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lundi 30 mai 2011
Géopolitique du cyberespace : quelle stratégie adopter en matière de cyber-sécurité ?
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jeudi 26 mai 2011
L'Europe et ses Europes
mardi 24 mai 2011
De l'art d'informer...ou non
samedi 21 mai 2011
L'aide diplomatique américaine dans le Monde arabe
vendredi 20 mai 2011
Obama, le discours de la paix et Israël
Hier, le Président américain a prononcé un discours au Département d’Etat sur la situation dans les Pays arabes, qui fera sans nul doute date. Le choix de la date n'est pas anodin, le Président Obama devant rencontrer aujourd'hui le Premier ministre israélien Nétanyahou. Le conflit israélo-palestinien occupe une place majeure dans le discours de par la proposition phare que défend Obama, à savoir la création d'un Etat palestinien sur la base des frontières de 1967. Il est certain qu'Obama savait que sa proposition ferait l'effet d'une bombe et serait abondamment commentée par les médias et les autorités israéliennes et palestiniennes. Comment comprendre cet acte politique?
Certes, avec l'assassinat de Ben Laden, Obama a retrouvé un peu de sa splendeur, parvenant à faire oublier pour un temps une situation économique complexe et fragile et une politique extérieure brouillonne avec le conflit afghan toujours plus enlisé. Mais le cas d'Israël est unique et spécifique. L'histoire américaine montre qu'on ne négocie pas -malheureusement- avec Israël comme l'on négocie avec d'autres puissances. Israël possède de très nombreux soutiens aux Etats-Unis qui font pression de façon ouverte sur l'Administration pour qu'elle fournisse un soutien inconditionnel à Tel Aviv. Cela s'est déjà vu sous la présidence Obama, qui n'a pu imposer ses vues à Netanyahou malgré la mauvaise passe que ce dernier connaissait avec sa coalition marquée à droite.
La réaction au discours d'Obama ne s'est pas faite attendre, Israël refusant catégoriquement la proposition américaine bien que celle-ci ait mis les formes en réaffirmant son soutien à la légitimation de l'Etat d'Israël. Faut-il donc y voir une faute politique de la part d'Obama? Sans pour autant répondre par l'affirmative, soulignons deux points: Obama n'a parlé d'aucun moyen de pression pour infléchir la position d'Israël. En d'autres termes, "je parle mais sans avoir les capacités d'être écouté". Deuxièmement, Obama a agi trop tôt. L'histoire montre que les Présidents américains qui font deux mandats consacrent le second aux grandes causes et problématiques internationales car ils n'ont plus rien à perdre et souhaitent rentrer dans l'Histoire. En attendant 2012-2013, Obama se donnait les chances d'agir efficacement avec moins de pression. Il s'agit donc bien d'un coup d'épée dans l'eau.
Nous verrons demain que le discours d'Obama ne se cantonne pas au conflit israélo-palestinien, mais qu'il définit, même partiellement, la position des Etats-Unis vis à vis du "bloc arabe" et la politique qu'il convient de mener.
mardi 17 mai 2011
L’”étrange défaite” de Berlusconi
Le Corriere della Sera parle d’une “gifle”, la Repubblica estime que “le conte de fées est terminé”. La presse italienne est plus qu’unanime pour décrire le désastre qu’aurait connu Berlusconi lors du premier tour des municipales qui ont eu lieu dimanche et lundi. Le conditionnel est de mise car il y a deux tours pour cette élection et une lecture plus attentive de la situation permet de nuancer le drame italien du Cavaliere dont beaucoup parlent.
Il est évident que la seconde position de la candidate du PDL pro-Berlusconi lors du premier tour à Milan est un échec cuisant pour le Président du Conseil qui s’était investi dans cette campagne, transformant cette dernière en véritable référendum. Ce choix politico-stratégique était déjà par nature une erreur profonde: comment penser obtenir l’accord du peuple, lorsque celui-ci est confronté à une crise économique majeure et qu’il manifeste une défiance à l’égard d’un pouvoir aux comportements très tendancieux? Berlusconi aurait du adopter la posture française, qui consiste à bien différencier les scrutins locaux des nationaux, afin de minimiser le plus possible une possible défaite.
Le silence de Berlusconi témoigne de son sentiment d’échec, voire même de sa culpabilité. Même si Milan et Naples se présentent assez bien pour le second tour, il faut souligner la victoire éclatante de la gauche de Bersani à Bologne et à Turin. Des voix s’élèvent à droite, en particulier en provenance de la Ligue du Nord, pour s’interroger quant à l’efficacité de l’alliance avec Berlusconi. Les procès dont ce dernier fait l’objet sont de façon irréfragable une composante de l’échec du PDL, les Italiens ne se reconnaissant plus dans ce parti sans valeurs synonyme de scandales. Qui plus est, le PDL est le fruit d’alliances délicates, susceptibles de rompre rapidement, à même de faire chuter le gouvernement.
