Et si le président Karzaï était la solution au conflit afghan? La question a de quoi surprendre, tant les critiques à son encontre ont été nombreuses, et bien souvent justifiées. On se souviendra de sa réélection plus que douteuse, ses liens avec le milieu de la drogue par l'intermédiaire de son frère, sa faible lutte contre la corruption qui asphyxie son administration, le peu d'estime qu'ont pour lui la plupart des dirigeants occidentaux, en particulier Obama.
Mais voilà: au pied du mur à cause des alliés, Hamid Karzaï se découvre des talents de rassembleur et de pacifiste dans l'âme. Là où ses soit-disant alliés proposent de multiplier les actions militaires de grande ampleur pour réduire l'influence des Talibans, lui suggère de dialoguer, soutenant que le pays ne pourra se reconstruire durablement sans la participation des Talibans.
C'est ainsi qu'aujourd'hui a eu lieu à Kaboul une «jirga de la paix», une assemblée présidée par le président Karzaï avec pour objectif de rassembler derrière lui les Talibans "modérés", conformément à ce qu'il avait annoncé en janvier lors de la Conférence internationale de Londres sur l'Afghanistan. La réunion s'est bien déroulée, même si elle a été perturbée à plusieurs reprises, les forces de sécurité empêchant des kamikazes de commettre des attentats.
Reste que Karzaï est dans une situation peu enviable: accusé de traîtrise à la fois par les Talibans et les Américains qui le soupçonnent de mener un double jeu, sa mission consiste à chercher un consensus rapidement pour relancer l'économie d'un pays dont les bases sont à reconstruire.
Que peut-on attendre de cette réunion? En vérité, son succès dépend directement de la stratégie des Américains: si ces derniers persistent à mener des actions meurtrières qui font inévitablement des victimes civiles, l'anti-américanisme va être exacerbé et associé à l'image de Karzaï qui laisse agir.
La solution résiderait peut-être dans une action américaine davantage discrète mais plus efficace, en ciblant les principaux chefs liés à Al-Qaeda au lieu de lancer des attaques -trop- médiatiques dans d'immenses zones. Mais la situation est plus complexe, en raison du manque de connaissance de la région et de l'absence de réponse à la question suivante: qu'entend-on par "Taliban modéré"?
Seule une meilleure connaissance des acteurs du conflit parviendra à limiter les dégâts de cette guerre qui n'a que trop duré (9 ans cette année!)
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