mardi 29 juin 2010

Armées publiques / privées: confusion & chaos

Le nom "Xe" ne vous dira sans doute pas grand chose... à l'inverse peut-être de Blackwater, une société américaine de sécurité privée très controversée qui a préféré changé de nom pour améliorer son image. Xe vient de signer avec la CIA un contrat de 120 millions de dollars selon le Washington Post. Sa mission est d'assurer la protection pendant 18 mois des consulats américains de Herat et Mazar-i-Sharif, situés dans le Nord de l'Afghanistan.

Certes, les contrats passés entre les gouvernements et des sociétés privées dans le cadre de conflits ne constituent pas en eux-mêmes une donnée nouvelle mais le cas de Xe est particulier et ce, pour plusieurs raisons.

L'ex Blackwater s'est faite connaître des médias "grâce", les guillemets s'imposent, aux exactions qu'elle a commise en Irak. La plus spectaculaire date de septembre 2007, lorsque quatorze civils ont été purement et simplement assassinés par des mercenaires de Blackwater. A la suite de ce scandale, où les protagonistes s'en sont plutôt bien sortis, la société a été fermement priée de quitter l'Irak. Et c'est justement cette société qui se voit aujourd'hui remporter le contrat de la CIA.

Comment expliquer ce choix au caractère quasi obscène et aux conséquences en communication plus que catastrophiques pour l'administration Obama? Par la loi de l'argent et de la rentabilité tout simplement. En effet, Xe était en concurrence pour ce contrat avec deux autres sociétés, sans doute pas des enfants de coeur mais qui n'ont pas été dans des scandales de l'ampleur de Blackwater en Irak. Son offre étant inférieure de près de 30 millions de dollars par rapport aux autres, c'est elle qui a été retenue, conformément à une loi de 1990 qui impose de choisir systématiquement l'offre la moins onéreuse pour des prestations équivalentes.
Les critères moraux n'entrent pas en ligne de compte dans ces tractations, alors qu'ils seraient indispensables pour faire accepter ces mercenaires par les populations locales, qui se voient souvent dépourvues de recours en cas d'exactions des premiers.

Reste une question fondamentale: n'y-a-t-il danger à confier à des sociétés privées de telles responsabilités? Le mot "responsabilité" est d'ailleurs ambigüe dans la mesure où ces sociétés sont régies par des lois floues et trop facilement contournables. Par ailleurs, pourquoi l'armée délègue-t-elle autant? Coût financier? Ce n'est pas certain.
Ce n'est qu'une hypothèse mais il y a de fortes chances que ces choix soient influencés par les lobbys des sociétés privées, avec tous les dangers que cet essor de la sécurité privée comporte: dérives, faibles recours possibles pour les victimes.

De la même façon que la stratégie américaine en Afghanistan est opaque, le mélange sulfureux armées publiques / privées ne saurait conduire à de bons résultats. Des exactions, un gâchis financier, une image déplorable à l'égard des populations locales sont davantage à prévoir, et à déplorer.

samedi 26 juin 2010

Medvedev, Obama: l'iphone, le poulet et l'amitié

Il y a encore 20 ans, personne n'y aurait cru. On aurait parlé de blague de mauvais goût, de trait d'esprit offensant issu de l'imagination trop féconde d'un fou. Et pourtant, le 25 juin 2010, les médias du monde entier ont relayé cet instant, autant anodin que symbolique: un président américain mangeant un hamburger avec son homologue russe.

Oubliée la Guerre Froide avec le risque de guerre mondiale qu'elle a engendré! Oubliées les tensions vives entre Georges W Bush et Vladimir Poutine! Place au rapprochement américano-russe, et même à l'amitié entre les deux présidents actuels que sont Barack Obama et Dimitri Medvedev!

Pour leur septième rencontre, les deux présidents ont abordé de très nombreux sujets: guerre contre la terreur, appui américain pour une présence russe à l'OMC en échange -entre autres- de l'autorisation de Moscou d'importer à nouveau des poulets américains... Oui, beaucoup de sujets ont été abordés lors de cette rencontre à la Maison Blanche, souvent éloignés les uns des autres mais c'était le but: montrer que l'amitié est tellement forte entre les deux hommes qu'ils peuvent se permettre de parler de tout.
Certes, des divergences demeurent, en particulier pour la question géorgienne, mais elles ont été aussitôt minimisées.

