mardi 29 juin 2010

Armées publiques / privées: confusion & chaos

Le nom "Xe" ne vous dira sans doute pas grand chose... à l'inverse peut-être de Blackwater, une société américaine de sécurité privée très controversée qui a préféré changé de nom pour améliorer son image. Xe vient de signer avec la CIA un contrat de 120 millions de dollars selon le Washington Post. Sa mission est d'assurer la protection pendant 18 mois des consulats américains de Herat et Mazar-i-Sharif, situés dans le Nord de l'Afghanistan.

Certes, les contrats passés entre les gouvernements et des sociétés privées dans le cadre de conflits ne constituent pas en eux-mêmes une donnée nouvelle mais le cas de Xe est particulier et ce, pour plusieurs raisons.

L'ex Blackwater s'est faite connaître des médias "grâce", les guillemets s'imposent, aux exactions qu'elle a commise en Irak. La plus spectaculaire date de septembre 2007, lorsque quatorze civils ont été purement et simplement assassinés par des mercenaires de Blackwater. A la suite de ce scandale, où les protagonistes s'en sont plutôt bien sortis, la société a été fermement priée de quitter l'Irak. Et c'est justement cette société qui se voit aujourd'hui remporter le contrat de la CIA.

Comment expliquer ce choix au caractère quasi obscène et aux conséquences en communication plus que catastrophiques pour l'administration Obama? Par la loi de l'argent et de la rentabilité tout simplement. En effet, Xe était en concurrence pour ce contrat avec deux autres sociétés, sans doute pas des enfants de coeur mais qui n'ont pas été dans des scandales de l'ampleur de Blackwater en Irak. Son offre étant inférieure de près de 30 millions de dollars par rapport aux autres, c'est elle qui a été retenue, conformément à une loi de 1990 qui impose de choisir systématiquement l'offre la moins onéreuse pour des prestations équivalentes.
Les critères moraux n'entrent pas en ligne de compte dans ces tractations, alors qu'ils seraient indispensables pour faire accepter ces mercenaires par les populations locales, qui se voient souvent dépourvues de recours en cas d'exactions des premiers.

Reste une question fondamentale: n'y-a-t-il danger à confier à des sociétés privées de telles responsabilités? Le mot "responsabilité" est d'ailleurs ambigüe dans la mesure où ces sociétés sont régies par des lois floues et trop facilement contournables. Par ailleurs, pourquoi l'armée délègue-t-elle autant? Coût financier? Ce n'est pas certain.
Ce n'est qu'une hypothèse mais il y a de fortes chances que ces choix soient influencés par les lobbys des sociétés privées, avec tous les dangers que cet essor de la sécurité privée comporte: dérives, faibles recours possibles pour les victimes.

De la même façon que la stratégie américaine en Afghanistan est opaque, le mélange sulfureux armées publiques / privées ne saurait conduire à de bons résultats. Des exactions, un gâchis financier, une image déplorable à l'égard des populations locales sont davantage à prévoir, et à déplorer.

samedi 26 juin 2010

Medvedev, Obama: l'iphone, le poulet et l'amitié

Il y a encore 20 ans, personne n'y aurait cru. On aurait parlé de blague de mauvais goût, de trait d'esprit offensant issu de l'imagination trop féconde d'un fou. Et pourtant, le 25 juin 2010, les médias du monde entier ont relayé cet instant, autant anodin que symbolique: un président américain mangeant un hamburger avec son homologue russe.

Oubliée la Guerre Froide avec le risque de guerre mondiale qu'elle a engendré! Oubliées les tensions vives entre Georges W Bush et Vladimir Poutine! Place au rapprochement américano-russe, et même à l'amitié entre les deux présidents actuels que sont Barack Obama et Dimitri Medvedev!

Pour leur septième rencontre, les deux présidents ont abordé de très nombreux sujets: guerre contre la terreur, appui américain pour une présence russe à l'OMC en échange -entre autres- de l'autorisation de Moscou d'importer à nouveau des poulets américains... Oui, beaucoup de sujets ont été abordés lors de cette rencontre à la Maison Blanche, souvent éloignés les uns des autres mais c'était le but: montrer que l'amitié est tellement forte entre les deux hommes qu'ils peuvent se permettre de parler de tout.
Certes, des divergences demeurent, en particulier pour la question géorgienne, mais elles ont été aussitôt minimisées.

