mardi 12 avril 2011

La Côte d'Ivoire: échec et mat, victoire de l'ingérence

Fin de partie pour Laurent Gbagbo! Hier, en fin d'après-midi, l'ancien président de la Côte d'Ivoire a été arrêté et remis aux forces de son adversaire élu président Alassane Ouattara. C'est une page majeure de l'histoire de ce pays qui se tourne; beaucoup s'empressent déjà d'espérer un avenir radieux à ce pays, riche de son cacao et de ses relations historiques et complexes avec de nombreuses puissances occidentales, la France en tête.
Il ne faut cependant pas céder à l'angélisme ambiant, qui voudrait que le "méchant" dictateur ait laissé place au "gentil" démocrate. Aussi bien Gbagbo que Ouattara sont intimement liés à l'histoire mouvementée de la Côte d'Ivoire. Souvenons nous que Ouattara a été le premier ministre du dictateur Houphouët-Boigny, et que sous l'autorité de ce dernier, il a fait arrêter au début des années 90 Laurent Gbagbo. Ce dernier a d'ailleurs échappé de peu à un attentat; son image de "résistant" l'a accompagné pendant des années, faisant de lui un symbole d'une révolte africaine contre une vieille structure pro françafrique. De la même façon, lorsque Gbagbo est arrivé au pouvoir au début des années 2000, il s'en est pris à son ennemi en tentant de l'assassiner, Ouattara y échappant de justesse.
Cette querelle personnelle se double d'un échec patent en matière économique, aucun des deux n'ayant réussi à faire de la Côte d'Ivoire un véritable leader en Afrique, aidé par une forte croissance qui était possible en raison de ses ressources. Au contraire, au nom de petits arrangements, ces deux hommes ont laissé le pays s'appauvrir, permettant à des groupes industriels occidentaux de s'enrichir, ces derniers assurant le régime en place de leur soutien.
Quant à la France, son rôle dans le renversement de Gbagbo soulève bien des questions. Certes, elle est intervenue dans le cadre de l'ONU, mais il n'en demeure pas moins que sa position est pour le moins délicate, eu égard aux nombreux contentieux franco-ivoiriens. Elle s'est rangée du côté des forces de Ouattara et n'a pour l'instant guère manifesté sa désapprobation à l'encontre des massacres perpétrés par les forces du nouveau président contre des civils.
Qui plus est, on ne saurait occulter l'important soutien logistique qu'a apporté la force Licorne à Ouattara. Sinon, comment expliquer que les forces de Gbagbo, bien mieux formées et armées que celles de Ouattara, aient si rapidement perdu? Le Ministre de la Défense français Gérard Longuet a beau dire que les soldats français n'ont pas participé directement à l'arrestation de Gbagbo, ce n'est qu'une question de mots.
Sans en avoir la preuve formelle, mais une intime et forte conviction, les Français ont aidé fortement à l'arrestation de l'ancien président, en pilonant à l'artillerie lourde et en "conseillant" les troupes d'assault de Ouattara. Ils n'ont pas éteint un incendie, ils en ont déclenché un nouveau!
On est déjà sans nouvelles de deux Français et ce n'est malheureusement que le début. Des voix s'élèvent déjà pour dénoncer le "coup d'état" perpétré par Ouattara et les Français (bien que ce soit faux sur le fond) et il est quasiment sûr que nos ressortissants seront violemment pris à parti, tant le chaos règne à Abidjan. Rappelons enfin que Laurent Gbagbo, bien que défait lors de la dernière élection, avait recueilli plus de 47% des voix. En d'autres, le pays n'était en aucun cas unifié contre lui et une partie de la population le soutenait et le soutient encore.
Le nouveau président Outtara a une mission morale d'importance nationale: favoriser coûte que coûte le retour à l'unité dans ce pays en proie aux dissenssions. Cela passe par la promotion de la justice pour ne pas donner l'impression d'un Gbagbo jugé par les vainqueurs et par un courage politique fort pour contenir les forces armées susceptibles de dérapages. L'avenir de la Côte d'Ivoire se joue clairement à "pile ou face".

