mardi 8 juin 2010

La Chine et sa "muraille numérique"

"Un non-événement pour aujourd'hui mais un événement majeur pour demain": c'est ainsi que l'on pourrait caractériser la publication aujourd'hui par le gouvernement chinois d'un livre blanc sur sa politique chinoise de l'internet.

La citation suivante se passe de commentaire: "Sur le territoire chinois, l'Internet se trouve sous juridiction et souveraineté chinoises. La souveraineté de la Chine sur l'Internet devrait être respectée et protégée". Quoiqu'un commentaire s'impose.

La Chine consacre dans ce livre l'existence d'un internet à deux vitesses, à la fois mondial pour son influence et local pour ce qui est de son contrôle juridique. Son choix est sûr d'impacter durablement la notion même d'Internet car les chinois sont les premiers surfeurs sur le web (400 millions).

Internet est perçu en Chine à deux niveaux: comme un outil favorisant le développement économique mais également comme un moyen de jouer avec l'autorité étatique. Cette dernière ne se prive pas d'ailleurs de rappeler les règles à respecter. 

Les mots "internet" et "censure" sont désormais familiers dans l'approche numérique chinoise: les pirates chinois au service du gouvernement attaquent les comptes mails des dissidents et osent même, preuve que la Chine ne craint personne pas même les États-Unis, s'en prendre aux intérêts américains, à l'image de l'affaire Google, ou de l'intrusion dans les systèmes de sécurité numérique des gouvernements français et allemands. 

Plus à tort qu'à raison, le champ étatique entend reprendre sa place dans le développement de l'internet, à l'image des initiatives française, allemande, anglaise, australienne... (lutte contre le piratage, lois enfreignant les libertés...)  Il est vrai que le système est imparfait mais y imprimer les symboles et conventions des États n'aura d'autre effet que de le scléroser et de le vider de son sens. 

Internet a vocation à être mondial et donc à être sous l'autorité d'une organisation mondiale. L'élaboration de cette dernière poserait de multiples problèmes mais aurait au moins le mérite d'éviter "des internets". 

lundi 7 juin 2010

Le curieux choix d'Obama...

Sa démission avait été très relayée dans les médias: porté au pilori pour une gestion approximative de deux attentats ratés (celui de Noël à bord du vol Amsterdam-Détroit et celui de Times Square du 1er mai), Dennis Blair avait dû remettre sa démission à Obama de poste de directeur du Renseignement national américain (DNI) le 20 mai dernier.

Les Américains étaient retombés dans cette psychose sécuritaire qui avait sensiblement terni leur image, voyant des ennemis partout, et légitimant indirectement les différentes politiques liberticides de Bush, peu remises en cause par Obama. Comme on dit: qui ne dit mot consent. 

Sur le fond, Dennis Blair n'a été qu'un pion sacrifié dans le jeu politico-médiatique d'Obama. Contrairement à ce que laissent croire certains, on ne peut et on ne pourra jamais empêcher totalement les attentats. La majorité sont évités mais il y aura toujours la possibilité d'un terroriste déjouant les scénarios de sécurité.

Le problème vient en vérité du successeur de Monsieur Blair: il s'agit de l'ancien général James Clapper qui était jusqu'à présent sous-secrétaire à la Défense pour le Renseignement (DIA). Son expérience de militaire n'est pas à remettre en cause, ses connaissances du milieu du renseignement encore moins.

Ce qui gêne ici tient à ses différentes prises de position: il a été favorable aux guerres en Afghanistan et en Irak, allant même jusqu'à défendre devant le Congrès la stratégie de Georges W Bush, arguant que ces conflits ont permis aux USA d'améliorer leurs capacités de sécurité et de défense.

Outre l'ineptie que constitue un tel propos, eu égard à une conception globalisante de la guerre, il peut paraître surprenant au premier abord que cet homme ait été choisi par Obama.