La Ligue du Nord, confortée par la situation internationale avec les problèmes migratoires en Tunisie et en Libye, a une double mission: signifier clairement à Berlusconi son importance grandissante et la nécessité de ce fait d’un infléchissement de la politique gouvernementale, mais surtout de s’interroger quant à la pertinence de son alliance avec le PDL. Si celui-ci chute, il semble assez probable que l’onde de choc se propagera également sur la Ligue du Nord. Celle-ci doit-elle quitter l’alliance et provoquer par la même occasion des élections anticipées? C’est un calcul politique pour le moins incertain car l’association avec le PDL lui permet d’édulcorer son image trop dure, d’être fréquentable. Elle a besoin de soutien pour affronter le PD de Bersani ainsi que les partis centristes et écologistes, qui sont anti-Berlusconi.
Berlusconi n’a pas encore perdu. Par la situation politique kafkaïenne qu’il a mise à en place, en empêchant la démocratie et le débat d’idées d’exister clairement, il demeure clairement au centre du jeu. Certes sa carrière touche à sa fin, mais nul doute que son appui ou son opposition aux prétendants aura une importance certaine. L’Italie de Berlusconi n’est pas encore morte; d’où viendra la relève? D’une extrême droite dangereuse aux projets néfastes pour le pays? D’une gauche incapable d’incarner l’espoir, de présenter un projet de société à même de redonner confiance au peuple?
Attendons le second tour pour observer les stratégies de chacun.
lundi 16 mai 2011
L’Italie à l’assaut de la BCE
Son nom circulait déjà depuis quelques mois dans les ministères et autres instances européennes. Il est désormais quasi certain que Mario Draghi, surnommé “Super Mario”, va remplacer Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne. Les ministres des Finances de la zone euro viennent en effet de trouver un accord, selon un communiqué du ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe. La décision ne sera cependant validée que fin juin par les chefs d’Etat et de gouvernement des vingt-sept lors d’un sommet.
Saluons en premier lieu le remarquable travail qu’a effectué pendant huit ans Jean-Claude Trichet. Il a permis à l’Europe de garder le cap en matière de stabilité économique ce qui était loin d’être gagné. La crise financière et économique de 2009 avait profondément bouleversé les économies européennes et avait fait apparaître par la même occasion leur réelle hétérogénéité. De même, pendant toute la durée de son mandat, Trichet a subi d’immenses pressions de la part d’Etats peu orthodoxes en matière de finances publiques, à commencer par la France qui s’est comportée de façon particulièrement affligeante à son encontre, les accusations de trahison du pays n’étant pas souvent loin. Le problème, ou plutôt l’avantage, est que Jean-Claude Trichet est un vrai européen, qui se soucie davantage de la bonne marche du groupe que des intérêts individualistes d’un Etat, même quand il est citoyen de ce dernier. Nul doute qu’il restera dans la liste des grands hommes européens et que la pression va être très forte sur son successeur.
Ce dernier, Mario Draghi, est loin d’être un novice. Il a occupé les postes de directeur général du Trésor italien en charge des privatisations, de vice-président pour l’Europe de la banque Goldman Sachs et de gouverneur de la Banque d’Italie, entre autres. Il jouit d’une très bonne réputation au niveau européen pour son esprit de rigueur et sa volonté de poursuivre la politique déjà menée par Trichet. Sa candidature n’était pourtant pas évidente en raison de son poste chez Goldman Sachs, organisme bancaire tristement célèbre pour sa responsabilité dans la crise grecque, où il aurait aidé à manipuler les comptes de l’Etat. Qui plus est, cet organisme est anglo-saxon et certains craignent une “américanisation” de la BCE, en d’autres termes que la BCE soit à la botte des Américains!
On peut sincèrement en douter, l’homme étant trop intelligent pour agir ainsi et perdre la confiance des puissances européennes que sont la France et l’Allemagne. Cette dernière, par la voix de Merkel, vient d’accepter sa nomination, ce qui montre sa confiance, mais également le fait que Draghi devra être sur la même ligne que Merkel, sous peine de dissensions et de paralysie dans l’action de la BCE. La mission de Draghi est vaste et complexe car il va devoir affronter une Europe désunie, qui essaie de redresser certains de ses membres, la Grèce et le Portugal en tête. On peut espérer que Draghi saura trouver les mots, lui qui est originaire d’un pays du sud de l’Europe, pour éviter l’émergence de deux Europe, les nord vertueux et les sud désorganisés.
