mardi 22 juin 2010

Les mafias, une puissance mondiale occultée

L'ONUDC, ou Office des Nations unies contre la drogue et le crime, a présenté la semaine dernière un nouveau rapport intitulé "la mondialisation de la criminalité: évaluation de la menace posée par le crime organisé international". Le directeur de l'Office, Antonio Maria Costa, ne dit rien de nouveau mais confirme la gravité de la situation, preuves à l'appui.

La traite humaine concerne plus de 140 000 personnes en Europe pour un revenu annuel estimé à trois milliards d'euros. Dans un autre registre, l'Europe représente un marché de plus de vingt milliards de dollars quant à la consommation d'héroïne, ce qui fait du vieux continent le marché le plus lucratif pour les contrebandiers. Pour donner un visage à ce nombre colossal, imaginez le PIB de l'Estonie, du Ghana, ou de la Bolivie, consacré dans son intégralité au secteur de la drogue.

Un rapport pour rien? Oui et non...
Oui car il n'y a aucune chance pour que la situation évolue dans un sens positif pour le moment, les gouvernements étant obnubilés par la crise économique et financière, oubliant au passage que l'économie du crime organisé occupe une place non négligeable dans la croissance de nombreux états, à l'image de l'Italie ou de la Russie.
Non, car ce rapport nous rappelle deux réalités trop souvent occultées. Premièrement, les pays producteurs de drogues ne réalisent que de maigres bénéfices de leur récolte, contrairement aux pays consommateurs: pour un euro gagné par l'Afghan qui cultive son champ de pavot pour fabriquer de l'opium, l'occidental qui le revend en gagne au bas mot vingt.
Ce premier constat conduit au suivant: selon le rapport, "l'action répressive contre les groupes mafieux ne permettra pas de mettre un terme aux activités illicites si les marchés sur lesquels ils s'appuient restent intacts, notamment les hordes de délinquants à col blanc — avocats, comptables, agents immobiliers et banquiers — qui les protègent et blanchissent leurs gains."

En d'autres termes, un puissant accord tacite régit le commerce illicite à l'échelle mondiale. Les interventions médiatiques de certains affichant leur intention de mettre un terme à des organisations qui se basent sur le crime et tout ce qui a trait à l'illicite ne sont là que pour masquer les agissements des mafias, protégées par les secteurs public et privé.
Ces dernières, à la fois amies et ennemies des gouvernements, représentent aujourd'hui un poids considérable dans l'économie mondiale et incarnent ce que la mondialisation a de pire.
Elles sont à même de décider du devenir des gouvernements et constituent de ce fait un risque pour les démocraties.

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