Jour après jour, il semble bien que la rupture affichée par Obama n'est qu'une façade. Un exemple ne fait pas une démonstration mais il peut donner quelques indications: Guantanamo a été fermé mais de nombreux problèmes juridiques demeurent (il y a un débat en ce moment quant à la possibilité de juger un jeune homme mineur au moment de ses actes), les autres prisons secrètes demeurent, il y a toujours plus de GI's en Afghanistan, la situation au Proche-Orient reste stable voire empire, l'Europe est délaissée de façon regrettable...

La désillusion est proportionnelle à la méprise des représentants de l'Obamania qui ont cru que cet homme avait pour mission de résoudre les maux du monde alors que de façon tout à  fait normale, son but est d'assurer la prospérité de son pays.  

dimanche 6 juin 2010

Obama, BP et l'opinion américaine.

Au départ, un accident industriel comme il s'en produit chaque année partout dans le monde. Au départ seulement, car ses conséquences, difficilement imaginables, en ont fait un enjeu environnemental à dimension -trop- fortement politique.

Le 20 avril dernier, une plate-forme pétrolière, propriété de BP, explose au large de la Louisiane, provoquant une marée noire sans précédent et causant la mort de 11 employés. Le président Obama s'empresse de réagir, affirmant à plusieurs reprises que "BP paiera", tout en précisant, mais avec moins d'insistance, que son administration avait indirectement une part de responsabilité dans cette affaire, ou plutôt dans cette catastrophe. 

En effet, selon le Wall Street Journal, BP a failli dans sa gestion de la sécurité de la plate-forme pétrolière, négligeant les réparations qui semblaient indispensables. Mais qu'a fait l'administration Obama pour les contraindre à agir? Rien. Tant que BP faisait son travail d'extraction, personne ne se risquait à marquer une quelconque opposition.

A présent que BP est en tort, c'est une véritable coalition politico-médiatique qui s'abat sur la compagnie pétrolière avec pour principal porte-parole le président Obama lui-même. Avec un brin de populisme, il s'en est pris directement au directeur de BP, Tony M. Hayward, accusé de manquer de tact pour une publicité (20 millions de dollars) où BP s'excuse à nouveau. 

Ne s'agit-il pas plutôt d'un moyen pour Obama de faire oublier sa gestion assez discutable de la catastrophe? Assurément oui. Ses trois visites n'auront servi à rien, l'image de lui arpentant les plages touchées l'a fait passer pour quelqu'un comprenant la situation mais avec le détachement d'un technocrate! 

Au fond, Obama, pourtant brillant dans de nombreux domaines, n'arrive pas ici à avoir une longueur d'avance sur le déroulement de l'affaire, agissant toujours sur l'instant. Ce qui le gêne en vérité, c'est que BP a reconnu très rapidement ses torts et s'est engagé à rembourser tout ce qu'il devrait. L'image de BP n'est donc pas totalement noire.

Certes, le bouc-émissaire est tout trouvé pour Obama, qui se voit ici aidé par la Bourse qui attaque BP au point que certains parlent d'une possible OPA sur la compagnie pétrolière. Mais cette histoire laissera des traces; c'est une version alternative du western classique qui s'offre aux citoyens américains: le "méchant" meurt à la fin mais le "gentil" ne peut pavoiser sur sa victoire car il est lui-même indirectement impliqué dans les méfaits du premier. 

La seule véritable victime dans cette affaire demeure la nature, qui se voit bouleversée par l'étroitesse d'esprit de certains. 

jeudi 3 juin 2010

Un nouvel espoir en Afghanistan

Et si le président Karzaï était la solution au conflit afghan? La question a de quoi surprendre, tant les critiques à son encontre ont été nombreuses, et bien souvent justifiées. On se souviendra de sa réélection plus que douteuse, ses liens avec le milieu de la drogue par l'intermédiaire de son frère, sa faible lutte contre la corruption qui asphyxie son administration, le peu d'estime qu'ont pour lui la plupart des dirigeants occidentaux, en particulier Obama. 