Pour preuve que les idéologies du XXème siècle ont laissé place au pragmatisme, la rencontre du président russe avec Steve Jobs, le patron d'Apple, incarnation quasi caricaturale de la réussite du capitalisme.
Reste une question fondamentale: au delà de l'amitié trop bien affichée, ne pourrait-on pas voir dans ce rapprochement une tentative pour les ex super-puissances de former un bloc fort afin de limiter l'influence toujours plus grande des nouvelles puissances, Chine et Brésil en tête?




mardi 22 juin 2010

Les mafias, une puissance mondiale occultée

L'ONUDC, ou Office des Nations unies contre la drogue et le crime, a présenté la semaine dernière un nouveau rapport intitulé "la mondialisation de la criminalité: évaluation de la menace posée par le crime organisé international". Le directeur de l'Office, Antonio Maria Costa, ne dit rien de nouveau mais confirme la gravité de la situation, preuves à l'appui.

La traite humaine concerne plus de 140 000 personnes en Europe pour un revenu annuel estimé à trois milliards d'euros. Dans un autre registre, l'Europe représente un marché de plus de vingt milliards de dollars quant à la consommation d'héroïne, ce qui fait du vieux continent le marché le plus lucratif pour les contrebandiers. Pour donner un visage à ce nombre colossal, imaginez le PIB de l'Estonie, du Ghana, ou de la Bolivie, consacré dans son intégralité au secteur de la drogue.

Un rapport pour rien? Oui et non...
Oui car il n'y a aucune chance pour que la situation évolue dans un sens positif pour le moment, les gouvernements étant obnubilés par la crise économique et financière, oubliant au passage que l'économie du crime organisé occupe une place non négligeable dans la croissance de nombreux états, à l'image de l'Italie ou de la Russie.
Non, car ce rapport nous rappelle deux réalités trop souvent occultées. Premièrement, les pays producteurs de drogues ne réalisent que de maigres bénéfices de leur récolte, contrairement aux pays consommateurs: pour un euro gagné par l'Afghan qui cultive son champ de pavot pour fabriquer de l'opium, l'occidental qui le revend en gagne au bas mot vingt.
Ce premier constat conduit au suivant: selon le rapport, "l'action répressive contre les groupes mafieux ne permettra pas de mettre un terme aux activités illicites si les marchés sur lesquels ils s'appuient restent intacts, notamment les hordes de délinquants à col blanc — avocats, comptables, agents immobiliers et banquiers — qui les protègent et blanchissent leurs gains."

En d'autres termes, un puissant accord tacite régit le commerce illicite à l'échelle mondiale. Les interventions médiatiques de certains affichant leur intention de mettre un terme à des organisations qui se basent sur le crime et tout ce qui a trait à l'illicite ne sont là que pour masquer les agissements des mafias, protégées par les secteurs public et privé.
Ces dernières, à la fois amies et ennemies des gouvernements, représentent aujourd'hui un poids considérable dans l'économie mondiale et incarnent ce que la mondialisation a de pire.
Elles sont à même de décider du devenir des gouvernements et constituent de ce fait un risque pour les démocraties.

lundi 21 juin 2010

Gaza et le premier pas d'Israël

Premier pas, espoir, main tendue ou plutôt manœuvre politique, écran de fumée? Il est trop tôt pour le dire mais toujours est-il que l'annonce faite par Israël hier d'alléger son embargo à l'encontre de Gaza marque une étape essentielle dans l'histoire du conflit israélo-palestinien. 

Plus précisément, Israël autorise les "marchandises à usage civil" ne figurant pas sur une liste de produits interdits (armes ou tout équipement susceptible de participer à la fabrication de bombes) à entrer dans Gaza par voie terrestre. En d'autres termes, le blocus par voie maritime demeure total.
Verre à moitié plein ou à moitié vide? Bouffée d'air en vérité pour un peuple habitant "une prison à ciel ouvert", manquant de tout et vivant sous la coupe du Hamas. 

Avec ce geste d'Israël, le Hamas se voit affaibli: sa rhétorique perd de sa superbe de même que diminue sa capacité de nuisance, Israël s'étant assuré que les matériaux de construction, parfois utilisés pour fabriquer des bombes, soient sous le contrôle de l'Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas. 

Joli coup diplomatique de la part d'Israël qui tente ainsi de redorer son blason. Il semble d'ailleurs que cela fonctionne, puisqu'une visite du Premier ministre israélien Netanyahu, après celle annulée le 1er Juin, a été programmée le 6 juillet à la Maison blanche avec le président Obama.

Deux points méritent d'être soulignés toutefois:
Premièrement, cet allègement du blocus n'est qu'une infime étape dans le processus de paix au Proche-Orient. Gaza, sous embargo depuis quatre ans, est toujours sous perfusion, et tenue au secret, Israël refusant la quasi totalité des demandes de parlementaires européens de se rendre sur place pour évaluer la situation.
Deuxièmement, au risque de choquer, cette situation arrange beaucoup de monde. Israël n'est pas le seul état à effectuer le blocus autour de Gaza; il est aidé dans sa tâche par l'Égypte. De même, les voix des gouvernements arabes demandant la fin du blocus sont inaudibles, voire inexistantes car aucun d'entre eux ne veut ni n'est prêt à accueillir une si grande population de malheureux.