mardi 5 avril 2011

Obama: objectif 2012

Via tous les moyens de communication moderne, sms, mails, vidéos postées sur Internet, le Président Barack Obama a annoncé hier sa candidature à un second mandat présidentiel. De façon sobre, il écrit à ses électeurs que "la campagne vient de démarrer" et que "2012 commence maintenant".
Le premier président noir entend donc ainsi reprendre la main, et d'une certaine façon se donner une seconde chance, après un premier mandat très mitigé. Certes, ce dernier n'est pas terminé mais le système électoral américain, marqué par des élections présidentielles tous les quatre ans, oblige les locataires de la Maison Blanche à agir très vite, sans penser au long terme, et surtout à consacrer la dernière année de leur mandat à leur réelection.
Le Président Obama est pour l'instant le seul à s'être déclaré. On peut s'interroger quant à la pertinence d'une telle annonce à un moment où la troisième puissance économique, le Japon, est très affaibli en raison d'une catastrophe naturelle et où les mondes arabe & africain sont en plein bouleversement. On peut y voir soit une faute politique ou une faute de goût, soit une volonté de montrer aux autres Etats que les Etats-Unis s'engagent sur la continuité de leur politique.
Cependant, il convient de noter que la politique d'Obama jusqu'à présent a surtout été marquée par une discontinuité majeure dans les décisions prises par l'Administration, cette dernière agissant au coup par coup ou revenant sur ses décisions.
Que penser de la prison de Guantanamo, toujours ouverte, alors qu'Obama s'était engagé dès le début de son mandat à mettre un terme aux violations des droits de l'homme qui y étaient commises?
Que penser de sa réforme de la santé, dont le financement semble toujours plus délicat et dont les prétentions ont été largement revues à la baisse?
Quel souvenir laissera le Président dans les livres d'histoire pour ce qui concerne les guerres en Irak et en Afghanistan?
Il est trop tôt pour juger l'action d'Obama. Tout au plus pouvons-nous espérer qu'un second mandat lui permettra d'acter véritablement ses décisions. Obama n'est pas seulement un devoir vis-à-vis des Américains; de par la puissance de son pays, il est responsable devant le monde.
Les différents bouleversements qui secouent actuellement le monde peuvent offrir une fenêtre de tir propice à l'émergence de politiques fondées sur le bien commun et la morale. Il peut s'agir d'une utopie mais l'Histoire a montré que cela était possible. Pour réussir, Obama ne devra pas agir seul mais au contraire inclure dans ses projets aussi bien les puissances occidentales "traditionnelles" que les "nouvelles puissances" que sont le Brésil, la Chine, la Russie et l'Afrique du Sud.
Le monde est prêt à un tournant, qui a déjà commencé avec la crise et les révolutions, aux Etats-Unis de ne pas louper le coche.

lundi 4 avril 2011

Gaza et le rapport Goldstone: un triste revirement de situation

Le rapport Goldstone n'est plus. Décrié de façon virulente par Israël pour son contenu et ses accusations de "crimes contre l'humanité" envers les Palestiniens de Gaza (des accusations similaires étaient également portées contre le Hamas), le rapport du nom du procureur sud-africain va désormais se perdre dans les oubliettes de l'histoire. En effet, son rapporteur, dans une tribune parue dans le Washington Post, est revenu sur ses écrits, précisant qu'il n'avait pas eu connaissance de certains faits lors de l'enquête. Remarque plus qu'étrange lorsqu'on sait la rétension d'informations qu'a opérée Israël lors de la Commission d'enquête. Bref retour sur l'histoire d'un assourdissant et coupable drame, aussi bien humain que moral.

Lors de l'hiver 2008-2009 et suite à des tirs de roquettes du Hamas sur le territoire israélien, Tsahal procède à des raids et bombardements aériens suivis par une offensive terrestre pour mettre un terme à ces accrochages meurtriers. Ce n'est pas la première fois que des conflits de faible durée (moins de deux mois) se produisent entre le territoire de l'Autorité Palestinienne et Israël, mais celui-ci est clairement spécifique de par sa brutalité et sa disproportion liée au nombre de victimes. En effet, plus de 1400 Palestiniens, des civils dans leur très grande majorité, ont péri lors de l'opération "Plomb durci" contre moins d'une vingtaine de soldats israéliens.

