vendredi 9 décembre 2011

Sommet européen : un accord de demi-mesures


Le Sommet européen : qu’en penser…
Les conclusions du Sommet européen commencé hier ne sont pas encore définitives mais l’on peut déjà tirer quelques enseignements intéressants.  Soulignons tout d’abord que la nuit fut courte mais riche en rebondissements, l’observateur des événements passant de la crainte à un relatif soulagement.

En effet, les presses européennes titraient depuis plusieurs jours sur « le sommet de la dernière chance », lui conférant une importance phénoménale et accentuant proportionnellement la pression sur les dirigeants politiques chargés de trouver une solution. Il semblait même qu’en cas d’échec, ce soit la fin de l’euro ! Un article très intéressant du Monde.fr listait hier tous les sommets depuis mars 2011 et s’attachait à répertorier la sémantique employée qui avait pour caractéristique principale d’être constamment alarmiste. Ainsi, la presse, les politiques et les agences de notation y allaient de leur pronostic négatif, alimentant ainsi le mécanisme d’auto réalisation : plus l’on pense à l’échec, plus sa probabilité de se réaliser est grande.
Cette situation est d’autant plus intéressante que les discours prononcés par la Chancelière Merkel, le Président Sarkozy, le directeur de la BCE Monti en ce début de matinée étaient au contraire d’un optimisme réel, et sans aucun doute exagéré. On est en droit de s’interroger sur le contenu de leurs propos, volontairement vagues en raison de l’absence de décisions pour les modalités techniques, mais censés rassurer les marchés. Ces derniers ne sont pas dupes et ont ouvert en baisse, constatant que les objectifs visés ne sont pas atteints.

La plus grande déception est sans aucun doute l’absence de réforme des traités européens, un accord intergouvernemental ayant été privilégié. L’Europe des Etats détient donc le véritable pouvoir, au détriment des instances européennes compétentes qui avaient une carte à jouer pour « plus d’Europe », c’est-à-dire favoriser les liens et l’harmonie entre les Etats-membres.

Qui plus est, l’accord retenu n’a pas été accepté par tous : les 17 membres de la zone euro et 6 membres de l’Union européenne ont donné leur accord, contrairement à la Grande Bretagne et la Hongrie qui ont opposé un non catégorique, et sans doute la Suède et la République Tchèque. Le refus de David Cameron n’est en aucun cas une surprise, les déclarations britanniques avant le sommet étant souvent proches d’un euroscepticisme exacerbé ; le Premier ministre britannique avait, semble-t-il, demandé à ce que la City ait un rôle plus fort dans la gestion des questions financières avec un droit de veto pour toute mesure allant contre les intérêts de la Grande-Bretagne.

Mais le vrai problème est que ce sommet consacre l’existence d’une Europe fragmentée, faite de cercles concentriques. Il y a donc à présent l’Union européenne à 27, les membres de la zone euro à 17, et ceux qui acceptent l’accord soit 23 membres. La demande de visibilité dans l’initiative politique de l’Europe, réclamée par les marchés et les agences de notation, n’a assurément pas été entendue par les dirigeants européens.

Cette fragmentation de l’Europe est une solution de facilité pour ses membres qui, au lieu de penser à l’intérêt de leur union qui aurait des conséquences positives mécaniques au niveau national, refusent de faire de véritables compris et surtout de faire preuve de solidarité. Or, la solidarité est à la base de la construction européenne. L’Europe qui sort de ce sommet est clairement fragilisée.

Pourtant, des avancées notables ont eu lieu, ne serait-ce qu’en matière budgétaire, où l’on se dirige vers davantage de cohésion. De même, le SME (mise en place prévue juillet 2012), qui succédera en 2013 au FESF, sera un outil majeur pour aider les Etats en difficulté. Mais comme à chaque fois, l’Europe ne va pas au bout de sa logique. Par exemple, l’Allemagne souhaite que les Etats laxistes soient automatiquement sanctionnés financièrement par la Cour de Justice et qu’un droit de regard soit exercé sur leur politique budgétaire ; mais selon les informations disponibles aujourd’hui, les Etats concernés pourraient contourner le problème dans la mesure où de telles mesures nécessiteront le vote des Etats membres. Nul doute que les pressions y seront reines, et surtout il pourra sembler assez étrange qu’un Etat soit condamné par un groupe d’Etats ayant eux-mêmes des difficultés budgétaires.  De même, la BCE voit son rôle croître avec la « gestion » du SME / FESF, mais sans avoir de licence bancaire. Outre le fait que le terme « gestion » est vague, la BCE ne se voit pas donner les armes nécessaires pour être une vraie banque centrale, comme le sont celles des USA et de Grande-Bretagne.

Au fond, l’avancée réelle est que la machine européenne n’est pas bloquée. Les dirigeants européens, à défaut d’une réponse proprement européenne au sens conceptuel du terme, ont présenté un plan fait de demi-mesures. Ce n’est pas suffisant pour résoudre la crise et calmer les marchés, mais c’est déjà un petit pas. On peut se demander toutefois si l’Europe n’est pas en train de perdre son âme, sa volonté de répondre coûte que coûte aux pressions des marchés la conduisant à agir dans l’instant, dans la désunion et sans réel projet fort pour les prochaines années.

Les prochains jours vont être intéressants à observer, en particulier les aspects techniques des mesures prises, et surtout les réactions des marchés. On peut prendre le risque en tout cas de parier que de nombreux autres sommets sont à prévoir, tant les solutions apportées sont dérisoires comparées à l’ampleur de la crise. Plus d’Europe est nécessaire, mais il faut que les dirigeants s’en donnent les moyens.

Interview sur le Sommet européen du 8 décembre, Journal de 7h00, 9 décembre 2011

Interview disponible si besoin

mercredi 2 novembre 2011

Le séduisant danger d'une Europe à deux vitesses

Alors que les dirigeants européens semblent, sous la houlette du couple franco-allemand, avoir trouvé une solution au moins temporaire à la dure crise qui secoue une partie des Etats, l’idée que l’action d’une Europe à 27 a fait son temps semble se propager, sans provoquer de réelle réaction. Aussi bien les politiques que les organisations pro-européennes ne semblent guère s’offusquer de ce qui remettrait en cause selon moi le sens même de l’Europe.

Martine Aubry avait même jugé intéressante cette idée d’une Europe à deux vitesses, afin de ne pas la laisser dans la léthargie qu’elle connaît actuellement. L’Europe est une construction unique en son genre, qui suscite aussi bien la méfiance que l’étonnement positif de la part des autres puissances, les Etats-Unis prédisant son implosion prochaine alors que d’autres Etats comme l’Inde s’interrogent quant à la possibilité d’un modèle transposable.

L’Europe a traversé de nombreuses épreuves, parfois provoquées par ses membres fondateurs, sans jamais cesser d’avancer, grâce aux initiatives de grands hommes politiques qui avaient une vision qui fait cruellement défaut aujourd’hui. De sa mise en place au début des années cinquante à aujourd’hui, l’Europe n’a eu de cesse d’accepter de nouveaux membres, avec certes des prérequis indispensables en particulier en matière de respect des droits, mais tout en ayant cette souplesse relative en matière économique qui lui a conféré une réelle dimension humaniste.

Vertueux et mauvais élèves

Cette dernière a cependant été remise en cause avec l’entrée en 2004 de dix nouveaux Etats, leur sentiment européen étant pondéré par une forte volonté pour la plupart d’entre eux de se soustraire à l’influence russe et se rapprocher de l’Occident.

Cet ajout aurait dû conduire à une réflexion de grande ampleur sur l’Europe que nous désirons, sur ses moyens d’action, mais cela n’a pas été le cas, l’impulsion politique ayant fait défaut, si bien que nous sommes aujourd’hui dans une quasi-impasse, avec des processus de décision contraignants et une lenteur qui empêche l’Europe d’avoir les mêmes armes que ses partenaires américain et chinois.

La crise économique et financière actuelle a mis en lumière les disparités croissantes entre Etats européens, si bien que l’on distingue désormais les vertueux (Europe du Nord, Allemagne) des mauvais élèves (Grèce, Espagne, Portugal, Italie) du sud de l’Europe.

Le principe de solidarité

On a donc vu − au départ de façon peu médiatique − émerger des interrogations de la part des responsables des Etats dit vertueux pour savoir s’il fallait toujours aider les Etats dans le besoin. Le principe de solidarité n’est pas inné, il s’acquiert à travers un long travail, et l’instinct humain peut le remettre en cause lorsqu’il y a danger.

Alors que ces Etats ressentent dans une faible mesure les effets de la crise, ils tergiversent pour aider leurs camarades et partenaires européens, qui sont toujours plus proches d’un effondrement de leur économie, voire de la société. Les diverses manifestations à Athènes, Madrid et Rome témoignent de ce sentiment d’abandon de populations qui savent qu’elles doivent faire des efforts, mais pas au prix de sombrer dans la misère.

Certes, ces Etats ont vécu au-dessus de leurs moyens pendant des années, mais les autres "sages" puissances n’ont que peu agi pour les contraindre à une meilleure gouvernance.
L’Irlande, surnommée le "Tigre européen", en référence aux nouvelles puissances asiatiques, était un paradis fiscal bien utile pour des sociétés européennes désireuses de payer moins d’impôts.
L’Espagne s’est fabriquée une croissance artificielle avec une bulle immobilière qui éclate aujourd’hui, mettant à la rue des milliers de famille, alors que des milliers de logements ont été construits en trop et demeurent inoccupés.

Responsabilité partagée ou division

La responsabilité de ce qui se passe en Europe doit être partagée et assumée par tous ses membres, y compris l’Allemagne qui a su maintenir son niveau d’excellence grâce à ses partenaires.

Au lieu de jouer la division, qui ne signifierait rien d’autre que la fin de l’Europe, les dirigeants auraient tout intérêt à entreprendre de vastes réformes au niveau européen, et ce dans deux directions : au niveau institutionnel en rendant plus démocratique et rapide les processus de décision, et par voie de conséquence, en œuvrant à une refonte des principes économiques entre partenaires, pour éviter des disparités néfastes à chacun.

Il faut reconnaître que ce n’est pas actuellement le chemin retenu, mais que serions-nous dans une Europe à deux vitesses, ou plus concrètement dans deux Europe ? Aurions-nous les capacités suffisantes pour exister à l’échelle planétaire ?

L’idée d’une Europe à deux vitesses s’apparente à une longue traversée, où les forts décideraient d’aller plus vite, laissant au passage les faibles sur le bord de la route. Seraient-ils au final toujours aussi forts ? Rien n’est moins sûr.

L’Europe est à un tournant de son histoire : elle peut aussi bien s’abîmer que se sublimer.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/11/04/le-seduisant-danger-de-deux-europe_1598455_3232.html

lundi 31 octobre 2011

Inondations en Thaïlande : pour une solidarité environnementale

La Thaïlande connaît depuis le mois d'août des pluies massives engendrant des inondations dévastatrices et ayant provoqué la mort d'au moins 427 personnes. Des centaines de milliers de maisons ont été détruites, la population sinistrée fuyant où elle peut. La capitale Bangkok n'a pas été épargnée, mais la situation aurait pu être pire si les autorités gouvernementales n'avaient pas décidé de sacrifier les villes avoisinantes. A présent que le pire semble être passé, que penser de ces événements qui n'ont au final que peu de "naturel" ?