Gaza est un drame et une honte pour la communauté internationale qui masque sous des effets de communication son embarras, ne souhaitant pas prendre des décisions, certes difficiles, mais courageuses et sauveuses de vie. 

Rien ne dit que la fin totale du blocus marquera le retour de la paix au Proche-Orient mais il est certain qu'elle y contribuerait grandement.
 




jeudi 17 juin 2010

Le courageux devoir de mémoire anglais

12 ans... Il aura fallu 12 ans pour rétablir la vérité sur l'un des actes les plus condamnables de l'armée anglaise: le bloody sunday. Le 30 janvier 1972, 14 irlandais étaient tués par des parachutistes britanniques au cours d'une manifestation organisée pour protester contre les discriminations subies par la minorité catholique d'Irlande du Nord. Ce drame avait profondément choqué l'opinion publique et demeure en mémoire grâce à une chanson du groupe U2 et un film éponyme.

Pour les Britanniques, il s'agissait au départ d'étouffer un fiasco. Une première commission d'enquête menée par Lord Widgery avait exonéré de toute responsabilité les militaires ainsi que les officiels en charge de l'opération. Mais le simulacre était trop évident... 

S'en suit une seconde commission qui aura mis plus de dix ans à aboutir, grâce à l'acharnement de Lord Saville. Le résultat a été rendu public mardi dernier et confirme ce que tous pensaient: les militaires n'ont pas répliqué à une quelconque attaque, ils ont tiré sur des manifestants en fuite et ils ont menti lors de leur interrogatoire.

L'affaire aurait pu s'arrêter là si David Cameron, le premier ministre anglais, n'avait pas compris qu'il s'agissait là d'un moment historique. En demandant "pardon" pour cet acte, Monsieur Cameron a renforcé le processus de paix anglo-irlandais. Le fait que les nationalistes catholiques l'aient applaudi est un espoir sérieux de réconciliation, à même de lutter contre le sectarisme qui gangrène encore l'Irlande du Nord.

L'Angleterre vient de donner à tous une grande leçon de démocratie. Plonger dans son passé et reconnaître ses torts est un exercice délicat mais courageux, un exercice que la France ferait bien de suivre par respect pour la communauté algérienne.

mercredi 16 juin 2010

La mauvaise blague belge

Les résultats électoraux de dimanche dernier ont confirmé ce que beaucoup redoutaient: une très forte poussée de la Nouvelle Alliance, N-VA (Nieuw Vlaamse Alliantie), du très médiatique Bart de Wever, synonyme d'implosion de l'état belge. Il est clair que la victoire de de Wever marque un tournant dans l'histoire belge, mais il faut également rester pragmatique, en dépit de l'emballement médiatique très exagéré.

Contrairement à ce qu'on lit beaucoup dans la presse française, le N-VA n'est en rien un parti d'extrême-droite. A l'inverse du Vlaams Belang, le N-VA est un parti de gouvernement qui respecte les règles démocratiques. Notons toutefois que ses prises de position correspondent parfois à un certain racisme linguistique à l'égard des francophones. 

Par ailleurs, la position de de Wever est à présent très délicate. Arrivé au sommet, il ne peut à présent que chuter. Lui qui prône l'indépendance flamande serait sur le point de s'allier avec les socialistes du francophone Elio Di Rupo, dans une coalition plus qu'improbable, tant les deux dirigeants sont différents, aussi bien au niveau politique qu'au niveau personnel. Une telle coalition impliquerait des concessions des deux côtés qui n'auraient pour seule conséquence qu'une désillusion des électeurs. Ces derniers se tourneraient vers des partis extrémistes, avec les risques que l'on imagine aisément. 

La situation belge est en vérité révélatrice du mal qui menace l'Europe. Les disparités économiques entre régions d'un même état vont favoriser les partis régionalistes, quasiment tous à droite avec des relents d'extrême-droite. On pourrait ainsi assister à une implosion des états au pouvoir central faible, à l'image de l'Italie par exemple, et à l'émergence de régions puissantes, inclues dans une puissante fédération européenne. C'est d'ailleurs le rêve de de Wever.

L'influence belge en Europe est davantage symbolique que stratégique. Toutefois, son instabilité politique crée une crise qui s'étend au delà de ses frontières territoriales. Le silence de l'Europe est sinon coupable, au moins complice. 

Il y a de fortes chances pour que la géographie de l'Europe soit amenée à de profonds bouleversements d'ici quelques années. Pour le meilleur et pour le pire.



lundi 14 juin 2010

Afghanistan, le nouvel eldorado?

