samedi 27 novembre 2010

Publication Regard Critique, le Journal des Hautes Etudes Internationales de l'Université Laval du Québec

http://www.regardcritique.ulaval.ca/accueil/le_yemen_une_poudriere_a_surveiller/

Le Yémen, une poudrière à surveiller

MAXIME PINARD
Candidat au master 2 d'histoire
Université Paris IV-Sorbonne
maxime.pinard(at)gmail.com

Dans le numéro de février dernier, Joëlle Matte nous proposait une analyse socio-économique de ce qui pousse une partie de la population du Yémen sur les sentiers du terrorisme. Dans le même ordre d’idée et dans le but d’approfondir le sujet, une perspective sociopolitique de la question permettra de mieux entrevoir les dangers de la « poudrière » yéménite.

Connue dans l'Antiquité sous le nom d' « Arabie heureuse », le Yémen demeure un pays secret, faisant de rares apparitions dans les médias internationaux, même si ces dernières ont tendance à s'amplifier. Situé à la pointe Sud-ouest de la péninsule d'Arabie, le Yémen possède des façades maritimes sur le Golfe d'Aden et sur la mer Rouge et partage une frontière de plus de 1300 km avec l'Arabie Saoudite, lui conférant ainsi une grande importance géostratégique. Sa proximité géographique avec certains des plus gros producteurs mondiaux de pétrole est un atout que le pays ne semble guère être en mesure d'exploiter au mieux, en raison de son extrême pauvreté, de ses dissensions internes (le Yémen actuel date de 1990, année de la réunion des Yémen du Sud et du Nord) et de la présence sur son territoire d'Al-Qaïda.

L'année 2009 a été un tournant pour le Yémen sur la scène internationale, et ce pour de mauvaises raisons. L'annonce dans une vidéo diffusée en janvier de la création d'une faction d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique, réunissant les branches yéménite et saoudienne du réseau, a rappelé l'activité terroriste qui sévit dans le pays. De même, la guerre civile opposant les tribus proches du clan Houthi, chiite, au gouvernement sunnite ne fait qu'annoncer ce que beaucoup craignent: que le Yémen devienne un nouvel Afghanistan, incontrôlable et dangereux pour la sécurité régionale.

Un pays divisé

Par sa tradition et son histoire, le Yémen ne peut prétendre à être un État fort et centralisé. Il doit au contraire faire avec un système composé de tribus très puissantes, ainsi qu'avec deux courants musulmans, les chiites (42%) et les sunnites (55%). Bien que le slogan des Houthis soit « Mort à l'Amérique! Mort à l'Israël! Maudits soient les Juifs! Victoire à l'Islam », il convient de relativiser leurs revendications. Comme le précise Barah Mikaïl, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), elles sont davantage liées à des problématiques d'ordre économique et social, les chiites, comme en Arabie Saoudite, étant privés des fonctions importantes et subissant de nombreuses discriminations. Le jeu du président yéménite Ali Abdallah Saleh, qui n'a de cesse de consolider son pouvoir depuis vingt ans, consiste à tenter d'afficher une relative fermeté; mais il s'avère dangereux sur le long terme car il ne mène à aucune solution viable. Pour preuve, on peut penser aux 150 000 réfugiés qu'a engendrés ce conflit qui dure depuis plus de 5 ans. Les membres du clan Houthi sont efficaces dans leurs attaques perpétrées à l'encontre du régime de Sanaa, leur arrestation renforce la perception populaire de leur statut de martyrs. Qui plus est, les insinuations du président sur une intervention en sous-main de Téhéran ne tiennent pas la route, faute de preuve et d'arguments sérieux.

Il est vrai que la tâche du président n'est guère aisée pour maintenir un semblant de cohésion et d'autorité. Son soutien aux États-Unis dans leur politique de lutte contre le terrorisme mondial a provoqué l'émergence d'une jeunesse yéménite l'accusant d'avoir trahi le pays. Ses relations avec ces derniers sont d'ailleurs très complexes à percevoir dans leur globalité, même s'il est clair qu’entre les deux pays il est souvent question du terrorisme et d’Al-Qaïda.

La « patrie » d'Al-Qaïda

Les attentats du 11 septembre 2001 perpétrés par Al-Qaïda ont marqué les esprits, faisant connaître cette organisation terroriste au monde entier. Elle était pourtant loin d'être méconnue par l'armée américaine: en octobre 2000, 17 marines furent tués lors de l'attaque du torpilleur USS Cole au large d'Aden; attentat revendiqué par Al-Qaïda. Afin de ne pas être considéré comme un ennemi des Etats-Unis, le gouvernement de Sanaa a décidé rapidement de coopérer afin de débusquer les membres de l’organisation présents sur son territoire et de la détruire. En effet, cette dernière remet en cause indirectement l'autorité du Président Saleh par ses actions de déstabilisation et de terreur. Rappelons que Ben Laden est originaire du Yémen et qu'il circulait tranquillement dans le pays, jusqu'à ce que sa présence devienne problématique. De même, comme le rappelle le journaliste du Figaro Georges Malbrunot, près d'un tiers des prisonniers de Guantanamo sont originaires du Yémen, ce qui fait du pays le « berceau » de la nébuleuse Al-Qaïda. Contre toute attente, la collaboration entre services américains et yéménites a fonctionné, à l'inverse de ce qui se passe au Pakistan, autre pays en proie au terrorisme et où les résultats n'ont pas été à la hauteur des moyens engagés. Pendant trois ans, Al-Qaïda a subi des revers sans précédent dans le pays, ses responsables étant soit arrêtés soit assassinés, à l'image de l'exécution par un drone de la CIA en 2002 d'Ali Al-Harithi, l'un des cerveaux de l'attentat contre l'USS Cole.

Mais des tensions sont apparues entre les deux États, tensions qui se sont transformées en méfiance et en défiance, lorsqu'en février 2006, 23 prisonniers suspectés d'appartenir à Al-Qaïda se sont échappés de leur prison, avec la complicité probable des autorités locales. Parmi eux figure Nasir al-Wahayshi, un ancien secrétaire de Ben Laden qui a entrepris depuis la reconstruction de l'organisation. Le voile cachant le double-jeu du gouvernement yéménite s'est déchiré: combattant officiellement Al-Qaïda, ce dernier s'en sert pour ses propres desseins, au risque de ternir l'image du pays qui n'était déjà guère brillante. Les multiples enlèvements d'étrangers et les assassinats (personnel médical allemand, touristes coréens...) qui ont suivi ont démontré le large champ d'action que possède Al-Qaïda dans ce pays, au relief aussi accidenté que celui d'Afghanistan, et où il est très facile de se cacher. Le président Saleh a eu beau jeu de demander aux tribus de leur livrer les terroristes, ce qu'ils ont fait. Mais en vérité, sa réaction relève seulement d'une considération géographique: le gouvernement intervient seulement lorsque les attaques ont lieu sur son territoire, il ferme les yeux en revanche lorsque des Yéménites agissent à l'extérieur.

C'est ainsi que plusieurs centaines de Yéménites, avec la complicité des autorités, ont quitté le pays pour combattre en Irak et là où les Américains sont présents. Le problème fondamental tient aujourd'hui à la naissance d'une nouvelle génération d'Al-Qaïda. Les anciens membres qui ont accepté de participer à un programme de réinsertion sont devenus des traîtres aux yeux d'une jeunesse facilement influençable. La situation est désormais hors de contrôle, ce qui peut surprendre lorsqu'on sait qu'il y a au maximum un demi-millier de combattants d'Al-Qaïda au Yémen.