En effet, peut-on simplement voir dans ce drame une "catastrophe naturelle" ? Certes, le pays, et la région dans son ensemble, sont habitués à des inondations, mais de cette intensité beaucoup moins. Plusieurs scientifiques ont déjà souligné la responsabilité du dérèglement climatique dans l'augmentation du nombre et des effets de phénomènes naturels, tels que les pluies, les tornades et les périodes de grand froid. C'est pourquoi le terme de catastrophe environnementale serait à privilégier, d'autant qu'il permet de distinguer deux types de causes de ce drame : la nature et l'action de l'homme sur plusieurs décennies.

Pas de frontières pour les catastrophes environnementales

L'exemple de la Thaïlande est tristement édifiant, tant il montre les dysfonctionnements de nos modes de pensée, l'absence de frontières pour ce qui est des conséquences des catastrophes environnementales et surtout l'absence de ce qu'il conviendrait de définir comme "la solidarité environnementale".

La construction effrénée et anarchique dans le pays a bouleversé sur le long terme une nature riche et fragile, tant et si bien que Bangkok s'enfonce dans un sol argileux, le phénomène s'accélérant avec les nombreux gratte-ciels qui émergent dans la ville. La mégalopole a pu préserver son centre des inondations, mais l'activité économique de la ville et du pays dans son ensemble a été durement touchée, voire paralysée.

Des conséquences en Europe et partout ailleurs

C'est ainsi, par le pouvoir de la mondialisation, que des entrepreneurs japonais, américains et européens subissent directement les effets des ces inondations, de nombreuses usines thaïlandaises étant sous les eaux. La conséquence est immédiate : la pénurie en composants va conduire à une augmentation du prix du produit final dans les prochains mois. Ainsi, un européen qui achèterait à Noël un ordinateur le paiera plus cher, et subira de ce fait les conséquences d'un événement qui s'est produit à des milliers de kilomètres.

Les Etats voisins de la Thaïlande qui ont peu été touchés profitent du drame de leur voisin, leurs usines prenant le relais et attirant les investisseurs étrangers. En effet, outre le facteur humain, il convient de prendre particulièrement en considération la dimension économique de cette catastrophe environnementale ; c'est ainsi que le gouvernement thaïlandais a déjà revu ses prévisions de croissance à la baisse et qu'il a par précaution déplacé certaines activités boursières dans une cité balnéaire pour ne pas couper le pays de l'ensemble du réseau économique et financier de la planète.

Qui plus est, une catastrophe environnementale met également à rude épreuve l'autorité en place qui joue son va-tout dans la gestion de l'urgence. Georges Bush avait été très critiqué pour sa gestion de Katrina. Madame Shinawatra, premier ministre de la Thaïlande, a repris la main après avoir semblé manquer de réactivité dans un pays où l'armée demeure très puissante et peut profter d'une faiblesse du pouvoir en place.

Impliquer les autres Etats

On voit bien qu'une catastrophe environnementale provoque des dégâts qui affectent toutes les dimensions de la vie publique et sociale de l'Etat touché. Et force est de constater qu'il est bien difficile d'impliquer les autres Etats de la planète, au delà d'une simple compassion humanitariste, dont les effets ne sont réels que sur le très court terme.

Il conviendrait, à travers une véritable diplomatie environnementale que j'avais appelé de mes vœux, de rappeler à chacun sa part de "responsabilité environnementale". Certes, celle-ci est difficile à définir et à répartir à l'échelle planétaire, chaque Etat ayant une implication variable dans l'aggravation des phénomènes naturels, mails il serait possible de contourner ce problème en invoquant la notion de "solidarité environnementale".

Pourquoi ne pas envisager la mise en place de structures régionales d'entraides en matière environnementale, souples et promptes à réagir ? Au lieu que seul l'Etat touché assume les coûts, ses voisins garantiraient la continuité de son activité économique grâce à une mutualisation de certains secteurs dits essentiels.

Certes, une telle démarche irait à l'encontre des intérêts individuels mais le bénéfice sur le long terme serait réel, aucun Etat n'étant à l'abri. Vu qu'il semble compliqué de faire accepter aux gouvernements l'idée d'investir dans la prévention, qui est pourtant plus économique que le coût des réparations, la solidarité environnementale pourrait constituer un début de solution.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/209816;inondations-en-thailande-pour-une-solidarite-environnementale.html

jeudi 27 octobre 2011

Fin des dictateurs : la "paix perpétuelle" est-elle possible ?

Le XXe siècle a été celui de l’émergence de grandes puissances, cherchant à maintenir un semblant de paix à l’échelle mondiale, face à des États souvent plus petits et moins puissants, mais tenus d’une main de fer par des dictateurs omnipotents et belliqueux. Ces criminels ont perduré en Afrique, en Amérique du Sud, en Asie et même en Europe pendant des décennies et jusqu’à il y a encore peu de temps, aucun esprit sensé n’aurait imaginé leur chute.

Il aura fallu attendre le début du XXIe siècle pour voir ces hommes si puissants révéler au final leur fragilité ainsi que la dimension éphémère de leur autorité. En quelques années, plusieurs pays ont réussi à se débarrasser du joug des dictateurs.

Saddam Hussein, Ben Ali, Moubarak...

L’Irak a été le premier avec la capture et le procès de Saddam Hussein ; inculpé de multiples chefs d’accusation, il a été pendu en décembre 2006. Bien qu’il y ait beaucoup à dire sur son procès qui aurait mérité plus de temps pour couvrir le champ de ses crimes, force est de constater que les Irakiens ont su adopter un comportement responsable, non susceptible de créer une nostalgie. Le fait de l’avoir vaincu par le droit a indirectement eu des conséquences positives sur la légitimation du nouveau gouvernement en place. Certes des problèmes majeurs demeurent en Irak, mais il est clair que la page Hussein est tournée.

Le Printemps arabe a quant à lui été si puissant qu’il a mis à genoux pas moins de trois dirigeants, et ce n’est sans doute pas terminé : Ben Ali pour la Tunisie, Moubarak pour l’Egypte et Kadhafi pour la Libye sont autant de dictateurs pris dans la tourmente des révolutions arabes et qui ont connu ou connaissent des destinées diverses. Ben Ali est en exil et sans doute malade, de même que Moubarak qui cependant assiste à son procès au Caire. Quant à Kadhafi, il est mort près de sa ville natale Syrte, sans doute assassiné par les forces du CNT. Enfin, que penser du président yéménite Saleh qui s’accroche désespérément à son poste, en dépit d’une opposition massive et de ses tentatives désespérées et meurtrières pour réaffirmer son autorité ?

Je mets cependant délibérément de côté la Syrie qui est un cas particulier, le régime d’Assad ayant encore des soutiens de poids et parvenant pour l’instant à contenir les manifestations. Qui plus est, l’inefficacité des pressions de l’ONU est à ce titre effarant ; elle montre qu’il existe des actions de sûreté et de justice à deux vitesses, les choix dépendant des objectifs stratégiques des grandes puissances impliquées. Je ne demande pas que l’on intervienne en Syrie, bien au contraire, mais je déplore le faible dialogue mis en place par les Occidentaux avec Damas, alors que des négociations sont possibles.

Entre des régimes déjà renversés et d’autres très déstabilisés, on peut s’interroger quant à l’avenir de notre monde multipolaire. Quel crédit accorder à ceux qui y voient des avancées majeures en matière de paix et de démocratie ? Certes, la mise hors d’état de nuire de ces dictateurs est une avancée formidable pour les peuples, mais leur ultime acte de nuisance n’est-il pas leur propre fin ? J’entends par là que ces hommes, au-delà des crimes qu’ils ont commis, ont maintenu l’unité de leur pays par le sang. Désormais, sommes-nous certains que ces Etats n’imploseront pas ?

Quelles évolutions pour la Libye, l'Egypte, la Tunisie ?

La Libye est une association d’intérêts et de groupes très différents, qui se livrent déjà des combats pour s’assurer de leur future autorité à l’échelle du pays. Qui plus est, les récentes déclarations quant à un régime placé sous la Charia laissent présager des évolutions politiques et sociétales complexes, que l’on ne peut pour l’instant analyser, contrairement aux partis d’extrême droite européens qui s’empressent de dénoncer un soi-disant péril islamiste.

L’Egypte quant à elle voit l’armée accentuer son influence, déjà massive, à tous les niveaux de la société ; or, l’armée a pour fonction d’assurer la sécurité du pays et non d’entreprendre des actions de police pour lesquelles elle n’est pas préparée. Les derniers drames et massacres témoignent de cette situation ambivalente.

Enfin, la Tunisie vient de connaître des élections législatives qui sont un succès réel en raison de la forte participation de l’ensemble de la population, mais qui laissent émerger le parti islamiste Ennahda. Ce dernier va occuper de nombreux sièges au sein de l’Assemblée constituante qui rédigera la future Constitution du pays et nommera donc un nouveau gouvernement de transition avant des élections prévues fin 2012 ou début 2013. Le parti Ennahda a rapidement voulu rassurer les puissances européennes de ses intentions, sans réel succès pour l’instant.

Encore une fois, nous sommes dans l’attente des premiers véritables actes politiques de ces nouveaux partis, souvent méconnus, et pour lesquels on cherche des comparaisons qui ne sont pas toujours réfléchies.

Des relations internationales qui ne garantissent pas la paix

Au-delà de ces nouvelles pages d’histoire qui se créent dans ces pays débarrassés de leurs dictateurs, c’est l’avenir même du système international qui mérite d’être repensé. Nous sommes face à l’inconnu : peu de personnes avaient réellement prévu les révolutions arabes, et même durant leur déroulement, combien relativisaient le phénomène en le limitant à un seul pays ?

La réalité est que les relations internationales connaissent une mutation particulièrement fulgurante qui selon moi ne conduit pas vers davantage de sécurité et de paix, faisant du projet de Kant un objectif encore loin à atteindre. On peut en effet supposer une prolifération étatique relative qui conduit déjà (Sud Soudan, peut-être la Palestine…) à des bouleversements géopolitiques majeurs. Ces derniers ne se feront pas sans heurts et il est à craindre que la paix soit un but toujours plus délicat à atteindre en raison de la multiplication des acteurs et surtout, de la faiblesse des grandes puissances.

Celles-ci, plongées dans leurs problèmes économiques et financiers, délaissent leur vision géostratégique internationale, afin de donner la priorité à leur situation nationale. Or, leur situation nationale est justement profondément liée à l’environnement international. Elles ont en outre une part de responsabilité dans la longévité plus que "remarquable" de ces dictateurs, protégés jusqu’à présent car supposés être des adversaires du terrorisme islamiste. L’euphorie des révolutions arabes et surtout des chutes des dirigeants est compréhensible pour ces populations qui ont souffert.

Vers la démocratie ?

Cependant, y voir les prémices d’un essor de la démocratie et de la paix me semblent précipité et peu probable, car au-delà des considérations politiques et sécuritaires, il y a une dimension économique et sociale qui demeure éludée et qui constitue pourtant la base des inégalités et explique en partie des actes criminels, tels que le terrorisme. Seules de plus grandes initiatives et surtout prérogatives des organisations internationales sauraient permettre la paix. Mais les États ne sont pas prêts à abandonner une part de leur souveraineté.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/208593;fin-des-dictateurs-la-paix-perpetuelle-est-elle-possible.html

dimanche 23 octobre 2011

Pour une "diplomatie environnementale"

La crise économique et financière qui sévit depuis plus de trois ans a diminué considérablement la médiatisation des enjeux climatiques, qui pourtant concernent l'humanité dans son ensemble. Au nom de la lutte contre la crise et ses conséquences à la fois économiques et humaines surtout, nous avons sciemment sacrifié le débat écologique. Les scores encourageants de plusieurs partis écologistes, en Allemagne et en France par exemple, ne sauraient à eux seuls laisser penser que le débat écologique a repris des forces.