C'est une annonce qui fera du bruit! Selon le New York Times, toujours très bien informé sur tout ce qui a trait à l'Afghanistan, ce dernier aurait caché dans son sol une richesse dont la valeur ne cessera de croître: des minerais.

Outre le cuivre et le lithium, du fer, de l'or, du niobium et du cobalt se trouveraient dans le sous-sol afghan. Des recherches géologiques avaient déjà mis en évidence dans les années 80 ces ressources minérales mais l'état de guerre permanent du pays (URSS, Talibans et aujourd'hui coalition occidentale) a mis en sommeil ce qui pourrait, à terme, constituer un tremplin pour une renaissance de l'Afghanistan.

En effet, tous les composants précédemment cités sont utilisés à chaque instant dans des produits de notre vie quotidienne. Qui plus est, selon les informations du Pentagone, ces éléments seraient présents en très grande quantité, ce qui aurait pour effet de diversifier les zones d'approvisionnement des grands groupes industriels, voire de faire baisser le prix des matières premières.

Toutefois, cette découverte ne va pas sans susciter quelques interrogations. 
Le fait que le Général Petreaus, chef d'état-major général, donne son avis sur le sujet ne constitue-t-il pas un risque de confusion, voire de soupçon dans les opinions publiques? De même que Georges Bush avait été accusé d'avoir attaqué l'Irak pour s'emparer de ses réserves pétrolières, il est certain, même si cela est faux, qu'un nombre significatif de personnes feront le rapprochement entre les deux conflits, irakien et afghan. En d'autres termes, le message de justification de la guerre n'est-il pas brouillé à présent?

Par ailleurs, la médiatisation de cette information est tout bonnement stupide. Les géologues afghans ont caché ces informations sous l'ère talibane pour éviter que les Talibans s'en servent pour asseoir leur régime et voilà que la presse mondiale fait état de cette découverte sans songer aux conséquences.

Certes, il serait exagéré d'affirmer que les Talibans vont profiter de ces ressources pour s'enrichir et s'acheter des armes pour continuer leur lutte. On peut cependant tout à fait imaginer un réel travail de sabotage une fois des entreprises de prospection et d'extraction installées sur place. 

Plus qu'un eldorado, c'est un nouveau front de guerre qui s'ouvre en Afghanistan...

vendredi 11 juin 2010

L'Ipad et le paradoxe industriel chinois

L'Ipad d'Apple est sans conteste le produit "tendance" technologique de l'année! Surprenant me direz-vous de commencer une chronique de géopolitique par une actualité de ce genre; vous n'auriez qu'à demi-tort. 

La mondialisation a ceci de fascinant, et d'effrayant, qu'un nombre conséquent d'événements sont liés et que la moindre altération de l'un d'eux a des conséquences sur le dernier, un peu à l'image de l'"effet papillon".

L'Ipad qui se vent aujourd'hui dans le monde entier, a au départ été pensé aux États-Unis, avant d'être fabriqué en Chine par la société Foxconn, partenaire d'Apple depuis de nombreuses années.

Société peu connue du grand public malgré ses 800 000 employés, Foxconn a pourtant été sous le feu de l'actualité (et des critiques), suite à un nombre élevé de suicides d'employés (11 suicides réussis en 2010, une trentaine de tentatives rien qu’en avril) liés principalement aux conditions de travail harassantes pour satisfaire les commandes d'ipad entre autres.

L'affaire aurait pu s'arrêter là, tant nous sommes habitués à considérer la Chine comme un pays peu respectueux des droits, et qui ne cherche que le profit en mettant en danger la vie de ses citoyens. Pourtant, Foxconn a agi, et ce de sa propre initiative.

Steve Job, le charismatique patron d'Apple, n'avait pas critiqué l'entreprise, la jugeant même "chouette". Foxconn a décidé pourtant d'augmenter de 70% (!) les salaires de ses employés en leur faisant signer dans leur contrat une clause de "non suicide", certains employés s'étant donné la mort pour aider leur famille. En effet, lors d'un suicide, Foxconn paie pendant 10 ans à la famille le salaire du défunt. 

Si cette société chinoise s'est empressée d'agir, c'est par crainte de grève massive. Les médias occidentaux ne s'attardent guère, voire occultent ce qui est pourtant une réalité chinoise: de nombreuses grèves éclatent chaque année dans le pays, la raison majoritairement invoquée étant les mauvaises conditions de travail et les bas salaires. 

En agissant de la sorte, Foxconn a cherché à éteindre deux feux: l'américain, incarné par Apple qui aurait pu faire jouer la concurrence, et le chinois, incarné par ces employés révoltés qui auraient fait perdre de l'argent à l'entreprise.