Sans pour autant refuser à Israël son droit à se défendre, la communauté internationale dans son ensemble, à l'exception entre autres des USA, a critiqué ouvertement l'opération militaire israélienne et a demandé à l'ONU une commission d'enquête pour répondre à de nombreuses questions, comme les raisons justifiant le bombardement de bâtiments abritant des ONG internationales et des services médicaux. C'est à un juge sud-africain de grande renommée, Monsieur Goldstone, juif et ouvertement sioniste, qu'a été confiée cette tâche. On pensait de façon malheureusement censée que ce rapport n'apporterait rien de nouveau, qu'il ne se contenterait que de rappeler ce que chacun savait déjà et qu'il ne se risquerait pas à établir de façon claire les responsabilités.

Il n'en a rien été. Le rapport, lors de sa parution quelques mois après les événements, a fait l'effet d'une bombe. L'utilisation du terme "crime contre l'humanité" a provoqué la colère d'Israël aussi bien pour l'ampleur de ce qui lui est reproché que son histoire douloureuse, liée à ce concept. On a accusé à tort Goldstone de partialité alors que dans le même rapport, le Hamas est pointé du doigt pour des faits de la même gravité. Toujours est-il qu'une véritable "course contre la montre médiatique" s'est mise en place, le gouvernement et une partie de la presse israélienne attaquant frontalement le rapport et son rapporteur, accusé de servir des intérêts arabes!

Il est vrai que l'enjeu était considérable: si l'accusation était maintenue et validée, Israël pouvait être en théorie poursuivi par un Tribunal pénal international pour les exactions commises. Présenté comme l'avant-poste des démocraties occidentales au Moyen-Orient, il serait devenu un Etat parmi tant d'autres peu recommandables. Mais la volte-face du juge lui a sauvé la mise. Une fois de plus Israël ne répondra pas de ses actes: encore une fois, ce n'est pas le fait de se défendre que l'on dénie à Israël mais bien la disproportion et l'aveuglement dont il fait preuve lors de ses représailles. Ce n'est pas parce que des meutriers lâches du Hamas font un attentat tuant des civils qu'Israël doit faire de même en se prenant à ces derniers.

Au contraire, si Israël veut réellement incarner les valeurs de démocratie et être une "grande puissance", au sens philosophique et moral du terme, il ne devrait s'en prendre qu'aux commanditaires et non pas aux populations, otages de ce conflit. Israël a les moyens d'affaiblir la frange ultra du Hamas et d'infliger des dommages conséquents au Hezbollah. A lui de montrer son efficacité avec le souci de répondre de façon proportionnée et juste.