Mais voilà: au pied du mur à cause des alliés, Hamid Karzaï se découvre des talents de rassembleur et de pacifiste dans l'âme. Là où ses soit-disant alliés proposent de multiplier les actions militaires de grande ampleur pour réduire l'influence des Talibans, lui suggère de dialoguer, soutenant que le pays ne pourra se reconstruire durablement sans la participation des Talibans. 

C'est ainsi qu'aujourd'hui a eu lieu à Kaboul une «jirga de la paix», une assemblée présidée par le président Karzaï avec pour objectif de rassembler derrière lui les Talibans "modérés", conformément à ce qu'il avait annoncé en janvier lors de la Conférence internationale de Londres sur l'Afghanistan. La réunion s'est bien déroulée, même si elle a été perturbée à plusieurs reprises, les forces de sécurité empêchant des kamikazes de commettre des attentats. 

Reste que Karzaï est dans une situation peu enviable: accusé de traîtrise à la fois par les Talibans et les Américains qui le soupçonnent de mener un double jeu, sa mission consiste à chercher un consensus rapidement pour relancer l'économie d'un pays dont les bases sont à reconstruire. 

Que peut-on attendre de cette réunion? En vérité, son succès dépend directement de la stratégie des Américains: si ces derniers persistent à mener des actions meurtrières qui font inévitablement des victimes civiles, l'anti-américanisme va être exacerbé et associé à l'image de Karzaï qui laisse agir.

La solution résiderait peut-être dans une action américaine davantage discrète mais plus efficace, en ciblant les principaux chefs liés à Al-Qaeda au lieu de lancer des attaques -trop- médiatiques dans d'immenses zones. Mais la situation est plus complexe, en raison du manque de connaissance de la région et de l'absence de réponse à la question suivante: qu'entend-on par "Taliban modéré"? 

Seule une meilleure connaissance des acteurs du conflit parviendra à limiter les dégâts de cette guerre qui n'a que trop duré (9 ans cette année!)


mercredi 2 juin 2010

Crise politique au Japon

C'est un espoir déçu que vient de connaître le Japon. Au pouvoir pendant plus de cinquante ans, le Parti libéral-démocrate avait laissé place l'an dernier au Parti démocrate (PDJ) de Monsieur Yukio Hatoyama. Ce dernier avait axé sa campagne sur la relance de l'économie du pays par un ensemble de réformes ambitieuses, visant aussi bien à rendre plus efficace et moins coûteuse différents organismes comme la poste qu'à présenter des mesures pour le travail des jeunes diplômés et des séniors. 

La tâche était dure, trop dure pour le premier ministre Hatoyama qui a présenté sa démission ce matin devant les députés de son parti. Il n'aura tenu que 8 mois à son poste, et devient de ce fait le quatrième premier ministre à démissionner avant la première année de son mandat. 

Les scandales liés au financement occulte de campagne, l'absence de résultats concrets pour redresser l'économie du pays, la perte de confiance de la population dans leurs dirigeants, auront eu raison de lui. Le point culminant de son échec aura été la gestion, plus que discutable, de la base militaire américaine située sur l'île d'Okinawa: Hatoyama a préféré céder devant les pressions américaines et renoncer ainsi à une promesse de campagne,en laissant la base à sa place malgré les contraintes qu'elle pose à la population locale.

Tout espoir est-il perdu? Sans doute pas. En démissionnant, Hatoyama donne une seconde et dernière chance à son parti de réformer le pays. En effet, le PDJ va devoir se choisir un nouveau chef qui aura la lourde tâche d'éviter une bérézina aux élections sénatoriales qui auront lieu dans quelques semaines. 

Le Japon, avec une Chine toujours plus puissante et soucieuse d'asseoir son influence régionale, ne peut se permettre une nouvelle instabilité politique. il en va désormais de son rôle de grande puissance économique... 

mardi 1 juin 2010

De l'art d'informer et de désinformer

Ce n'est pas encore une guerre au sens conventionnel du terme... Peut-être n'y en aura-t-il pas, même si les déclarations turques ne laissent présager rien de bon. Il n'en demeure pas moins qu'une guerre a lieu: celle de l'information, ou plutôt de la désinformation. A l'exception de la presse américaine qui reste focalisée sur la catastrophe en Louisiane, tous les médias internationaux traitent de ce drame, corrigeant, ajoutant, nuançant des informations qui arrivent au compte goutte. 