L'espoir d'une société plus juste en Chine existe; il est faible et peu médiatisé mais il demeure une réalité irréfragable. La Chine se modernise, rattrape son retard à -trop- grands pas, occultant par moments ce qui fait sa force: sa main d'œuvre. Cette dernière vient de lui rappeler son importance.




jeudi 10 juin 2010

Et si l'Iran avait la bombe?

Un nouveau coup pour rien? Hier, au Conseil de sécurité de l'ONU, une quatrième vague de sanctions à l'encontre de l'Iran a été adoptée, en dépit du "vote contre" de la Turquie et du Brésil.

Rien de neuf là dedans, et ce d'autant plus que l'accord final est très allégé par rapport à ce qui était prévu au départ, afin de s'assurer les votes chinois et russe. Son impact sur l'Iran sera tout bonnement quasi nul, et digne d'être jeté dans "la poubelle", comme l'a souligné le président iranien Ahmadinejad.

Le vrai débat est ailleurs: pourquoi refuser à l'Iran l'accès à l'arme nucléaire? Certes, ce pays, contrairement à Israël ou l'Inde ou le Pakistan, a ratifié le TNP (Traité de non prolifération nucléaire) et s'est donc engagé à ne pas fabriquer de bombe. Téhéran nie avoir un programme nucléaire mais un faisceau d'indices sérieux laisse supposer le contraire.

Quand bien même l'Iran aurait la bombe, assisterait-on à une guerre nucléaire? Certainement pas. De même qu'il n'y a eu aucune attaque nucléaire entre les deux ennemis que sont l'Inde et le Pakistan, on peut se risquer à affirmer que les choses se passeraient de la même façon pour l'Iran et Israël.

Car nous touchons ici à l'argument majeur en faveur de la non nucléarisation de l'Iran: si ce dernier a la bombe, il anéantira Israël, comme le laisse croire Ahmadinejad dans plusieurs de ses déclarations. Manque de chance, l'argument ne tient pas et ce pour trois raisons:

1. Ahmadinejad est sans aucun doute un illuminé mais il ne détient en aucun cas le pouvoir total. L'influence des religieux iraniens est à considérer au plus haut niveau.

2. En imaginant que l'Iran envoie une bombe sur Israël, outre les moyens de protection dont dispose l'État hébreu, l'Iran se verrait anéanti dans l'heure.

3. La provocation d'Ahmadinejad n'est qu'un subterfuge, l'Iran cherchant en réalité à modifier l'équilibre géopolitique de la région. Seul Israël détient aujourd'hui la bombe; si demain l'Iran l'a également, l'État hébreu verra mécaniquement son champ d'action limité et ne se risquera plus à mener ses "opérations de sécurité" au Liban ou dans d'autres pays sans crainte.

Cet équilibre souhaité par l'Iran peut conduire à tout: aussi bien au pire qu'au meilleur. Israël pourra décider de refuser de perdre ses prérogatives et attaquer, l'Iran pourra trop profiter de son statut de "puissance qui compte" et participer à un embrasement de la région, mais, car il y a un "mais"... On peut tout aussi bien assister à la création d'un durable statu quo, préalable à une "entente cordiale" au Proche et Moyen-Orient.

Les cartes ne sont pas encore toutes révélées, le jeu peut partir dans n'importe quelle direction. Tout dépendra en fin de compte de ce que feront les États-Unis et l'Europe dans une moindre mesure. 


mercredi 9 juin 2010

Le socialisme espagnol à l'épreuve de la crise

Aujourd'hui se déroule à Madrid l'ultime table ronde entre le gouvernement de Zapatero et les différents syndicats et patrons au sujet la réforme du code du travail et des mesures d'aide à l'emploi. Il y a peu de chances que les discussions aboutissent, tant les désaccords sont grands mais le gouvernement a prévenu: dans tous les cas, la réforme sera faite. En France, ce serait un casus belli mais en Espagne, il semble qu'il n'y a plus rien à perdre.

Le projet du gouvernement est clair: pour relancer une croissance dont peu arrivent à y discerner le fifrelin d'un commencement, Zapatero souhaite développer les contrats de formation pour les jeunes, diminuer le temps de travail journalier pour éviter d'arriver au licenciement mais surtout, assouplir les démarches de licenciement et en diminuer les indemnités. 

Zapatero le socialiste a fait long feu; il est seul contre tous. Déjà le 27 mai dernier, son plan d'austérité n'avait été adopté qu'à une voix près, son légitimité à diriger le pays étant légitimement discutée!

Depuis, les manifestations se multiplient, à l'image des fonctionnaires hier qui protestent contre la baisse de leur salaire, laissant planer le risque d'une possible grève générale avec les conséquences fâcheuses que ce genre d'événement implique.

