jeudi 17 juin 2010

Le courageux devoir de mémoire anglais

12 ans... Il aura fallu 12 ans pour rétablir la vérité sur l'un des actes les plus condamnables de l'armée anglaise: le bloody sunday. Le 30 janvier 1972, 14 irlandais étaient tués par des parachutistes britanniques au cours d'une manifestation organisée pour protester contre les discriminations subies par la minorité catholique d'Irlande du Nord. Ce drame avait profondément choqué l'opinion publique et demeure en mémoire grâce à une chanson du groupe U2 et un film éponyme.

Pour les Britanniques, il s'agissait au départ d'étouffer un fiasco. Une première commission d'enquête menée par Lord Widgery avait exonéré de toute responsabilité les militaires ainsi que les officiels en charge de l'opération. Mais le simulacre était trop évident... 

S'en suit une seconde commission qui aura mis plus de dix ans à aboutir, grâce à l'acharnement de Lord Saville. Le résultat a été rendu public mardi dernier et confirme ce que tous pensaient: les militaires n'ont pas répliqué à une quelconque attaque, ils ont tiré sur des manifestants en fuite et ils ont menti lors de leur interrogatoire.

L'affaire aurait pu s'arrêter là si David Cameron, le premier ministre anglais, n'avait pas compris qu'il s'agissait là d'un moment historique. En demandant "pardon" pour cet acte, Monsieur Cameron a renforcé le processus de paix anglo-irlandais. Le fait que les nationalistes catholiques l'aient applaudi est un espoir sérieux de réconciliation, à même de lutter contre le sectarisme qui gangrène encore l'Irlande du Nord.

L'Angleterre vient de donner à tous une grande leçon de démocratie. Plonger dans son passé et reconnaître ses torts est un exercice délicat mais courageux, un exercice que la France ferait bien de suivre par respect pour la communauté algérienne.

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