Pour preuve que les idéologies du XXème siècle ont laissé place au pragmatisme, la rencontre du président russe avec Steve Jobs, le patron d'Apple, incarnation quasi caricaturale de la réussite du capitalisme.
Reste une question fondamentale: au delà de l'amitié trop bien affichée, ne pourrait-on pas voir dans ce rapprochement une tentative pour les ex super-puissances de former un bloc fort afin de limiter l'influence toujours plus grande des nouvelles puissances, Chine et Brésil en tête?




mardi 22 juin 2010

Les mafias, une puissance mondiale occultée

L'ONUDC, ou Office des Nations unies contre la drogue et le crime, a présenté la semaine dernière un nouveau rapport intitulé "la mondialisation de la criminalité: évaluation de la menace posée par le crime organisé international". Le directeur de l'Office, Antonio Maria Costa, ne dit rien de nouveau mais confirme la gravité de la situation, preuves à l'appui.

La traite humaine concerne plus de 140 000 personnes en Europe pour un revenu annuel estimé à trois milliards d'euros. Dans un autre registre, l'Europe représente un marché de plus de vingt milliards de dollars quant à la consommation d'héroïne, ce qui fait du vieux continent le marché le plus lucratif pour les contrebandiers. Pour donner un visage à ce nombre colossal, imaginez le PIB de l'Estonie, du Ghana, ou de la Bolivie, consacré dans son intégralité au secteur de la drogue.

Un rapport pour rien? Oui et non...
Oui car il n'y a aucune chance pour que la situation évolue dans un sens positif pour le moment, les gouvernements étant obnubilés par la crise économique et financière, oubliant au passage que l'économie du crime organisé occupe une place non négligeable dans la croissance de nombreux états, à l'image de l'Italie ou de la Russie.
Non, car ce rapport nous rappelle deux réalités trop souvent occultées. Premièrement, les pays producteurs de drogues ne réalisent que de maigres bénéfices de leur récolte, contrairement aux pays consommateurs: pour un euro gagné par l'Afghan qui cultive son champ de pavot pour fabriquer de l'opium, l'occidental qui le revend en gagne au bas mot vingt.
Ce premier constat conduit au suivant: selon le rapport, "l'action répressive contre les groupes mafieux ne permettra pas de mettre un terme aux activités illicites si les marchés sur lesquels ils s'appuient restent intacts, notamment les hordes de délinquants à col blanc — avocats, comptables, agents immobiliers et banquiers — qui les protègent et blanchissent leurs gains."

En d'autres termes, un puissant accord tacite régit le commerce illicite à l'échelle mondiale. Les interventions médiatiques de certains affichant leur intention de mettre un terme à des organisations qui se basent sur le crime et tout ce qui a trait à l'illicite ne sont là que pour masquer les agissements des mafias, protégées par les secteurs public et privé.
Ces dernières, à la fois amies et ennemies des gouvernements, représentent aujourd'hui un poids considérable dans l'économie mondiale et incarnent ce que la mondialisation a de pire.
Elles sont à même de décider du devenir des gouvernements et constituent de ce fait un risque pour les démocraties.

lundi 21 juin 2010

Gaza et le premier pas d'Israël

Premier pas, espoir, main tendue ou plutôt manœuvre politique, écran de fumée? Il est trop tôt pour le dire mais toujours est-il que l'annonce faite par Israël hier d'alléger son embargo à l'encontre de Gaza marque une étape essentielle dans l'histoire du conflit israélo-palestinien. 

Plus précisément, Israël autorise les "marchandises à usage civil" ne figurant pas sur une liste de produits interdits (armes ou tout équipement susceptible de participer à la fabrication de bombes) à entrer dans Gaza par voie terrestre. En d'autres termes, le blocus par voie maritime demeure total.
Verre à moitié plein ou à moitié vide? Bouffée d'air en vérité pour un peuple habitant "une prison à ciel ouvert", manquant de tout et vivant sous la coupe du Hamas. 