jeudi 31 mars 2011

La guerre en Libye: une question de droit et de morale et un piège à éviter

Lorsque j'ai évoqué auprès d'amis mon sentiment à l'égard de ce qui se passe en Libye, on m'a accusé de cynisme, d'adopter une attitude munichoise et de sous-estimer le succès de l'opération militaire en cours. Puisse ce blog me permettre de préciser ma pensée et mon opinion.
Dans la foulée du "Printemps arabe" qui secoue le Maghreb et le Proche-Orient, se transformant par ailleurs en "Printemps des révolutions", la Libye que l'on pensait au départ non sujette à de tels bouleversements est en vérité en train d'en payer le prix le plus fort. Le Colonel Kadhafi, en entrant dans le jeu de la provocation et de la répression médiatique a donné raison à ses détracteurs. Très vite, et contrairement aux cas tunisien et égyptien, il a repris le dessus sur les forces d'opposition, faiblement équipées militairement et dépourvues de leader et de structure. Ce "grain de sable dans la belle machine révolutionnaire arabe" a profondément bouleversé les puissances occidentales. Ces dernières se sont senties investies d'une mission, à l'instar surtout de la France, à savoir aider les forces d'opposition.
Toutefois, force est de constater que la situation est loin d'être claire: la résolution 1973 (conférence de Londres) a permis l'emploi de la force pour protéger la population de Benghazi, promise à être massacrée par les troupes de Kadhafi, mais le manque volontaire de précision et de rigueur dans la rédaction de la résolution est tel que l'on peut lui faire dire à peu près n'importe quoi! C'est ainsi que la France et l'Angleterre se sont ouvertement prononcées pour un départ de Kadhafi, la France par la voix de Sarkozy allant jusqu'à faire d'un obscur conseil libyen le porte-parole officiel du pays. Le devoir de protéger semble bien se mouvoir en droit d'ingérence, bien que ce dernier n'ait aucune réalité juridique.
Ce sentiment est d'ailleurs renforcé par les critiques, plus ou moins calculées, des pays de la Ligue arabe et de la Russie, qui s'émeuvent d'un néocolonialisme rampant. Les occidentaux sont-ils encore faiseurs de rois? On pourrait le penser lorsqu'on voit les fortes pressions occidentales pour des renversements politiques, aussi bien en Libye qu'en Côte d'Ivoire par exemple. Celles-ci se manifestent par des envois d'armes aux insurgés ou des actions financières visant à limiter le champ d'action des dirigeants, avec des résultats plus que discutables. Il suffit de souligner l'inadéquation entre les armes données aux insurgés et leur niveau de formation pour les utiliser.
Le plus important dans ce conflit, c'est qu'il peut provoquer un malaise (du moins chez moi) quant à ses conséquences politiques et morales. De quel droit brisons-nous la souveraineté nationale d'un état? Certes, nous avons un devoir de protection mais celui-ci ne nous donne pas le droit de décider de l'avenir d'un peuple. En outre, c'est une partie du peuple libyen qui s'est soulevé de lui-même: il doit donc assumer sa part de responsabilité. Et surtout, il ne s'agit que "d'une partie" du peuple libyen qui s'oppose au Colonel. On ne peut, et on ne doit pas, schématiser une situation géopolitique d'une telle complexité, en parlant "du pouvoir" et "du peuple". Dans chacune de ces deux entités se mêlent des enjeux de pouvoirs divers qu'il convient de traiter au cas par cas.
Par ailleurs, que dire de la "protection" proposée par les puissances occidentales? Pourquoi avoir mis en exergue le fait qu'aucune manoeuvre terrestre ne serait mise en place, sachant pertinnement que c'est faux, des militaires devant être sur les zones de combat pour guider au mieux les bombardements? Tout simplement, et tristement, pour rassurer les populations occidentales, pour qui une guerre aérienne est moins "insoutenable" qu'une guerre dite classique...
Pourtant, et parce que c'est notre devoir d'aider le peuple libyen et d'éviter qu'il ne se sépare en plusieurs entitées, on aurait du privilégier une opération terrestre. En effet, outre la "zone d'exclusion militaire" mise en place, la séparation physique des deux protagonistes par une force internationale sous l'égide de l'ONU aurait permis d'éviter des affrontements meutriers et d'inciter les acteurs à négocier devant une situation de blocage. On aurait ainsi éviter un massacre tout en respectant les rapports de force et en ne piétinant pas la souveraineté d'un état. Pour y arriver, un courage politique fort eut été nécessaire. Dommage qu'il fasse défaut en ces temps de politique à court terme.

lundi 14 mars 2011

Le drame japonais

Vendredi dernier, le Japon a connu un séisme de magnitude 8.9 sur l'échelle de Richter. De ce séisme a suivi un tsunami avec des vagues atteignant plus de 17 mètres de hauteur et balayant tout sur leur passage. Le bilan humain est difficilement quantifiable pour l'instant: d'un millier de morts, on peut légitimement penser que le bilan sera bien supérieur, sans doute pire que le séisme de Kobé. Outre le drame humain, il convient de souligner que cette catastrophe a des répercussions néfastes à tous les niveaux: économie, infrastructures, systèmes financiers sont déjà affectés et des conséquences humaines sont d'ailleurs plus que probables. En témoigne les premières craintes concernant les centrales nucléaires qui ont été endommagées de façon plus ou moins graves. On ne peut pour le moment que procéder par conjectures mais force est de constater que le pire est devant le peuple japonais.
Le pays saura se relever. Les grandes catastrophes précèdent bien souvent un essor économique pour de nombreux pays qui monopolisent la population pour reconstruire les infrastructures, remettant ainsi en fonctionnement la "machine bloquée". Mais deux idées viennent assombrir le tableau: ce désastre restera pour des années un drame psychologique pour les Japonais. Mais surtout, sans verser dans une idéologie pro-nature, il convient de noter que ce drame nous pousse nécessairement à nous interroger quant à la valeur et au sens de notre existence.
Nous faisons ici appel à la philosophie et à l'histoire. Au nom des principes de "consommation", du "besoin de toujours plus", nous avons été amenés à aller au delà de ce qui nous était possible. En acceptant cette spirale qui crée un risque d'annihilation de l'espèce humaine réel, nous remettons en cause notre condition d'homme et la catastrophe présente nous rappelle notre insignifiance à l'échelle de la planète.
Il est à peu près certain qu'un débat aura lieu, au moins en France, en Allemagne et au Japon, concernant la technologie nucléaire. Il sera sans doute mal posé, car il provoque une gêne indirecte auprès de nous: sommes-nous près à renoncer à notre mode de vie? Rien n'est moins sûr.
Rappelons enfin que la caractéristique philosophique du nucléaire est qu'il apose les conséquences des erreurs d'aujourd'hui sur les générations de demain. Quid de la responsabilité de l'homme? En prenant des décisions qui engagent sur des centaines d'années, ne sommes-nous pas en train de remettre en cause la liberté d'autrui et de ceux qui nous suivront?
Pour l'heure, pensons à ce pays qui souffre et dont le courage et le calme de son peuple sont à méditer.