De ces réactions, un double constat s'impose: le socialisme d'aujourd'hui ne peut plus rivaliser avec la brutalité des marchés, dont l'influence sur les États semble se vérifier chaque jour un peu plus.
Par ailleurs, que fait l'Europe? Pourquoi ne donne-t-elle pas des garanties aux pays qui font des efforts à l'image de l'Espagne afin d'éviter des crises politiques? Son silence coupable aura sans aucun doute des conséquences fâcheuses lors des prochaines élections européennes. 

Nul ne peut annoncer la fin de cette crise tant cette dernière change de forme et contamine les économies des pays, tel un virus particulièrement virulent.




mardi 8 juin 2010

La Chine et sa "muraille numérique"

"Un non-événement pour aujourd'hui mais un événement majeur pour demain": c'est ainsi que l'on pourrait caractériser la publication aujourd'hui par le gouvernement chinois d'un livre blanc sur sa politique chinoise de l'internet.

La citation suivante se passe de commentaire: "Sur le territoire chinois, l'Internet se trouve sous juridiction et souveraineté chinoises. La souveraineté de la Chine sur l'Internet devrait être respectée et protégée". Quoiqu'un commentaire s'impose.

La Chine consacre dans ce livre l'existence d'un internet à deux vitesses, à la fois mondial pour son influence et local pour ce qui est de son contrôle juridique. Son choix est sûr d'impacter durablement la notion même d'Internet car les chinois sont les premiers surfeurs sur le web (400 millions).

Internet est perçu en Chine à deux niveaux: comme un outil favorisant le développement économique mais également comme un moyen de jouer avec l'autorité étatique. Cette dernière ne se prive pas d'ailleurs de rappeler les règles à respecter. 

Les mots "internet" et "censure" sont désormais familiers dans l'approche numérique chinoise: les pirates chinois au service du gouvernement attaquent les comptes mails des dissidents et osent même, preuve que la Chine ne craint personne pas même les États-Unis, s'en prendre aux intérêts américains, à l'image de l'affaire Google, ou de l'intrusion dans les systèmes de sécurité numérique des gouvernements français et allemands. 

Plus à tort qu'à raison, le champ étatique entend reprendre sa place dans le développement de l'internet, à l'image des initiatives française, allemande, anglaise, australienne... (lutte contre le piratage, lois enfreignant les libertés...)  Il est vrai que le système est imparfait mais y imprimer les symboles et conventions des États n'aura d'autre effet que de le scléroser et de le vider de son sens. 

Internet a vocation à être mondial et donc à être sous l'autorité d'une organisation mondiale. L'élaboration de cette dernière poserait de multiples problèmes mais aurait au moins le mérite d'éviter "des internets". 

lundi 7 juin 2010

Le curieux choix d'Obama...

Sa démission avait été très relayée dans les médias: porté au pilori pour une gestion approximative de deux attentats ratés (celui de Noël à bord du vol Amsterdam-Détroit et celui de Times Square du 1er mai), Dennis Blair avait dû remettre sa démission à Obama de poste de directeur du Renseignement national américain (DNI) le 20 mai dernier.

Les Américains étaient retombés dans cette psychose sécuritaire qui avait sensiblement terni leur image, voyant des ennemis partout, et légitimant indirectement les différentes politiques liberticides de Bush, peu remises en cause par Obama. Comme on dit: qui ne dit mot consent. 

Sur le fond, Dennis Blair n'a été qu'un pion sacrifié dans le jeu politico-médiatique d'Obama. Contrairement à ce que laissent croire certains, on ne peut et on ne pourra jamais empêcher totalement les attentats. La majorité sont évités mais il y aura toujours la possibilité d'un terroriste déjouant les scénarios de sécurité.

Le problème vient en vérité du successeur de Monsieur Blair: il s'agit de l'ancien général James Clapper qui était jusqu'à présent sous-secrétaire à la Défense pour le Renseignement (DIA). Son expérience de militaire n'est pas à remettre en cause, ses connaissances du milieu du renseignement encore moins.

Ce qui gêne ici tient à ses différentes prises de position: il a été favorable aux guerres en Afghanistan et en Irak, allant même jusqu'à défendre devant le Congrès la stratégie de Georges W Bush, arguant que ces conflits ont permis aux USA d'améliorer leurs capacités de sécurité et de défense.

Outre l'ineptie que constitue un tel propos, eu égard à une conception globalisante de la guerre, il peut paraître surprenant au premier abord que cet homme ait été choisi par Obama.