Avec ce geste d'Israël, le Hamas se voit affaibli: sa rhétorique perd de sa superbe de même que diminue sa capacité de nuisance, Israël s'étant assuré que les matériaux de construction, parfois utilisés pour fabriquer des bombes, soient sous le contrôle de l'Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas. 

Joli coup diplomatique de la part d'Israël qui tente ainsi de redorer son blason. Il semble d'ailleurs que cela fonctionne, puisqu'une visite du Premier ministre israélien Netanyahu, après celle annulée le 1er Juin, a été programmée le 6 juillet à la Maison blanche avec le président Obama.

Deux points méritent d'être soulignés toutefois:
Premièrement, cet allègement du blocus n'est qu'une infime étape dans le processus de paix au Proche-Orient. Gaza, sous embargo depuis quatre ans, est toujours sous perfusion, et tenue au secret, Israël refusant la quasi totalité des demandes de parlementaires européens de se rendre sur place pour évaluer la situation.
Deuxièmement, au risque de choquer, cette situation arrange beaucoup de monde. Israël n'est pas le seul état à effectuer le blocus autour de Gaza; il est aidé dans sa tâche par l'Égypte. De même, les voix des gouvernements arabes demandant la fin du blocus sont inaudibles, voire inexistantes car aucun d'entre eux ne veut ni n'est prêt à accueillir une si grande population de malheureux.

Gaza est un drame et une honte pour la communauté internationale qui masque sous des effets de communication son embarras, ne souhaitant pas prendre des décisions, certes difficiles, mais courageuses et sauveuses de vie. 

Rien ne dit que la fin totale du blocus marquera le retour de la paix au Proche-Orient mais il est certain qu'elle y contribuerait grandement.
 




jeudi 17 juin 2010

Le courageux devoir de mémoire anglais

12 ans... Il aura fallu 12 ans pour rétablir la vérité sur l'un des actes les plus condamnables de l'armée anglaise: le bloody sunday. Le 30 janvier 1972, 14 irlandais étaient tués par des parachutistes britanniques au cours d'une manifestation organisée pour protester contre les discriminations subies par la minorité catholique d'Irlande du Nord. Ce drame avait profondément choqué l'opinion publique et demeure en mémoire grâce à une chanson du groupe U2 et un film éponyme.

Pour les Britanniques, il s'agissait au départ d'étouffer un fiasco. Une première commission d'enquête menée par Lord Widgery avait exonéré de toute responsabilité les militaires ainsi que les officiels en charge de l'opération. Mais le simulacre était trop évident... 

S'en suit une seconde commission qui aura mis plus de dix ans à aboutir, grâce à l'acharnement de Lord Saville. Le résultat a été rendu public mardi dernier et confirme ce que tous pensaient: les militaires n'ont pas répliqué à une quelconque attaque, ils ont tiré sur des manifestants en fuite et ils ont menti lors de leur interrogatoire.

L'affaire aurait pu s'arrêter là si David Cameron, le premier ministre anglais, n'avait pas compris qu'il s'agissait là d'un moment historique. En demandant "pardon" pour cet acte, Monsieur Cameron a renforcé le processus de paix anglo-irlandais. Le fait que les nationalistes catholiques l'aient applaudi est un espoir sérieux de réconciliation, à même de lutter contre le sectarisme qui gangrène encore l'Irlande du Nord.

L'Angleterre vient de donner à tous une grande leçon de démocratie. Plonger dans son passé et reconnaître ses torts est un exercice délicat mais courageux, un exercice que la France ferait bien de suivre par respect pour la communauté algérienne.

mercredi 16 juin 2010

La mauvaise blague belge

Les résultats électoraux de dimanche dernier ont confirmé ce que beaucoup redoutaient: une très forte poussée de la Nouvelle Alliance, N-VA (Nieuw Vlaamse Alliantie), du très médiatique Bart de Wever, synonyme d'implosion de l'état belge. Il est clair que la victoire de de Wever marque un tournant dans l'histoire belge, mais il faut également rester pragmatique, en dépit de l'emballement médiatique très exagéré.