Rio, Kyoto, Copenhague. Autant de villes symbolisant les maigres progrès voire échecs retentissants des initiatives internationales en matière de protection environnementale. Pourtant, la volonté de certains participants était grande, et incomparable à celle des acteurs de la société civile, mais force est de constater que ce qui devrait être une priorité revêt un caractère "annexe" certain. A quoi cela est-il du ? Il est principalement question des puissances émergentes, des nouvelles puissances (Chine, Inde, Brésil) et des Etats-Unis qui font barrage à toute initiative susceptible de remettre en cause leur activité économique, et par voie de conséquence le niveau de vie de leur population. De la même façon, les Etats du Sud refusent de signer des accords qui entraveraient leur développement fulgurant, prétextant que les Etats riches du nord ont abusé pendant des décennies des ressources de la planète et que de ce fait, ils peuvent eux aussi agir ainsi. Ces arguments, bien que proches de la réalité, ne peuvent expliquer le blocage dans lequel nous sommes.

La première contrainte vient de la mondialisation qui, de par les interactions et dépendances qu'elle a créées entre des acteurs situés aux quatre coins de la planète, a rendu impossible toute solution à une échelle strictement étatique. Deuxièmement, bien que de remarquables travaux d'économistes l'aient démontré, il semble encore difficile pour les politiques d'accepter l'idée que plus l'on agira en amont, moins les catastrophes seront coûteuses, aussi bien en vies humaines qu'en termes économiques. La crise participe d'ailleurs à cette crispation des pouvoirs en place qui pensent au mieux sur cinq ans, négligeant les perspectives de moyen et long terme. Que faire par conséquent ?

Chacun sait qu'il suffit de créer une commission pour enterrer un problème ; c'est un peu ce qui se produit avec l'environnement, où les structures ad hoc ne parviennent pas à faire entendre leurs messages. D'ailleurs, on pourrait se demander au niveau national si l'existence d'un ministère de l'écologie a un sens, ou s'il ne faudrait pas plutôt insérer dans chaque ministère une composante environnementale. En d'autres termes, lorsqu'un ministre se rend à l'étranger défendre les intérêts industriels de son pays par exemple, ne pourrait-on pas envisager qu'il s'assure en même temps que les règles environnementales seront respectées par son partenaire ? Bien souvent, la question n'est pas posée, ou seulement a posteriori.

Or, si nous voulons que tous acceptent d'agir, il convient de mettre en place ce que je nommerais une "diplomatie environnementale", à même de faire entendre la nécessité de respect des principes environnementaux chaque fois que des intérêts sont défendus. Au lieu de donner à l'environnement une place à part, insérons-le dès que des projets affectent les équilibres précaires de la planète.

Certes, une telle politique peut conduire à des impasses, voire à des échecs avec des partenaires peu touchés par les questions environnementales. Mais le risque d'erreurs sur le long terme d'une politique occultant ces questions est sans commune mesure, et ce d'autant plus qu'il affectera les générations futures.

La notion de diplomatie environnementale met au cœur de la diplomatie de chaque Etat l'environnement, faisant de ce dernier une ligne conductrice, à même de relancer la machine des négociations qui demeure bloquée pour l'instant. Une solution universelle n'est pas envisageable, ne serait-ce qu'à cause de nos divergences d'intérêt, mais des solutions interétatiques pouvant susciter un mimétisme chez autrui sont à privilégier.

L'idée de diplomatie environnementale, sans doute difficile à faire accepter en raison des changements de culture politique qu'elle induit, devrait être mise en valeur. L'échec est possible, mais pas certain, et dans la situation actuelle assez alarmiste, c'est un risque à prendre.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/25/pour-une-diplomatie-environnementale_1592105_3232.html

jeudi 20 octobre 2011

Après la mort de Mouammar Kadhafi, quel avenir pour la Libye ?

Dans une précédente chronique, j'avais repris les différents scénarios possibles suivant la chute de Kadhafi, et émis de sérieuses réserves pour ceux évoquant une fuite à l'étranger.

Selon les dernières informations dont nous disposons, et qui méritent un jugement prudent en raison d'une possible désinformation et de mises à jour fréquentes, Kadhafi serait mort ce matin lors d'affrontements avec les forces du Conseil national de transition (CNT). L’ex dirigeant libyen aurait tenté d’échapper aux forces ennemies et son convoi aurait été attaqué. D’abord grièvement blessé, il aurait succombé à ses blessures.

Selon la chaîne d’informations Al Arabia, un de ses fils Moutassim Kadhafi aurait été capturé vivant par les forces du CNT. Il semble cependant établi que, comme on pouvait le présupposer, Kadhafi s’était caché à Syrte, où il était assuré d’une certaine protection de la part des habitants et des combattants de la ville qui le soutenaient dans leur grande majorité. Ceci explique d’ailleurs que Syrte soit le dernier bastion pro-Kadhafi à être tombé, après plus de deux mois d’un siège meurtrier et délicat pour les forces du CNT qui espéraient une victoire rapide.

Il est d’ailleurs intéressant de souligner la similitude frappante entre le Colonel Kadhafi et Saddam Hussein, les deux dictateurs en fuite s’étant réfugiés dans leur village natal, avant d’être tous les deux retrouvés, à ceci près que Kadhafi semble avoir été pris par des forces locales, alors que Saddam Hussein avait été capturé par les Américains, avant d’être remis aux forces de sécurité irakiennes.

Quel devenir pour la Libye ?
A présent que la mort de Kadhafi semble se confirmer toujours plus, on peut s’interroger quant au devenir de la Libye. Contrairement à ce que certains pourraient penser, je ne crois pas que sa mort change radicalement un processus de changement politique déjà entamé lors de sa fuite. En outre, son pouvoir de nuisance s’était considérablement affaibli, sa capture relevant davantage du symbole que d’une dimension purement militaire.
Il ne faudrait pas enfin tomber dans une euphorie, légitime pour un peuple qui a souffert, mais discutable si l’on fait de sa mort la fin des problèmes du pays, et ce d’autant plus que le Colonel était le ciment de l’unité de plusieurs tribus, ces dernières ayant des velléités sécessionnistes pour certaines d’entre elles.

Le CNT va accueillir la mort de l’ex leader libyen avec une réelle joie, c’est certain ; mais cela renforce-t-il pour autant sa légitimité ? Il n’y a pas de réponse simple et sûre, et ce pour deux raisons fondamentales : le CNT est un agrégat de groupes et d’individus à l’histoire et aux objectifs politiques radicalement différents, certains d’entre eux étant des démocrates convaincus tandis que d’autres ont entretenu des liens étroits avec Al-Qaida par le passé.
Deuxièmement, la légitimité même du CNT pose problème car elle provient principalement des puissances étrangères, la France étant la première à avoir apporté son soutien à ce conseil. Ce dernier va à présent concentrer aussi bien les attentions du peuple libyen que les pressions des puissances étrangères qui demanderont le rétablissement de la sécurité en Libye pour assurer indirectement la leur et qui surtout vont se livrer à une guerre commerciale féroce pour obtenir des parts de marché substantielles.

Les convoitises seront donc fortes et le CNT va devoir jouer finement son rôle pour satisfaire aussi bien ses soutiens étrangers qui peuvent le fragiliser facilement (par l’intermédiaire d’aides par exemple…) que les attentes de son peuple, qui veut un changement radical de vie.
Cela doit passer par l’organisation d’élections nationales, qui devraient faire l’objet d’un soutien logistique appuyé de l’ONU pour éviter des fraudes et pour surtout remettre en marche une administration corrompue et dans l’impasse depuis des mois.
Deuxièmement, même s’il s’agit d’un chantier titanesque et dont les conséquences ne sauraient être visibles à court terme, le CNT doit s’engager à réformer en profondeur l’économie du pays, en diversifiant rapidement les sources de revenu qui jusqu’à présent provenaient principalement des ressources énergétiques. Ce mouvement de réformes permettrait surtout de créer de nouveaux emplois, dans un pays où la jeunesse a souvent été délaissée, malgré son importance numérique réelle.
Enfin, le CNT va devoir intensifier ses relations diplomatiques avec ses voisins, aussi bien ceux qui ont vécu le Printemps arabe, que ceux qui l’ont évité, à l’image du voisin algérien, dont les relations ont trop souvent été houleuses.

Un tournant majeur de l'histoire libyenne
La Libye est à un tournant majeur de son histoire et les puissances occidentales, après avoir occupé le terrain militaire, devraient se focaliser désormais sur l’aide à la reconstruction et au renouveau d’un Etat majeur dans la région.

Certes, la dimension sécuritaire est fondamentale pour les puissances européennes qui craignent que la Libye devienne une base arrière du terrorisme, mais considérer la Libye comme une menace serait une erreur stratégique certaine, à un moment où le peuple libyen souhaite vivre en paix et dans un cadre de droit réel.

A ce titre, l’Irak d’aujourd’hui montre que beaucoup reste à faire, mais que des progrès certains ont été accomplis. Avec la mort du Colonel Kadhafi se tourne une page sombre et sanglante de l’histoire de la Libye. Le CNT et les futurs représentants légitimes du peuple ont les ressources pour en écrire une nouvelle, mais les obstacles et les menaces seront nombreux et difficiles à neutraliser.

La Libye va jouer d’ici un an son va-tout : elle peut tout aussi bien devenir un modèle régional que sombrer dans des luttes fratricides pouvant conduire au chaos.

vendredi 14 octobre 2011

L'international, le parent pauvre du débat socialiste français

Dans une précédente chronique, je m'interrogeais sur la place qu'aurait la politique internationale dans la campagne présidentielle. Je mettais en garde les candidats socialistes à l'investiture du risque que Nicolas Sarkozy axe sa campagne sur sa stature de président en s’appuyant sur ses multiples initiatives et prises de position internationales, dont le succès il est vrai reste à relativiser. Et c'est exactement ce qui se passe !

Alors que les médias concentraient le 9 octobre dernier, lors du premier tour de la primaire citoyenne, la majeure partie de leurs écrits et reportages à la primaire, ils faisaient en même temps allusion à la rencontre entre le président Sarkozy et la chancelière Merkel pour parvenir à un accord concernant la crise qui secoue l'Europe. Cette simple allusion rappelait inconsciemment aux lecteurs et téléspectateurs les enjeux diamétralement opposés de la journée.

Le débat d'entre-deux-tours a montré le fossé qui sépare encore le candidat socialiste et le président Sarkozy. Certes, ce dernier est déjà au pouvoir depuis cinq ans et par la force des choses, il a eu le "loisir" de penser international, en particulier lorsque le climat intérieur était délicat voire négatif à son encontre, la stratégie étant connue de tous. Mais lorsque la véritable campagne va commencer, les électeurs ne chercheront pas de circonstance atténuante à l'un ou à l'autre. Ils se décideront en fonction de ce que chacun proposera et surtout, avec quel sens de la persuasion chacun défendra ses arguments.

Les échanges entre Martine Aubry et François Hollande sont à ce titre assez désopilants, tant ils demeurent dans le vague et le théorique. A leur décharge, il est vrai que le thème de la politique étrangère a été relégué à la fin de l'émission, comme pour se donner bonne conscience à propos d'un sujet qui serait censé ne passionner personne ; je fais sans doute l'erreur de penser le contraire. Les journalistes ont posé deux, trois questions, sans pousser dans leurs retranchements les candidats qui auraient eu pourtant l'occasion de se départager et de se donner une image de présidentiable. A croire que les journalistes eux-mêmes n'étaient pas intéressés...
Je retiendrai personnellement trois thèmes :

Les rapports Chine / France

La partie sur les rapports entre la Chine et la France fait penser que les candidats vivent dans un monde imaginaire, où tous nous aspirerions à la paix et à l'égalité entre nous. Martine Aubry et François Hollande s'offusquent que la Chine décide seule de la valeur de sa monnaie et que son modèle économique conduise à une concurrence déloyale avec ses partenaires économiques, mais ne parviennent pas à formuler de réponses concrètes. Ils parlent de "dialogue", sous-entendant que cela n'a pas été fait jusqu'à présent.