Car là est le problème: les informations sûres, c'est-à-dire vérifiées, recoupées, sont quasiment inexistantes. La vrai question est la suivante: que sait-on vraiment? Le nombre des morts est plus qu'incertain: 9, 10, 19, les chiffres varient entre le matin et l'après-midi. On ne sait pas précisément qui composait l'équipage de la flottille, quels ont été les prémices de ce coup de force des associations pro-palestiniennes... On pourrait énumérer les interrogations encore longtemps. 

Le doute, la suspicion, les rumeurs sont dangereuses pour un État: Israël sait que son opération a été un fiasco, qu'elle a sans doute été mal préparée par ailleurs; il cherche à présent à limiter les dégâts en investissant davantage le champ médiatique, en montrant des vidéos où ses soldats sont pris à partie de façon violente par les membres des bateaux par exemple pour justifier ses actes. Le but officieux est de créer une sorte de "relativisme de l'information", avec pour principal motif de subir des sanctions. 

Il est trop tôt pour dire si cet événement constitue un tournant dans le conflit au Proche-Orient, le jeu des différentes parties n'étant que partiellement dévoilé. Cependant, tout est possible dans cette région; le souvenir de la poudrière des Balkans revient à l'esprit

lundi 31 mai 2010

L'erreur israélienne

Selon les derniers chiffres, une vingtaine de personnes auraient été tuées dans l'assaut israélien contre la flottille en route pour Gaza. Certes, le simple fait de vouloir passer outre le blocus imposé par Israël constituait déjà une forme de provocation mais Israël n'aurait jamais dû agir de la sorte. La disproportion dans l'action dont l'État hébreu fait preuve est dangereuse, à la fois pour ses voisins mais surtout pour sa propre sécurité. La communauté internationale a condamné cette attaque, le Hamas appelle déjà à une nouvelle Intifada, la Turquie se montre très critique à l'égard de son voisin, parlant de conséquences "irréparables"... 

On pourrait croire que la situation va dégénérer et pourtant, il y a de fortes chances qu'il n'en soit rien. Israël va subir quelques critiques, les États-Unis et l'Europe vont afficher leur effroi devant ce qui vient de se produire mais rien de concret ne sortira. De même qu'Obama s'est vu éconduit par Netanyahu au sujet du sort des territoires palestiniens, le président américain aura du mal aujourd'hui à infléchir la position de son principal allié dans la région. 

Israël semble adopter aujourd'hui la stratégie du pire alors qu'il avait toutes les cartes en main pour apaiser les tensions. S'il avait laissé entrer dans Gaza les humanitaires, car c'est bien principalement d'humanitaires qu'était constitué la flottille, il aurait coupé l'herbe sous le pied de ses détracteurs en affichant une certaine clémence à l'égard d'un peuple isolé du reste du monde et qui vit dans une situation déplorable. En agissant de la sorte, il aurait sans nul doute obtenu l'appui des Européens et des Américains, appui précieux en ces temps de doute sur la menace nucléaire iranienne. 

Israël s'isole, s'"extrémise", et menace de fait une sécurité régionale déjà fortement relative. Bien qu'il ait échoué au départ, l'espoir peut venir à nouveau d'Obama, à condition qu'il exerce une forte pression sur Israël, financière principalement, pour obtenir un partage des territoires satisfaisant pour les deux parties.

Israël ne cesse d'affirmer qu'il est menacé de destruction: que la communauté internationale s'engage à mettre des troupes dans la région pour protéger l'État hébreu et l'argument israélien n'aura plus de sens. Une paix est possible mais elle implique l'action de tous.