Jour après jour, il semble bien que la rupture affichée par Obama n'est qu'une façade. Un exemple ne fait pas une démonstration mais il peut donner quelques indications: Guantanamo a été fermé mais de nombreux problèmes juridiques demeurent (il y a un débat en ce moment quant à la possibilité de juger un jeune homme mineur au moment de ses actes), les autres prisons secrètes demeurent, il y a toujours plus de GI's en Afghanistan, la situation au Proche-Orient reste stable voire empire, l'Europe est délaissée de façon regrettable...

La désillusion est proportionnelle à la méprise des représentants de l'Obamania qui ont cru que cet homme avait pour mission de résoudre les maux du monde alors que de façon tout à  fait normale, son but est d'assurer la prospérité de son pays.  

dimanche 6 juin 2010

Obama, BP et l'opinion américaine.

Au départ, un accident industriel comme il s'en produit chaque année partout dans le monde. Au départ seulement, car ses conséquences, difficilement imaginables, en ont fait un enjeu environnemental à dimension -trop- fortement politique.

Le 20 avril dernier, une plate-forme pétrolière, propriété de BP, explose au large de la Louisiane, provoquant une marée noire sans précédent et causant la mort de 11 employés. Le président Obama s'empresse de réagir, affirmant à plusieurs reprises que "BP paiera", tout en précisant, mais avec moins d'insistance, que son administration avait indirectement une part de responsabilité dans cette affaire, ou plutôt dans cette catastrophe. 

En effet, selon le Wall Street Journal, BP a failli dans sa gestion de la sécurité de la plate-forme pétrolière, négligeant les réparations qui semblaient indispensables. Mais qu'a fait l'administration Obama pour les contraindre à agir? Rien. Tant que BP faisait son travail d'extraction, personne ne se risquait à marquer une quelconque opposition.

A présent que BP est en tort, c'est une véritable coalition politico-médiatique qui s'abat sur la compagnie pétrolière avec pour principal porte-parole le président Obama lui-même. Avec un brin de populisme, il s'en est pris directement au directeur de BP, Tony M. Hayward, accusé de manquer de tact pour une publicité (20 millions de dollars) où BP s'excuse à nouveau. 

Ne s'agit-il pas plutôt d'un moyen pour Obama de faire oublier sa gestion assez discutable de la catastrophe? Assurément oui. Ses trois visites n'auront servi à rien, l'image de lui arpentant les plages touchées l'a fait passer pour quelqu'un comprenant la situation mais avec le détachement d'un technocrate! 

Au fond, Obama, pourtant brillant dans de nombreux domaines, n'arrive pas ici à avoir une longueur d'avance sur le déroulement de l'affaire, agissant toujours sur l'instant. Ce qui le gêne en vérité, c'est que BP a reconnu très rapidement ses torts et s'est engagé à rembourser tout ce qu'il devrait. L'image de BP n'est donc pas totalement noire.

Certes, le bouc-émissaire est tout trouvé pour Obama, qui se voit ici aidé par la Bourse qui attaque BP au point que certains parlent d'une possible OPA sur la compagnie pétrolière. Mais cette histoire laissera des traces; c'est une version alternative du western classique qui s'offre aux citoyens américains: le "méchant" meurt à la fin mais le "gentil" ne peut pavoiser sur sa victoire car il est lui-même indirectement impliqué dans les méfaits du premier. 

La seule véritable victime dans cette affaire demeure la nature, qui se voit bouleversée par l'étroitesse d'esprit de certains. 

jeudi 3 juin 2010

Un nouvel espoir en Afghanistan

Et si le président Karzaï était la solution au conflit afghan? La question a de quoi surprendre, tant les critiques à son encontre ont été nombreuses, et bien souvent justifiées. On se souviendra de sa réélection plus que douteuse, ses liens avec le milieu de la drogue par l'intermédiaire de son frère, sa faible lutte contre la corruption qui asphyxie son administration, le peu d'estime qu'ont pour lui la plupart des dirigeants occidentaux, en particulier Obama. 

Mais voilà: au pied du mur à cause des alliés, Hamid Karzaï se découvre des talents de rassembleur et de pacifiste dans l'âme. Là où ses soit-disant alliés proposent de multiplier les actions militaires de grande ampleur pour réduire l'influence des Talibans, lui suggère de dialoguer, soutenant que le pays ne pourra se reconstruire durablement sans la participation des Talibans. 

C'est ainsi qu'aujourd'hui a eu lieu à Kaboul une «jirga de la paix», une assemblée présidée par le président Karzaï avec pour objectif de rassembler derrière lui les Talibans "modérés", conformément à ce qu'il avait annoncé en janvier lors de la Conférence internationale de Londres sur l'Afghanistan. La réunion s'est bien déroulée, même si elle a été perturbée à plusieurs reprises, les forces de sécurité empêchant des kamikazes de commettre des attentats. 