Bien qu'ayant mis en évidence à plusieurs reprises les limites de la politique du président Sarkozy, je dois reconnaître que l'attaque des socialistes est sans fondement. La réalité est que pour dialoguer avec la Chine, il faut être en mesure de le faire ! Cela passe par un renforcement de notre influence qui est peu probable pour l'instant. Les deux candidats ont par ailleurs envisagé la taxation des produits étrangers qui ne respecteraient pas les mêmes réglementations que les produits français. La faisabilité d'une telle mesure me laisse pantois. Il est vrai qu'il est difficile à dire aux citoyens que nous sommes dépendants par la force des choses de la Chine, en lui confiant une part substantielle de notre besoin industriel, et en étant par ailleurs bien heureux de ne pas payer les produits à leur vrai valeur grâce à des travailleurs sous-payés et exploités...

L'entrée de la Turquie dans l'Union européenne

La partie sur l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne a atteint un sommet. Non contents de reprendre des arguments dont la véracité est plus que contestable, comme l'idée d'une Turquie permettant à l'Europe d'avoir une meilleure image dans le monde arabe, les candidats ont montré qu'ils ne maîtrisaient pas le sujet, envoyant un message plus que néfaste à la communauté turque qui réside en France, et aux Turcs en général. Focalisant leurs attaques sur les non-reconnaissances de Chypre et du génocide arménien, qui ne sont pourtant pas des points insurmontables selon des responsables turcs et européens, ils se rapprochent en cela de Nicolas Sarkozy. Or, l'entrée de la Turquie serait selon moi un aspect positif pour l'Europe qui a déjà tant de liens économiques et historiques avec cet État.

Qui plus est, il y a encore peu de temps, les Turcs s'enthousiasmaient d'une entrée dans l'Europe, peut-être plus que les ex-pays soviétiques, mais la lenteur des procédures et les oppositions de certains États commencent à les faire douter. Martine Aubry a agité le chiffon de l'islamisme en Europe, ce qui n'est pas très honnête, la Turquie faisant des progrès à pas de géant pour devenir toujours plus respectable. Certes, le pouvoir en place ne correspond pas au stéréotype européen : cela en fait-il pour autant un étranger ? J'en doute sincèrement. Je rappellerai enfin à Martine Aubry que la Turquie était jusqu'à peu assez isolée du reste du Monde arabe, eu égard à son système politique (une république), ses liens étroits avec les États-Unis et Israël, etc...

Une Europe à deux vitesses

Pour sortir l'Europe de la crise, les deux candidats ont, sans jamais employer le terme, parlé d'"Europe à deux vitesses", François Hollande demandant la fin du processus de décision à l'unanimité et Martine Aubry insistant sur le libre choix des "Etats en avance" de poursuivre la construction européenne. Ils se sont refusés à parler d'une fédération européenne, Martine Aubry employant l'expression de "Confédération des états-nations", qui n'est en aucun cas un synonyme ! Je reconnais cependant à l'ex première secrétaire du PS l'idée d'une élection par le Parlement du président de la Commission européenne, la légitimité de ce dernier et la démocratie en sortant inévitablement renforcés.

En revanche, comme dans ma précédente chronique, j'avoue ne pas comprendre comment François Hollande parviendrait à imposer son pacte à l'Allemagne, cette dernière n'étant en aucun cas pour l'instant dans une posture de soumission. Au contraire, la première puissance européenne, par ses sacrifices et sa compétitivité, détient les clés du futur de l'Europe pour l'instant. Il y aurait encore beaucoup à dire sur la politique extérieure de la France...

Pas une question pourtant des journalistes sur le Printemps arabe, sur les relations entre la France et l'OTAN bien que Martine Aubry se soit à plusieurs reprises vantée d'être en contact constant avec Anders Fogh Rasmussen, son secrétaire général, rien sur les relations entre la France et l'Afrique, entre la France et les États-Unis.

Martine Aubry est restée cantonnée à revendiquer ses liens avec le SPD, alors qu'un président est censé voir au-delà des considérations partisanes et d'anticiper au mieux les bouleversements géopolitiques de demain. Il reste plusieurs mois au candidat socialiste pour se donner une carrure de président. Cela passera nécessairement par une meilleure connaissance des enjeux internationaux et de la réalité des négociations internationales qui ne sauraient fonctionner avec des idéalistes non pragmatiques.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/203083;l-international-le-parent-pauvre-du-debat-socialiste.html

mercredi 5 octobre 2011

L'idée de pouvoir politique a-t-elle encore un sens en Italie?

Autrefois un des pays fondateurs de l'Europe, l'Italie est aujourd'hui sur le déclin. Son influence sur la scène européenne est toujours plus faible, les véritables impulsions politiques étant encore pour l'instant l'apanage du couple franco-allemand. Le conflit libyen a d'ailleurs montré l'absence d'influence de l'Italie, la France et l'Angleterre prenant les décisions alors que la Libye était jusqu'à présent la "chasse gardée" de l'Italie, qui avait ainsi un accès privilégié aux ressources énergétiques du pays.
Peut-on dire que l'Italie est désormais un "nain politique", terme utilisé autrefois pour qualifier l'Allemagne dont la seule véritable influence était économique? Sans doute pas, mais force est de constater que notre voisin transalpin traverse actuellement une "zone de turbulences", dont les causes sont profondes, complexes et liées à la structure même de la vie politique italienne.

Il peut sembler facile, mais en même temps les faits sont têtus, de dire que le Président du Conseil Silvio Berlusconi a une part de responsabilité conséquente dans les problèmes que rencontrent les Italiens. La médiatisation à outrance qu'il a exercée sur sa propre existence, confondant exercice du pouvoir et vie personnelle, a eu raison de son autorité sur la scène internationale. Pourtant, la situation est plus complexe au plan intérieur où Berlusconi a jouit d'une certaine popularité pendant de nombreuses années, parvenant à remporter des élections et à être à plusieurs reprises Président du Conseil. Pour beaucoup d'Italiens, il a incarné l'homme qui réussit, avec l'idée que ce qu'il a fait pour lui, il le fera pour son peuple. L'essor de ses groupes économiques (Mediaset entre autres) témoigne de ses talents d'entrepreneur et de sa faculté d'adaptation aux réalités économiques. Qui plus est, il a toujours eu le sens de la formule, qualité non négligeable pour quelqu'un qui peut à tout instant appeler le présentateur d'une émission en direct pour donner son avis. Pendant de nombreuses années, on lui a excusé ses maladresses, son absence de ligne politique réelle, allant même jusqu'à le réélire en 2008, alors que plusieurs procès touchaient ses groupes et ses proches.

Le basculement s'est opéré avec les scandales sexuels à répétition de ces deux dernières années ("Rubigate"...) qui lui ont fait perdre la confiance et les voix de nombreux électeurs de tradition catholique qui se sont pour certains tournés vers des partis beaucoup plus à droite, à l'image de la Ligue du Nord. L'homme politique a laissé place à la figure d'un homme grotesque, désinvolte, ne songeant qu'à son intérêt personnel, au détriment du pays qui l'a pourtant porté au pouvoir. Souvenons-nous de sa plaidoirie auprès de Barack Obama en plein sommet international pour dénoncer le soit-disant acharnement des juges italiens qui seraient des "gauchistes"... Ou alors ses confidences à des amis où il qualifie son pays de "merde" et profère à l'encontre de la Chancelière Merkel des propos très inélégants, selon des écoutes téléphoniques et les informations de Wikileaks.

L'alternative existe-elle? La gauche éprouve des difficultés à proposer un programme rassembleur et Bersani, le secrétaire du Parti Démocrate (PD), n'arrive pas à remporter de victoires majeures et irréfragables sur Berlusconi lors des élections intermédiaires. La droite pourrait-elle être une réponse pour sortir l'Italie de l'inertie dans laquelle elle se trouve? Gianfranco Fini, président de l'assemblée et ex-ministre des affaires étrangères de deux gouvernements Berlusconi, pourtant longtemps apprécié de ce dernier, s'est opposé au Cavaliere il y a un an, l'accusant de mener une politique trop proche de celle prônée par la Ligue du Nord, membre de la coalition gouvernementale. La contre-attaque de Berlusconi ne s'est pas faite attendre, Fini subissant de nombreuses pressions pour démissionner et les parlementaires de son nouveau parti étant invités à regagner la majorité, sous peine d'avoir des rendez-vous avec la Justice dans les mois qui suivent.
Berlusconi a commis là une erreur politico-stratégique certaine, sa colère ayant pris le pas sur sa réflexion. En effet, Berlusconi a tellement personnifié le pouvoir que les craintes de l'après Berlusconi sont aujourd'hui renforcées, aucune figure politique ne parvenant à s'imposer. Le Président du Conseil aurait du au contraire chercher à créer un noyau d'"espoirs", de talents dans une concurrence forte mais saine, à même de donner au pays des solutions de secours. Au lieu de cela, il a mis en place un système clos, teinté de corruption et de pots de vin, où le vote d'un député vaut quelques milliers d'euros, laissant la population penser que la classe politique dans son ensemble est "pourrie".

Alors que Berlusconi ne semble pas avoir conscience du poids moral et politique qui incombe à sa fonction, ne devrait-on pas envisager une autre piste pour comprendre qui peut diriger le pays? La classe politique ayant perdu la confiance du peuple, avec le risque d'une dérive droitière et nationaliste (ou plus précisément régionaliste), c'est en vérité le pouvoir économique qui semble à présent émerger. La crise qui sévit depuis 2008 a remis au premier plan les questions économiques et ce d'autant plus que l'Italie est pointée du doigt par les agences de notation. Ainsi, pas plus tard qu'hier, après Standard and Poor's c'est au tour de Moody's d'abaisser la note de l'Italie à A2 au lieu de AA2. Les agences s'accordent à souligner la faible croissance économique du pays, la fragilité de sa situation politique et l'insuffisance du plan de rigueur voté dans la douleur et qui ne permettra pas à l'Italie de retrouver l'équilibre budgétaire revendiqué. Ce sont bien ces aspects qui font craindre pour l'avenir de l'Italie et non la dette qui, bien que colossale (120% du PIB), est détenue dans une majeure partie par les Italiens eux-mêmes, à l'inverse de la France dont une partie conséquente de la dette appartient à des paradis fiscaux.

Bien que Giulio Tremonti, ministre de l'économie et des finances, ait agi en véritable homme d'Etat en menant une politique d'austérité, par définition impopulaire, pour éviter la catastrophe et suscitant au passage l'ire de Berlusconi, le pouvoir des industriels et de tous ceux occupant des fonctions liées à l'économie du pays a pris le pas sur le pouvoir strictement politique. C'est ainsi que Corrado Passera, administrateur délégué d'Intesa Sanpaolo , première banque de détail italienne, s'est permis publiquement le 19 septembre de mettre en garde contre le risque de défaut de paiement du pays.
Dans un autre registre, la sortie la semaine dernière d'Emma Marcegaglia, présidente de la Confindustria (équivalent du MEDEF français), est édifiante! Elle a menacé de rompre les négociations avec le gouvernement si des mesures urgentes ne sont pas prises pour relancer la croissance, atone depuis des mois, et a même évoqué la démission de ce dernier, au cas où il serait incapable de réformer. Ces mesures sont regroupées dans un plan en cinq points qui comprend entre autres une réforme des retraites, la fin des régimes spéciaux, des investissements conséquents dans le secteur énergétique ainsi que la mise en place d'une administration plus efficace. Rajoutons à cette demande celle de la direction de Fiat qui menace de faire fabriquer encore plus de voitures en Pologne, où les conditions de travail permettent de fabriquer plus de deux fois plus.