Éviter l'engrenage infernal

Le Moyen-Orient est toujours plus instable: avec un conflit israélo-palestinien qui s'éternise, un Iran confronté à une opposition interne, sous-estimée, apparue suite aux dernières élections et soucieux d'asseoir son influence sur la scène régionale, un Irak sujet à des influences extérieures nombreuses et aux effets ambigus, le Yémen devient, pour ainsi dire, l'étincelle capable d'embraser la région. Al-Qaïda s'y est reformé, il est désormais plus fort, s'étend à d'autres pays (l'Arabie Saoudite) et participe à des opérations spectaculaires (assassinats d'otages) et médiatiques aux yeux de ses fidèles (l'envoi de jeunes affronter les Américains en Irak). Le groupe jouit pour ce faire d'un État yéménite délabré, sans autorité, où la corruption fait des ravages. La capitale Sanaa est ainsi devenue le carrefour pour la revente d'armes entre l'Afrique et la région Pakistan/Afghanistan. Même si le Yémen affiche une politique de fermeté à l'égard des Somaliens arrivant sur son territoire, il n'en demeure pas moins qu'il constitue, avec la Somalie, une source d'inquiétude certaine, cette dernière étant devenue en un an « la championne de la piraterie maritime ».

C'est une véritable guerre qui se déroule actuellement au Yémen; une défaite du gouvernement de Sanaa serait une catastrophe pour la lutte contre le terrorisme ainsi que pour le maintien d'un semblant d'équilibre dans la région. Une coopération renforcée entre le Yémen et les grandes démocraties apparaît indispensable.

jeudi 25 novembre 2010

La fin du "irish dream"?

Le "Tigre celtique" n'est plus... A l'image des "dragons asiatiques", pays du Sud-Est asiatiques caractérisés par une croissance économique et un développement très rapides, l'Irlande a connu une période faste qui a débuté dans les années 90 mais qui vient de s'achever brutalement.

Ce pays, symbole il y a encore quelques années d'attractivité et de dynamisme se voit aujourd'hui dans la nécessité d'accepter l'aide de l'Union européenne, mais également du FMI qui en général, assiste davantage les pays pauvres ou au bord de la faillite. Près de 85 milliards d'euros vont ainsi être distribués principalement aux banques irlandaises pour combler les déficits abyssaux accumulés en raison de placements plus que douteux, subprimes en tête.

En échange, l'Irlande vient de s'engager sur un plan de rigueur de près de 15 milliards d'euros qui devrai s'étaler sur quatre ans. Les deux tiers de ces économies devraient correspondre à des coupes budgétaires, le tiers restant à une hausse de la fiscalité. En revanche, refus catégorique de Dublin d'augmenter sa taxe sur les sociétés (fixée à 12.5%), l'une des plus basses d'Europe et qui permet à l'Irlande d'attirer de nombreuses sociétés, à l'image de Google.

Plusieurs remarques s'imposent:
1. Cette implosion du système irlandais, après celle du système grec, montre que l'orthodoxie en matière d'économie est désormais indispensable. En effet, le pouvoir des agences de notation s'est affirmé, tant et si bien qu'une note dégradée affaiblit le jour même la bourse de l'état concerné.
2. L'Europe se doit désormais d'avoir, outre une politique monétaire commune, une politique économique commune. On ne peut plus se permettre d'avoir des états qui faussent les règles, au nom de la souveraineté nationale, pour engranger des bénéfices, alors que d'autres, à l'instar de l'Allemagne ou des pays du Nord s'emploient à assainir leur économie. Indirectement, et de façon assez ironique, les agences de notation forcent l'Europe à s'interroger sur le sens et la réalité de son unité économique.
3. La façon dont l'Irlande agit est assez scandaleuse mais également "compréhensible", les guillemets étant ici plus que nécessaires. Son refus de relever la taxe pour les sociétés témoigne d'un égoïsme certain et d'un manque de considération total envers l'Europe et ses institutions. Mais peut-on vraiment faire des reproches à un état qui s'était opposé à l'Europe en 2008 et dont on a fait revoter le peuple afin qu'il approuve un traité? Le sentiment européen, au départ fort, est aujourd'hui proche du néant en Irlande. Au lieu de représenter l'espoir, l'Europe suscite désormais le mépris et la colère et les malheurs des peuples lui sont aujourd'hui imputés. Il suffit de lire les pancartes des manifestants...

Pour conclure, la crise irlandaise, de la même façon que l'a été la grecque, est un avertissement à l'égard d'une Europe qui doit s'affirmer au lieu de n'être qu'un pompier aux ordres des agences de notation et qui a la charge de corriger les erreurs des états peu sérieux.

Reste à savoir si la poudrière des états défaillants va s'arrêter. On peut légitimement en douter au vu des dernières informations concernant le Portugal et même l'Espagne. C'est tout un pan de l'Europe qui serait ainsi touché et qui pourrait, comme un château de cartes, affaiblir considérablement cette belle entité qu'est pourtant l'Union européenne.

mercredi 24 novembre 2010

Le "baroude d'honneur" nord coréen?

L'information est relayée comme une traînée de poudre: hier matin, les Nord-coréens ont procédé à des tirs d'obus en direction de l''île de Yeonpyeong, une île revendiquée par les deux Corée, causant la mort d'au minimum quatre personnes et provoquant de vastes dégâts matériels.
Ce n'est pas la première fois que des affrontements ont lieu entre les Corée du Nord et du Sud: déjà en mars dernier, un navire sud-coréen avait été coulé avec son équipage, la responsabilité en incombant à la Corée du Nord selon plusieurs sources concordantes, bien que celle-ci démente officiellement.

Néanmoins, ce dernier acte revêt un caractère particulier et doit être apprécié en relation avec la récente visite d'un scientifique américain à Pyongyang. Ce dernier a rapporté, et les médias en ont fait leurs choux gras, que la Corée du Nord possède des installations perfectionnées et que des centaines de centrifugeuses fonctionnent, leur objectif ultime étant de fournir les composants nécessaires à l'élaboration d'une bombe nucléaire.

Comme on pouvait s'y attendre, les protestations ne se sont pas faites attendre: de la Corée du Sud à l'Europe, en passant par les Etats-Unis et l'ONU, tous ont condamné la provocation nord-coréenne, tombant par la même occasion dans le piège tendu par Pyongyang.
En effet, une reprise des négociations de paix était programmée prochainement et il semble clair que la Corée du Nord recherche tout sauf la paix. Il faut bien comprendre que ce pays totalitaire est à bout de souffle et qu'il ne perdure que parce que le pouvoir en place maintient le pays au secret et procède à de profondes purges pour éviter toute dissension. Et ce d'autant plus que Kim Jong Il, le leader actuel, est en train de laisser les reines du pouvoir à son fils cadet, Kim Jong-un...

Une carte est à jouer dans ce conflit, mais en aucun cas celle avancée actuellement, à savoir des manœuvres militaires coordonnées par Séoul et Washington. Une telle action ne peut que renforcer la rhétorique nord-coréenne!
Certes, une réaction est nécessaire, mais elle doit être réfléchie et oeuvrer à la fin de cette réalité byzantine.
Multiplier les signes d'apaisement, mettre en oeuvre des moyens pour toucher directement la population, qui vit aujourd'hui sous le coup de la famine... Mais également répondre coup par coup aux attaques nord-coréennes, sans les revendiquer, à l'instar de Pyongyang, pour semer le trouble.

La Corée du Nord est clairement à un tournant. Cependant, on peut légitimement se demander si les adversaires / alliés de cet état totalitaire aspirent véritablement à une résolution du conflit. En effet, sans trop s'avancer, il semble quasi sûr que ni la Chine, ni la Corée du Sud n'accepteront d'accueillir les milliers de nord-coréens qui fuiront leur pays, en quête d'une vie meilleure.
Cette question géopolitique comporte beaucoup trop de faux-semblants, barrières irréfragables d'un futur apaisé.

lundi 8 novembre 2010

Le non-sens israélien

Si Nétanyahou voulait empirer une situation déjà inextricable, il ne s'y prendrait pas autrement. La commission de planification du ministère de l'intérieur israélien a ainsi approuvé aujourd'hui la construction de près de 1300 logements à Jérusalem-Est, partie de la ville pourtant revendiquée par les Palestiniens comme la capitale de leur futur état.