Contrairement à ce qu'on lit beaucoup dans la presse française, le N-VA n'est en rien un parti d'extrême-droite. A l'inverse du Vlaams Belang, le N-VA est un parti de gouvernement qui respecte les règles démocratiques. Notons toutefois que ses prises de position correspondent parfois à un certain racisme linguistique à l'égard des francophones. 

Par ailleurs, la position de de Wever est à présent très délicate. Arrivé au sommet, il ne peut à présent que chuter. Lui qui prône l'indépendance flamande serait sur le point de s'allier avec les socialistes du francophone Elio Di Rupo, dans une coalition plus qu'improbable, tant les deux dirigeants sont différents, aussi bien au niveau politique qu'au niveau personnel. Une telle coalition impliquerait des concessions des deux côtés qui n'auraient pour seule conséquence qu'une désillusion des électeurs. Ces derniers se tourneraient vers des partis extrémistes, avec les risques que l'on imagine aisément. 

La situation belge est en vérité révélatrice du mal qui menace l'Europe. Les disparités économiques entre régions d'un même état vont favoriser les partis régionalistes, quasiment tous à droite avec des relents d'extrême-droite. On pourrait ainsi assister à une implosion des états au pouvoir central faible, à l'image de l'Italie par exemple, et à l'émergence de régions puissantes, inclues dans une puissante fédération européenne. C'est d'ailleurs le rêve de de Wever.

L'influence belge en Europe est davantage symbolique que stratégique. Toutefois, son instabilité politique crée une crise qui s'étend au delà de ses frontières territoriales. Le silence de l'Europe est sinon coupable, au moins complice. 

Il y a de fortes chances pour que la géographie de l'Europe soit amenée à de profonds bouleversements d'ici quelques années. Pour le meilleur et pour le pire.



lundi 14 juin 2010

Afghanistan, le nouvel eldorado?

C'est une annonce qui fera du bruit! Selon le New York Times, toujours très bien informé sur tout ce qui a trait à l'Afghanistan, ce dernier aurait caché dans son sol une richesse dont la valeur ne cessera de croître: des minerais.

Outre le cuivre et le lithium, du fer, de l'or, du niobium et du cobalt se trouveraient dans le sous-sol afghan. Des recherches géologiques avaient déjà mis en évidence dans les années 80 ces ressources minérales mais l'état de guerre permanent du pays (URSS, Talibans et aujourd'hui coalition occidentale) a mis en sommeil ce qui pourrait, à terme, constituer un tremplin pour une renaissance de l'Afghanistan.

En effet, tous les composants précédemment cités sont utilisés à chaque instant dans des produits de notre vie quotidienne. Qui plus est, selon les informations du Pentagone, ces éléments seraient présents en très grande quantité, ce qui aurait pour effet de diversifier les zones d'approvisionnement des grands groupes industriels, voire de faire baisser le prix des matières premières.

Toutefois, cette découverte ne va pas sans susciter quelques interrogations. 
Le fait que le Général Petreaus, chef d'état-major général, donne son avis sur le sujet ne constitue-t-il pas un risque de confusion, voire de soupçon dans les opinions publiques? De même que Georges Bush avait été accusé d'avoir attaqué l'Irak pour s'emparer de ses réserves pétrolières, il est certain, même si cela est faux, qu'un nombre significatif de personnes feront le rapprochement entre les deux conflits, irakien et afghan. En d'autres termes, le message de justification de la guerre n'est-il pas brouillé à présent?

Par ailleurs, la médiatisation de cette information est tout bonnement stupide. Les géologues afghans ont caché ces informations sous l'ère talibane pour éviter que les Talibans s'en servent pour asseoir leur régime et voilà que la presse mondiale fait état de cette découverte sans songer aux conséquences.

Certes, il serait exagéré d'affirmer que les Talibans vont profiter de ces ressources pour s'enrichir et s'acheter des armes pour continuer leur lutte. On peut cependant tout à fait imaginer un réel travail de sabotage une fois des entreprises de prospection et d'extraction installées sur place. 

Plus qu'un eldorado, c'est un nouveau front de guerre qui s'ouvre en Afghanistan...