Au départ, un accident industriel comme il s'en produit chaque année partout dans le monde. Au départ seulement, car ses conséquences, difficilement imaginables, en ont fait un enjeu environnemental à dimension -trop- fortement politique.
Le 20 avril dernier, une plate-forme pétrolière, propriété de BP, explose au large de la Louisiane, provoquant une marée noire sans précédent et causant la mort de 11 employés. Le président Obama s'empresse de réagir, affirmant à plusieurs reprises que "BP paiera", tout en précisant, mais avec moins d'insistance, que son administration avait indirectement une part de responsabilité dans cette affaire, ou plutôt dans cette catastrophe.
En effet, selon le Wall Street Journal, BP a failli dans sa gestion de la sécurité de la plate-forme pétrolière, négligeant les réparations qui semblaient indispensables. Mais qu'a fait l'administration Obama pour les contraindre à agir? Rien. Tant que BP faisait son travail d'extraction, personne ne se risquait à marquer une quelconque opposition.
A présent que BP est en tort, c'est une véritable coalition politico-médiatique qui s'abat sur la compagnie pétrolière avec pour principal porte-parole le président Obama lui-même. Avec un brin de populisme, il s'en est pris directement au directeur de BP, Tony M. Hayward, accusé de manquer de tact pour une publicité (20 millions de dollars) où BP s'excuse à nouveau.
Ne s'agit-il pas plutôt d'un moyen pour Obama de faire oublier sa gestion assez discutable de la catastrophe? Assurément oui. Ses trois visites n'auront servi à rien, l'image de lui arpentant les plages touchées l'a fait passer pour quelqu'un comprenant la situation mais avec le détachement d'un technocrate!
Au fond, Obama, pourtant brillant dans de nombreux domaines, n'arrive pas ici à avoir une longueur d'avance sur le déroulement de l'affaire, agissant toujours sur l'instant. Ce qui le gêne en vérité, c'est que BP a reconnu très rapidement ses torts et s'est engagé à rembourser tout ce qu'il devrait. L'image de BP n'est donc pas totalement noire.
Certes, le bouc-émissaire est tout trouvé pour Obama, qui se voit ici aidé par la Bourse qui attaque BP au point que certains parlent d'une possible OPA sur la compagnie pétrolière. Mais cette histoire laissera des traces; c'est une version alternative du western classique qui s'offre aux citoyens américains: le "méchant" meurt à la fin mais le "gentil" ne peut pavoiser sur sa victoire car il est lui-même indirectement impliqué dans les méfaits du premier.
La seule véritable victime dans cette affaire demeure la nature, qui se voit bouleversée par l'étroitesse d'esprit de certains.
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