Les protestations palestiniennes ne se sont pas faites attendre, Israël étant accusé de tout faire pour réduire à néant le processus de paix. Ce dernier était déjà dans l'impasse, les Palestiniens ayant quitté la table des négociations après une provocation israélienne en septembre, toujours au sujet de la construction de nouveaux logements.

Alors que le Premier ministre israélien est actuellement aux USA, où il rencontre les organisations juives avant de s'entretenir avec la secrétaire d'Etat Hillary Clinton ce jeudi, cette annonce tombe au plus mal... ou plutôt au meilleur moment.

En effet, le président Obama vient de subir une cuisante défaite aux élections de mi-mandat, ce qui l'a considérablement affaibli sur le plan intérieur. Il va donc tenter, à l'image de ce qu'a fait Bill Clinton, de redorer son blason grâce à la politique extérieure.
En agissant de la sorte, Nétanyahou entend rappeler à Obama qu'il refusera toute ingérence nuisant à la politique israélienne, aussi contre-productive soit-elle à l'égard de la paix et qu'il ne craint aucune puissance étrangère.

Reste qu'Obama a en théorie les moyens de forcer les deux parties, israélienne et palestinienne, à retourner à la table des négociations et à oeuvrer réellement à une paix tangible. Il lui faudrait un courage politique fort, une capacité à encaisser les coups qui viendraient de toutes parts. En réussissant, ou tout du moins en essayant réellement, il honorerait le prix Nobel qui lui a été attribué.

lundi 13 septembre 2010

Publications IRIS au 13 septembre 2010

Publications effectuées à ce jour pour le compte de l'IRIS:

13 septembre 2010: "L'ICANN, un contrôleur du web nécessaire mais critiqué", publié dans le dossier "Gouvernance Internet" de l'Observatoire géostratégique de l'information dirigé par François-Bernard Huyghe et Eddy Fougier

2 juin 2009: "Iran, quelques repères", publié dans le dossier "Iran, des élections incertaines mais cruciales" sous la direction de Karim Pakzad

2 juin 2009: "Portrait des quatre principaux candidats", publié dans le dossier "Iran, des élections incertaines mais cruciales" sous la direction de Karim Pakzad


jeudi 29 juillet 2010

L'Islande et le sentiment européen

Il y a moins d'un an, l'Islande était frappée de plein fouet par la crise financière internationale. Incapable d'honorer ses dettes, abandonnée par l'allié ancestral américain, pour ainsi dire à genoux, l'Islande s'est tournée vers l'Union européenne.

En soulignant que l'Islande est déjà membre de la zone EEE et de l'espace Schengen, plusieurs observateurs ont fait remarquer qu'une adhésion de l'Islande à l'Europe répondait à une certaine logique, adoptant ainsi un raisonnement proprement économique et occultant par la même occasion la notion même de sentiment européen.

En effet, tout porte à croire que la vision européenne des islandais est purement utilitariste. Liée quasi exclusivement aux USA (culture et fonctionnement), l'Islande n'a découvert l'Europe qu’après la tempête provoquée par la crise. Sur le moment prête à se jeter dans les bras de Bruxelles, elle est désormais sur la réserve, à en croire un sondage publié en juin, où seulement un quart des personnes interrogées se disent favorables à une entrée dans l'UE.

C'est que les islandais se sont rendus compte que l'adhésion incluait le respect d'un certain nombre de règles et que tous les problèmes ne seraient pas résolus d'un coup de baguette magique. A titre d'exemple, les difficultés des épargnants de la banque islandaise Icesave à se faire rembourser par l'Angleterre et les Pays-Bas ont plus que refroidi leur ardeur européenne.

Dans le même esprit, la crise a profondément bouleversé la structure économique du pays qui a opéré un puissant virage en abandonnant le secteur bancaire pour revenir à une économie plus traditionnelle, caractérisée par la pêche et en particulier la pêche à la baleine à laquelle l'UE s'oppose, ravivant de ce fait un nationalisme galopant.
Toutefois, il convient de souligner le clivage au sein de la société islandaise entre des pêcheurs et agriculteurs majoritairement anti-Europe et les milieux d'affaires pro-Europe, bien implantés à Bruxelles mais qui ne peuvent agir efficacement, du fait d'une monnaie trop sujette à des variations extrêmes.

Reste que le cas islandais est symptomatique du problème de définition de l''identité européenne qui se voit une fois de plus fragilisée. Il est à peu près certain que l'Islande intégrera l'Europe, mais à quel prix? Qui de Reykjavik ou de Bruxelles cédera? Le rapport de force n'est pas si clair.

En agissant à géométrie variable, l'Europe perd de sa crédibilité entre un empressement à l'égard de l'Islande et une volonté de faire durer le plus longtemps possible les négociations avec la Turquie par exemple, qui semble pourtant nourrie d'une profond sentiment européen. La Realpolitik économique de Bruxelles a ses limites...

mercredi 28 juillet 2010

La dangereuse guerre entre Al-Qaida et la France

L'annonce de la mort de Michel Germaneau, un otage français de 78 ans détenu par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) depuis avril dernier, est un événement à méditer à plus d'un titre.

Outre le drame que cet assassinat suppose, il faut bien voir désormais que les ressortissants occidentaux vivent dans une insécurité croissante, surtout en Afrique où les mouvements terroristes liés ou non à Al-Qaida profitent de la pauvreté pour s'implanter durablement. En effet, en Irak et en Afghanistan, la tristement célèbre organisation terroriste a subi de lourdes pertes, en particulier au sein de sa hiérarchie. Elle s'est donc développée dans des régions moins placées sous le feu des projecteurs, profitant principalement de la faiblesse des pouvoirs étatiques.
La Mauritanie, pays où était détenu Michel Germaneau, ne faisait pas la une des journaux jusqu'à l'assassinat fin décembre 2007 de quatre français par des hommes se revendiquant proche d'Al-Qaida.
 
Comment remédier à cette spirale infernale et meurtrière? Déconseiller aux occidentaux de se rendre dans ces pays en proie à ce genre de troubles reviendrait à reconnaître l'autorité et l'influence de ces mouvements terroristes, malgré ce que pense le Président Sarkozy. De même, affirmer comme le fait le Premier Ministre François Fillon un "renforcement du combat" contre Al-Qaida est un propos discutable sur la forme car visant à rassurer l'opinion. Cette dernière ne manquera pas de s'inquiéter s'il n'y a pas de résultat. 

Aucune solution miracle n'existe, et ce d'autant plus que les puissances "classiques" n'utilisent pas les mêmes armes que des groupes terroristes comme Al-Qaida. Cette dernière a réussi son coup, en assassinant aussi froidement et lâchement un homme âgé, afin de provoquer l'effroi dans une démocratie comme la France. Ces groupes terroristes n'ont d'avenir que par des actions spectaculaires et médiatiques. Il convient de leur "couper l'herbe sous le pied".