Bien qu'il ne s'agisse là que d'une conjecture, il conviendra de voir sur le long terme si le pouvoir économique supplante le pouvoir politique. On pourrait rétorquer que la frontière entre les deux est ténue, mais l'idée est plutôt de voir si l'espoir ne viendrait pas de personnalités du secteur économique, souvent plus au fait des problèmes que connaissent les entreprises. Pour l'instant,le pouvoir politique a le dernier mot, mais si son inefficacité perdure, nul doute que le pouvoir économique en sera mécaniquement renforcé. L’Italie est, sans exagérer, à un tournant de son histoire récente. Si elle ne veut pas suivre le même chemin que la Grèce, et bientôt le Portugal et l'Espagne, elle doit se repenser et se donner les moyens d'être attractive, au lieu de demeurer dans une nostalgie néfaste à toute initiative de renouveau.

mercredi 21 septembre 2011

Président Obama, entrez dans l'Histoire!

Nous sommes à la veille d'un événement majeur dans l'Histoire des XX et XXIème siècles. Marqués par plus de soixante ans de conflits, les Palestiniens, par la voix de leur Président Mahmoud Abbas, vont demander à la tribune de l'ONU la reconnaissance d'un État palestinien. On ne connaît pas encore les modalités exactes, à savoir entre autres si la demande sera faite au Conseil de Sécurité ou devant l'Assemblée générale, l'importance de ce détail étant majeure car vous avez annoncé en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité que vous mettriez votre veto à la proposition palestinienne. Or, en agissant ainsi, vous réduisez à néant les espoirs de plusieurs millions de Palestiniens et d'Arabes en général.

L'année 2011 aura clairement été celle du Monde arabe. Le Printemps arabe a bouleversé des puissances considérées comme inébranlables il y a encore peu de temps avec leurs régimes quasi dictatoriaux. La Tunisie, l’Égypte et bientôt la Libye peuvent désormais se penser comme de futurs espaces de liberté, même si un tel bouleversement prendra du temps et ne se fera pas sans heurts. La Syrie connaît de nombreux troubles, bien que l'on manque considérablement d'informations fiables pour entreprendre une prospective réelle. Et même Israël, souvent considéré comme "à part" dans la région, a connu un été très sensible avec une série de manifestations pour dénoncer les inégalités toujours plus croissantes que connaissent les Israéliens, en particulier en matière d'accès au logement et au sujet des aides étatiques pour les colons. En d'autres termes, le Proche et Moyen-Orient est à un tournant qu'il convient d'accompagner, ce qu'a fait avec plus ou moins de succès et de diplomatie le Président Sarkozy.

Président Obama, vous aviez pourtant suscité de vifs espoirs avec votre discours du Caire et vos récentes allusions sur la nécessité d'un État palestinien. Peu de temps après la mort de Ben Laden, vous aviez même parlé d'un État palestinien sur les frontières de 1967, provoquant une forte réprobation d'Israël ainsi qu'une partie de vos représentants au Congrès qui critiquaient le timing d'une telle déclaration. Il est évident que la situation est complexe pour vous, eu égard aux liens qui unissent les États-Unis avec Israël tant aux niveaux historique qu'économique et à la forte communauté juive présente aux États-Unis dont le poids électoral est évidemment certain pour votre parti. Il suffit de rappeler la menace du Congrès à l'encontre de l'Autorité palestinienne la semaine dernière de geler une aide de cinq cent millions de dollars en cas de demande de reconnaissance d'un État à l'ONU.

Mais il vous incombe, en tant que président de la première puissance mondiale, de penser sur le long terme et à une échelle beaucoup plus large que celle -réductrice- visant à satisfaire le refus de changement de certains. Dans tous les cas, vous n'avez rien à perdre! L'enthousiasme, sans doute excessif, de votre élection a laissé rapidement place à la dure réalité de l'action politique, faite de compromis et de confrontations avec des tendances qui parfois ne dépendent pas de vous. La crise économique a remis en cause une bonne partie de vos projets, l'assurance maladie que vous avez portée avec Ted Kennedy est vidée en grande partie de sa substance de par les coupes budgétaires qui augmentent toujours plus. Que dire enfin de votre politique étrangère, où à bien des égards vous avez été absent ou suiveur! Vous avez délaissé l'Europe au lieu de l'aider à être un allié de taille dans un monde en pleine mutation, et surtout votre bilan concernant le continent africain est proche du vide absolu, alors que tant d'espoirs étaient mis en vous.

Certes une élection se profile pour vous, avec la volonté évidente -et compréhensible- de vous faire réélire. De nombreux spécialistes évoquent toujours le second mandat comme plus utile pour entreprendre de vastes chantiers à l'international. Mais premièrement, il n'est pas sûr que vous soyez réélu en raison de votre bilan fort discutable, et deuxièmement, c'est maintenant que doit se décider l'avenir de la Palestine et d'Israël. Je vous rejoins totalement sur le fait que la reconnaissance seule de l’État palestinien ne saurait être gage de paix et de sécurité et que c'est un processus qui se réalisera sur plusieurs années, au minimum. Mais il s'agit d'une première étape irréfragable pour qui aspire à la paix dans cette région si conflictuelle.
Il ne vous est pas demandé de satisfaire les demandes d'un camp ou de l'autre, mais bien de parvenir à un compromis susceptible d'être validé par les deux protagonistes. Les problèmes sont nombreux, à commencer par la délimitation des frontières du nouvel État envisagé, mais également l'accès aux ressources hydrauliques, et la viabilité économique d'un État palestinien dont des pans entiers de l'économie sont à reconstruire, voire à penser.
Les adversaires sont nombreux, à commencer par le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu, mais dont la puissance réelle est souvent sur-estimée, ses difficultés gouvernementales le montrant aisément. Il y a également le Hamas, qui mise sur un échec de la tentative du Fatah de Monsieur Abbas, pour asseoir toujours plus son autorité, mais négligeant l'intérêt général du peuple.

Monsieur Obama, vous avez la chance d'avoir un interlocuteur courageux en la personne de Mahmoud Abbas. Si vous persistez dans votre souhait d'apposer votre veto à la demande de l'Autorité palestinienne, l'image des États-Unis en sera fortement dégradée. Tous vos efforts pour faire oublier l'ancienne Administration seront en partie remis en cause. Vous avez été absent des révolutions arabes; il est de votre devoir d'agir pour la paix au Proche et Moyen-Orient.

Il est temps pour vous de montrer l'influence américaine sur la scène internationale, sans pour autant faire d'Israël votre ennemi, mais en pensant à la stabilité politique et sécuritaire de la région. Certes, en agissant ainsi, vous acceptez de plonger vers l'inconnu avec toujours plus de difficultés à résoudre, mais l'énergie, le courage et les ressources que vous devrez mobiliser en vaillent la peine.
Vous avez les cartes en main pour entrer dans l'Histoire Monsieur le Président, comme un homme de paix. Ne laissez pas passer cette occasion.

mercredi 14 septembre 2011

La guerre en Afghanistan: vers un chaos -prévisible-?

Alors que les yeux du monde sont fixés sur l'Afrique du Nord et les conséquences du Printemps arabe, l'Afghanistan se meurt, plongé chaque jour un peu plus dans le chaos. Pas plus tard qu'hier, les Talibans ont réussi à mener plusieurs attaques meurtrières à Kaboul visant notamment le QG de la Force de l'Otan en Afghanistan (Isaf) ainsi que l'ambassade des États-Unis, tuant une dizaine de policiers et de civils selon les premiers éléments. Pourtant, la capitale est censée être sécurisée par les forces de police afghanes et par l'OTAN... De là à croire que les Talibans peuvent mener les opérations qu'ils veulent sur le territoire, il n'y a qu'un pas que l'on peut aisément franchir.

Cette dernière opération est sans conteste un coup médiatique réussi. Elle n'a pas bouleversé la stratégie de chacun, n'a causé que peu de morts, mais elle est le symbole de l'impuissance des Occidentaux à maintenir un semblant d'ordre. Les Talibans savent parfaitement que les démocraties peuvent facilement être fragilisées, la liberté de parole et l'accès aux informations permettant aux citoyens de se forger une opinion, parfois trop rapidement. Ils savent également que l'information de leur opération sera reprise dans les médias -ce à quoi nous participons-, ce qui ne fera que susciter davantage de doutes au sein d'une opinion déjà très partagée sur le sens de cette guerre.

Cette attitude de l'opinion peut se comprendre tant le conflit est abordé du point de vue de l'émotion et non dans une perspective de compréhension et d'analyse. Les journaux télévisés font état des soldats morts au combat, insistant sur le parcours de chacun, son jeune âge trop souvent, la famille qu'il laisse derrière lui. Mais ils n'insistent que trop peu sur l'action de ces soldats qui sont morts lors de missions, dont l'objectif est souvent la pacification d'une zone et le rétablissement des relations entre population et forces de sécurité. Il semble clair qu'il y a une incompréhension croissante des citoyens quant au bien-fondé de cette guerre qui peut se résumer par la question: "à quoi bon tous ces morts?"

Les problèmes de la guerre en Afghanistan sont très nombreux et il serait fastidieux de tous les énumérer ici. Il convient plutôt de définir les tendances lourdes qui font la spécificité de cette guerre.
Contrairement à la guerre en Irak, celle en Afghanistan a fait l'objet d'un consensus bien plus large qui s'est manifesté par une coalition plus nombreuse, la France et l'Allemagne y participant par exemple. On aurait été en droit d'espérer un envoi massif de troupes afin de réellement sécuriser ce pays qui, de par son étendue et son relief, est compliqué à maîtriser dans son ensemble. Mais il semble bien qu'on ait sous-estimé les difficultés de cette guerre.

Au lieu de mobiliser dès le début du conflit un maximum de troupes, les États-Unis et leurs alliés ont envoyé trop peu de soldats qui n'ont pu sécuriser que quelques zones, laissant les autres sous le contrôle des Talibans qui ont ainsi pu se réorganiser et préparer leur guérilla. Ils ont voulu très rapidement mettre en place les phases sécuritaire et politique, afin de donner une stabilité au pays. Or, un pays ne peut se construire s'il n'est pas en sécurité. Les différentes élections qui ont eu lieu ont montré qu'on avait "mis la charrue avant les bœufs". Certes, les élections se sont relativement bien déroulées, mais on ne peut occulter les fraudes et les pressions des Talibans dans certaines régions pour discréditer le scrutin. Qui plus est, le Président Karzaï a eu beau se vanter d'assoir son pouvoir sur un vote "populaire", il n'en demeure pas moins que son champs d'action est plus qu'entravé. Ceci explique d'ailleurs les critiques à son encontre comme quoi il n'agirait que pour Kaboul et non pour le pays.

