vendredi 11 juin 2010

L'Ipad et le paradoxe industriel chinois

L'Ipad d'Apple est sans conteste le produit "tendance" technologique de l'année! Surprenant me direz-vous de commencer une chronique de géopolitique par une actualité de ce genre; vous n'auriez qu'à demi-tort. 

La mondialisation a ceci de fascinant, et d'effrayant, qu'un nombre conséquent d'événements sont liés et que la moindre altération de l'un d'eux a des conséquences sur le dernier, un peu à l'image de l'"effet papillon".

L'Ipad qui se vent aujourd'hui dans le monde entier, a au départ été pensé aux États-Unis, avant d'être fabriqué en Chine par la société Foxconn, partenaire d'Apple depuis de nombreuses années.

Société peu connue du grand public malgré ses 800 000 employés, Foxconn a pourtant été sous le feu de l'actualité (et des critiques), suite à un nombre élevé de suicides d'employés (11 suicides réussis en 2010, une trentaine de tentatives rien qu’en avril) liés principalement aux conditions de travail harassantes pour satisfaire les commandes d'ipad entre autres.

L'affaire aurait pu s'arrêter là, tant nous sommes habitués à considérer la Chine comme un pays peu respectueux des droits, et qui ne cherche que le profit en mettant en danger la vie de ses citoyens. Pourtant, Foxconn a agi, et ce de sa propre initiative.

Steve Job, le charismatique patron d'Apple, n'avait pas critiqué l'entreprise, la jugeant même "chouette". Foxconn a décidé pourtant d'augmenter de 70% (!) les salaires de ses employés en leur faisant signer dans leur contrat une clause de "non suicide", certains employés s'étant donné la mort pour aider leur famille. En effet, lors d'un suicide, Foxconn paie pendant 10 ans à la famille le salaire du défunt. 

Si cette société chinoise s'est empressée d'agir, c'est par crainte de grève massive. Les médias occidentaux ne s'attardent guère, voire occultent ce qui est pourtant une réalité chinoise: de nombreuses grèves éclatent chaque année dans le pays, la raison majoritairement invoquée étant les mauvaises conditions de travail et les bas salaires. 

En agissant de la sorte, Foxconn a cherché à éteindre deux feux: l'américain, incarné par Apple qui aurait pu faire jouer la concurrence, et le chinois, incarné par ces employés révoltés qui auraient fait perdre de l'argent à l'entreprise.

L'espoir d'une société plus juste en Chine existe; il est faible et peu médiatisé mais il demeure une réalité irréfragable. La Chine se modernise, rattrape son retard à -trop- grands pas, occultant par moments ce qui fait sa force: sa main d'œuvre. Cette dernière vient de lui rappeler son importance.




jeudi 10 juin 2010

Et si l'Iran avait la bombe?

Un nouveau coup pour rien? Hier, au Conseil de sécurité de l'ONU, une quatrième vague de sanctions à l'encontre de l'Iran a été adoptée, en dépit du "vote contre" de la Turquie et du Brésil.

Rien de neuf là dedans, et ce d'autant plus que l'accord final est très allégé par rapport à ce qui était prévu au départ, afin de s'assurer les votes chinois et russe. Son impact sur l'Iran sera tout bonnement quasi nul, et digne d'être jeté dans "la poubelle", comme l'a souligné le président iranien Ahmadinejad.

Le vrai débat est ailleurs: pourquoi refuser à l'Iran l'accès à l'arme nucléaire? Certes, ce pays, contrairement à Israël ou l'Inde ou le Pakistan, a ratifié le TNP (Traité de non prolifération nucléaire) et s'est donc engagé à ne pas fabriquer de bombe. Téhéran nie avoir un programme nucléaire mais un faisceau d'indices sérieux laisse supposer le contraire.

Quand bien même l'Iran aurait la bombe, assisterait-on à une guerre nucléaire? Certainement pas. De même qu'il n'y a eu aucune attaque nucléaire entre les deux ennemis que sont l'Inde et le Pakistan, on peut se risquer à affirmer que les choses se passeraient de la même façon pour l'Iran et Israël.

Car nous touchons ici à l'argument majeur en faveur de la non nucléarisation de l'Iran: si ce dernier a la bombe, il anéantira Israël, comme le laisse croire Ahmadinejad dans plusieurs de ses déclarations. Manque de chance, l'argument ne tient pas et ce pour trois raisons:

1. Ahmadinejad est sans aucun doute un illuminé mais il ne détient en aucun cas le pouvoir total. L'influence des religieux iraniens est à considérer au plus haut niveau.