C’est une mission ingrate qui l’attend, car elle touche à la souveraineté des Etats et montre rapidement les limites des politiques inconsidérées de relance économique de certains. Rappelons enfin que seule une véritable orthodoxie en matière de politique monétaire pourra aider l’Europe à s’en sortir par le haut.
mardi 3 mai 2011
L’ambigüité américano-pakistanaise
Les détails exacts concernant l’implication pakistanaise dans l’assassinat de Ben Laden sont pour le moins inexistants, ou plutôt fluctuants. Au départ annoncé comme mené conjointement par le Pakistan et les Etats-Unis, l’assaut aurait été au final réalisé par les seules forces spéciales américaines. Comment apprécier le rôle du Pakistan?
Remarquons tout d’abord qu’il apparait peu probable que les services pakistanais n’aient pas été informés de l’attaque, ou tout du moins qu’ils ne l’aient pas suivi en direct. Les deux hélicoptères américains mobilisés ont nécessairement été repérés par les radars pakistanais. Cela sous-entend donc que le Pakistan n’a rien fait pour l’empêcher. Certes il n’en a pas les moyens, n’étant pas en position de force ou au moins d’égal à égal par rapport à l’”allié” occidental. Mais on ne peut s’empêcher de penser qu’un véritable jeu d’influence a eu lieu entre le Pakistan et les Etats-Unis, mais également au sein des différents services de sécurité du premier.
Depuis plusieurs années fuitent des informations dans la presse, souvent confirmées par les services de renseignement américain, comme quoi le Pakistan mène un double-jeu dans sa lutte contre le terrorisme. Plus précisément, les services de renseignement pakistanais sont accusés de se neutraliser entre eux, certains opérant une véritable collaboration avec les Américains tandis que d’autres fournissent des informations aux Talibans. On peut imaginer que les Etats-Unis aient apporté la preuve au plus haut sommet de l’Etat pakistanais que ce dernier était compromis et que son autorité était indirectement remise en cause. Acculé devant sa duplicité, le gouvernement pakistanais, qui dépend considérablement du soutien financier américain, aurait accepté de collaborer avec les Américains en mettant hors circuit les services de renseignement pro-Talibans. Ceci permettrait de comprendre la mise en place et une partie du succès de l’opération.
De plus, comment expliquer que l’édifice abritant Ben Laden, dont la construction est estimée à plus d’un million de dollars, avec des conditions de sécurité drastiques, n’ait pas éveillé de soupçons à Islamabad? C’est bien que Ben Laden était couvert par certains services de renseignement, qui ont été pris au dépourvu lors de l’assaut. La “réplique” de ces derniers ne s’est pas faite attendre. Les médias TV ont très vite montré une photographie de Ben Laden mort, acte peu anodin dans sans doute l’un des seuls pays au monde qui pleure dans sa majorité la mort du chef d’Al-Qaida. Pourtant, comme cela a été prouvé rapidement et facilement, il s’agissait d’un photomontage. Toujours est-il que le mal est fait, l’anti-américanisme pakistanais étant ravivé de plus belle.
A terme, quelles perspectives pour le Pakistan? On émet principalement l’hypothèse que celui-ci aura un grand rôle à jouer dans la reconstruction de l’Afghanistan. On peut légitimement en douter et ce pour trois raisons:
- le Pakistan n’agit pas d’égal à égal avec les Etats-Unis qui peuvent très facilement faire pression, en particulier grâce à la manne financière.
- le Pakistan a montré sa duplicité et n’est pas digne de confiance, à moins de vérifier l’intégrité totale de ses services.
- l’Inde n’acceptera jamais un Pakistan plus fort. Rappelons que les deux Etats possèdent l’arme nucléaire, que la question du Cachemire n’est pas réglée et qu’un incident diplomatique peut facilement arriver et déclencher un conflit. En outre, l’Inde jouera sur ses relations économiques étroites avec les Etats-Unis (dans le secteur technologique principalement) pour influencer la politique étrangère de ces derniers.
L’Administration américaine doit avant tout chercher la stabilité dans la région plutôt que de vouloir se débarrasser du conflit afghan. L’Afghanistan n’est pas apte pour le moment à s’assumer pleinement, le risque d’un retour en force des Talibans n’étant en aucun cas à exclure.
lundi 2 mai 2011
La mort de Ben Laden
Depuis hier soir, un flot continu et diffus d’informations plus ou moins détaillées et étayées circulent sur la mort d’Oussama Ben Laden, considéré comme le chef d’Al-Qaida. Difficile de discerner le vrai du faux dans ce mic-mac d’informations et de désinformations, les différents protagonistes y prenant un malin plaisir. Toujours est-il que premier fait surprenant, nous avons appris la mort du chef terroriste via twitter! Le Président Obama remerciera assurément celui qui a permis la fuite, et ce avant son discours sur les chaînes de télévision une heure plus tard.