En outre, souvenons-nous que l'Afghanistan est composé d'une série de tribus qui reconnaissent avec de très fortes disparités l'autorité de Kaboul. La possession d'hommes armés et de ressources financières, légales ou pas, est le véritable symbole de pouvoir et d'autorité dans le pays. Le Président Karzaï possède une police formée par les forces de l'OTAN qui avouent eux-mêmes, à mots couverts, que leur entraînement est insuffisant. Et ce d'autant plus que la corruption gangrène l'administration à tous les niveaux; or, sans confiance dans les institutions, l'économie, la vie sociale ne peuvent fonctionner à nouveau.

Le compte à rebours a commencé, aussi bien pour les forces de l'OTAN que pour la population afghane. Les premières sont en train de procéder à la transition avec les forces de sécurité afghanes. En d'autres termes, elles cherchent une sortie honorable à une situation qui ne l'est pas car une fois parties, les forces de sécurité afghanes vont se retrouver seules, face aux Talibans qui sont très organisés et préparés au combat. Quant à la population, elle risque comme dans de nombreux cas de post conflits, de faire les frais de ces affrontements internes.

Il est évident qu'il n'y avait pas et qu'il n'y a pas de solution miracle pour cette guerre qui dure déjà depuis plus de dix ans. Mais il est clair que la situation est pire qu'au début du conflit. Les rares progrès obtenus (droit des femmes, droit de vote, abolition de certains interdits formulés par les Talibans...) risquent fort d'être remis en cause une fois les troupes occidentales parties. La propagande des Talibans et des adversaires des forces de l'OTAN en sera d'autant plus revigorée qu'ils pourront se vanter d'avoir fait partir les forces étrangères de leur pays. L'analogie avec le retrait de l'URSS en 1979 n'est pas totale et parfaite, mais elle rappelle que l'Afghanistan est un pays quasi-imprenable, si l'on se base sur des stratégies non-adaptées à la spécificité du pays.

On ne peut rester indéfiniment en Afghanistan, sans quoi les forces de l'OTAN seront toujours plus perçues comme des forces d'occupation. La guerre a par ailleurs un coût à la fois humain, économique et politique certain. Mais partir en laissant l'anarchie et le chaos sur place, sous prétexte de respecter un calendrier fixé par les politiques, a-t-il un sens? Au lieu d'affronter nos erreurs - à de nombreuses reprises, les militaires ont demandé des renforts pour réussir leurs missions -, nous allons partir dans la précipitation, sans avoir obtenus les résultats escomptés. Les Talibans l'ont bien compris, et l'on peut penser qu'ils montreront leur vrai force une fois les forces étrangères parties.

Le Président Karzaï a tort, ainsi que ses alliés américain et de l'OTAN, de voir dans cette dernière attaque un acte désespéré et sans conséquence réelle de la part des Talibans. Sans doute devraient-ils plutôt y voir l'échec de leur politique sur dix années et les effets néfastes de cette dernière sur le long terme. Souhaitons que les débats pour l'élection présidentielle de 2012 permettent d'y voir plus clair dans les positions de chacun.

lundi 5 septembre 2011

Et si l’élection présidentielle -française- se jouait sur l’international?

Il est de coutume de dire que la mise en avant de la politique extérieure n’est pas très vendeuse lors d’une campagne présidentielle. Celle de 1995 fut marquée par la “fracture sociale”, celle de 2002 par la sécurité et enfin celle de 2007 par le travail et le slogan du candidat Sarkozy “travailler plus pour gagner plus”, avec le résultat que l’on connait. A moins d’un an de l’élection présidentielle, les médias et surtout les conseillers en communication des candidats s’échinent à trouver LE thème qui cristallisera la campagne. On assiste pour l’instant à des tentatives diverses et souvent éphémères, allant de la sécurité à l’éducation, en passant par l’idée de réduire les déficits, idée aussi nécessaire qu’ancienne et peu appliquée. La politique extérieure de la France, très riche et complexe sous la présidence Sarkozy, a de fortes chances de constituer l’un des thèmes majeurs de la présidentielle. Voyons dans quelle mesure elle influencera cette dernière.

Sans prendre de parti pris, il est clair que le bilan de Nicolas Sarkozy est très mitigé au niveau intérieur. Les promesses de 2007 n’ont pas été tenues, la crise de 2008 et ses répercussions sur le long terme ayant achevé une politique aux résultats faibles, voire négatifs. La hausse du chômage, les réformes en demi-teinte (Grenelle, retraites…) laissent au quinquennat un goût d’inachevé. Le Président Sarkozy a cependant eu la présence d’esprit de ne pas se focaliser exclusivement sur la politique interne et de tenter de se rattraper sur la politique extérieure, comme tous ses prédécesseurs d’ailleurs. Ces derniers avaient profité d’un rebond de popularité, ce qui n’a pas ou peu été le cas pour le Président Sarkozy.

Pourtant, il convient de souligner qu’à défaut d’être réellement efficace, la diplomatie française a été particulièrement active depuis 2007, le Président Sarkozy s’impliquant personnellement au point d’éclipser ses différents ministres des affaires étrangères. Contrairement aux autres médias européens, les médias français lui ont donné un satisfécit lors de la présidence française de l’Union européenne, où son énergie a permis d’accélérer les processus de décision et de relancer la machine européenne. De même, en forçant un peu la main de ses partenaires, il a réussi à organiser plusieurs conférences internationales (G7, G8…), donnant une visibilité certaine à la France. Enfin, beaucoup attribuent –à tort ou à raison- le succès en Libye au Président français, à un moment où le doute s’accentue concernant le sens de la présence française en Afghanistan.

Néanmoins, le Président Sarkozy compte aussi une série d’échecs, qui seront autant d’arguments susceptibles d’être utilisés par ses opposants. La fantomatique Union pour la Méditerranée n’a que peu de chances de voir véritablement le jour, le couple franco-allemand a connu davantage de bas que de hauts, alors que l’Histoire montre que l’Europe n’avance que si ce couple est uni. Et que dire de l’inertie de la diplomatie française au début du Printemps arabe alors que nous aurions pu avoir un rôle prépondérant à jouer. Le “rattrapage express” avec la Libye peut en témoigner. Enfin, bien qu’il n’en soit pas l’instigateur, la participation française à la guerre en Afghanistan est toujours plus difficile à faire admettre à une population qui apprend la mort de ses soldats sans comprendre les objectifs de la mission.

Sur ce dernier point, le PS aurait clairement pu, et facilement, attaquer le Président Sarkozy, s’il avait eu une position claire sur le sujet. Rappelons qu’en 2001, le PS avait voté pour l’envoi des troupes et qu’aujourd’hui, il cherche à se distinguer en jouant sur le calendrier de retrait, mais ses différences de point de vue sont désormais minimes avec l’UMP.

Les deux candidats socialistes en tête pour l’instant dans les sondages, Martine Aubry et François Hollande, ont beaucoup critiqué la politique extérieure du Président Sarkozy, mais sans présenter une vision claire et pensée de ce qu’ils auraient fait. Ceci se vérifie surtout au niveau européen avec des discours remplis de belles intentions mais sans nouvelle solution. François Hollande propose par exemple un “pacte” assez flou avec l’Allemagne, cette dernière devant éviter d’avoir “des excédents commerciaux au détriment de ses partenaires européens”. On pourrait lui rétorquer que l’Allemagne a fait des efforts pendant plus de dix ans pour arriver à un tel résultat et qu’il lui sera difficilement acceptable d’en faire d’autres avec un partenaire qui n’a pour l’instant pas trouvé la clé pour résorber le gouffre abyssal de son déficit.

Il est d’ailleurs surprenant de constater que bien que la majorité des problèmes de la France aient des ramifications au niveau européen, voire international, l’Europe ne soit pas mise au premier rang de la stratégie politique des candidats. Certes, Martine Aubry a donné l’image d’une véritable européenne lors de la déclaration commune PS-SPD en juin, mais le “thème Europe” est noyé parmi tous les autres thèmes de campagne. La situation se vérifie également pour François Hollande, où l’Europe est le dernier point abordé dans son programme “La France en avant”.

Pourtant, les adversaires de Nicolas Sarkozy auraient tout intérêt à jouer sur l’International pour leur campagne. Outre le fait que cela permettrait de réellement les départager au niveau idéologique, cela les aiderait également à combler le déficit de “présidentialité” dont beaucoup font preuve, et sur lequel le Président et ses conseillers jouent.

Sans être le thème majeur de la campagne de 2012, gageons que la politique extérieure de la France sera un facteur essentiel de l’élection par rapport aux anciens scrutins. Le futur président sera celui qui aura montré aux électeurs sa capacité à assurer le rayonnement de la France.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/189914;et-si-la-presidentielle-se-jouait-sur-l-international.html

mercredi 31 août 2011

L'avenir de Kadhafi...

Les forces rebelles libyennes ont désormais pris le contrôle de la quasi-intégralité de la Libye, à l'exception notable de Syrte, la ville notable du leader libyen, qui devrait tomber prochainement. A un moment où le CNT cherche à s'organiser efficacement afin de préparer "l'après-Kadhafi", ce dernier joue encore au chat et à la souris avec les rebelles. Mais il semble fortement probable qu'il soit là en train de jouer ses dernières cartes. Quels scenarii envisager pour le Colonel déchu?

1. De nombreuses rumeurs lassaient penser que Kadhafi s'était réfugié en Algérie. En réalité, seule sa famille s'y est rendue et se trouve aujourd'hui sous la protection du pouvoir algérien. Il semble en effet peu probable que Kadhafi trouve refuge chez son voisin, les relations entre les deux Etats ayant été plus que conflictuelles. Qui plus est, le président algérien Abdelaziz Bouteflika serait-il prêt à un tel acte qui lui attirerait à coup sûr les foudres des Occidentaux et de la France en particulier? On peut penser au contraire que Bouteflika ne veut pas trop attirer l'attention sur lui et sur son pays, qui n'a pas réellement été parcouru par le Printemps arabe.

2. Une autre hypothèse voudrait que Kadhafi fuit dans un autre pays d'Afrique, comme le Niger par exemple, où de nombreux hommes sont venus combattre pour lui moyennant finance. En effet, Kadhafi peut encore jouer sur sa fortune pour s'assurer le soutien de tel ou tel Etat. Certes, cette dernière a été fortement amputée par les actions des Occidentaux qui gèlent ses fonds, mais il n'en demeure pas moins qu'il conserve une "force monétaro-financière" conséquente. Qui plus est, il convient de rappeler que Kadhafi a soutenu pendant de nombreuses années, grâce aux pétro-dollars, différents régimes africains, qui se sentent redevables. Toutefois, le secret devrait être impératif pour une telle entreprise car, outre les difficultés logistiques qui ne sont pas à négliger, il est fortement probable que la Communauté internationale exercerait de fortes pressions sur le pays hôte pour qu'il revoie sa position.

3. Et si Kadhafi restait caché en Libye? C'est une hypothèse que je partage fortement et ce pour deux raisons:

- les rebelles et les forces de l'OTAN constituent un frein réel pour une fuite à l'étranger, de par le contrôle terrestre et aérien qu'ils peuvent mener. Bien que le pays soit très vaste, c'est un très gros risque que prendrait le leader libyien.

- le CNT, reconnu par certains Etats, dont la France, a une tâche considérable à accomplir: réorganiser le pays. Il faut tout d'abord résourdre les problèmes d'approvisionnement (eau, nourriture, essence...), remettre en marche une administration en proie à la corruption et aux règlements de comptes entre pro et anti Kadhafi, rétablir la sécurité dans les villes... Ce dernier point est fondamental et pose en même temps problème: les rebelles seront-ils prêts à déposer les armes et à penser "reconstruction" au lieu de "vengeance"? Le CNT lui-même témoigne de cette "union de façade", faite de divergences profondes et de suspicions constantes. Kadhafi pourrait tout à fait jouer "la stratégie du pourissement" en réduisant à néant les efforts de paix et de réconciliation: il a les fonds, l'influence nécessaires pour agir. Une série d'attentats discréditerait le nouveau pouvoir en place, accusé de ne plus être efficace, par exemple.