Au lieu de promettre "la vengeance", qui abaisserait au final une démocratie au niveau d'un groupe terroriste, il conviendrait d'agir de façon "cachée". Les services spéciaux et secrets français jouissent d'une grande réputation dans le monde entier. Frapper l'ennemi sans le prévenir, neutraliser ses cadres dirigeants, ne pas faire de publicité en cas de victoire, laisser planer le doute quant au commanditaire de l'opération: voici quelques tactiques à même de diminuer l'organisation AQMI. 
La détruire totalement relève pour l'instant du vœu pieux, son affaiblissement permettrait en tout cas d'éviter des drames supplémentaires.

mardi 27 juillet 2010

Naissance d'une diplomatie européenne, entre espoir et craintes

C'est un événement tout bonnement historique que vient de connaître hier l'Europe: la création du "Service européen d'action extérieure", autrement dit d'un service diplomatique européen. Passons sur le manque total de communication voire de publicité sur cette innovation qui, à terme, pourrait incarner une certaine cohérence et venons-en à son contenu.

Ce service ne sera opérationnel qu'à la fin de l'année, le temps de procéder à toutes les nominations et de composer des structures efficaces avec les milliers de diplomates et de fonctionnaires européens qui vont les constituer. Cette formidable machine diplomatique devrait permettre de donner un visage cohérent à l'Europe sur la scène internationale et défendre au mieux ses intérêts face aux grandes puissances que sont les USA et la Chine. A terme, l'Europe serait censée parler d'une seule voix.

Le conditionnel est donc de mise, symbolisant à la fois l'espérance en cette entité, mais également des doutes quant à son accomplissement. En effet, ce service ne se substitue pas aux autres services diplomatiques qui continueront à fonctionner, garantissant ainsi aux États le respect de leur souveraineté. Ce "doublon" a par ailleurs de fortes chances d'être une coquille vide car il ne pourra s'appuyer dans sa tâche que sur les informations que les services nationaux auront bien voulu donner.
 
Qui plus est, la directrice du service, Catherine Ashton, jouit d'une très mauvaise réputation en raison de ses multiples bourdes et de son manque réel de charisme et de sens politique. Certains pays, à l'image de la France et de l'Italie, cherchent à placer leurs hommes à des postes clés (le responsable du renseignement sera français par exemple) afin de contenir toute volonté de diplomatie profondément européenne. 

Ceci est très dommageable, aussi bien pour l'Europe que pour la France -entre autres-, qui vont se voir affaiblies. En effet, en ces temps de crise budgétaire, le Quai d'Orsay a vu son budget sérieusement imputé et a été fortement incité à trancher dans les effectifs, ce qui diminuera à terme sa capacité à influer sur la scène internationale. 

Tout ceci rappelle que la question "Qu'est-ce que l'Europe?" n'a pas encore été tranchée: voulons nous une "Europe des États" respectueuse des souverainetés nationales ou une "Europe fédérale", puissante et à même d'œuvrer à l'intérêt des Européens? 

Il semble que la voie la plus sage soit celle suivie par les Pays-Bas, la Suède et la Bulgarie qui prouvent, par leur volonté de fermer des ambassades, leur foi dans le réseau du nouveau service diplomatique européen pour les représenter. 
L'Europe de la diplomatie est à un tournant: ce serait une faute politique grave que de ne pas en tenir compte. 

mercredi 7 juillet 2010

Noriega, vestige de la Realpolitik du 20ème siècle

Le verdict vient de tomber: Manuel Noriega a été condamné en seconde instance par le Tribunal correctionnel de Paris à 7 ans de prison pour blanchiment d'argent provenant du trafic de drogue. C'est la fin de l'histoire d'un homme qui incarne ce que les relations internationales ont de si fascinantes: des puissances éphémères, des intérêts souvent doubles et contradictoires, des batailles stratégiques complexes où l'on n'hésite pas à se débarrasser de l'ami d'hier. C'est un peu tout ça Manuel Noriega.

L'histoire d'un dictateur dans le Panama des années 80 soutenu par les Etats-Unis puis lâché par ces derniers au début des années 90. Il incarne de façon sublime la "politique extérieure" de la CIA pendant cette période de Guerre Froide: se lier avec des personnes peu recommandables mais qui serviront nos intérêts.

C'est ainsi que Manuel Noriega a officié pendant des années pour le compte de la CIA, rendant à l'agence américaine de nombreux services, comme une aide à la guérilla nicaraguayenne par exemple, ou en participant à la libération d'otages. Mais l'allié est devenu encombrant aux yeux des Américains: la Guerre Froide prend fin et il est clair que Noriega profite de son statut pour s'enrichir, traitant avec les cartels de drogue colombiens entre autres.

Du jour au lendemain, celui qui a été décoré de la légion d'honneur par le Président français François Mitterrand se voit déclaré persona non grata, arrêté par les forces américaines et jeté en prison. 20 ans après, il est extradé en France pour répondre à nouveau d'un blanchiment d'argent estimé à 2,3 millions d'euros. Les sept années de prison retenues sont pour ainsi dire un moyen de le maintenir au secret, lui qui a déjà 76 ans.

Manuel Noriega est tout sauf une victime dans cette histoire; il est toutefois assez gênant et regrettable que les grands responsables, ceux qui ont les cartes entre leurs mains, ne soient pour ainsi dire jamais inquiétés.


mardi 29 juin 2010

Armées publiques / privées: confusion & chaos

Le nom "Xe" ne vous dira sans doute pas grand chose... à l'inverse peut-être de Blackwater, une société américaine de sécurité privée très controversée qui a préféré changé de nom pour améliorer son image. Xe vient de signer avec la CIA un contrat de 120 millions de dollars selon le Washington Post. Sa mission est d'assurer la protection pendant 18 mois des consulats américains de Herat et Mazar-i-Sharif, situés dans le Nord de l'Afghanistan.

Certes, les contrats passés entre les gouvernements et des sociétés privées dans le cadre de conflits ne constituent pas en eux-mêmes une donnée nouvelle mais le cas de Xe est particulier et ce, pour plusieurs raisons.

L'ex Blackwater s'est faite connaître des médias "grâce", les guillemets s'imposent, aux exactions qu'elle a commise en Irak. La plus spectaculaire date de septembre 2007, lorsque quatorze civils ont été purement et simplement assassinés par des mercenaires de Blackwater. A la suite de ce scandale, où les protagonistes s'en sont plutôt bien sortis, la société a été fermement priée de quitter l'Irak. Et c'est justement cette société qui se voit aujourd'hui remporter le contrat de la CIA.

Comment expliquer ce choix au caractère quasi obscène et aux conséquences en communication plus que catastrophiques pour l'administration Obama? Par la loi de l'argent et de la rentabilité tout simplement. En effet, Xe était en concurrence pour ce contrat avec deux autres sociétés, sans doute pas des enfants de coeur mais qui n'ont pas été dans des scandales de l'ampleur de Blackwater en Irak. Son offre étant inférieure de près de 30 millions de dollars par rapport aux autres, c'est elle qui a été retenue, conformément à une loi de 1990 qui impose de choisir systématiquement l'offre la moins onéreuse pour des prestations équivalentes.
Les critères moraux n'entrent pas en ligne de compte dans ces tractations, alors qu'ils seraient indispensables pour faire accepter ces mercenaires par les populations locales, qui se voient souvent dépourvues de recours en cas d'exactions des premiers.

Reste une question fondamentale: n'y-a-t-il danger à confier à des sociétés privées de telles responsabilités? Le mot "responsabilité" est d'ailleurs ambigüe dans la mesure où ces sociétés sont régies par des lois floues et trop facilement contournables. Par ailleurs, pourquoi l'armée délègue-t-elle autant? Coût financier? Ce n'est pas certain.
Ce n'est qu'une hypothèse mais il y a de fortes chances que ces choix soient influencés par les lobbys des sociétés privées, avec tous les dangers que cet essor de la sécurité privée comporte: dérives, faibles recours possibles pour les victimes.