2. En imaginant que l'Iran envoie une bombe sur Israël, outre les moyens de protection dont dispose l'État hébreu, l'Iran se verrait anéanti dans l'heure.

3. La provocation d'Ahmadinejad n'est qu'un subterfuge, l'Iran cherchant en réalité à modifier l'équilibre géopolitique de la région. Seul Israël détient aujourd'hui la bombe; si demain l'Iran l'a également, l'État hébreu verra mécaniquement son champ d'action limité et ne se risquera plus à mener ses "opérations de sécurité" au Liban ou dans d'autres pays sans crainte.

Cet équilibre souhaité par l'Iran peut conduire à tout: aussi bien au pire qu'au meilleur. Israël pourra décider de refuser de perdre ses prérogatives et attaquer, l'Iran pourra trop profiter de son statut de "puissance qui compte" et participer à un embrasement de la région, mais, car il y a un "mais"... On peut tout aussi bien assister à la création d'un durable statu quo, préalable à une "entente cordiale" au Proche et Moyen-Orient.

Les cartes ne sont pas encore toutes révélées, le jeu peut partir dans n'importe quelle direction. Tout dépendra en fin de compte de ce que feront les États-Unis et l'Europe dans une moindre mesure. 


mercredi 9 juin 2010

Le socialisme espagnol à l'épreuve de la crise

Aujourd'hui se déroule à Madrid l'ultime table ronde entre le gouvernement de Zapatero et les différents syndicats et patrons au sujet la réforme du code du travail et des mesures d'aide à l'emploi. Il y a peu de chances que les discussions aboutissent, tant les désaccords sont grands mais le gouvernement a prévenu: dans tous les cas, la réforme sera faite. En France, ce serait un casus belli mais en Espagne, il semble qu'il n'y a plus rien à perdre.

Le projet du gouvernement est clair: pour relancer une croissance dont peu arrivent à y discerner le fifrelin d'un commencement, Zapatero souhaite développer les contrats de formation pour les jeunes, diminuer le temps de travail journalier pour éviter d'arriver au licenciement mais surtout, assouplir les démarches de licenciement et en diminuer les indemnités. 

Zapatero le socialiste a fait long feu; il est seul contre tous. Déjà le 27 mai dernier, son plan d'austérité n'avait été adopté qu'à une voix près, son légitimité à diriger le pays étant légitimement discutée!

Depuis, les manifestations se multiplient, à l'image des fonctionnaires hier qui protestent contre la baisse de leur salaire, laissant planer le risque d'une possible grève générale avec les conséquences fâcheuses que ce genre d'événement implique.

De ces réactions, un double constat s'impose: le socialisme d'aujourd'hui ne peut plus rivaliser avec la brutalité des marchés, dont l'influence sur les États semble se vérifier chaque jour un peu plus.
Par ailleurs, que fait l'Europe? Pourquoi ne donne-t-elle pas des garanties aux pays qui font des efforts à l'image de l'Espagne afin d'éviter des crises politiques? Son silence coupable aura sans aucun doute des conséquences fâcheuses lors des prochaines élections européennes. 

Nul ne peut annoncer la fin de cette crise tant cette dernière change de forme et contamine les économies des pays, tel un virus particulièrement virulent.




mardi 8 juin 2010

La Chine et sa "muraille numérique"

"Un non-événement pour aujourd'hui mais un événement majeur pour demain": c'est ainsi que l'on pourrait caractériser la publication aujourd'hui par le gouvernement chinois d'un livre blanc sur sa politique chinoise de l'internet.

La citation suivante se passe de commentaire: "Sur le territoire chinois, l'Internet se trouve sous juridiction et souveraineté chinoises. La souveraineté de la Chine sur l'Internet devrait être respectée et protégée". Quoiqu'un commentaire s'impose.

La Chine consacre dans ce livre l'existence d'un internet à deux vitesses, à la fois mondial pour son influence et local pour ce qui est de son contrôle juridique. Son choix est sûr d'impacter durablement la notion même d'Internet car les chinois sont les premiers surfeurs sur le web (400 millions).

Internet est perçu en Chine à deux niveaux: comme un outil favorisant le développement économique mais également comme un moyen de jouer avec l'autorité étatique. Cette dernière ne se prive pas d'ailleurs de rappeler les règles à respecter. 