4. Et si Kadhafi est capturé? La question est fondamentale car le discours des rebelles et du CNT n'est pas clair. Les Occidentaux demandent son arrestation et qu'un procès ait lieu pour faire état de tous les méfaits qu'il a commis et ordonnés tandis que les Libyens ont mis sa tête à prix pour un peu plus d'1.7 millions de dollars. "Mort ou vif", étrange conception de la justice! Même si l'on peut comprendre le sentiment de vengeance qui anime une majorité de Libyens, la mort de Kadhafi ne servirait à rien. Au contraire, le peuple libyen en sortirait grandi s'il acceptait de le capturer et de le livrer à la justice internationale, qui pourrait mieux rendre compte des actions néfastes qu'il a perpétrées dans le monde entier pendant quarante ans. Mais il semble que les Occidentaux, par crainte d'être accusés d'ingérence, laisseront les Libyens agir de leur propre chef.

Il convient enfin de rappeler que les problèmes de la Libye ne s'achèveront pas avec la fin de Kadhafi. Avec l'aide économique des Occidentaux, la Libye doit oeuvrer à renforcer son unité, aujourd'hui si fragile, sous peine de ne devenir qu'un agrégat de régions autonomes bellicistes, source d'instabilité majeure pour la région.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/188066;l-avenir-de-kadhafi.html

lundi 29 août 2011

Retour sur la crise économique et financière mondiale...

L'économie et la finance ne prennent jamais de vacances, encore plus lorsqu'elles sont en crise. L'été 2011 l'aura montré au dela de toute espérance.
Au début du mois d'août, les cours de la Bourse ont quasiment fait chaque jour la une des médias, les indices boursiers dévissant dangeureusement au point de laisser dire à certains que le krach de 1929 était devant nous. Sans doute faut-il rappeler qu'un pourcentage différent d'une minute à l'autre d'un indice équivaut à une perte de plusieurs milliards d'euros. Mais fallait-il pour autant tomber dans cette psychose qui s'est emparée des décideurs politiques, et par dessus tout des médias?

Certes, l'abaissement de la note américaine par l'agence Standart and Poor's est une très mauvaise nouvelle pour l'économie américaine - et mondiale-, mais le refus des autres agences de notation de suivre et le discours collectif et rassurant de l'Administration Obama ont en partie limité l'impact de ce qu'il faut bien appeler une "bombe médiatique". Pourtant, même si les agences de notation ne sont pas infaillibles, il conviendrait de prêter davantage attention à leurs rapports qui soulignent bien souvent ce que les politiques sont heureux d'ignorer. Ces derniers arguent généralement qu'ils pensent sur le long terme, sous-entendant que les agences sont focalisées sur l'instantané, ce qui n'est pas totalement faux. Mais d'un autre côté, pour mener à bien une politique ambitieuse sur plusieurs années, encore faut-il en avoir les moyens? Le déficit abyssal des USA est une plaie qui, à défaut de pouvoir être refermée, mériterait que l'on s'y intéresse réellement et que l'on tente de freiner son développement.

A une période où certains politiques français prônent la démondialisation, la crise financière a montré que les frontières de l'économie n'existaient plus ou plus précisément, que chacun est à l'affût du moindre écho envoyé par l'autre, entrant ainsi dans une spirale qui peut s'avérer néfaste. Les fortes baisses des bourses européennes en sont un bon exemple, le doute s'insinuant pour des entreprises considérées jusqu'à présent comme sûres. Qui plus est, la désinformation opérée par certains, très difficiles à identifier, a failli provoquer une catastrophe économique. C'est ainsi qu'un quotidien anglais a parlé d'une prochaine faillite de la banque française Société Générale, faisant perdre à cette dernière près d'un quart de sa valeur boursière en une journée. Comment une simple phrase parue dans un journal peut-elle à ce point bouleverser une institution aussi forte? A croire que l'économie marche sur la tête, ou que sa crainte de s'effondrer la dépasse...

La seule réponse à même de nous sortir de cette spirale consiste à restaurer la confiance, non pas seulement vis-à-vis des marchés, mais auprès des entrepreneurs et des citoyens, ceux-là mêmes qui font l'économie. Cela passera obligatoirement par une réduction des inégalités, sources de déséquilibres économiques et de mal-être. Certains prônent le changement de mode de vie, sans pour l'instant présenter un modèle complet et applicable. Au mieux avancent-ils des idées intéressantes mais qui ne pourraient être mises en place que pour une minorité d'Etats riches. Or, seules des solutions à l'échelle mondiale, tenant compte des spécificités de chacun, pourraient être considérées commes sérieuses.

Il y a urgence : les atermoiements des décideurs politiques européens à agir ensemble et de façon ambitieuse ont rendu l'Europe encore plus vulnérable aux attaques des spéculateurs qui misent sur son éclatement. Pourtant, personne n'aurait intérêt à une telle situation, pas même les USA ou la Chine. En effet, le propre de cette crise est qu'elle affecte toute l'économie mondiale et que les défauts de l'un se répercutent sur les forces de l'autre.
Toutefois, en dépit de soubresauts plus ou moins conséquents, l'économie mondiale résiste. Les différents plans de rigueur commencent à être mis en place. Souhaitons qu'ils permettent d'assainir durablement les finances des Etats et de réfreiner les ardeurs des spéculateurs.

jeudi 25 août 2011

Retour sur l'été moyen-oriental et africain

Certains avaient émis l'idée -saugrenue- qu'avec le Ramadan, on assisterait à une diminution des affrontements au Proche et Moyen-Orient. L'été 2011 aura montré de façon particulièrement éclatante à quel point ça n'a pas été le cas. Au contraire, que ce soit en Libye, en Syrie, en Israël, ou même en Afrique avec la Somalie, la situation s'est profondément détériorée avec le risque d'un embrasement, un risque qui n'est pas encore totalement écarté...Dans tous les cas, l'espoir de jours meilleurs est mince.

La Libye est ravagée par des affrontements toujours plus virulents entre les forces du Colonel Kadhafi et les rebelles soutenus par l'OTAN. Ces derniers, après une période de "surplace" sont en train de marquer des points essentiels, tant et si bien que Tripoli semble être passé sous leur contrôle. La prudence est toutefois de mise, la désinformation massive opérée par les deux camps empêchant toute analyse définitive.
Il semble cependant que Kadhafi soit dans une très mauvaise posture et que deux solutions sont à envisager. Soit le Guide libyien se fait capturer en espérant qu'un procès aura lieu, ce qui n'est pas évident si l'on se réfère à sa mise à prix fixée à plus d'un million et demi de dollars par les rebelles et surtout à la mention "mort ou vif". Soit Kadhafi parvient à s'échapper et avec les ressources financières dont il dispose encore, il entretient une guerre d'usure et d'harcèlement avec l'aide de mercenaires. La mise en place d'une démocratie dans le pays en serait inévitablement affectée.
Les Occidentaux, dont le rôle est plus ou moins clair dans ce conflit, doivent-ils s'impliquer davantage? L'hésitation demeure entre une volonté de ne pas faire preuve d'ingérence et un désir de stabiliser la région, avec les perspectives économiques liées au pétrole qui en découlent.

La Syrie est dans une période encore plus opaque, les Occidentaux faisant pression sur Al-Assad, sans que ce dernier n'en soit véritablement affecté. Il continue au contraire d'attaquer de plus belle toute poche de résistance hostile au régime. C'est avec une main de fer et de sang que le pays est désormais dirigé, non pas que les années passées furent idylliques, mais l'on peut s'interroger quant à l'avenir de la Syrie. Il me semble que les occidentaux ont fait une grave erreur en ne cessant de demander le départ du président syrien. Ce dernier possède encore beaucoup de soutiens et il sait diriger; il aurait sans nul doute été plus judicieux de négocier avec lui une ouverture limitée à la démocratie, ce qu'il aurait accepté moyennant des accords économiques nouveaux, plutôt que de ne lui laisser aucune chance, l'incitant à jouer son va-tout et la vie de milliers de Syriens. Tout doit être fait pour que ce pays, si stratégique pour la région, ne se renferme pas sur lui-même, avec le risque d'un développement de l'intégrisme qu'un tel choix politique comporterait...

Israël, dont nous avions parlé il y a peu de ses problèmes de politique interne, a subi un attentat ciblé faisant huit morts en Egypte. Trois militaires égyptiens ont ensuite été tués par les forces israéliennes ce qui a provoqué la fureur de la population. Israël a eu tort d'agir ainsi, et ce d'autant plus que l'Egypte est en pleine transition démocratique et qu'il aurait tout intérêt à mener une politique discrète et amicale pour être sûr de renouveller le traité de paix et s'éviter de nouveaux ennemis. Ce n'est en tout cas pas la voie prise par les forces de Tsahal qui, en réplique de cet attentat lâche, ont envoyé de nombreux missiles sur Gaza, causant la mort de civils. De telles représailles aveugles sont inefficaces et nuisibles en tout point, aussi bien pour traquer les véritables commanditaires de l'attaque que pour satisfaire la population israélienne qui commence à se rendre compte de l'impasse dans laquelle le gouvernement de Netanyahu la conduit.

Enfin, la situation humanitaire empire considérablement en Somalie, l'aide n'arrivant pas aux nécessiteux. L'aide apportée par les Occidentaux était déjà faible, l'absence de réelle organisation efficace achève de faire de la Corne de l'Afrique une région de morts. L'empressement de certains à agir dans l'instant pour aller en Libye et leur silence coupable pour aller sécuriser l'approvisionnement des denrées alimentaires en Somalie est difficilement explicable. Comment expliquer au monde ces entrepôts remplis jusqu'à raz-bord de denrées non distribuées à cause d'un document manquant ou parce que les milices islamistes bloquent les convois? Pourquoi ne pas faire intervenir des Casques Bleus dont la seule mission serait de sécuriser les transferts d'aide humanitaire? Sans doute parce que cette région n'intéresse personne, que les ONG sur place se sentent désemparées par le faible relai médiatique qu'on leur donne... Pourtant, c'est un point géostratégique majeur qu'il conviendrait de protéger et d'étudier davantage car le risque que cette région devienne un repère pour terroristes et trafiquants en tout genre est déjà une réalité.

mardi 23 août 2011

Publication

Le Centre de la francophonie des Amériques a repris mon billet sur mon séjour d'études au Québec. Vous pourrez le consulter à l'adresse suivante:

http://www.francophoniedesameriques.com/universitedete/edition_2011_en_temoignages/temoignage_de_maxime_pinard.html