Reste que Karzaï est dans une situation peu enviable: accusé de traîtrise à la fois par les Talibans et les Américains qui le soupçonnent de mener un double jeu, sa mission consiste à chercher un consensus rapidement pour relancer l'économie d'un pays dont les bases sont à reconstruire. 

Que peut-on attendre de cette réunion? En vérité, son succès dépend directement de la stratégie des Américains: si ces derniers persistent à mener des actions meurtrières qui font inévitablement des victimes civiles, l'anti-américanisme va être exacerbé et associé à l'image de Karzaï qui laisse agir.

La solution résiderait peut-être dans une action américaine davantage discrète mais plus efficace, en ciblant les principaux chefs liés à Al-Qaeda au lieu de lancer des attaques -trop- médiatiques dans d'immenses zones. Mais la situation est plus complexe, en raison du manque de connaissance de la région et de l'absence de réponse à la question suivante: qu'entend-on par "Taliban modéré"? 

Seule une meilleure connaissance des acteurs du conflit parviendra à limiter les dégâts de cette guerre qui n'a que trop duré (9 ans cette année!)


mercredi 2 juin 2010

Crise politique au Japon

C'est un espoir déçu que vient de connaître le Japon. Au pouvoir pendant plus de cinquante ans, le Parti libéral-démocrate avait laissé place l'an dernier au Parti démocrate (PDJ) de Monsieur Yukio Hatoyama. Ce dernier avait axé sa campagne sur la relance de l'économie du pays par un ensemble de réformes ambitieuses, visant aussi bien à rendre plus efficace et moins coûteuse différents organismes comme la poste qu'à présenter des mesures pour le travail des jeunes diplômés et des séniors. 

La tâche était dure, trop dure pour le premier ministre Hatoyama qui a présenté sa démission ce matin devant les députés de son parti. Il n'aura tenu que 8 mois à son poste, et devient de ce fait le quatrième premier ministre à démissionner avant la première année de son mandat. 

Les scandales liés au financement occulte de campagne, l'absence de résultats concrets pour redresser l'économie du pays, la perte de confiance de la population dans leurs dirigeants, auront eu raison de lui. Le point culminant de son échec aura été la gestion, plus que discutable, de la base militaire américaine située sur l'île d'Okinawa: Hatoyama a préféré céder devant les pressions américaines et renoncer ainsi à une promesse de campagne,en laissant la base à sa place malgré les contraintes qu'elle pose à la population locale.

Tout espoir est-il perdu? Sans doute pas. En démissionnant, Hatoyama donne une seconde et dernière chance à son parti de réformer le pays. En effet, le PDJ va devoir se choisir un nouveau chef qui aura la lourde tâche d'éviter une bérézina aux élections sénatoriales qui auront lieu dans quelques semaines. 

Le Japon, avec une Chine toujours plus puissante et soucieuse d'asseoir son influence régionale, ne peut se permettre une nouvelle instabilité politique. il en va désormais de son rôle de grande puissance économique... 

mardi 1 juin 2010

De l'art d'informer et de désinformer

Ce n'est pas encore une guerre au sens conventionnel du terme... Peut-être n'y en aura-t-il pas, même si les déclarations turques ne laissent présager rien de bon. Il n'en demeure pas moins qu'une guerre a lieu: celle de l'information, ou plutôt de la désinformation. A l'exception de la presse américaine qui reste focalisée sur la catastrophe en Louisiane, tous les médias internationaux traitent de ce drame, corrigeant, ajoutant, nuançant des informations qui arrivent au compte goutte. 

Car là est le problème: les informations sûres, c'est-à-dire vérifiées, recoupées, sont quasiment inexistantes. La vrai question est la suivante: que sait-on vraiment? Le nombre des morts est plus qu'incertain: 9, 10, 19, les chiffres varient entre le matin et l'après-midi. On ne sait pas précisément qui composait l'équipage de la flottille, quels ont été les prémices de ce coup de force des associations pro-palestiniennes... On pourrait énumérer les interrogations encore longtemps. 

Le doute, la suspicion, les rumeurs sont dangereuses pour un État: Israël sait que son opération a été un fiasco, qu'elle a sans doute été mal préparée par ailleurs; il cherche à présent à limiter les dégâts en investissant davantage le champ médiatique, en montrant des vidéos où ses soldats sont pris à partie de façon violente par les membres des bateaux par exemple pour justifier ses actes. Le but officieux est de créer une sorte de "relativisme de l'information", avec pour principal motif de subir des sanctions. 

Il est trop tôt pour dire si cet événement constitue un tournant dans le conflit au Proche-Orient, le jeu des différentes parties n'étant que partiellement dévoilé. Cependant, tout est possible dans cette région; le souvenir de la poudrière des Balkans revient à l'esprit