vendredi 11 mars 2011

La situation en Libye, du grotesque sur fond de crimes

Il y eut au départ un dictateur, craint des occidentaux de par sa capacité à perpétrer des attentats meurtriers. Il y eut par la suite le Colonel, soucieux de s'échapper de l'"Axe du mal" dans lequel Georges Bush l'avait inclus avec l'Iran et la Corée du Nord. Il y a désormais un bourreau qui symbolise les erreurs d'analyse et les compromissions du camp occidental.
Sous prétexte d'avoir renoncé à son programme d'enrichissement nucléaire, le Colonel Kadhafi était redevenu fréquentable en 2003, et ce d'autant plus qu'il représentait un triple atout: un -soit-disant- rempart contre Al-Qaida, une limite à l'immigration de masse vers l'Europe moyennant de coquettes sommes d'argent (plusieurs milliards pour l'Italie), des exportations vers l'Europe de son pétrole.
Tout ceci a désormais volé en éclat, et la brutalité du changement du à la révolution est proportionnelle aux caprices du Colonel auxquels le Président Sarkozy s'était employé de répondre, malgré des critiques au sein de la classe politique. Et voilà que ce même Président veut désormais entreprendre une action militaire avec le Royaume-Uni, laissant de côté les USA, l'Otan et l'UE... L'erreur de stratégie diplomatique se double d'une erreur d'analyse profonde.
Certes, des massacres ont lieu actuellement en Libye et on ne peut que les déplorer. Mais intervenir militairement serait une erreur que nous payerions pendant des années et ce pour plusieurs raisons:
- l'empressement français à désigner l'opposition comme principale interlocutrice de la Libye témoigne d'une diplomatie de l'instant, non réfléchie, visant à rattraper les erreurs tunisiennes et égyptiennes. En effet, l'opposition n'est pas véritablement structurée et rien ne dit que ce sera elle qui prendra le pouvoir.
- la Libye est un pays tribal, attaché à son indépendance. Un éclatement est peu probable, mais il convient de souligner la multiplicité des opinions du "peuple libyen", si l'on peut employer cette expression. Le Colonel Kadhafi a encore des soutiens et son armée ne lui a pas fait défaut pour l'instant.
- les insurgés ne demandent pas l'envoi de forces étrangères, ils souhaitent avoir l'armement nécessaire pour affronter dans un semblant d'égalité les forces de Kadhafi. Rappelons qu'un bon nombre de cette force de soulèvement est constituée de jeunes inexpérimentés et dépourvus d'armes efficaces.
- l'attaque frontale, car il s'agit bien de cela, proposée par le Président Sarkozy, serait plus que délicate, car elle supposerait l'envoi massif d'avions alors qu'une majorité d'entre eux sont déjà sollicités ailleurs (Côte d'Ivoire, Afghanistan), des hommes sur le terrain pour saboter les installations de défense libyenne avec un risque de perte élevé, et un sentiment d'ingérence qui rappellerait rapidement l'arrivée des Américains en Irak.
Parce qu'on ne peut rester inactif devant le malheur qui frappe la Libye, parce que l'on sait qu'un moment ou un autre, le Colonel perdra, il faut agir mais de façon détournée. Deux solutions rapides s'offrent aux occidentaux: bloquer les avoirs de Kadhafi par des systèmes légaux ou non pour favoriser les désertions dans son armée, et fournir aux insurgés des armes par des canaux "discrets". C'est aux Libyens de faire leur révolution, mais il nous revient de ne pas les abandonner entre les mains d'un dictateur qui n'hésitera pas à réprimer dans le sang l'opposition.