Que s’est-il passé exactement? On ne le sait pas pour l’instant et on ne le saura sans doute jamais totalement. Selon les premières informations, Ben Laden était au Pakistan, logé dans un bâtiment fortifié au sein d’une résidence de hauts gradés à la retraite, vivant avec sa plus jeune femme, deux messagers et d’autres personnes non identifiées. Remarquons au passage que le discours des autorités pakistanaises jurant qu’elles mettaient tout en place pour le traquer est pour le moins contredit. Ben Laden aurait été trahi par des prisonniers de Guantanamo qui auraient donné le nom d’un de ses messagers. Près de quatre années auraient été nécessaires pour mettre en place l’opération.
Celle-ci semble pour le moins confuse. L’annonce d’une attaque menée conjointement par les Américains et les forces pakistanaises est aujourd’hui contredite, l’Administration américaine expliquant que seules des forces de la Navy sont intervenues. On peut légitimement penser que les Etats-Unis cherchent à éviter que des représailles soient menées contre le Pakistan, état déjà très fragilisé et en proie à des tensions avec le voisin indien. Deux hélicoptères auraient approché le bâtiment, l’affrontement aurait duré moins de trois quart d’heure. Aucun assaillant n’aurait été blessé tandis que tous les occupants du bâtiment ont été tués. Très vite, on a appris que la dépouille de Ben Laden avait été immergée en pleine mer, conformément aux rites musulmans! Ceci est assez surprenant lorsqu’on sait que la coutume veut que le corps soit enterré après une série de rites spécifiques. On peut également s’interroger quant à la rapidité à laquelle les Américains auraient procédé à l’inhumation.
Cela renforcera le doute et la suspicion, déjà entamés par le piteux montage des télévisions pakistanaises présentant soi-disant le cadavre de Ben Laden. Des rumeurs surgissent déjà, se développant aussi rapidement qu’a été déplorable la communication des Américains. Toutefois, il est quasi certain que cette “victoire” sera mise au crédit du mandat d’Obama, même si les scènes de liesse des Américains à Ground Zero et dans les grandes villes ternissent grandement l’événement. On aurait dit une réplique des batailles passées, les troupes du vainqueur chantant sur le cadavre du vaincu.
D’un point de vue moral et juridique, cette annonce peut provoquer un malaise. “Justice est faite” peut-on entendre dans la bouche de la plupart des dirigeants politiques de la planète. Depuis quand le meurtre d’un homme devient-il un acte sain de justice? Beaucoup de partisans de Ben Laden y verront plutôt une simple vengeance, dans le meilleur des cas “la justice des vainqueurs”. Cette situation est assez analogue du procès de Saddam Hussein, jugé par ceux qu’il avait torturés et exécuté dans des conditions pour le moins sordides. Certes, Oussama Ben Laden est responsable de nombreux attentats (bien qu’il n’ait jamais formellement assumé la paternité des attentats du 11 septembre) et a la mort de plusieurs milliers de personnes sur la conscience. Mais n’aurait-il pas fallu privilégier plutôt une arrestation et une présentation devant un tribunal de justice international, où des professionnels, sélectionnés en fonction de leurs compétences et de leurs qualités pédagogiques, auraient démontré –facilement- point par point dans quelle mesure Ben Laden avait fait un grand mal au monde musulman dans son ensemble? Un grand courage et un sens de responsabilité auraient été nécessaires, leur absence est coupable.
Même si le leader est mort, l’organisation Al-Qaida demeure. Elle va sans doute connaître des mutations, revoir sa structure, peut-être se dissoudre ou s’allier avec d’autres organisations criminelles, mais le terreau du terrorisme sur lequel elle se base perdurera tant que l’idéologie des islamistes fanatiques ne sera pas combattue et que les inégalités mondiales, sources de désespoir pour de nombreux jeunes et futurs candidats au martyr, ne seront pas éradiquées. La guerre contre le terrorisme est loin d’être gagnée. Une bataille a été remportée, mais il ne faudrait pas qu’elle devienne une victoire à la Pyrrhus, les occidentaux se reposant sur leurs lauriers au lieu de réfléchir aux problèmes de fond. Ces mêmes occidentaux vont devoir redoubler de vigilance dans le temps proche pour lutter contre toute action de vengeance. La triste partie continue.