De la même façon que la stratégie américaine en Afghanistan est opaque, le mélange sulfureux armées publiques / privées ne saurait conduire à de bons résultats. Des exactions, un gâchis financier, une image déplorable à l'égard des populations locales sont davantage à prévoir, et à déplorer.

samedi 26 juin 2010

Medvedev, Obama: l'iphone, le poulet et l'amitié

Il y a encore 20 ans, personne n'y aurait cru. On aurait parlé de blague de mauvais goût, de trait d'esprit offensant issu de l'imagination trop féconde d'un fou. Et pourtant, le 25 juin 2010, les médias du monde entier ont relayé cet instant, autant anodin que symbolique: un président américain mangeant un hamburger avec son homologue russe.

Oubliée la Guerre Froide avec le risque de guerre mondiale qu'elle a engendré! Oubliées les tensions vives entre Georges W Bush et Vladimir Poutine! Place au rapprochement américano-russe, et même à l'amitié entre les deux présidents actuels que sont Barack Obama et Dimitri Medvedev!

Pour leur septième rencontre, les deux présidents ont abordé de très nombreux sujets: guerre contre la terreur, appui américain pour une présence russe à l'OMC en échange -entre autres- de l'autorisation de Moscou d'importer à nouveau des poulets américains... Oui, beaucoup de sujets ont été abordés lors de cette rencontre à la Maison Blanche, souvent éloignés les uns des autres mais c'était le but: montrer que l'amitié est tellement forte entre les deux hommes qu'ils peuvent se permettre de parler de tout.
Certes, des divergences demeurent, en particulier pour la question géorgienne, mais elles ont été aussitôt minimisées.

Pour preuve que les idéologies du XXème siècle ont laissé place au pragmatisme, la rencontre du président russe avec Steve Jobs, le patron d'Apple, incarnation quasi caricaturale de la réussite du capitalisme.
Reste une question fondamentale: au delà de l'amitié trop bien affichée, ne pourrait-on pas voir dans ce rapprochement une tentative pour les ex super-puissances de former un bloc fort afin de limiter l'influence toujours plus grande des nouvelles puissances, Chine et Brésil en tête?




mardi 22 juin 2010

Les mafias, une puissance mondiale occultée

L'ONUDC, ou Office des Nations unies contre la drogue et le crime, a présenté la semaine dernière un nouveau rapport intitulé "la mondialisation de la criminalité: évaluation de la menace posée par le crime organisé international". Le directeur de l'Office, Antonio Maria Costa, ne dit rien de nouveau mais confirme la gravité de la situation, preuves à l'appui.

La traite humaine concerne plus de 140 000 personnes en Europe pour un revenu annuel estimé à trois milliards d'euros. Dans un autre registre, l'Europe représente un marché de plus de vingt milliards de dollars quant à la consommation d'héroïne, ce qui fait du vieux continent le marché le plus lucratif pour les contrebandiers. Pour donner un visage à ce nombre colossal, imaginez le PIB de l'Estonie, du Ghana, ou de la Bolivie, consacré dans son intégralité au secteur de la drogue.

Un rapport pour rien? Oui et non...
Oui car il n'y a aucune chance pour que la situation évolue dans un sens positif pour le moment, les gouvernements étant obnubilés par la crise économique et financière, oubliant au passage que l'économie du crime organisé occupe une place non négligeable dans la croissance de nombreux états, à l'image de l'Italie ou de la Russie.
Non, car ce rapport nous rappelle deux réalités trop souvent occultées. Premièrement, les pays producteurs de drogues ne réalisent que de maigres bénéfices de leur récolte, contrairement aux pays consommateurs: pour un euro gagné par l'Afghan qui cultive son champ de pavot pour fabriquer de l'opium, l'occidental qui le revend en gagne au bas mot vingt.
Ce premier constat conduit au suivant: selon le rapport, "l'action répressive contre les groupes mafieux ne permettra pas de mettre un terme aux activités illicites si les marchés sur lesquels ils s'appuient restent intacts, notamment les hordes de délinquants à col blanc — avocats, comptables, agents immobiliers et banquiers — qui les protègent et blanchissent leurs gains."

En d'autres termes, un puissant accord tacite régit le commerce illicite à l'échelle mondiale. Les interventions médiatiques de certains affichant leur intention de mettre un terme à des organisations qui se basent sur le crime et tout ce qui a trait à l'illicite ne sont là que pour masquer les agissements des mafias, protégées par les secteurs public et privé.
Ces dernières, à la fois amies et ennemies des gouvernements, représentent aujourd'hui un poids considérable dans l'économie mondiale et incarnent ce que la mondialisation a de pire.
Elles sont à même de décider du devenir des gouvernements et constituent de ce fait un risque pour les démocraties.

lundi 21 juin 2010

Gaza et le premier pas d'Israël

Premier pas, espoir, main tendue ou plutôt manœuvre politique, écran de fumée? Il est trop tôt pour le dire mais toujours est-il que l'annonce faite par Israël hier d'alléger son embargo à l'encontre de Gaza marque une étape essentielle dans l'histoire du conflit israélo-palestinien. 

Plus précisément, Israël autorise les "marchandises à usage civil" ne figurant pas sur une liste de produits interdits (armes ou tout équipement susceptible de participer à la fabrication de bombes) à entrer dans Gaza par voie terrestre. En d'autres termes, le blocus par voie maritime demeure total.
Verre à moitié plein ou à moitié vide? Bouffée d'air en vérité pour un peuple habitant "une prison à ciel ouvert", manquant de tout et vivant sous la coupe du Hamas. 

Avec ce geste d'Israël, le Hamas se voit affaibli: sa rhétorique perd de sa superbe de même que diminue sa capacité de nuisance, Israël s'étant assuré que les matériaux de construction, parfois utilisés pour fabriquer des bombes, soient sous le contrôle de l'Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas. 

Joli coup diplomatique de la part d'Israël qui tente ainsi de redorer son blason. Il semble d'ailleurs que cela fonctionne, puisqu'une visite du Premier ministre israélien Netanyahu, après celle annulée le 1er Juin, a été programmée le 6 juillet à la Maison blanche avec le président Obama.

Deux points méritent d'être soulignés toutefois:
Premièrement, cet allègement du blocus n'est qu'une infime étape dans le processus de paix au Proche-Orient. Gaza, sous embargo depuis quatre ans, est toujours sous perfusion, et tenue au secret, Israël refusant la quasi totalité des demandes de parlementaires européens de se rendre sur place pour évaluer la situation.
Deuxièmement, au risque de choquer, cette situation arrange beaucoup de monde. Israël n'est pas le seul état à effectuer le blocus autour de Gaza; il est aidé dans sa tâche par l'Égypte. De même, les voix des gouvernements arabes demandant la fin du blocus sont inaudibles, voire inexistantes car aucun d'entre eux ne veut ni n'est prêt à accueillir une si grande population de malheureux.

Gaza est un drame et une honte pour la communauté internationale qui masque sous des effets de communication son embarras, ne souhaitant pas prendre des décisions, certes difficiles, mais courageuses et sauveuses de vie. 

Rien ne dit que la fin totale du blocus marquera le retour de la paix au Proche-Orient mais il est certain qu'elle y contribuerait grandement.
 




jeudi 17 juin 2010

Le courageux devoir de mémoire anglais

12 ans... Il aura fallu 12 ans pour rétablir la vérité sur l'un des actes les plus condamnables de l'armée anglaise: le bloody sunday. Le 30 janvier 1972, 14 irlandais étaient tués par des parachutistes britanniques au cours d'une manifestation organisée pour protester contre les discriminations subies par la minorité catholique d'Irlande du Nord. Ce drame avait profondément choqué l'opinion publique et demeure en mémoire grâce à une chanson du groupe U2 et un film éponyme.