jeudi 10 février 2011

Perspectives 2011

Bonjour à tous,

Je vous tout d'abord présente avec un grand retard, ces derniers mois ayant été plus que chargés, mes meilleurs voeux pour cette année 2011. Je ferai tout pour être plus régulier dans mes chroniques, du moins j'essayerai...
Toujours est-il que ce début d'année a été marqué par "la révolution du jasmin" en Tunisie et par les multiples révoltes qui secouent actuellement l'Egypte, sans que l'on puisse déterminer s'il s'agit d'une révolution ou non. Je ne reviendrai pas sur le factuel, qui commence à être connu de tout un chacun. Quelques remarques s'imposent cependant.
Loin d'une soudaine aspiration à la démocratie, ces graves crises trouvent leur origine dans les conséquences de la crise financière de 2008 qui a fragilisé des équilibres déjà plus que précaires. En effet, ce sont avant tout des "aspirations primaires" qui ont prévalu: se nourrir, se soigner, travailler... Les gouvernements de Ben Ali & Moubarak ayant montré leur impuissance devant ces problèmes, la population désespérée a manifesté malgré les répressions sanglantes.
Le mouvement de masse a si bien pris que Ben Ali, le dictateur tunisien, a été contraint de fuir. Hier meilleur ami des occidentaux, il est aujourd'hui infréquentable et sous le coup d'un mandat d'arrêt international. Soulignons à cet égard le piètre niveau de la diplomatie française dont la vision de la situation tunisienne, à défaut d'être réfléchie, était surtout caricaturale et en retard constamment. En revanche, il sera intéressant dans les mois à venir de préciser le rôle des Etats-Unis, discrets mais efficaces.
La situation est différente pour l'Egypte, pays géostratégique fondamental pour le Moyen-Orient et surtout pour Israël. Ce dernier craint d'ailleurs l'arrivée des Frères musulmans au pouvoir et l'islamisation et la radicalisation forcées du pays. Outre le fait qu'une telle situation est peu probable, la méfiance affichée par Israël et bon nombre de ses soutiens en Europe peut surprendre. En effet, ces pays se cherchent un modèle démocratique. Ils en sont capables mais il faut leur afficher notre soutien, ce que peu de pays osent actuellement, par peur d'un retournement de situation ou de l'émergence d'une force démocratique (dans le cas égyptien), à même de discuter d'égal à égal avec Israël.
Région conflictuelle et meurtrière, le Moyen-Orient ne va pas toutefois s'embraser d'un seul coup, comme certains commentateurs l'ont affirmé. Des modifications auront lieu, des changements de tête (mais pas de régime), des ajustements économiques pour calmer les populations, vont se produire, mais les grands équilibres devraient demeurer, bien que la prospective soit plus que délicate à faire pour cette région.
Le monde début 2011 a également été marqué par les catastrophes naturelles qui ont secoué et qui secouent encore l'Australie, preuve supplémentaire d'un dérèglement climatique avéré avec les conséquences humaines et économiques que l'on peut facilement imaginer. D'autres moins médiatisées ont aussi eu lieu, en Chine principalement.

2011 sera une année de transition, en attendant les élections présidentielles américaine et française de 2012. Elle permettra de voir si les effets de la crise sont en fin de compte derrière ou devant nous. Les équilibres des puissances mondiales devraient davantage être confirmés que bouleversés, avec une Europe en proie aux doutes, des Etats-Unis en perte leadership et embourbés en Afghanistan, les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) qui consolident leur nouveau statut et l'Afrique qui oscille entre un développement économique fort mais inégal et des crises politiques qui font entrevoir au continent ses vieux démons (Soudan, Tchad, Côte d'Ivoire...).
Le terrorisme va, selon toute vraisemblance, demeurer la principale menace à l'échelle planétaire, les groupes terroristes procédant à une véritable radicalisation dans leurs pratiques meurtrières. Aux puissances de ne pas tomber dans l'engrenage de la surenchère et de neutraliser dans la discrétion ces menaces de la liberté.
Souhaitons, de façon pieuse malheureusement, que cette année puisse apporter son lot de bonnes nouvelles.