Les mots "internet" et "censure" sont désormais familiers dans l'approche numérique chinoise: les pirates chinois au service du gouvernement attaquent les comptes mails des dissidents et osent même, preuve que la Chine ne craint personne pas même les États-Unis, s'en prendre aux intérêts américains, à l'image de l'affaire Google, ou de l'intrusion dans les systèmes de sécurité numérique des gouvernements français et allemands. 

Plus à tort qu'à raison, le champ étatique entend reprendre sa place dans le développement de l'internet, à l'image des initiatives française, allemande, anglaise, australienne... (lutte contre le piratage, lois enfreignant les libertés...)  Il est vrai que le système est imparfait mais y imprimer les symboles et conventions des États n'aura d'autre effet que de le scléroser et de le vider de son sens. 

Internet a vocation à être mondial et donc à être sous l'autorité d'une organisation mondiale. L'élaboration de cette dernière poserait de multiples problèmes mais aurait au moins le mérite d'éviter "des internets". 

lundi 7 juin 2010

Le curieux choix d'Obama...

Sa démission avait été très relayée dans les médias: porté au pilori pour une gestion approximative de deux attentats ratés (celui de Noël à bord du vol Amsterdam-Détroit et celui de Times Square du 1er mai), Dennis Blair avait dû remettre sa démission à Obama de poste de directeur du Renseignement national américain (DNI) le 20 mai dernier.

Les Américains étaient retombés dans cette psychose sécuritaire qui avait sensiblement terni leur image, voyant des ennemis partout, et légitimant indirectement les différentes politiques liberticides de Bush, peu remises en cause par Obama. Comme on dit: qui ne dit mot consent. 

Sur le fond, Dennis Blair n'a été qu'un pion sacrifié dans le jeu politico-médiatique d'Obama. Contrairement à ce que laissent croire certains, on ne peut et on ne pourra jamais empêcher totalement les attentats. La majorité sont évités mais il y aura toujours la possibilité d'un terroriste déjouant les scénarios de sécurité.

Le problème vient en vérité du successeur de Monsieur Blair: il s'agit de l'ancien général James Clapper qui était jusqu'à présent sous-secrétaire à la Défense pour le Renseignement (DIA). Son expérience de militaire n'est pas à remettre en cause, ses connaissances du milieu du renseignement encore moins.

Ce qui gêne ici tient à ses différentes prises de position: il a été favorable aux guerres en Afghanistan et en Irak, allant même jusqu'à défendre devant le Congrès la stratégie de Georges W Bush, arguant que ces conflits ont permis aux USA d'améliorer leurs capacités de sécurité et de défense.

Outre l'ineptie que constitue un tel propos, eu égard à une conception globalisante de la guerre, il peut paraître surprenant au premier abord que cet homme ait été choisi par Obama.

Jour après jour, il semble bien que la rupture affichée par Obama n'est qu'une façade. Un exemple ne fait pas une démonstration mais il peut donner quelques indications: Guantanamo a été fermé mais de nombreux problèmes juridiques demeurent (il y a un débat en ce moment quant à la possibilité de juger un jeune homme mineur au moment de ses actes), les autres prisons secrètes demeurent, il y a toujours plus de GI's en Afghanistan, la situation au Proche-Orient reste stable voire empire, l'Europe est délaissée de façon regrettable...

La désillusion est proportionnelle à la méprise des représentants de l'Obamania qui ont cru que cet homme avait pour mission de résoudre les maux du monde alors que de façon tout à  fait normale, son but est d'assurer la prospérité de son pays.  

dimanche 6 juin 2010

Obama, BP et l'opinion américaine.

Au départ, un accident industriel comme il s'en produit chaque année partout dans le monde. Au départ seulement, car ses conséquences, difficilement imaginables, en ont fait un enjeu environnemental à dimension -trop- fortement politique.

Le 20 avril dernier, une plate-forme pétrolière, propriété de BP, explose au large de la Louisiane, provoquant une marée noire sans précédent et causant la mort de 11 employés. Le président Obama s'empresse de réagir, affirmant à plusieurs reprises que "BP paiera", tout en précisant, mais avec moins d'insistance, que son administration avait indirectement une part de responsabilité dans cette affaire, ou plutôt dans cette catastrophe. 