Pour les Britanniques, il s'agissait au départ d'étouffer un fiasco. Une première commission d'enquête menée par Lord Widgery avait exonéré de toute responsabilité les militaires ainsi que les officiels en charge de l'opération. Mais le simulacre était trop évident... 

S'en suit une seconde commission qui aura mis plus de dix ans à aboutir, grâce à l'acharnement de Lord Saville. Le résultat a été rendu public mardi dernier et confirme ce que tous pensaient: les militaires n'ont pas répliqué à une quelconque attaque, ils ont tiré sur des manifestants en fuite et ils ont menti lors de leur interrogatoire.

L'affaire aurait pu s'arrêter là si David Cameron, le premier ministre anglais, n'avait pas compris qu'il s'agissait là d'un moment historique. En demandant "pardon" pour cet acte, Monsieur Cameron a renforcé le processus de paix anglo-irlandais. Le fait que les nationalistes catholiques l'aient applaudi est un espoir sérieux de réconciliation, à même de lutter contre le sectarisme qui gangrène encore l'Irlande du Nord.

L'Angleterre vient de donner à tous une grande leçon de démocratie. Plonger dans son passé et reconnaître ses torts est un exercice délicat mais courageux, un exercice que la France ferait bien de suivre par respect pour la communauté algérienne.

mercredi 16 juin 2010

La mauvaise blague belge

Les résultats électoraux de dimanche dernier ont confirmé ce que beaucoup redoutaient: une très forte poussée de la Nouvelle Alliance, N-VA (Nieuw Vlaamse Alliantie), du très médiatique Bart de Wever, synonyme d'implosion de l'état belge. Il est clair que la victoire de de Wever marque un tournant dans l'histoire belge, mais il faut également rester pragmatique, en dépit de l'emballement médiatique très exagéré.

Contrairement à ce qu'on lit beaucoup dans la presse française, le N-VA n'est en rien un parti d'extrême-droite. A l'inverse du Vlaams Belang, le N-VA est un parti de gouvernement qui respecte les règles démocratiques. Notons toutefois que ses prises de position correspondent parfois à un certain racisme linguistique à l'égard des francophones. 

Par ailleurs, la position de de Wever est à présent très délicate. Arrivé au sommet, il ne peut à présent que chuter. Lui qui prône l'indépendance flamande serait sur le point de s'allier avec les socialistes du francophone Elio Di Rupo, dans une coalition plus qu'improbable, tant les deux dirigeants sont différents, aussi bien au niveau politique qu'au niveau personnel. Une telle coalition impliquerait des concessions des deux côtés qui n'auraient pour seule conséquence qu'une désillusion des électeurs. Ces derniers se tourneraient vers des partis extrémistes, avec les risques que l'on imagine aisément. 

La situation belge est en vérité révélatrice du mal qui menace l'Europe. Les disparités économiques entre régions d'un même état vont favoriser les partis régionalistes, quasiment tous à droite avec des relents d'extrême-droite. On pourrait ainsi assister à une implosion des états au pouvoir central faible, à l'image de l'Italie par exemple, et à l'émergence de régions puissantes, inclues dans une puissante fédération européenne. C'est d'ailleurs le rêve de de Wever.

L'influence belge en Europe est davantage symbolique que stratégique. Toutefois, son instabilité politique crée une crise qui s'étend au delà de ses frontières territoriales. Le silence de l'Europe est sinon coupable, au moins complice. 

Il y a de fortes chances pour que la géographie de l'Europe soit amenée à de profonds bouleversements d'ici quelques années. Pour le meilleur et pour le pire.



lundi 14 juin 2010

Afghanistan, le nouvel eldorado?

C'est une annonce qui fera du bruit! Selon le New York Times, toujours très bien informé sur tout ce qui a trait à l'Afghanistan, ce dernier aurait caché dans son sol une richesse dont la valeur ne cessera de croître: des minerais.

Outre le cuivre et le lithium, du fer, de l'or, du niobium et du cobalt se trouveraient dans le sous-sol afghan. Des recherches géologiques avaient déjà mis en évidence dans les années 80 ces ressources minérales mais l'état de guerre permanent du pays (URSS, Talibans et aujourd'hui coalition occidentale) a mis en sommeil ce qui pourrait, à terme, constituer un tremplin pour une renaissance de l'Afghanistan.

En effet, tous les composants précédemment cités sont utilisés à chaque instant dans des produits de notre vie quotidienne. Qui plus est, selon les informations du Pentagone, ces éléments seraient présents en très grande quantité, ce qui aurait pour effet de diversifier les zones d'approvisionnement des grands groupes industriels, voire de faire baisser le prix des matières premières.

Toutefois, cette découverte ne va pas sans susciter quelques interrogations. 
Le fait que le Général Petreaus, chef d'état-major général, donne son avis sur le sujet ne constitue-t-il pas un risque de confusion, voire de soupçon dans les opinions publiques? De même que Georges Bush avait été accusé d'avoir attaqué l'Irak pour s'emparer de ses réserves pétrolières, il est certain, même si cela est faux, qu'un nombre significatif de personnes feront le rapprochement entre les deux conflits, irakien et afghan. En d'autres termes, le message de justification de la guerre n'est-il pas brouillé à présent?

Par ailleurs, la médiatisation de cette information est tout bonnement stupide. Les géologues afghans ont caché ces informations sous l'ère talibane pour éviter que les Talibans s'en servent pour asseoir leur régime et voilà que la presse mondiale fait état de cette découverte sans songer aux conséquences.

Certes, il serait exagéré d'affirmer que les Talibans vont profiter de ces ressources pour s'enrichir et s'acheter des armes pour continuer leur lutte. On peut cependant tout à fait imaginer un réel travail de sabotage une fois des entreprises de prospection et d'extraction installées sur place. 

Plus qu'un eldorado, c'est un nouveau front de guerre qui s'ouvre en Afghanistan...

vendredi 11 juin 2010

L'Ipad et le paradoxe industriel chinois

L'Ipad d'Apple est sans conteste le produit "tendance" technologique de l'année! Surprenant me direz-vous de commencer une chronique de géopolitique par une actualité de ce genre; vous n'auriez qu'à demi-tort. 

La mondialisation a ceci de fascinant, et d'effrayant, qu'un nombre conséquent d'événements sont liés et que la moindre altération de l'un d'eux a des conséquences sur le dernier, un peu à l'image de l'"effet papillon".

L'Ipad qui se vent aujourd'hui dans le monde entier, a au départ été pensé aux États-Unis, avant d'être fabriqué en Chine par la société Foxconn, partenaire d'Apple depuis de nombreuses années.

Société peu connue du grand public malgré ses 800 000 employés, Foxconn a pourtant été sous le feu de l'actualité (et des critiques), suite à un nombre élevé de suicides d'employés (11 suicides réussis en 2010, une trentaine de tentatives rien qu’en avril) liés principalement aux conditions de travail harassantes pour satisfaire les commandes d'ipad entre autres.

L'affaire aurait pu s'arrêter là, tant nous sommes habitués à considérer la Chine comme un pays peu respectueux des droits, et qui ne cherche que le profit en mettant en danger la vie de ses citoyens. Pourtant, Foxconn a agi, et ce de sa propre initiative.

Steve Job, le charismatique patron d'Apple, n'avait pas critiqué l'entreprise, la jugeant même "chouette". Foxconn a décidé pourtant d'augmenter de 70% (!) les salaires de ses employés en leur faisant signer dans leur contrat une clause de "non suicide", certains employés s'étant donné la mort pour aider leur famille. En effet, lors d'un suicide, Foxconn paie pendant 10 ans à la famille le salaire du défunt. 

Si cette société chinoise s'est empressée d'agir, c'est par crainte de grève massive. Les médias occidentaux ne s'attardent guère, voire occultent ce qui est pourtant une réalité chinoise: de nombreuses grèves éclatent chaque année dans le pays, la raison majoritairement invoquée étant les mauvaises conditions de travail et les bas salaires. 