Retour sur les émeutes de Londres

A un an du début des Jeux Olympiques, qui aurait pu imaginer ce qui s'est passé début août à Londres? Qui aurait pu penser qu'un pays comme l'Angleterre, connu pour sa retenue, sombre dans le chaos, et ce devant les caméras du monde entier? A vrai dire personne, et tout le problème est là.
Pendant plusieurs jours, différents quartiers de Londres ont été en proie à des incendies, à des vols et autres dégradations qui ont dégénéré. Outre les centaines d'arrestations opérées par les forces de police, on déplore un mort, les circonstances exactes de son décès n'étant pas clairement établies. Les informations manquent encore aujourd'hui car ce qui s'est passé a été un profond traumatisme pour les Anglais qui ne s'y attendaient pas. Tout au plus a-t-on pu voir à la télévision des groupes de jeunes le visage caché mettre le feu à des immeubles, piller des magasins et provoquer la police. Cette dernière a d'ailleurs vu passer ses effectifs de six à seize mille hommes pour éviter l'anarchie.
Les médias se sont emparés de l'affaire, ce qui semblait évident, mais d'une façon assez particulière, avec des méthodes relevant de l'inquisition et non du journalisme. On peut citer entre autres les vidéos diffusées des possibles fauteurs de trouble avec des messages demandant aux citoyens d'aider l'Etat à enrayer ce fléau. On aurait voulu provoquer des affrontements entre civils que l'on ne s'y serait pas pris autrement! En effet, des groupes de citoyens se sont rapidement constitués pour défendre leurs quartiers, leurs commerces, voire leurs lieux de culte surtout pour la communauté indienne. Armés de bâtons et autres objets contondants, ils ont été indirectement encouragés à se faire justice, malgré les appels au calme de la police et du gouvernement de David Cameron.
Celui-ci a d'ailleurs du rentrer précipitamment de vacances, afin de ne pas donner l'impression de minimiser ce qui restera pour longtemps dans les mémoires des Londoniens. Alors qu'aujourd'hui, les émeutes ont cessé malgré une propagation sporadique à d'autres villes du Royaume-Uni, que penser de cette tragédie. Est-elle le fruit de la seule crise économique qui marque le pays? Est-ce la faute d'Internet et des nouvelles technologies, comme le sous-entend Cameron? Le manque de repères et de valeurs de la jeunesse est-il si prépondérant dans les motivations des criminels?
On ne saurait se risquer à apporter une réponse là où tous, y compris ceux qui observent la société britannique depuis des années, ont été pris par surprise. On peut cependant souligner que la politique assez à droite au niveau social de David Cameron, que le chômage des jeunes qui atteint des proportions énormes dans certains quartiers comme Tottenham qui a été également un haut lieu d'affrontements, que le matraquage médiatique qui incite les jeunes à concevoir la possession du "toujours plus" comme une nécessité contingente au bonheur et au respect, constituent des facteurs qui peuvent provoquer ce genre de crise.
Une aide financière seule de l'Etat britannique ne saurait remédier au problème. Tout au plus l'étoufferait-elle pour quelques années... C'est davantage le tissu social du pays qui est à reconstruire, en insistant sur plus de solidarité et sur moins de déséquilibres entre les très riches et les pauvres. Certes, les inégalités ont toujours existé et on ne saurait penser sérieusement les supprimer; elles sont constituantes de nos modes de vie. Mais au moins pourrait-on envisager de les atténuer car dans une société démocratique, celui qui n'a plus rien à perdre et à attendre de ceux censés le soutenir représente un danger.
Le coût d'une véritable politique sociale n'est rien si elle permet d'éviter les émeutes et assure un niveau de vie décent à chacun.

samedi 6 août 2011

Vacances...

Bonjour à tous,

Le blog sera en sommeil jusqu'à la fin août, date de mon retour de vacances.

Bien à vous,

Maxime

vendredi 5 août 2011

Israël, l'été du tournant?

La situation devient de plus en plus inextricable pour le Premier Ministre israélien Netanyahu. Malmené dans les sondages, il doit aujourd'hui faire face à deux problèmes concrets qui peuvent affecter durablement l'état du pays, l'un ayant trait à la politique extérieure du pays, l'autre lié à la société israélienne elle-même. Nous verrons que la frontière entre ces deux problèmes est tout sauf grande.
Depuis plusieurs mois, le gouvernement palestinien du Président Mahmoud Abbas mène une intense campagne de lobbying auprès des grandes puissances et en particulier des Etats-Unis pour que l'assemblée de l'ONU reconnaisse la Palestine. Un tel acte constituerait un événement sans précédent car il consacrerait l'existence de la Palestine comme Etat, du moins au niveau symbolique, seule la décision du Conseil de sécurité pouvant légalement agir.
Israël, s'opposant en vérité radicalement à cette proposition, qu'il juge contraire à ses intérêts alors qu'en vérité ce n'est pas forcément le cas, tente de mener un jeu de manipulation. Tout en affirmant vouloir négocier avec les Palestiniens, soutenus par Obama qui avait parlé dans un premier temps d'un Etat sur les frontières de 1967 avant de se raviser devant son empressement inconsidéré, les Israéliens restent vagues le plus possible, distillant une information avant de la minorer dans l'instant.
C'est ainsi que l'on ne sait pas aujourd'hui clairement quelle est la position israélienne. Selon certains, Israël reproduit sa stratégie habituelle de faire tourner en rond les négociations pour les faire avorter. On peut le penser mais c'est une stratégie très risquée qu'entreprend Netanyahu car il faudra bien arriver à une solution. Plutôt que de s'opposer à ce qui semble inéductable, Israël ferait mieux d'accompagner le développement et la reconnaissance de la Palestine: c'est là tout son intérêt. Septembre devrait donner de nouvelles clés pour comprendre les stratagèmes des deux camps.
A une autre échelle, au niveau de la population israélienne, la société est touchée par de multiples manifestations. Plus de 150 mille personnes sont descendues dans la rue le 30 juillet pour dénoncer le coût prohibitif des loyers, qui empêche les jeunes et la classe moyenne de se loger. On parle déjà d'un mouvement de "justice sociale", que le Premier Ministre semble bien avoir du mal à endiguer. Ses mesurettes n'ont aucun effet alors que le pays est confronté à de sérieux troubles économiques, qui touchent aussi bien l'éducation que la santé. Bien qu'Israël soit un pays très développé avec un fort secteur technologique, il convient de rappeler que sa croissance est portée par l'aide américaine qui se manifeste par des commandes importantes ou par des transferts de technologie.
Le plus délicat dans cette "révolte" - le mot n'est sans doute pas exagéré- est qu'elle est susceptible de diviser la population israélienne, des critiques de plus en plus fortes étant émises à l'égard des colons qui absorbent une part considérable du budget de l'Etat, voire une part disproportionnée compte tenu de leur nombre.
On voit bien là que la politique extérieure d'Israël a, plus que pour tout autre Etat, des conséquences profondes sur la politique intérieure. Sans sombrer dans l'angélisme qui voudrait que la paix avec la Palestine apporte la croissance à Israël, on peut penser qu'une politique plus harmonieuse du gouvernement Netanyahu, qui se focaliserait sur la réduction des inégalités au sein de la société et sur l'établissement de relations plus saines avec le gouvernement du Hamas serait un gage de sécurité majeur pour le Moyen-Orient.
L'été s'annonce à double-tranchant pour Netanyahu qui joue son mandat. Il doit être sur deux fronts à la fois et apporter des solutions, sans quoi Israël pourrait perdre la main ainsi qu'une part de son influence.

lundi 1 août 2011

Les inégalités et le désordre mondial

Bien que l'actualité internationale soit très riche en ce moment, deux actualités se dégagent fortement et permettent de s'interroger sur l'état et la cohérence humaine et morale du monde. D'un côté, les États-Unis, première puissance au monde en pleine crise économique et financière, de l'autre une région, la Corne de l'Afrique où sévit une crise humanitaire sans précédent, la sécheresse catastrophique et historique provoquant une famine grave et à grande échelle. D'un côté, une solution vient d'être trouvée, de l'autre, un écran de fumée vient d'être présenté. Comment penser ce fossé?
Les États-Unis viennent in extremis de trouver un semblant de solution pour éviter de plonger le monde dans la plus grande crise économique qu'il n'ait jamais connu en parvenant à un accord entre Républicains et Démocrates au sujet de la dette abyssale du pays. Les détails ne sont pas encore disponibles mais l'on parle d'un relèvement du plafond de la dette de plus de deux mille milliards de dollars... la somme est si colossale qu'il est difficile de se l'imaginer. En tout cas, les États-Unis viennent de se donner un répit supplémentaire, mais il est évident que des sacrifices sont à attendre. En effet, les Républicains n'ont pas signé un chèque en blanc à Obama: en échange de leur accord, ils exigent des coupes budgétaires substantielles dans les dépenses du pays, y compris concernant la mise en œuvre de l'Assurance maladie chère à Obama. Les Représentants démocrates étaient à peu de choses près sur la même ligne que les Républicains, seul le calendrier d'exécution changeant.
Obama ne doit pas cependant crier victoire et ce pour plusieurs raisons: les Républicains ont montré qu'ils étaient des adversaires combatifs et qu'ils pouvaient influencer son action. Par ailleurs, bien qu'étant la première puissance mondiale, les États-Unis se sont vus menacés, certes mollement mais quand même, par les agences de notation qui évoquaient la possibilité d'une perte de la si précieuse note AAA. Ceci démontre que nul n'est à l'abri désormais d'une perte réelle et symbolique de pouvoir, à croire que ce dernier, dans son aspect purement économique et financier, régit de plus en plus les enjeux de puissance.
Si l'on traverse un océan et que l'on se focalise sur la situation dans la Corne de l'Afrique, force est de constater que le jeu et les cartes disponibles divergent sensiblement... Les médias ont ceci d'affreusement fascinant qu'ils découvrent la misère et la pauvreté qu'une fois celles-ci à leur plus haut sommet. En effet, bien peu d'articles ont traité de la situation alimentaire désastreuse qui secoue la région ces derniers mois. Cependant, comme pour corriger l'erreur, ces mêmes médias s'emparent désormais de ce sujet; mais n'est-il pas trop tard?
Focalisés sur l'Irak, l'Afghanistan, la Libye et la Syrie avec le Printemps arabe, les puissances occidentales ont négligé des pays en crise comme le Yémen, et surtout la Somalie, dirigée par des islamistes dont la dangerosité n'est plus à démontrer. Ces derniers, au mépris du respect de la dignité humaine, ont bloqué et bloquent encore l'aide humanitaire envoyée par l'ONU, avec les pertes humaines que de telles mesures comportent. Certes, une réunion de donateurs représentant les puissances mondiales a eu lieu il y a peu à Rome, mais l'absence de résultats concrets et rapides montre que le drame qui sévit dans cette région n'est pas une priorité. Alors que nous sommes prêts à donner, et non pas à prêter vu que l'on ne reverra jamais la couleur de cet argent, plus de cent milliards d'euros à la Grèce, alors qu'une puissance est capable d'autoriser une augmentation de son déficit de plus de deux mille milliards de dollars, nous sommes incapables de trouver un milliard pour sauver une population démunie... Les morts s'entassent dans l'indifférence générale; un sursaut d'humanité serait le bienvenu!
Il y a peu de chances pour que ce dernier se produise, tant les élans généreux de certains sont avant tout liés à de basses considérations politiques et économiques. Pourtant, en laissant la situation ainsi, nous agissons contre nous-mêmes en favorisant la création d'une génération de "sans-avenirs" qui n'ont plus rien à perdre et dont le risque de radicalisation n'est pas à écarter. Mais le plus gênant dans cette catastrophe, c'est que notre égoïsme est responsable de ce qui se passe. Même si le lien direct n'est pas formellement établi, on peut légitimement penser que les dérégulations climatiques liées à nos modes de vie consommateurs de ressources épuisables ont eu un impact sur la situation climatique dans la Corne de l'Afrique. Simplement blâmer "les pays du Nord" ne servirait à rien, mais rappeler à ces derniers que leurs actions ont des conséquences planétaires et qu'il est de leur devoir d'agir en respectant les autres États, aussi petits soient-il, n'est absolument pas vain.
Le monde devient de plus en plus irrationnel, et une telle situation ne pourra déboucher que sur des événements extrêmes.