En effet, selon le Wall Street Journal, BP a failli dans sa gestion de la sécurité de la plate-forme pétrolière, négligeant les réparations qui semblaient indispensables. Mais qu'a fait l'administration Obama pour les contraindre à agir? Rien. Tant que BP faisait son travail d'extraction, personne ne se risquait à marquer une quelconque opposition.

A présent que BP est en tort, c'est une véritable coalition politico-médiatique qui s'abat sur la compagnie pétrolière avec pour principal porte-parole le président Obama lui-même. Avec un brin de populisme, il s'en est pris directement au directeur de BP, Tony M. Hayward, accusé de manquer de tact pour une publicité (20 millions de dollars) où BP s'excuse à nouveau. 

Ne s'agit-il pas plutôt d'un moyen pour Obama de faire oublier sa gestion assez discutable de la catastrophe? Assurément oui. Ses trois visites n'auront servi à rien, l'image de lui arpentant les plages touchées l'a fait passer pour quelqu'un comprenant la situation mais avec le détachement d'un technocrate! 

Au fond, Obama, pourtant brillant dans de nombreux domaines, n'arrive pas ici à avoir une longueur d'avance sur le déroulement de l'affaire, agissant toujours sur l'instant. Ce qui le gêne en vérité, c'est que BP a reconnu très rapidement ses torts et s'est engagé à rembourser tout ce qu'il devrait. L'image de BP n'est donc pas totalement noire.

Certes, le bouc-émissaire est tout trouvé pour Obama, qui se voit ici aidé par la Bourse qui attaque BP au point que certains parlent d'une possible OPA sur la compagnie pétrolière. Mais cette histoire laissera des traces; c'est une version alternative du western classique qui s'offre aux citoyens américains: le "méchant" meurt à la fin mais le "gentil" ne peut pavoiser sur sa victoire car il est lui-même indirectement impliqué dans les méfaits du premier. 

La seule véritable victime dans cette affaire demeure la nature, qui se voit bouleversée par l'étroitesse d'esprit de certains. 

jeudi 3 juin 2010

Un nouvel espoir en Afghanistan

Et si le président Karzaï était la solution au conflit afghan? La question a de quoi surprendre, tant les critiques à son encontre ont été nombreuses, et bien souvent justifiées. On se souviendra de sa réélection plus que douteuse, ses liens avec le milieu de la drogue par l'intermédiaire de son frère, sa faible lutte contre la corruption qui asphyxie son administration, le peu d'estime qu'ont pour lui la plupart des dirigeants occidentaux, en particulier Obama. 

Mais voilà: au pied du mur à cause des alliés, Hamid Karzaï se découvre des talents de rassembleur et de pacifiste dans l'âme. Là où ses soit-disant alliés proposent de multiplier les actions militaires de grande ampleur pour réduire l'influence des Talibans, lui suggère de dialoguer, soutenant que le pays ne pourra se reconstruire durablement sans la participation des Talibans. 

C'est ainsi qu'aujourd'hui a eu lieu à Kaboul une «jirga de la paix», une assemblée présidée par le président Karzaï avec pour objectif de rassembler derrière lui les Talibans "modérés", conformément à ce qu'il avait annoncé en janvier lors de la Conférence internationale de Londres sur l'Afghanistan. La réunion s'est bien déroulée, même si elle a été perturbée à plusieurs reprises, les forces de sécurité empêchant des kamikazes de commettre des attentats. 

Reste que Karzaï est dans une situation peu enviable: accusé de traîtrise à la fois par les Talibans et les Américains qui le soupçonnent de mener un double jeu, sa mission consiste à chercher un consensus rapidement pour relancer l'économie d'un pays dont les bases sont à reconstruire. 

Que peut-on attendre de cette réunion? En vérité, son succès dépend directement de la stratégie des Américains: si ces derniers persistent à mener des actions meurtrières qui font inévitablement des victimes civiles, l'anti-américanisme va être exacerbé et associé à l'image de Karzaï qui laisse agir.

La solution résiderait peut-être dans une action américaine davantage discrète mais plus efficace, en ciblant les principaux chefs liés à Al-Qaeda au lieu de lancer des attaques -trop- médiatiques dans d'immenses zones. Mais la situation est plus complexe, en raison du manque de connaissance de la région et de l'absence de réponse à la question suivante: qu'entend-on par "Taliban modéré"? 

Seule une meilleure connaissance des acteurs du conflit parviendra à limiter les dégâts de cette guerre qui n'a que trop duré (9 ans cette année!)