En agissant de la sorte, Foxconn a cherché à éteindre deux feux: l'américain, incarné par Apple qui aurait pu faire jouer la concurrence, et le chinois, incarné par ces employés révoltés qui auraient fait perdre de l'argent à l'entreprise.

L'espoir d'une société plus juste en Chine existe; il est faible et peu médiatisé mais il demeure une réalité irréfragable. La Chine se modernise, rattrape son retard à -trop- grands pas, occultant par moments ce qui fait sa force: sa main d'œuvre. Cette dernière vient de lui rappeler son importance.




jeudi 10 juin 2010

Et si l'Iran avait la bombe?

Un nouveau coup pour rien? Hier, au Conseil de sécurité de l'ONU, une quatrième vague de sanctions à l'encontre de l'Iran a été adoptée, en dépit du "vote contre" de la Turquie et du Brésil.

Rien de neuf là dedans, et ce d'autant plus que l'accord final est très allégé par rapport à ce qui était prévu au départ, afin de s'assurer les votes chinois et russe. Son impact sur l'Iran sera tout bonnement quasi nul, et digne d'être jeté dans "la poubelle", comme l'a souligné le président iranien Ahmadinejad.

Le vrai débat est ailleurs: pourquoi refuser à l'Iran l'accès à l'arme nucléaire? Certes, ce pays, contrairement à Israël ou l'Inde ou le Pakistan, a ratifié le TNP (Traité de non prolifération nucléaire) et s'est donc engagé à ne pas fabriquer de bombe. Téhéran nie avoir un programme nucléaire mais un faisceau d'indices sérieux laisse supposer le contraire.

Quand bien même l'Iran aurait la bombe, assisterait-on à une guerre nucléaire? Certainement pas. De même qu'il n'y a eu aucune attaque nucléaire entre les deux ennemis que sont l'Inde et le Pakistan, on peut se risquer à affirmer que les choses se passeraient de la même façon pour l'Iran et Israël.

Car nous touchons ici à l'argument majeur en faveur de la non nucléarisation de l'Iran: si ce dernier a la bombe, il anéantira Israël, comme le laisse croire Ahmadinejad dans plusieurs de ses déclarations. Manque de chance, l'argument ne tient pas et ce pour trois raisons:

1. Ahmadinejad est sans aucun doute un illuminé mais il ne détient en aucun cas le pouvoir total. L'influence des religieux iraniens est à considérer au plus haut niveau.

2. En imaginant que l'Iran envoie une bombe sur Israël, outre les moyens de protection dont dispose l'État hébreu, l'Iran se verrait anéanti dans l'heure.

3. La provocation d'Ahmadinejad n'est qu'un subterfuge, l'Iran cherchant en réalité à modifier l'équilibre géopolitique de la région. Seul Israël détient aujourd'hui la bombe; si demain l'Iran l'a également, l'État hébreu verra mécaniquement son champ d'action limité et ne se risquera plus à mener ses "opérations de sécurité" au Liban ou dans d'autres pays sans crainte.

Cet équilibre souhaité par l'Iran peut conduire à tout: aussi bien au pire qu'au meilleur. Israël pourra décider de refuser de perdre ses prérogatives et attaquer, l'Iran pourra trop profiter de son statut de "puissance qui compte" et participer à un embrasement de la région, mais, car il y a un "mais"... On peut tout aussi bien assister à la création d'un durable statu quo, préalable à une "entente cordiale" au Proche et Moyen-Orient.

Les cartes ne sont pas encore toutes révélées, le jeu peut partir dans n'importe quelle direction. Tout dépendra en fin de compte de ce que feront les États-Unis et l'Europe dans une moindre mesure. 


mercredi 9 juin 2010

Le socialisme espagnol à l'épreuve de la crise

Aujourd'hui se déroule à Madrid l'ultime table ronde entre le gouvernement de Zapatero et les différents syndicats et patrons au sujet la réforme du code du travail et des mesures d'aide à l'emploi. Il y a peu de chances que les discussions aboutissent, tant les désaccords sont grands mais le gouvernement a prévenu: dans tous les cas, la réforme sera faite. En France, ce serait un casus belli mais en Espagne, il semble qu'il n'y a plus rien à perdre.

Le projet du gouvernement est clair: pour relancer une croissance dont peu arrivent à y discerner le fifrelin d'un commencement, Zapatero souhaite développer les contrats de formation pour les jeunes, diminuer le temps de travail journalier pour éviter d'arriver au licenciement mais surtout, assouplir les démarches de licenciement et en diminuer les indemnités. 

Zapatero le socialiste a fait long feu; il est seul contre tous. Déjà le 27 mai dernier, son plan d'austérité n'avait été adopté qu'à une voix près, son légitimité à diriger le pays étant légitimement discutée!

Depuis, les manifestations se multiplient, à l'image des fonctionnaires hier qui protestent contre la baisse de leur salaire, laissant planer le risque d'une possible grève générale avec les conséquences fâcheuses que ce genre d'événement implique.

De ces réactions, un double constat s'impose: le socialisme d'aujourd'hui ne peut plus rivaliser avec la brutalité des marchés, dont l'influence sur les États semble se vérifier chaque jour un peu plus.
Par ailleurs, que fait l'Europe? Pourquoi ne donne-t-elle pas des garanties aux pays qui font des efforts à l'image de l'Espagne afin d'éviter des crises politiques? Son silence coupable aura sans aucun doute des conséquences fâcheuses lors des prochaines élections européennes. 

Nul ne peut annoncer la fin de cette crise tant cette dernière change de forme et contamine les économies des pays, tel un virus particulièrement virulent.




mardi 8 juin 2010

La Chine et sa "muraille numérique"

"Un non-événement pour aujourd'hui mais un événement majeur pour demain": c'est ainsi que l'on pourrait caractériser la publication aujourd'hui par le gouvernement chinois d'un livre blanc sur sa politique chinoise de l'internet.

La citation suivante se passe de commentaire: "Sur le territoire chinois, l'Internet se trouve sous juridiction et souveraineté chinoises. La souveraineté de la Chine sur l'Internet devrait être respectée et protégée". Quoiqu'un commentaire s'impose.

La Chine consacre dans ce livre l'existence d'un internet à deux vitesses, à la fois mondial pour son influence et local pour ce qui est de son contrôle juridique. Son choix est sûr d'impacter durablement la notion même d'Internet car les chinois sont les premiers surfeurs sur le web (400 millions).

Internet est perçu en Chine à deux niveaux: comme un outil favorisant le développement économique mais également comme un moyen de jouer avec l'autorité étatique. Cette dernière ne se prive pas d'ailleurs de rappeler les règles à respecter. 

Les mots "internet" et "censure" sont désormais familiers dans l'approche numérique chinoise: les pirates chinois au service du gouvernement attaquent les comptes mails des dissidents et osent même, preuve que la Chine ne craint personne pas même les États-Unis, s'en prendre aux intérêts américains, à l'image de l'affaire Google, ou de l'intrusion dans les systèmes de sécurité numérique des gouvernements français et allemands. 

Plus à tort qu'à raison, le champ étatique entend reprendre sa place dans le développement de l'internet, à l'image des initiatives française, allemande, anglaise, australienne... (lutte contre le piratage, lois enfreignant les libertés...)  Il est vrai que le système est imparfait mais y imprimer les symboles et conventions des États n'aura d'autre effet que de le scléroser et de le vider de son sens. 

Internet a vocation à être mondial et donc à être sous l'autorité d'une organisation mondiale. L'élaboration de cette dernière poserait de multiples problèmes mais aurait au moins le mérite d'éviter "des internets". 

lundi 7 juin 2010

Le curieux choix d'Obama...

