contraire rapporté ses propos pendant plusieurs jours.

Dans une course effrénée au scoop, les journaux donnent toujours plus de détails qui sont soit faux, soit donnés de façon illégale par la Police de New York et les services de justice. Les médias doivent-ils accepter de participer à cette mascarade, avec le risque évident de prendre parti? Non, en aucun cas.

Par ailleurs, les médias ont besoin de captiver leur auditoire pour éviter que ce dernier ne s'intéresse à un autre sujet. C'est pourquoi sont organisées des "éditions spéciales", des -faux- "débats" où l'on ressasse les mêmes informations, répétant parfois au mot près ce qui a été dit cinq minutes avant, car il faut combler le vide.
En d'autres termes, "en absence d'information, n'ayons de cesse de répéter le vide", tel pourrait être le credo de certaines chaînes de télévision.
Les médias ont beau jeu de se couvrir de la plus belle des précautions en invoquant sans cesse la "présomption d'innoncence", mais c'est pour mieux enchaîner par la suite sur une information sans intérêt, ou plutôt d'un très bas niveau.

On ne peut s'empêcher de se demander ce qui se passerait dans le monde, si autant de moyens humains et matériels étaient mis au service de causes essentielles. Une catastrophe naturelle vient de frapper les Etats-Unis, plus de cent victimes sont à déplorer ainsi qu'un grand nombre de disparus. A-t-on vu des "éditions spéciales" avec des spécialistes à même d'expliquer ces phénomènes et leurs liens avec nos modes de vie et les bouleversements climatiques? Pas le moins du monde.

Toutefois, loin de moi l'idée de tenir les médias pour seuls responsables. L'augmentation de leur part d'audiences témoigne de leur bonne compréhension des attentes et des envies des spectateurs (et lecteurs) qui suivent comme des moutons sans réfléchir à ce qu'on leur régurgite, pour éviter qu'ils réfléchissent par eux-mêmes.
Nous avons la presse que nous méritons.
Le cercle vicieux est enclenché depuis quelques années déjà, mais le développement des NTIC augmente sa puissance et son influence sur nos vies.

Un voeu pieux sans doute: prendre le temps de lire et de réfléchir. C'est une question de santé publique.

samedi 21 mai 2011

L'aide diplomatique américaine dans le Monde arabe

Dans la chronique d'hier, je traitais de la proposition audacieuse mais peu judicieuse du Président Obama d'oeuvrer à la création d'un Etat palestinien sur les frontières de 1967. Très rapidement, comme on pouvait s'y attendre, Israël a refusé fermement cette proposition et les lobbys pro-israéliens ont entamé leur travail de communication intensive pour délégitimer la position d'Obama.

Mais résumer le discours du Président au seul conflit israélo-palestinien serait une erreur. Le Président Obama définit de façon plus globale ce que doivent être les relations entre les Etats-Unis et le monde arabe. L'urgence est d'autant plus de mise que le monde arabe est secoué par des révolutions qui font chuter des dictateurs, ou plus poliment des "présidents à vie", et qui permettent aux individus d'exprimer leurs revendications, aussi bien matérielles qu'immatérielles.

Dans son discours, Obama cherche à distribuer les bons et mauvais points, félicitant la Tunisie et l'Egypte pour le succès des révoltes et critiquant ouvertement la Libye et la Syrie pour la répression que ces deux Etats conduisent. Bien que de façon indirecte et cachée un rôle ait été joué par l'Administration Obama, il semble bien que cette dernière ait pris le train en marche, réagissant au coup par courp, proclamant le respect de l'expression populaire sans pour autant mener une véritable politique de pressions à l'encontre des autorités concernées. Sinon, comment expliquer sa mollesse face au drame syrien? Ou son jeu de "ni oui ni non" en Libye?

Il est vrai que la situation est complexe et qu'elle ressemble à s'y méprendre à un château de cartes car si des actions sont menées contre la Syrie, comment réagira l'Iran? Les Etats-Unis sont confrontés à un dilemme entre leur volonté d'accompagner les révolutions arabes tout en agissant pour une stabilité géopolitique dans la région. Il semble bien qu'actuellement, ils n'aient pas fait réellement de choix, laissant la situation empirée, la Libye se divisant entre pro et anti-Kadhafi et le peuple syrien faisant l'objet de massacres.

Obama peut se glorifier de la mort de Ben Laden et rappeler que ce dernier ne représentait en rien le monde musulman et qu'au contraire, il lui nuisait. Mais cet acte seul, aussi emblématique soit-il, ne doit pas détourner le Président des préoccupations premières, à savoir:
1. oeuvrer à une solution de paix sur le long terme entre Israéliens et Palestiniens
2. accompagner les révolutions arabes sans faire preuve d'une trop grande ingérence
3. faire preuve de mesure dans ses choix géostratégiques pour ne pas exciter les franges extrêmes des autorités iraniennes qui ont d'importantes visées régionalistes.

Souhaitons que celui qui a prononcé le fameux "discours du Caire" en 2009 sera à la hauteur, pour le bien du monde arabe et du monde dans son ensemble.