Sa démission avait été très relayée dans les médias: porté au pilori pour une gestion approximative de deux attentats ratés (celui de Noël à bord du vol Amsterdam-Détroit et celui de Times Square du 1er mai), Dennis Blair avait dû remettre sa démission à Obama de poste de directeur du Renseignement national américain (DNI) le 20 mai dernier.

Les Américains étaient retombés dans cette psychose sécuritaire qui avait sensiblement terni leur image, voyant des ennemis partout, et légitimant indirectement les différentes politiques liberticides de Bush, peu remises en cause par Obama. Comme on dit: qui ne dit mot consent. 

Sur le fond, Dennis Blair n'a été qu'un pion sacrifié dans le jeu politico-médiatique d'Obama. Contrairement à ce que laissent croire certains, on ne peut et on ne pourra jamais empêcher totalement les attentats. La majorité sont évités mais il y aura toujours la possibilité d'un terroriste déjouant les scénarios de sécurité.

Le problème vient en vérité du successeur de Monsieur Blair: il s'agit de l'ancien général James Clapper qui était jusqu'à présent sous-secrétaire à la Défense pour le Renseignement (DIA). Son expérience de militaire n'est pas à remettre en cause, ses connaissances du milieu du renseignement encore moins.

Ce qui gêne ici tient à ses différentes prises de position: il a été favorable aux guerres en Afghanistan et en Irak, allant même jusqu'à défendre devant le Congrès la stratégie de Georges W Bush, arguant que ces conflits ont permis aux USA d'améliorer leurs capacités de sécurité et de défense.

Outre l'ineptie que constitue un tel propos, eu égard à une conception globalisante de la guerre, il peut paraître surprenant au premier abord que cet homme ait été choisi par Obama.

Jour après jour, il semble bien que la rupture affichée par Obama n'est qu'une façade. Un exemple ne fait pas une démonstration mais il peut donner quelques indications: Guantanamo a été fermé mais de nombreux problèmes juridiques demeurent (il y a un débat en ce moment quant à la possibilité de juger un jeune homme mineur au moment de ses actes), les autres prisons secrètes demeurent, il y a toujours plus de GI's en Afghanistan, la situation au Proche-Orient reste stable voire empire, l'Europe est délaissée de façon regrettable...

La désillusion est proportionnelle à la méprise des représentants de l'Obamania qui ont cru que cet homme avait pour mission de résoudre les maux du monde alors que de façon tout à  fait normale, son but est d'assurer la prospérité de son pays.  

dimanche 6 juin 2010

Obama, BP et l'opinion américaine.

Au départ, un accident industriel comme il s'en produit chaque année partout dans le monde. Au départ seulement, car ses conséquences, difficilement imaginables, en ont fait un enjeu environnemental à dimension -trop- fortement politique.

Le 20 avril dernier, une plate-forme pétrolière, propriété de BP, explose au large de la Louisiane, provoquant une marée noire sans précédent et causant la mort de 11 employés. Le président Obama s'empresse de réagir, affirmant à plusieurs reprises que "BP paiera", tout en précisant, mais avec moins d'insistance, que son administration avait indirectement une part de responsabilité dans cette affaire, ou plutôt dans cette catastrophe. 

En effet, selon le Wall Street Journal, BP a failli dans sa gestion de la sécurité de la plate-forme pétrolière, négligeant les réparations qui semblaient indispensables. Mais qu'a fait l'administration Obama pour les contraindre à agir? Rien. Tant que BP faisait son travail d'extraction, personne ne se risquait à marquer une quelconque opposition.

A présent que BP est en tort, c'est une véritable coalition politico-médiatique qui s'abat sur la compagnie pétrolière avec pour principal porte-parole le président Obama lui-même. Avec un brin de populisme, il s'en est pris directement au directeur de BP, Tony M. Hayward, accusé de manquer de tact pour une publicité (20 millions de dollars) où BP s'excuse à nouveau. 

Ne s'agit-il pas plutôt d'un moyen pour Obama de faire oublier sa gestion assez discutable de la catastrophe? Assurément oui. Ses trois visites n'auront servi à rien, l'image de lui arpentant les plages touchées l'a fait passer pour quelqu'un comprenant la situation mais avec le détachement d'un technocrate! 

Au fond, Obama, pourtant brillant dans de nombreux domaines, n'arrive pas ici à avoir une longueur d'avance sur le déroulement de l'affaire, agissant toujours sur l'instant. Ce qui le gêne en vérité, c'est que BP a reconnu très rapidement ses torts et s'est engagé à rembourser tout ce qu'il devrait. L'image de BP n'est donc pas totalement noire.

Certes, le bouc-émissaire est tout trouvé pour Obama, qui se voit ici aidé par la Bourse qui attaque BP au point que certains parlent d'une possible OPA sur la compagnie pétrolière. Mais cette histoire laissera des traces; c'est une version alternative du western classique qui s'offre aux citoyens américains: le "méchant" meurt à la fin mais le "gentil" ne peut pavoiser sur sa victoire car il est lui-même indirectement impliqué dans les méfaits du premier. 

La seule véritable victime dans cette affaire demeure la nature, qui se voit bouleversée par l'étroitesse d'esprit de certains. 

jeudi 3 juin 2010

Un nouvel espoir en Afghanistan

Et si le président Karzaï était la solution au conflit afghan? La question a de quoi surprendre, tant les critiques à son encontre ont été nombreuses, et bien souvent justifiées. On se souviendra de sa réélection plus que douteuse, ses liens avec le milieu de la drogue par l'intermédiaire de son frère, sa faible lutte contre la corruption qui asphyxie son administration, le peu d'estime qu'ont pour lui la plupart des dirigeants occidentaux, en particulier Obama. 

Mais voilà: au pied du mur à cause des alliés, Hamid Karzaï se découvre des talents de rassembleur et de pacifiste dans l'âme. Là où ses soit-disant alliés proposent de multiplier les actions militaires de grande ampleur pour réduire l'influence des Talibans, lui suggère de dialoguer, soutenant que le pays ne pourra se reconstruire durablement sans la participation des Talibans. 

C'est ainsi qu'aujourd'hui a eu lieu à Kaboul une «jirga de la paix», une assemblée présidée par le président Karzaï avec pour objectif de rassembler derrière lui les Talibans "modérés", conformément à ce qu'il avait annoncé en janvier lors de la Conférence internationale de Londres sur l'Afghanistan. La réunion s'est bien déroulée, même si elle a été perturbée à plusieurs reprises, les forces de sécurité empêchant des kamikazes de commettre des attentats. 

Reste que Karzaï est dans une situation peu enviable: accusé de traîtrise à la fois par les Talibans et les Américains qui le soupçonnent de mener un double jeu, sa mission consiste à chercher un consensus rapidement pour relancer l'économie d'un pays dont les bases sont à reconstruire. 

Que peut-on attendre de cette réunion? En vérité, son succès dépend directement de la stratégie des Américains: si ces derniers persistent à mener des actions meurtrières qui font inévitablement des victimes civiles, l'anti-américanisme va être exacerbé et associé à l'image de Karzaï qui laisse agir.

La solution résiderait peut-être dans une action américaine davantage discrète mais plus efficace, en ciblant les principaux chefs liés à Al-Qaeda au lieu de lancer des attaques -trop- médiatiques dans d'immenses zones. Mais la situation est plus complexe, en raison du manque de connaissance de la région et de l'absence de réponse à la question suivante: qu'entend-on par "Taliban modéré"? 

Seule une meilleure connaissance des acteurs du conflit parviendra à limiter les dégâts de cette guerre qui n'a que trop duré (9 ans cette année!)